(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Revue francaise de l'€™education des sourds-muets Vol. 2-4"

EDWARD MINER GALLAUDET 
MEMORIAL LIBRARY 

Gallaudet Collège 

Kendall Green 

Washington, D.C. 20002 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 



EEVÏÏE FEANÇAISE 



(?l 



DE L EDUCATION 

des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS L.V DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à Flnstitution natiouale des Sourds-Muets de Paris. 



Deuxième Année. — N° 1. — 1 er Avril 1886. 




PARIS 

Librairie Paul RITTI. 21, Rue de Vaugirard 



I 886 






S 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (F.), professeur à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. . 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Institution nationale des Sourds-Muets de 
Paris . 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de ^Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets rie Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Berchem-Sainte-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel (D r ), médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Rohart (l'Abbé), professeur à Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des éludes 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 

M lle Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 

M. Van-Praagh, directeur de Y Association for the oral instruction of llie Deaf and 

Dumb, Londres, 
M. Villabrille, directeur du Collège national des Sourds-Muets et des Aveugles de 

Madrid. 



REVUE FRANÇAISE 

DE L'ÉIiUCATION 

.lus 

SOURDS-MUETS 



KEVUE FRANÇAISE 



DE I, EDUCATION 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cel enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur a l'Institution nationale des Sonnls-ilnets île Paris. 



DEUXIEME ANNEE 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 

I 8S6 

EDWARD MINER GALLAUDET MÉMORIAL LIBRARY 

GALLAUDET COLLEGE 

WASHINGTON. D. C 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds - Muets 
2"> 8 année. — N» 1 Avril 1886 



CAUSERIE 



L'Instituteur de Sourds-Muets 



Je voudrais qu'à cette place une maîtresse plume — incisante 
comme l'outil de la glyptique — se chargeât de graver, en 
manière de frontispice, le portrait « au vrai » de cet admirable 
et vaillant philanthrope qu'on nomme un instituteur de sourds- 
muets. 

Le modèle a de l'attrait, il prête au grand art, dans son atti- 
tude simple et virile. Un magnifique sujet de concours, si l'In- 
stitut de France veut bien en prendre note. 

Mais nos écrivains de haute taille, qui se plaisent dans l'évo- 
cation de types fantastiques, de vertus imaginaires et dé gestes 
invraisemblables, soupçonnent-ils seulement l'existence, dans le 
domaine de la réalité et à c'ôté d'eux, de ces vivantes figures 
autrement dignes de tenter leur verve et offrant les éléments 
d'une étude du plus puissant intérêt ? 

Non; et vous êtes encore, mes- chers maîtres, trop ignorés 
et trop méconnus. 

Ah ! je sais bien que si l'on décidait quelqu'un de vous à 
remplir cette page, que je noircis timidement et en homme 
écrasé par son sujet, il pourrait faire l'œuvre par excellence, 
celle qui aurait la force et la vérité de l'œuvre vécue. 

Mais le héros n'élève pas lui-même sa statue. 

Aussi, ne pouvant vous demander d'édifier le monument que 
vous méritez, voilà pourquoi j'y apporte, en attendant l'archi- 
tecte, les pierres brutes du simple manœuvre. 



1 6S 00 7 



— 6 



Vous n'aurez donc pas ici votre image. Quelques traits seu- 
lement, à peine indiqués, rapides, fugitifs. 



La tâche de l'instituteur de sourds-muets est la plus ingrate, 
la plus rebutante et la plus pénible qui se puisse imaginer. 

Pour bien en faire saisir l'arduité et l'étendue, il faut d'abord 
montrer, dans sa brutale et lamentable nudité, le sujet auquel 
le courageux éducateur est appelé à prodiguer les ressources de 
son savoir, de son intelligence et de son cœur. 

Je laisse tout de suite de côté les exceptions, je veux dire les 
enfants sourds-muets qui ont pu trouver, chez des parents aisés 
et maîtres de leur temps, les soins particulièrement attentifs que 
réclame leur infirmité. 

Voyons ceux de ces infortunés qui appartiennent à des 
familles nécessiteuses et dont toutes les heures sont accaparées 
ppT la lutte pour la vie, par la quête fiévreuse du pain quoti- 
dien, par le travail. Ils composent une majorité énorme. 

Ceux-là croissent tant bien que mal, plus souvent mal, dans 
les seules conditions de l'animalité, sans que rien de la vie mo- 
rale, ou presque rien, entre en eux, sans qu'aucun effort soit 
tenté pour l'y insuffler. La porte par laquelle devait pénétrer 
naturellement l'esprit est fermée. Rien à faire. Elle reste close, 
et l'on n'en cherche pas une autre. 

Un jour, la Bienfaisance vient les prendre par la main et leur 
dit : « en route ! ». 

Us ont franchi le seuil de l'institution. 

D'où sortent-ils ? — Du village, de la montagne, de la forêt, 
de la ville, dont ils ne connaissent qu'une ruelle sombre et em- 
puantie; ils sortent d'une chaumière délabrée, d'une infecte 
masure ou d'un misérable taudis. 

Les voici, hébétés, grimaçants, malingres, effarés, loqueteux 
et malpropres. 

Leur âme ? Perdue sous un amas de misère ; enserrée dans 
une gangue épaisse et dure, comme ces crapauds qu'on dit 
emprisonnés au milieu d'une pierre. 

Abrutissement à la surface, ténèbres au fond... 



7 — 



C'est ainsi que je les ai vus. 

Me suis-je trompé? L'émotion a-t-elle fait broyer à mon 
imagination le noir qui. dégoutte de ma plume?... 



Dans le doute, j'ai fait appel à d'autres témoins ; sûrs, ceux-là, 
et au jugement impeccable. 

Le premier qui m'ait répondu, c'est le plus grand de leurs 
amis, l'abbé de l'Epée ; il demande qu'on vienne « au secours de 
cette portion considérable de l'humanité qui se trouve presque 
réduite à la condition de3 bêtes. » Ces malheureux lui appa- 
raissent comme « des espèces d'automates. » 

C'est encore un de leurs vieux et dévoués amis, l'abbé Des- 
champs, qui me répète: «Ils sont dans le monde comme n'y 
étant point... Ils végètent comme des animaux. » 

C'est l'aveu, c'est la plainte qui s'échappe de tous les cœurs 
qui les affectionnent le plus. Ecoutez Conrad Amman, par 
exemple. : « Quelle stupidité dans la plupart de ces êtres dis- 
graciés ! Combien peu ils diffèrent des animaux ! » 

Sicard va plus loin encore; je suis même tenté, malgré toute 
l'autorité d'un tel nom, de dire qu'il va trop loin. Qu'est-ce, 
en effet, pour lui qu'un sourd-muet sans instruction ? « C'est 
un être parfaitement nul dans la société, un automate vivant, 
une statue telle que la présente Charles Bonnet et. d'après lui, 
Condillac ; une statue dont il faut ouvrir l'un après l'autre, et 
diriger tous les sens, et suppléer à celui dont il est malheureu- 
sement privé... Il n'est qu'une sorte de machine ambulante 
dont l'organisation, quant aux effets, est inférieure à celle des 
animaux... Aussi, quand cet être infortuné est présenté pour la 
première fois à son instituteur, tout est à faire, tout est à com- 
mencer; il est comme l'enfant qui vient de naître. Sa physio- 
nomie est niaise, ses yeux Eont éteints, son air est stupide... » 

Non. je ne me suis pas trompé. 

Et l'on ne saurait m'objecter que ce qu'ont vu de l'Epée, 
Deschamps, Amman, Sicard, Bonnet, Condillac, et d'autres — 
des anciens — ne se voit plus. 

Hélas! cela s'est rencontré après eux et se reproduit toujours. 



— 8 — 

Voici le témoignage d'un maître dont on peut se dispenser 
de faire l'éloge lorsqu'on vient à le nommer. La foime est plus 
modérée ; mais, au fond, c'est Ja même lamentation : 

« L'enfant privé de l'ouïé n'est pas seulement un enfant à 
instruire, disait M. Valadc-Gabel en 1845, c'est un être mora- 
lement incomplet.. . Lorsqu'à l'âge de dix à douze ans le sourd- 
muec est amené à l'école, toutes ses facultés sont engourdies ; 
il n'a contracté aucune habitude d'ordre et de soumission; il 
n'ignore pas seulement les formes du langage, il est étranger à 
la plupart des idées qui en sont le fond. Lui enseigner à lire, 
c'est lui enseigner à penser. » 

Plus loin, M. Valade nous montre un de ces pauvres êtres ne 
cessant de faire retentir l'Institution de véritables cris de 
désespoir. Ne croyez pas qu'il regrette les douceurs du foyer 
paternel : c'est un orphelin, un abandonné, presque un sauvage. 
« Ce qu'il pleure avec des larmes si amères. c'est sa liberté de 
petit oiseau, c'est l'oisiveté, c'est le vagabondage. » 

C'est également un vétéran — heureusement encore plein de 
vie — de cette noble armée de la Charité et de l'Abnégation, 
l'abbé Bouchet, qui constatait, il y a déjà longtemps, cette poi- 
gnante vérité : <c On n'aime pas ce qu'on ne connaît pas. Or, le 
sourd-muet non instruit ne connaît guère plus la Patrie que 
l'idiot et l'aliéné. » 

Et, dans ces derniers temps, mon pauvre camarade Huriot, 
directeur de l'Institution de Bordeaux, — un coloriste, je le 
veux bien, mais un observateur très fin, — disait en pleine 
joie de distribution de prix, pour mettre bien face à face l'al- 
pha et l'oméga de la vie écolière du sourd-muet : « Ainsi, un. 
être incomplet, isoié dans la famille humaine, l'esprit vide 
comme un gîte d'immobilité et de silence, le coeur abandonné 
dans une solitude morne et sépulcrale, le corps maladif, la santé 
chancelante ou menacée, — voilà le sourd-muet tel qu'il arrive 
trop souvent à nos écoles. » 

Non, je ne me suis pas trompé . 



J'aurais pu donner au tableau élégiaque que je viens d'ac- 



— 9 — 

crocher de plus amples proportions. J'estime que la pensée du 
spectateur ira d'elle-même au delà de mon cadre. 

Puisqu'il en est ainsi, il s'agit donc de mettre véritablement 
au monde un être qui n'a encore que les apparences de l'exis- 
tence humaine ? — Précisément. 

Mais alors l'œuvre de la mère est à reprendre ? — C'est in- 
contestable. 

La voilà, cette tâche immense, effrayante, de l'instituteur 
spécial. 

A qui devons-nous les premiers mots que nous avons bal- 
butiés ? A qui reportons-nous ce divin phénomène de l'éveil de 
nos premières pensées ? A celle qui nous berçait de sa voix et 
nous carressait de ses doux propos d'amour, pendant que nous 
étions suspendus à son sein. 

Qui nous a donné la parole ? Qui a vivifié notre âme ? Celle 
qui nous a donné la chair. 

Et la mère du sourd-muet, la mère pauvre, laborieuse et sans 
loisirs, est impuissante à consommer ce miracle. Elle cède la 
place à un autre : à cet homme, à cette femme, qui ont renoncé 
à tant d'autres carrières que pouvaient leur ouvrir leurs con- 
naissances et leurs aptitudes, et qui ont fait le sacrifice de leur 
vie pour compléter des vies imparfaites. force de la vocation ! 

Il est bien touchant ce côté primordial du rôle de l'institu- 
teur ! Cet homme, ce savant, ce fort, ce penseur, se substituant 
à la femme, à la mère, savez-vdus rien de plus émouvant ? 

Et tous se rendent compte de ce caractère de leur mission. 
Tous savent cela; ils le disent, ils l'écrivent, et ils ne reculent 
pas... 

« En arrivant à l'institution, dit M. Hugentobler, l'enfant 
sourd-muet n'y apporte pas cette langue déjà formée sur laquelle 
l'instituteur primaire base son premier enseignement. Nous 
devons, par conséquent, regagner le temps perdu en nous met- 
tant à la place de la mère qui apprend à l'enfant ses premiers 
mots, et reprendre comme en sous-œuvre toute son éducation. » 

La même idée les domine tous. « Pourquoi. — dit un autre 
instituteur, en expliquant son mode d'enseigner, — ne sui- 
vrions-nous pas l'exemple de la mère, cette institutrice par excel- 

2 



— 10 — 

lence ? » M. Théobald fait remarquer qu'à l'âge « où l'enfant 
parlant est en possession d'une instruction relativement élevée, 
le sourd-muet, privé par son infirmité des enseignements mater- 
nels qui auraient rendu si facile son instruction, commence 
seulement à apprendre les lettres de l'alphabet. » 

On pourrait multiplier les citations; mais, c'est entendu, 
l'instituteur de sourds-muets commence par revendiquer le rôle 
de la mère, avec un orgueil qu'on ne saurait trop admirer, et qui 
toutefois surprend au premier abord, à cause de l'étrange anti- 
thèse que produit ce sentiment rapproché de l'humilité du 
labeur. 

* 
« » 

Est-il besoin, après cela, de m'étendre longuement sur les 
qualités, les verras, les mérites de celui qui va opérer cette 
merveille d'achever un ouvrage capricieusement délaissé par la 
nature, de renouer le fil de la vie interrompue à son aurore, de 
découvrir une intelligence dans la nuit la plus sombre, de sau- 
ver une âme de l'étouffôment de la matière ? 

Une seule minute de réflexion met tous ces mérites en pleine 
lumière. On comprend tout de suite ce que doit posséder un 
praticien de cet ordre supérieur : il lui faut une patience à toute 
épreuve, une abnégation absolue, une douceur séraphique, un 
zèle ardent, une persévérance opiniâtre, un désintéressement 
d'apôtre ; il lui faut du savoir, de l'intelligence, du jugement, 
de l'observation à un degré élevé. 

Et remarquez bien que ces sublimes résignés ont été loyale- 
ment avertis des rudes et austères travaux qui les attendaient. 

Leur illustre patron leur disait déjà, lui que son immense 
charité aurait pu, semble-t-il, rendre insensible aux déceptions 
et au poids du fardeau : « Cet ouvrage est pénible par l'assi- 
duité qu'il demande ; il engage à des dépenses et il ne rapporte 
rien : trois pierres d'achoppement pour bien des personnes qui 
seraient d'ailleurs en état de s'y appliquer. » 

L'abbé Deschamps n'est pas plus engageant : « Ce serait, 
dit-il, tromper les personnes qui se destineront par la suite au 
pénible emploi d'instituteur de sourds-muets que de ne pas leur 



— 11 — 

faire connaître les désavantages qije l'amour seul du bien peut 
faire vaincre. » 

Suit une énumération consciencieuse, mais nullement sédui- 
sante, de ces désavantages, et il conclut : « C'est à celui que 
l'esprit de patriotisme éclaire, pour qui le bonheur de ses sem- 
blables est une récompense, à courir cette carrière. » 

Degérando. qui a consacré dé si belles pages à tracer sa voie 
à l'instituteur de sourds-muets, à exalter la grandeur de sa mis- 
sion et à rendre hommage aux inspirations de son zèle, a tenu 
également à prémunir les aspirants contre toute résolution insuf- 
fisamment affermie : « qu'il ne se présente pas pour embrasser Ja 
carrière. dit-il T celui qu'un zèle semblable ne consume pas ! Le 
zèle seul peut inspirer la patience, toute la persévérance et le 
dévouement absolu qu'elle exige... » 

Que dire maintenant de ceux qui, prévenus du danger, ont 
quand même le courage de le braver ? Que dire pour que l'éloge 
soit à la hauteur du héros, — j'allais écrire de la victime ? 

Parmi les voix autorisées qui, de loin en loin, savent rendre 
justice à ces glorieux soldats de la Bienfaisance, il en est une 
qui. dans ces derniers temps, m'a plus particulièrement frappé 
par la chaleur et la sincérité de son éloquence. 

C'était en 1884, à la distribution des prix aux élèves de l'In- 
stitution nationale de Paris. Le délégué du ministre de l'inté- 
rieur, remué jusqu'au fond de l'âme par le spectacle dont il 
avait été le témoin attentif quelques jours auparavant, en visi- 
tant les classes, s'écriait dans la pathétique et vibrante péro- 
raison de son discours : 

«... Entre tous les instituteurs de l'enfance, vous tenez la 
première place ! Vous n'êtes pas seulement des maîtres, vous 
êtes aussi des apôtres. Vous représentez la nature humaine par 
ses meilleurs côtés ; vous êtes de dignes ouvriers de la civilisa- 
tion, dans ce qu'elle a de plus noble et de plus élevé, de plus 
touchant et de plus délicat, dans son œuvre de bienfaisance et 
dans son œuvre d'affranchissement... Vous êtes les fils et les 
continuateurs de Michel de l'Épée, n'est-ce pas tout dire ? » 

En effet, c'est tout dire. Et si cette parole de M. Spuller 



— 12 — 

m'était revenue à la mémoire dès le début de cette causerie, j'au- 
rais pu en réduire la mesure et semer moins d'ennui. 

Théophile Denis. 



REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS 



American Annals of the Deaf and Dumb 

Le journal les Annales américaines des sourds-muets, dont la 
fondation remonte à 1847, est avec YOrgan allemand, la plus 
ancienne des publications de ce genre existant aujourd'hui. Il 
nous a paru utile de jeter un coup d'oeil sur les quatre numéros 
de ce journal parus en janvier, avril, juillet et octobre 1885. 
Sans avoir la prétention d'analyser en quelques lignes ces quatre 
brochures, nous nous contenterons de signaler les articles qui 
nous ont semblé devoir plus particulièrement intéresser nos 
confrères. 

~S° 1. Janvier. — M. Pettengil, de Philadelphie, parlant 
de la tâche de l'instituteur, exprime le désir que les classes soient 
composées avec plus d'nomogénéité ; que les sections ^arriérés 
soient moins nombreuses ; il dit les vertus nécessaires à l'in- 
stituteur, la grandeur de sa mission, etc. 

Pour M. «/. Lewis Dudley, il ne doit pas y avoir de sourds- 
muets, mais seulement des sourds. Le mot sourd, conclut-il, est 
seul vrai, scientifique, suffisant. 

M. Clippinger développe ingénieusement cette thèse philoso- 
phique que le sourd-muet privé d'éducation ne peut avoir de 
conscience; cette faculté étant, selon lui, uri produit du dévelop- 
pement de l'éducation et du jugement. Le sourd-muet non 
éduqué, dit-il, ne fait pas de distinctions morales. Son esprit 
inculte ne comprend pas ces abstractions. 



— 13 — 

La conscience est en rapport avec le développement intellec- 
tuel de l'individu. 

MM. Qraham Bell, J. Gordon et Clarke, chargés par un 
congrès de professeurs d'articulation d'étudier le question de 
l'éducation de l'ouïe chez les sourds, déclarent que dans cer- 
tains cas cette éducation est possible, et qu'on peut se servir 
de l'ouïe pour instruire certains élèves. M. Ouvrier instruit par 
ce procédé douze élèves à l'institution de New- York en se ser- 
vant de cornets-acoustiques (1). 

HT *. Avril. — Miss L. Moffat, de l'institution de New- 
York, s'occupant de la culture de la voix et de l'enseignement 
des sons, divise les sourds en quatre classes : 1° ceux dont la voix 
est naturelle ; 2° ceux dont la voix est nasale ; 3° ceux qui ont la 
voix de fausset ; 4° ceux qui n'ont pas de voix du tout. Miss 
Moffat a remarqué que certains élèves appartenant à la première 
catégorie cessent de parler naturellement quand le maître les 
fait venir près de lui pour réciter leurs leçons, sans doute 
parce qu'ils s'imaginent qu'on va leur demander quelque chose 
d'extraordinaire. Elle a remarqué également que souvent la voix 
nasale est accompagnée de la voix de fausset. Elle conseille 
d'employer pour corriger ces deux défauts lé procédé préconisé 
par le professeur Greenberger, et qui consiste à faire émettre un 
son devant une ardoise . Si le son est émis en voix de tête, la 
buée qui apparaît après l'expiration ne ternit que peu ou point 
la surface de l'ardoise ; si l'enfant a parlé du nez, trois taches 
paraissent sur l'ardoise, correspondant à la bouche et aux deux 
narines. Le maître articule à son tour ; une seule tache se pro- 
duit correspondant à sa bouche, et il engage l'élève à l'imiter. 

On peut également faire répéter plusieurs fois une même 
syllabe d'une seule émission de souffle : pa-pa-pa. etc. Mieux 
vaut faire répéter la syllabe que faire tenir la voyelle pâ-â. On 
risquerait ainsi de produire une prononciation traînante. 



(1) Une commission de professeurs, de l'institution nationale des 
sourds-muets de Paris, a été chargée d'étudier cette question dont 
l'importance n'échappera à personne. 



— 14 — 

Un autre moyen de correction consiste à provoquer le rire et 
à fixer le son ainsi obtenu en voix de poitrine. 

Pour les enfants qui n'ont pas de voix, on peut mettre à pro- 
fit les cris ou les pleurs, sans oublier toutefois que quelques 
jeunes sourds-muets pleurent silencieusement. 

Miss Moffat examine ensuite successivement les voyelles et 
les consonnes, décrivant le mécanisme de production de ces 
diverses articulations. 

J.-C. Gordon, professeur au collège de "Washington, présente 
une étude sur les sourds-muets et les écoles publiques depuis 
1815 jusqu'à nos jours. Nous voyons défiler successivement 
dans l'ordre chronologique le docteur H. Stèphani de Bavière ; 
Léonard Aile et Wilhelm Friederich Daniel de Wurtemberg; 
Graser et son système d'enseignement dans les écoles pri- 
maires, etc. Hill, de Gérando, Bèbian, Recoing et sa dactylo- 
logie; Piroux et ses publications. Valade-Gabel et sa méthode. 
Blanchet et ses tentatives renouvelées de Graser. Grosselin et la 
phonomimie. MM. Magnat et Hvgentobhr ; l'abbé Lambert, le 
pasteur Bouvier, Pauncefwt Arrowsmith, William Corner, 
Alfred Large, William Stainer. Ce travail d'ailleurs est devenu 
une brochure dont tous les instituteurs liront avec fruit les 
onze conclusions. 

Le professeur Clarke, de New-York, publie des détails inté- 
ressants sur l'audition et l'audiphone. 

W° S. Juillet. — Dans un article sur l'organisation de 
l'enseignement manuel, M. Wilkinson (Californie) demande 
qu'il soit établi des écoles professionnelles d après le système 
russe : une heure et demie de travail pour les enfants de douze 
ans, trois heures pour ceux de seize ans, un certificat consta- 
tant leurs capacités à la sortie de l'école, etc., etc. (1). 



(1) Nous rappelons à ce sujet qu'une commission a été récemment 
nommée par M. le ministre de l'intérieur pour étudier en France 
cette grave question. 



— 15 — 

M. George Wind expose son système pour l'enseignement 
de la langue au moyen de signes grammaticaux tels que : 

S sujet ; 

/l verbe neutre ; 

|/ verbe actif; 

\/ verbe passif, etc. 

Les phrases ainsi marquées de signes rappellent par leur 
aspect les vieilles éditions des poëtes latins sur lesquelles figu- 
raient au-dessus des vers les signes prosodiques. 

Edmond Booth traite de la ponctuation, et W.-G. Jenssins 
de Philadelphie répondant à l'article de Lewis Dudley signalé 
plus haut se demande pourquoi le mot sourd-muet ne serait pas 
conservé. 

Notons en passant l'intéressante circulaire de l'Institution 
de Pensylvanie sur l'éducation du sourd-muet avant l'école. 

HT 4L. Octobre. — Le professeur J.-G. Gordon de Wa- 
shington formule de nombreux conseils sur la manière d'édu- 
quer et d'instruire les jeunes sourds-muets avant leur entrée à 
l'école. Il recommande aux parents de lire les livres traitant de 
leur instruction, de développer leurs facultés intellectuelles au 
moyen de la pantomime, des gravures, des exercices d'imita- 
tion, de la lecture sur les lèvres, etc. 

Les parents ne doivent pas se contenter de l'éducation phy- 
sique; et il ne suffit pas que ces enfants végètent jusqu'à l'âge 
où ils pourront être admis dans une institution. Cet article 
important, complété par l'auteur, a formé depuis une brochure 
récemment publiée sous le titre Conseils pratiques aux pa- 
rents, etc. 

Miss Moffat traite cette fois de l'enseignement de la langue. 

M. Greenberger continue son étude sur les organes de la 
parole. 

Ce travail, comme le précédent, doit avoir une suite; nous 
aurons l'occasion d'y revenir. 

JE.-H. Currier donne la description, le dessin et l'emploi de 
ses deux tubes acoustiques dont il fait usage dans les deux classes 
aurales qu'il fait à l'institution de New-York. Il cite le cas de 



— 16 — 

la jeune Anna A-n, âgée de 15 ans qui, demi-sourde à l'âge 
de 5 ans, était incapable à 14 ans d'entendre la voix humaine. 
Instruite dans une classe aurale depuis le mois de no- 
rembre 1884, elle peut aujourd'hui se passer du concours de 
tout instrument. 

M. Ourrier a constaté que l'examen audiométrique donne de 
meilleurs résultats après quelque temps d'enseignement par 
l'oreille. Il en conclut à la possibilité du développement de 
l'ouïe chez certains sourds. 

Nous terminons ici ces rapides indications, trop heureux si 
nous avons décidé ceux de nos confrères qui n'en avaient pas 
encore pris connaissance à lire les curieuses études que nous 
venons de signaler. 

Marius Dupont. 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



ETATS-UNIS 



Congrès de Faribault 



The tliird biennal report of tlie direetors and officers of the Minnesota 
institute for the deaf and dumb and the blind and the school for 
idiots and imbéciles, located at Faribault, to the Governor of 
Minnesota, for the two years ending Juli 31, 1884. (Troisième 
rapport bi-annuel des directeurs de l'Institution des sourds-muets 
et des aveugles et de l'École des idiots de la Minnesota à Fari- 
bault, présenté au gouverneur de cet Etat, 1882-84. In-8. 
339 p. 1884.) 

L'Amérique. — et plus particulièrement la République des 
États-Unis, — est le pays des merveilles. La ville de New-York, 
par exemple, fondée par les Hollandais en 1621 sous le nom de 
Nieuw-Amsterdam, n'avait, il y a deux siècles, que 4,000 habi- 



— 17 — 

tants. Cent ans plus tard ce nombre était déjà monté à 30,000. 
Un demi-siècle après il y en avait 500.000 ; aujourd'hui cette 
ville en contient plus de 1 million et demi, abstraction faite des 
différentes villes adjacentes, tellement voisines de la métropole 
qu'elles n'en constituent pour ainsi dire que des faubourgs; 
parmi elles on pourrait citer Brooklyn qui, avec son semi-mil- 
lion d'habitants, occupe la première place. 

Nombre d'autres exemples pourraient être donnés; je me 
borne ici à ne citer que le développement prodigieux de ren- 
seignement des sourds-muets dans la grande République. 

La première institution de sourds-muets en Amérique fut 
fondée en 1817 à Hartford; maintenant les Etats-Unis ne 
comptent pas moins de 61 institutions avec 508 professeurs et 
7,485 élèves. Parmi ces institutions, celle de Jacksonville a 
584 élèves ; celle de Columbus, 458 ; celle de New- York, 414, 
et celle de Philadelphie, 466. 

Pendant un grand laps de temps — jusqu'à l'introduction de 
la méthode orale pure — toutes ces institutions suivaient, en 
général, sauf quelques particularités, une même méthode à la- 
quelle le nom spécial de « méthode américaine » ne pourrait 
être refusé. Certainement cette ressemblance des procédés dans 
un si grand nombre d'institutions disséminées sur un territoire 
immense doit être attribuée en grande partie à ce que les nou- 
velles institutions empruntaient leurs professeurs, et avec 
ceux-ci la méthode, aux établissements déjà existants. Mais 
sans doute cette uniformité de méthode fut aussi très favorisée 
et se maintint par les fréquents congrès où directeurs et pro- 
fesseurs des institutions même les plus éloignées se réunissaient 
pour se communiquer leurs idées sur la méthode et les amélio- 
rations à y apporter. 

Contraste remarquable ! Tandis que sur le continent de la 
vieille Europe, dont les Etats sont pour la plupart monar- 
chiques et aristocratiques, il n'y a jamais eu que des congrès 
où directeurs et professeurs se trouvaient et discutaient ensemble, 
l'Amérique républicaine et démocratique a préféré avoir deux 
sortes de congrès : les uns où directeurs et professeurs se réu- 
nissaient ; d'autres dans lesquels les directeurs seuls pouvaient 



— 18 — 

entrer comme membres effectifs, toute autre personne n'étant 
admise qu'à titre de membre honoraire. Les congrès de la pre- 
mière, sorte (conventions of American instïuctors of the deaf 
and dumb) ont eu lieu à New-Tork en 1850; Hartford, 1851 ; 
Columbus, 1853 ; Stannton, 1856; Jacksonville, 1858; India- 
napolis, 1870; Belleville en Canada, 1876 ; Columbus, 1.-.78 ; 
Jacksonville, 1882; les congrès de directeurs, (conférences of 
principals of institutions) à Washington, 1868; Flint. 1872 ; . 
Philadelphie. 1876; Northampton, 1880; Faribault, 1884. C'est 
de ce dernier congrès que le rapport ci-dessus mentionné offre, 
p. 71-308, le compte-rendu des séances. 

Le cinquième congrès de directeurs fut tenu du 9 au 13 juil- 
let 1884; 26 membres effectifs et 53 membres honoraires, 
ceux-ci pour là plupart professeurs de sourds-muets, directeurs 
ou fonctionnaires d'institutions analogues, s'étaient réunis dans 
l'édifice magnifique dont le sol était encore en 1866 couvert 
d'une dense forêt. 

Le premier sujet des délibérations se rapporte à l'éducation 
professionnelle des élèves. La discussion commença par la lec- 
ture d'un mémoire de M mc Griflith, directrice du département 
des arts à l'Illinois-Institution, sur l'éducation artistique des 
sourds-muets . Soutenant qu'il y a proportionnellement parmi 
les sourds-muets plus que parmi les entendants-parlants, des 
individus ayant des dispositions à recevoir une éducation 
artistique, dans l'acception la plus large, comprenant le dessin, 
la peinture et le modelage; elle recommande de donner un 
développement efficace à l'enseignement du dessin et d'élever 
les élèves qui y montrent du talent dans les métiers exigeant 
une aptitude artistique tels que ceux de dessinateur, décorateur, 
sculpteur en bois, graveur en bois ou en métaux, peintre en 
fresque, photographe, lithographe. A M me Griflith succéda 
M. Greenberger, directeur de l'Institution pour l'enseignement 
perfectionné des sourds-muets à New- York. Celui-ci était d'avis 
qu'on améliorerait l'avenir des élèves bien doués en leur don- 
nant une éducation préparatoire pour des industries qui ont 
besoin de l'application à* l'art, comme celles du lithographe, 
du dessinateur, du graveur, de l'orfèvre, etc.; même de leur 



— 19 — 

faire étudier la chimie dans le but de leur faire trouver uue 
position dans les mines, les raffineries de sucre, la préparation 
des drogues ou des matières colorantes, etc. ; — en un mot, de 
donner aux élèves de quelque talent une éducation artistique 
ou scientifique plus élevée. 

Plusieurs membres adhérèrent à ces idées; mais ils trouvèrent 
de vigoureux adversaires en M. Mathison, directeur à Belleville 
(Canada), M . Walker, professeur à Philadelphia, et surtout en 
M. le docteur Mac-Intire (1), directeur à Edgewood. Ils étaient 
d'opinion qu'il est imprudent de détourner les élèves, pour la 
plupart enfants d'ouvriers, des métiers simples comme la cor- 
donnerie, la menuiserie, la charpenterie et l'imprimerie ; poul- 
ies filles, la couture, les ouvrages à l'aiguille et les travaux de 
ménage, états à l'aide desquels ils ont chance de se procurer 
presque partout une existence suffisante. Pensant qu'il est nui- 
sible d'éveiller en eux de plus hautes aspirations en les prépa- 
rant pour des professions dans lesquelles bien souvent ils ne 
trouveront pas de travail. Ce serait uniquement aux élèves doués 
d'un véritable talent qu'il faudrait réserver cette éducation 
plus élevée. 

Une conclusion en cette matière ne fut pas votée. Cependant 
il ne m'a pas semblé mal à propos de parler ici un peu plus 
longuement de cette première question, parce qu'elle a été 
traitée aussi, presque en même temps, au congrès de Paris. 
Quant aux autres sujets des débats, je me borne à les énoncer 
seulement. 

« Les causes de surdité. » 

« L'articulation, quelle valeur pratique a-t-elle pour le sourd- 
muet dans l'exercice de ses affaires ? » 

« U n système d'éducation (plutôt une méthode d'instruction) 
pour tous les sourds-muets sans exclusion des arriérés . » 



(1) Les American-Anwls de janvier 1886 annoncent la mort du 
D r Mac-Intire. Nous nous associons de tout cœur aux regrets expri- 
més par nos confrères d'Amérique sur la mort de cet homme de bien 
qui vient d'être enlevé à la tâche à l'accomplissement de laquelle 
il avait voué toute sa vie. 



— 20 — 

« La possibilité de la formation d'nne variété sourde du genre 
humain (par des mariages de sourds entre eux). » 

o La vie intime dans une institution de sourds-muets. » 

« Approbation cordiale de la pratique usitée comme devoir 
de justice dans certaines institutions de sourds-muets d'accorder 
demi-solde aux fonctionnaires et aux professeurs qui prennent 
leur retraite après avoir, durant de longues années, dépensé 
leurs forces au service de l'institution. » 

« Quel plan doit être recommandé aux comités de régents et 
aux gouvernements pour pourvoir aux besoins croissants de 
l'éducation des sourds-muets. » 

« En quelle proportion peut-on employer des professeurs 
sourds-muets dans nos écoles ? » 

« Est-il désirable de séparer les sexes dans la salle d'école ? » 

« Quel est le meilleur arrangement pour éviter tout contact 
entre les classes d'articulation et celles des signes ? » 

« Une division de l'autorité et de la responsabilité dans une 
institution est-elle à recommander. » 

Le congrès tenu à Faribault a été sans aucun doute un des 
plus intéressants. 

L'Institution de la Minnesota, fondée en 1863, a 148 élèves. 
Le directeur est M. J.-L. Noyés, docteur ès-arts. D'après la 
liste jointe au rapport, le nombre des sourds-muets entrés depuis 
la fondation jusqu'à présent est de 333, dont 100 sourds de nais- 
sance . 

D' A. W. Alings. 



Joseph C. Gordon. — Practical hinls to parents concerning the 
preliminary home-training of youngdeaf children. (Conseils pra- 
tiques aux parents pour l'instruction à donner dans la famille aux 
jeunes sourds-muets. In-8, 45 p. Washington, 1886.) 

Henry Winter Syle. (M'-A). — A retrospect of the deaf on 
the occasion of the Clerc eentennial commémoration. December, 
28 th. 1885. (Coup d'œil rétrospectif sur^ F éducation des sourds, à 
l'occasion du centième anniversaire de la'naissance de Clerc, 28 dé- 
cembre 1885. In-8, 36 p., Philadelphie. W. M. R. Cullingworth, 1886.) 



— 21 — 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

et de 
LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

Parle D> J. A. A. Rattel. 



(Suite) 

La liste des cornets et des appareils acoustiques ne se termine 
pas là. 

Jîous ne voulons pas les décrire tous. 

Il nous suffit d'en avoir donné une classification, et d'en avoir 
décrit les plus connus. 

Le lecteur, sans doute, en a vu d'autres, et ultérieurement 
ses recherches personnelles lui en feront connaître d'autres encore 
que nous aurions pu signaler. 

Nous en avons dit pourtant assez pour lui permettre d'enr 
trevoir avec nous que la diversité même et le nombre de ces 
instruments montrent bien que le problème de la prothèse au- 
riculaire est incomplètement résolu. 

Il faut faire de nouveaux efforts et chercher cette solution 
dans un sens que nous allons tâcher de déterminer. 

Il est trop évident qu'il est indigne du médecin éclairé de 
conseiller indifféremment aux malades sourds des instruments 
qui sont pour la plupart insuffisants. Ces instruments ont pour but 
de renforcer la parole. Mais la parole ne peut pas être renforcée 
comme un son simple qu'il s'agit de rendre plus intense. La 
parole est un bruit complexe. « C'est, comme le dit M. Gellé, 
une association de bruits éclatants et de sons faibles modifiés 
à chaque instant par l'accent, les repos, les arrêts, le silence, les 
interrogations, une foule de modes d'expressions depuis l'inter- 
jection jusqu'à la voix murmurée. » 

Ce qu'il faut ? C'est suppléer à l'élasticité perdue de l'oreille, 



— 22 — 

c'est rendre à celle-ci la souplesse, la vivacité dans ses mou- 
vements, son accommodation rapide, etc. Il faut aussi suppléer, 
par des dispositions les plus heureuses possibles, à ces désordres 
si variés qui rendent la surdité « centuple. » 

Pour cela, comme dans toute la chirurgie, — il faut recher- 
cher d'abord l'indication. 

Hippocrate disait : « l'indication est l'insinuation de ce qu'il 
faut faire pour traiter une maladie. » (Apfwrismes, sect. n, 
n" 48.) Cette définition nous paraît excellente, car elle exprime 
nettement l'impulsion 'secrète que reçoit le médecin qui observe 
les troubles présentés par le malade ; elle implique que le méde- 
cin connaît le fonctionnement physiologique de l'organe ; qu'il 
en a apprécié les désordres, et que par un effort de son esprit il 
a compris ce qu'il faut faire pour y ramener le jeu normal. C'est 
en recherchant l'indication que le médecin devient « le serviteur 
de la nature et son judicieux interprète, — Medicus naturœ 
minister et interjwes. 

Mais l'indication est-elle toujours possible ? Et si elle est pos- 
sible, en quoi consiste-t-elle ? 

Disons, tout de suite, que l'indication est possible dans la 
plupart des maladies de l'appai'eil de transmission de l'oreille. 
Elle existe dans les cas où la surdité résulte d'un désordre observé 
dans les conduits auditifs externes; elle existe dans certaines 
maladies de la membrane du tympan, et de la caisse où les osselets 
et les fenêtres sont en cause. On la trouve dans certaines 
maladies de la trompe, des cellules mastoïdiennes, etc. 

Toute indication disparaît quand la surdité tient à une lésion 
du labyrinthe ou à un trouble cérébral. 

En quoi consiste l'indication ? Cela est variable. Les condi- 
ditions de l'indication se rencontrent tantôt dans le rétrécisse- 
ment ou l'occlusion du conduit auditif, dans le relâchement ou 
la perforation du tympan, dans l'ankylose de l'étrier, dans l'obs- 
truction des trompes, dans le degré de la perception crânienne, 
dans l'état morbide des cellules mastoïdiennes, tantôt dans le 
jeu physiologique des parties constitutives de l'oreille, etc. — 
Ce n'est qu'une fois le désordre bien apprécié et le fonction- 
nement normal bien connu qu'on devra chercher à y suppléer 
par la prothèse. 



- 23 — 

Les plus récents comme les plus recommandables parmi les 
instruments que nous avons décrits sont ceux qui ont été con- 
çus d'après cette manière de voir, c'est-à-dire ceux qui répondent 
véritablement à une indication déterminée. 

[A suivre.) 



NÉCROLOGIE 



Nous avons le regret d'apprendre la mort du vénérable abbé, 
Louis Boselli, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Gênes. 
Successeur du Père Assarotti, M. l'abbé Boselli dirigeait cette insti- 
tution depuis 1829. Partisan convaincu des signes, il publia en 1880 
des notes au programme du Congrès international de Milan dans 
lesquelles on retrouve l'expérience du vieux praticien, le zèle de 
l'apôtre et le cœur du père pour ceux qu'il a entouré de ses soins et 
auxquels il a consacré plus de soixante années de sa vie. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 

Nos abonnés recevront, en même temps que le prochain numéro, 
les tables analytiques, les titres et couverture de la Revue biblio- 
graphique (l re année). 

Afin de faciliter les recherches, nous avons établi les tables en 
suivant l'ordre alphabétique des noms d'auteurs, ce qui permettra à 
nos lecteurs de trouver plus facilement les renseignements dont ils 
auraient besoin. 



Nous terminerons dans le prochain numéro l'étude si intéressante 
et toute d'actualité de notre collaborateur, M. le D r Rattel, sur les 
cornets acoustiques. 



-• 24 — 

Se conformant au programme qu'il traçait dans le n° 2 de la 
Revui bibliographique, notre excellent collaborateur publiera dans 
les numéros suivants de la Revue française une série d'articles où 
tous nos confrères trouveront les notions élémentaires nécessaires 
aux professeurs de sourds-muets sur le larynx, l'oreille, l'acous- 
tique, etc. Il tiendra en même temps nos lecteurs au courant des 
progrès qui pourraient s'accomplir dans ces diverses branches de la 
science dans leurs rapports avec l'enseignement des sourds-muets. 



Le manque de place ne nous permet pas de donner dans ce nu- 
méro la statistique des écoles françaises que nous avions annoncée ; 
elle sera publiée dans le numéro de mai, 



D'après une statistique que nous trouvons dans le ctinpte- 
rendu d'un Congrès de professeurs de sourds - muets tenu ù Lon- 
dres en 1885 et sur lequel nous nous proposons de revenir, le 
Royaume-Uni de Grande - Bretagne et d'Irlande comprenait en 
1885, 35 écoles de sourds-muets, non compris les School-Board de 
Londres, 2908 élèves (1570 garçons et 1338 filles) fréquentent ces 
divers établissements dans lesquels l'instruction est donnée par 
240 professeurs. 



Le Tidskrift for Dofétumskolan qui se publie à Stockholm donne 
également une statistique des écoles suédoises. La Suéde possède 
actuellement 17 écoles de sourds-muets avec 710 élèves (418 
garçons et 292 filles) et 83 professeurs. 



Pârll — lmp. P$lluard,r. St- Jacques, 225. 



SOMMAIRE DU N° I 



Théophile Denis. — Causerie. L'Instituteur de sourds-muets. 
M. Dupont. — Revue des Journaux étrangers. Les Annales 

Américaines des sourds-muets. 
D r A.-W. Alings. — Le Congrès de Faribault (États-Unis). 
D r J.-A.-A. Rattel. — Des Cornets acoustiques, etc. (suite). 
Informations. — Avis divers. 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
dos sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 

Adresser toutes les communications concernant, la rédaction à 
M- Bélanger, 9, rue des Feuillantines, Paris. 



La Bévue française de l'Education des scnirds-muels paraît 
le premier de chaque mois, à partir du 1 er avril 1886, dans le 
format de la Revue Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Nous prions nos abonnés de vouloir bien nous envoyer le 
montant de leur abonnement avant le 1 er juin. Passé cette 
époque, afin d'éviter tout retard dans l'envoi du Journal, nous 
ferons toucher l'abonnement par la peste, à inoins d'avis con- 
traire. 



Librairie Paul RITTI 

21, Rue de Vaugirard. — PARIS 
VIENT DE PARAITRE 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DBS SOURDS-MUETS (Congrès de Paria) 
Comptes - rendus Analytiques des séances 

Un volume, grand in-8 Prix . 4 f r. 

{Envoi franco par la poste) 

DES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

XSEtx* J. Hugentotoler 

Directeur de 1'Inslilulicm des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

l re année, un volume in-8 Prix 4 tV. 

{Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MKMBRANK DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

Ptrls — Imp. Pe//»an/,r. St-Jacques. 12}. 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 




tt 



REVUE FRANÇAISE 



DE h EDUCATION 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à Tlnctitution nationale des Sourds-Muets de Paris- 



Deuxième Année. — N° 2. — 1 er Mai 1886. 




PARIS 

Librairie Paul RITTI. 21, Rue de Vaugirard 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (P.), professeur à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, direeteur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio" 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muels de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Bercliem-Sainte-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel (D>), médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Rohart f l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des études 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 

M. C. Renz, Stuttgart (Wurtemberg). 

M" e Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 

M. Van-Praagh, directeur de l'Association for the oral instruction of the Deaf and 
Dumb. Londres. 

M. Villabrille, directeur du Collège national des Sourds-Muets et des Aveugles de 
Madrid. 



La Revue française de V Education des sovrds-muels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bibliographique . 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 

Adresser toutes les communications, à M. BÉLANGER, 9, rue des 
Feuillantines, Paris. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Education des Sourds - Muets 
î<"> année. — N° 2 Mai 1886 



CAUSERIE 



Les Sourds-Muets et les Beaux-Arts 



Quelle que soit la nature de la question qui sollicite votre 
examen, dans le vaste programme de l'éducation du sourd-muet, 
ne vous semble-t-il pas, au moment où votre esprit s'engage 
dans la voie du travail, qu'une grande et patriotique figure se 
dresse tout à coup devant vous, souriante et tutélaire, et vous 
impose en quelque sorte sa collaboration ? 

Pour moi, je ne puis me soustraire à cette apparition, chaque 
fois que je hasarde un pas sur le domaine jalousement gardé 
par le génie de son vrai conquérant : Michel de l'Epée. 

Son doux fantôme est là, sur le seuil, me demandant pa- 
ternellement où je vais et, sur ma réponse, m'indiquant le droit 
chemin. 

C'est ainsi que je devrai encore à cette inéluctable vision le 
premier mot de cette causerie. 

Et pourtant n'auriez-vous par cru que s'il y avait au moins 
une chance d'échapper à l'aimable tyrannie de notre illustre 
maître, on la dût trouver dans une promenade à travers les 
Beaux- Arts, même en compagnie des sourds-muets ? 

Erreur. — Ah! vous voulez démontrer (il me semble l'en- 
tendre) que l'intelligence du sourd-muet n'a rien, en moins ou 
en plus, qui la différencie de l'intelligence du premier venu ; 
que l'une et l'autre sont subordonnées, dans leur germe et dans 
leur floraison, à de communes lois, et que si, chez le sourd- 



— 26 — 

muet, et à mesure égale, l'intelligence se débat fatalement dans 
une somnolence plus prolongée, elle n'en parvient pas moins, 
cultivée et réchauffée, à s'épanouir largement et dans la pléni- 
tude que comportait son état originel ? Cette intelligence long- 
temps niée, douteuse encore pour l'ignorance, vous voulez la 
montrer se prêtant au développement le plus raffiné et pre- 
nant son vol vei"s les hauts sommets de l'art ?... 

Mais voilà plus d'un siècle que je vous l'ai dit : 

« II n'est point d'art libéral que les sourds-muets ne puissent 
exercer avec distinction. » 

A l'appui de cette affirmation, à laquelle il donne la fière 
allure d'un axiome, le bon abbé rapporte ce fait : 

« Un très habile architecte, bien connu de M. le premier 
Président Mole, m'a dit lui-même qu'étant entré dans l'atelier 
d'un sculpteur où il y avait plusieurs ouvriers, il n'avait pu 
faire comprendre sa pensée qu'à un seul d'entre eux. Or c'était 
un sourd-muet de naissance qui venait prendre mes leçons » 

H est à remarquer que ces lignes ont été écrites en 1773, par 
conséquent treize ans après les débuts de l'abbé de l'Epée dans 
la carrière d'instituteur de sourds-muets. Ses élèves ne pou- 
vaient pas avoir produit à ce moment-là des œuvres dont la 
valeur confirmât d'une manière bien éclatante le jugement qu'il 
formulait avec tant d'assurance. Le jeune homme auquel il fait 
allusion, et en qui Degérando a vu non sans raison le statuaire 
Deseine, n'avait encore exécuté rien de remarquable : ni le 
buste du vénérable apôtre (qui date de 1786), ni surtout celui 
de Mirabeau, qui ne fut mis au concours que le 3 avril 1791. 

De l'Epée s'avançait donc légèrement ?. Ou bien il parlait 
avec la foi un peu téméraire du prophète ? — Nullement, son 
dire reposait tout naturellement sur l'intuition. Le peu que lui 
montrait le présent lui suffisait pour lire clairement dans 
l'avenir. Son raisonnement était bien simple : « Le sourd- 
muet fait ceci, il ne peut pas ne pas faire cela. Et pourquoi, 
je vous prie, s'arrêterait-il ? Son intelligence vaut celle de tout 
le monde. » Il l'avait dit : « Sourd-muet, sois mon égal. » 

Il n'est pas probable que sa conviction lui ait été inspirée par 
les rares exemples du passé. Si le souvenir lui en était revenu, 



— 27 — 
.... 



il n'eût pas manqué, ce me semble, d'appeler notre attention, 
sinon sur Pédius, tout au moins sur Fernandez Navarrete. 



Puisque ces deux noms se présentent sous ma plume, je m'y 
arrêterai un instant pour exposer les quelques observations qu'ils 
m'ont suggérées chaque fois que je les ai rencontrés. 

Ambrosio de Morales, historiographe de Philippe II, rendant 
hommage au talent de son contemporain, le P. Pedro Ponce 
« cet Espagnol, dit-il, qui a enseigné à parler aux sourds-muets 
au .moyen d'une méthode accomplie dont il était l'inventeur, » 
s'écrie dans son enthousiasme, d'ailleurs fort légitime : 

« Si un Romain eût entrepris et conduit aussi loin pareille 
tâche, quels termes eussent paru à Pline assez pompeux, quel 
panégyrique suffisant pour célébrer l'invention ? ». 

Il me semble que Morales n'a pas été très heureux dans son 
apostrophe, et qu'il eût été passablement embarrassé si Pline et 
les Romains avaient répondu à son évocation. 

Il ignorait donc que précisément un Romain avait entrepris 
la tâche d'instruire un sourd-muet, et que Pline lui-même avait 
relevé le fait? 

Pline, il est vrai, se borne à vanter l'élève, sans désigner 
malheureusement l'antique instituteur à l'admiration de la pos- 
térité. 

En effet, venant à parler de quelques artistes d'un rang dis- 
tingué {de pictoribus romanis), il interrompt son énumération 
pour consigner cette intéressante particularité : 

« Je ne puis omettre ici une décision célèbre des premiers 
personnages de Rome relativement à la peinture. Q. Pédius, 
petit-fils de Pédius, citoyen honoré du triomphe et du consulat, 
nommé par César co-héritier d'Auguste, était muet de naissance 
Iquum naturamutus esset...). Messala, parent de son aïeule, pro- 
posa de lui faire apprendre la peinture, et Auguste approuva 
cet avis. L'enfant mourut après avoir fait de grands progrès 
dans cet art. » 



— 28 — 

Je regretterai toujours, non pas pour le futile plaisir de con- 
fondre Morales, mais pour des raisons d'un ordre plus élevé et 
qui se rapportent à l'histoire de l'éducation des sourds-muets, 
que Pline n'en dise pas davantage. 

Cependant, malgré le défaut de renseignements, je suis porté 
à conclure du cas de Pédius que, dans l'antiquité comme au 
xvi e siècle, on trouvait des instituteurs pour les sourds-muets 
riches ou de noble origine. Car j'admets difficilement que le 
jeune Romain ait été remis tout simplement aux soins d'un pro- 
fesseur de peinture avanttoutepréparationintellectuelle.avantde 
savoir un mot de sa langue. — Je ne fais que. poser la question. 

Elle est du reste en dehors de mon sujet, et elle m'entraînerait 
d'abord à parler de cet art de la mimique qui jouissait de tant de 
faveur à Rome au temps de Bathyle et de Pylade, et que cinq 
à six siècles plus tard Cassiodore rappelait eu ces termes : 
« C'est un langage muet qu'a inventé la muse Polymnie pour 
apprendre aux hommes qu'on peut exprimer ses pensées sans 
le secours de la parole. » 

Néanmoins, je no puis m'empêcher de faire remarquer que 
des éducations isolées de sourds-muets ont eu lieu, laissant à 
jiart l'Espagne : en Angleterre, au VII e siècle (Bède le Véné- 
rable, Ecchsiasticce historié gentis Anghrum) ; en Allemagne, 
au xv e siècle (Rodolphe Agrico\a, De invenlionè dialectica) ; sans 
parler des théories lumineuses du philosophe italien Jérôme 
Cardan {Paralipomenon, etc.) qui vivait au xvi e siècle. 

En cherchant bien, on en trouverait sans doute dans tous les 
temps. C'est l'avis de Degérando : ce D'autres exemples du 
même, genre, dit-il, peuvent avoir eu lieu en d'autres pays, à 
d'autres époques, sans trouver un Agricola pour les observer et 
nous les redire. » 

Les Pierre Ponce n'ont peut-être pas manqué, ceux qui ont 
eu pour élèves — ainsi que le déclare dans son inconsciente 
vanité le moine d'Ona — « des sourds-muets de naissance, 
issus de grands seigneurs ou .de personnes de marque. » On les* 
a payés et ils sont tombés dans l'oubli. 

Certes, on eût déjà retrouvé tous les instituteurs de sourds- 
muets, ou plutôt on n'eût jamais perdu leurs traces, s'ils avaient 
pu tenir ce langage que devait faire entendre l'abbé de l'Epée 



— 29 — 

« Les riches ne viennent chez moi que par tolérance ; ce 
n'est point à eux que je me suis consacré, c'est aux pauvres. » 

De telles paroles défient les ténèbres des âges ; elles éclairent 
tous les temps comme le soleil éclaire les espaces. Voilà ce qui 
rendra toujours incomparable la gloire du grand instituteur 
français ! 

* 
* # 

Par un étrange effet du hasard, les récits des biographes sur 

les commencements de l'éducation du célèbre peintre Fer- 

nandez Navarrete, dit el Mudo, sont tout aussi énigmatiques que 

celui de Pline à l'égard de Pédius. 

(A suivre.) 

Théophile Denis. 



STATISTIQUE 

Des Institutions Françaises pour l'Enseignement spécial 
des Sourds-Muets 



Nous publions aujourd'hui, et nous reproduirons chaque 
année, avec les changements nécessaires, une. statistique de 
nos écoles spéciales. 

En résumé, le tableau suivant montre que la France compte 
maintenant 70 écoles, avec une population de 3655 élèves ; 
trois Institutions nationales : Parts (garçons) ; Bordeaux {fiïïesy, 
Cbambéry (ancienne Institution royale de Savoie, et 67 insti- 
tutions départementales ou privées. 

D'après le rapport que vient de publier M. 0. Clavean, ins- 
pecteur général des établissements de bienfaisance (1), on peut 
affirmer que la presque totalité des enfants sourds-muets en 
âge de scolarité bénéficie de l'instruction qui leur est offerte. 

Nous adressons nos plus sincères remerciements à M. 0. Cla- 
veau pour tous les renseignements qu'il a bien voulu nous 

fournir afin de dresser une statistique exacte et fidèle. 

Ad. B. 

(1) Revue Bibliographique, l rc année, n° 6, page 87. 



INSTITUTIONS 



Albi (Tarn) 

Alençon (Orne) f 

Angers (Maine-et-Loire) 

Angoulême (Charente) 

Annonay ( Ardèche) 

Arras (Pas-de-Calais) 

Aurillac (Cantal) 

Avignon (Vaucluse) {filles) 

— — [garçons) (2) 

Bordeaux (Institution nationale) .... 

Bordeaux {garçons). 

Bourg (Institution du Bel-Air) 

Bourg (Institution de Brou) 

Bourg-la-Reine 

Bourogne (près Belfort) 

Caen 

Chambéry (Institution nationale). . . . 

Chartreuse d'Auray (la) Morbihan 

Chaumont (Puy-de-Dôme) 

Clermont-Ferrand, {garçons) 

Clermont-Ferrand {filles) 

Currière (Isère) 

Déols (par Châteaurcux) (Indre) 

Elbeuf 

Fontainebleau 



FONDATEURS 



M. l'abbé Treilhou 
M. l'abbé Lebecq 
M" e Charlotte Blouin 
M. E. Lagrange 

M !ie Dulair 

M' no Cavailhac, supérieure des 

Dames de la Sainte-Famille 
Sœur Marie du Divin-Cœur 

M sr Champion de Cicé 

M. Fabbé Gaussens 

M gl Chalandon, évêiniede Belley 

M. l'abbé Subtil 

Relig 8eB de N.-D. du Calvaire 

M. Mettenct 

M. l'abbé Jamet 

M Ue Barthélémy 

M. l'abbé Légal 
M. Dessaigne 
Frères de Saint-Gabriel 
M. d'Aubières (maire) 
KR. PP. Chartreux 
M. l'abbé Damourette 
M. Capon 



(1) Le mot méthode orale pure n'implique pas que tous les élèves de l'établis 
ment soient instruits actuellement par la parole ; mais veut dire uniquement < 
désormais tous les élèves entrants recevront l'instruction par la méthode orale in 
Lors de la transformation de méthode, les élèves en cours d'instruction continuer 
leurs études par l'ancienne méthode ; il est juste de noter cependant que pltisie 



3IRECTI0N ACTUELLE 


03 O 1 

S c 

5 


simnite 

Carrons 

16 


»'ÉLÈYES 

Filles 


MÉTHODE 

employé ? 


DURÉE DES BOURSES 

accordées 
par les départements 


du Bon Sauveur 


Hélhodc orale pure 


6 à 7 ans. 


ic Bodin s r s r8 delà Providence 


7 


15 


24 


id. (1) 


6 ans. 


le. la Charité dcS e -Marie 


9 


23 


24 


id. 




E. Lagrange 


2 


» 


■ — 


id. 




de la Providence 


2 3 


— 


G 


id. 




de St-Vincent de Paul 


10 


54 


33 


id. 


Pas-de-Calais, 6 ans. 


Be la Sainte-Famille 


4 


11 


19 


id. 


6 ans. 


tu Bon Pasteur 


2 


— 


5 


Ancienne méthode 




l'abbé Griraaud 
Cuvé-Esgaris 


2> 


15 


197 


Méthode orale pure 


7 ans. 


jjibé Gaussens el F 3 de Sl-Gaèricl 


O 


7& 


— 


id. 


8 ans. 




— 


20 


— 


id. 




de la Providence 


3 


— 


23^ 


id. 


6 ans. 


de N.-D. du Calvaire 


7 6 


— 


47^ 


id. 


Pas de bourses départ'™. 


Mettenet 


2 


9 


11 


id. 


Belfort, 8 ans ; Doubs, 5 
ans; Hte-Saône, b ans. 


iu Bon Sauveur 


8 


25 


25 


id. 


Une boutse, 5 an*. 


Eaudard 


6 


65 


_ 


id. 


C an=. 


lu Sacré-Cœur 


3 


-4' 


29-* 


id. 


6 an=. 


■b la Sagesse 
glu Sacré-Cœur 


87 

—3 


21" 


73^ 


> id. 
id. 


Morbihan, lOans; Loire- 
Infér. 8 »ns;Vendée,6 aus 


de Saint-Gabriel 


4 


27* 


5 


id. 


Puy de-Dôme, 6 ans ; 
Corrèze, 7. 


iu Bon Pasteur 


4 


— 


47 


id. 


6 ans. 


■e Saint-Gabriel 


5< 


50 


— 


id. 




te la Charité de Bourges 


2 





8 


id. 


Indre, 8 ans. 


Capon 


—3 


11*1- 


id. 




Fleury 


— 


_ 


9 


Méthode phonoraim 





lissements opérèrent avec succès une transformation radicale en appliquant tous 
s élèves à l'étude de l'articulation. Les institutions dans lesquelles le cliange- 
t a été fait en 1880 n'ont plus ou ont très peu d'élèves qui soient encore 
puits à l'aide des signes. 
I) En remplacement de Villeneuve-lès-Avîgnon. 



Gap , 

Gramat (Lot) 

Laon (Aisne) 

Larnay près Poitiers . . 

Laval 

Lille Ronchin {garçons). 

— (filles) 

Limoges {Externat) . . 
Lyon 



Marseille 

Moingt près Montbrison (Loire) . 

Montpellier , 

Nancy La Malgrange (près) 

Nantes 

Nogent-le-Rotrou. 



Oloron (Basses-Pyrénées) . . 

Orléans {garçons) 

— {mie») 

Paris (Institution nationale). 



— (Institution Dubois) 

— (Institution Houdin) 

— et Rueil (Institution Pereire).. . 

— (Institution Renard).. 

— (Externat rue Saint-Hyacinihe). 

Pelousey (Doubs) 

Poitiers 

Ponsan-Soubiran (Gers) 

Pont-1'Abbé-Picauville (Manche). . . 



Sœurs de la Providence 

Inst. transférée de St-Bédard-les-Soissons 

Le Père Deshays 

M" e Legentil 

M. Massieu (sourd-muet) 

id. 

Ville de Limoges 
M. Comberry (sourd-umet> 
M. Hugentobler 
M. Bernard 
M. l'abbé Dessaignes 
S r Chagny de St-Vincent-de-Paul 
M. Piroux 
M. Homphry 
M. l'abbé Beulé 

M" c Larrouy 
M. l'abbé Laveau 
Sœurs de la Sagesse 
L'abbé de l'Épée 

M. Dubois père 
M. Houdin 
MM. Pereire 



Père Deshays 
M me de Riou 



DIRECTION ACTUELLE 



S rs de la Providence 
S™ du Calvaire 
S 1 '" de la Sagesse 



F™ 9 do Saint-Gabriel 
S™ de la Sagesse 
M. Camailhac 
M. Forestier 
M. Hugentobler 
M. l'abbé Dassy 
S re Franciscaines 
fe™ de St-Vincent de Paul 
S ra de Saint-Charles 
F res de Saint-Gabriel 
Ch» e Percebois et S rs de 
l'Immaculéc-Conception 
M 1,e Larrouy 
F re9 de Saint-Gabriel 
b ra de la Sagesse 
M. Javal 

M. B. Dubois 

M mo Houdin 

M. Magnat 

M rae Renard 

S ra de St-Vincent de Paul 

S r9 de la Sagesse 

F res de Saint-Gabriel 

S re du Bon Sauveur 



« S 
PQ 01 « 



3 
3 
6 
8 
8 
8 
7 

4 
4 
7 
2 
5 
8 
7 



4 

4 

25 



MINE MUTES. 



G irions Filles 



21 



28 
84 



33 
26 
38 

25 
54 
70 

14 

6 

45 

285 

4 
18 
53 
11 



70 



21 



élèves 
21 
72 
71 
28 

70 

31 
8 
25 
20 
36 
54 



17 

élèves 

44 



élèves 
23 



11 
40 

25 
15 



MÉTHODE 

employée 



Méthode orale pure 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

Ancienne méthode 

Uéthode orale pure 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

Ancienne méthode 

Méthode orale pure 

id. 

id. 

ancienne méthode 
Méthode orale pure 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 



DURÉE DES BOURSES 

accordées 
par les départements 



Hautes-Alpes, 6 ans. 

7 ans. 

Aisne. 7 ans ; les autres, 
6 ans. 

7 ans. 
7 ans. 
7 ans. 
Nord, 7 uns. 



Rhône, 8 ans; Saône-et- 
Loire, S ans et 7 ans. 

8 ans. 

Pas de bourses départ 1 ". 

7 ans. 



Loire-Inférieure, 7 ans; 
Vendée, 6 ans. 



8 ans. 



Loiret et Nièvre, 8 ans; 
Loir-et-Cher et Cher, 7 

Loiret, 8 ans;lesiutres, 7 
7 ans. 



Doubs, 7 ans ; Jura, 6 ans. 

Haute-Saôue, A ans. 
7 an-. 

7 ans. 

7 ans. 



INSTITUTIONS 



Le Puy {garçons) , 

— (filles) , 

Rillé-Fougères (Ille-et- Vilaine) 

Rodez , 

Rouen 

Saint-Brieuc 

Saint-Claude-lès-Besançon 

Saint-Étienne (garçons) 

— {filles) 

Saint-Laurent-en-Royans (Drôme). 

Baint-Hippolyte-du-Fort (Gard) . . . 

Saint-Médard-lès-Soissons 

Toulouse (garçons) 

— (filles) ; 

Veyre-Monton (Puy-de-Dôme) 

Vizille (Isère) 



FONDATEURS 



M Ue Barthélémy 

M. l'abbé Letaillandicr 

M. l'abbé Perier 

M. l'abbé Lefebvre 

M. l'abhé Garnier 

M. l'Abbé Breuillot 

M. Comberry (sourd-muet) 

Sœur Sainte-Annc-Perrin 

M. Kilian 

M. l'abbé Dupont 

M. l'abbé Chazottes 

Le Père Flavien 

M" e Galien (sourde-muette) 



q i 

(H 



1818 

1846 
1814 
1835 
Î838 
1824 
1815 



1856 
1840 
1826 

1866 
1838 



70 Institutions 



Enfants sourds-muets élevés dans les écoles primaires 
d'entendants (Méthode Grosselin) , 





DIRECTION ACTUELLE 


e 
g S 

«ii! 

o o 


nomme 

tiarcops 

25 


D'ÉÙTtS 
Filles 


MÉTHODE 

employée 


DURÉE DES BOURSES 

accordées 
par les départements 




F re3 du Sacré-Cœur 


4 


Méthode orale pure 


8 ans. 




S™ de la Présentation de Sle-Harie 


2 


— 


28 


id. 


Haute-Loire, S ans. 




S" Adoratrices de la Justice de Dieu 


9 


28 


23 


id. 


7 an?. 




M. l'abbé Roquette 


6 


20 


22 


id. 


8 ans. 




M 1,e Lefebvrc 




29 


22 


ii. 






M. l'abbé Bertho 


10 


55 


36 


id. 


7 ans. 




F re Bomule des Ecoles chrétiennes 


10 


71 


— 


id. 


7 ans. Hante-Saône, 5 . 




F rc Vimin des Ecoles chrétiennes 


7 


68 


— 


id. 


6 ans. 






7 


— 


69 


id. 


6 ans. 




S ra Franciscaines 


4 


36 
28 


54 
28 


Ancienne méthode 
Méthode orale pure 


6 ans. 




M. le Chanoine Bourse 
Ch ne Dubagon el F re " de St-Gabriel 


7 

7 


69 
85 


— 


id. 

id. 


Aisne, 7 ans; les autres 
départements, 6 ans. 

7 ans. 




S rB de la Sagesse 


4 


— 


50 


id. 


7 ans. 




S rs Franciscaines. 


5 


— 


42 


id. 


6 ans. 






4 




21 


td. 


7 ans. 



3.461 Elèves. 

Garçons. Filles. 

Paris ,. .... 56 49 

Départements 52 37 194 

Total général 3.655 Élèves. 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



BELGIQUE 



L'Enseignement du Calcul 

Rekenboekje voor doofstommen scholen door J. Ho- 

gerheijde. — Petit livre de calcul pour les écoles de sourds- 
muets : 

l re partie. Nombres de 1-20, 1 vol. in-8 de 79 p. 

2 e partie. Nombres de 1-100, 1 vol. in-8 de 104 p. 

Imité librement de l'ouvrage de F. Hilger, par .T. Hogehhkij.dk, 
professeur en chef à l'Institut des sourds-muets d'Anvers. (An- 
vers, 1885), en langue flamande. 

Le livre que, vient de publier sous ce titre, M. Rogerheijde, 
l'un des instituteurs de sourds-muets les plus distingués de la 
Belgique, pourra être consulté avec fruit, aussi bien par les 
professeurs d'enfants entendants que par les personnes vouées à 
l'enseignement spécial que l'auteur a eu en vue. Nous nous per- 
mettons en effet, et c'est là un éloge, de donner à son travail 
une portée plus étendue que M. Hogerheijde ne l'a fait dans la 
préface du premier volume. Au fond, les procédés à suivre vis- 
à-vis d'élèves sourds-muets ne diffèrent que peu oU point de 
ceux qu'il y a lieu d'employer dans les .écoles ordinaires. Les 
enfants entendants qui abordent l'étude du calcul n'ont pas, 
dans cette branche d'enseignement, une avance sensible sur les 
jeunes sourds-muets, et ne sont guère plus initiés que ceux-ci, 
à part la connaissance des premiers noms de nombre, à l'usage 
du vocabulaire, bien restreint d'ailleurs, que comportent les 
explications à donner. L'expérience fait reconnaître que les 
sourds-muets atteignent très aisément à l'effort d'intelligence 
nécessaire pour passer de l'intuition des nombres concrets à la 
notion des nombres abstraits, que les combinaisons des nombres 



— 37 — 

entre eux sont très facilement accessibles à leur esprit. On 
arrive même très rapidement à leur donner d'une façon précise 
et raisonnée la notion fondamentale de dizaine, de centaine, 
c'est-à-dire à les conduire plus loin sous ce rapport que ne pa- 
raissent oser le faire MM. Hilger et Hogerheijde. Il suffit d'éta- 
blir devant eux, par exemple, l'équivalence d'une dizaine de 
pièces de 1 centime avec une pièce de 1 décime, d'une dizaine de 
décimes avec 1 franc, et les occasions à prendre pour leur 
donner l'intuition de cette équivalence ne manquent pas . 

L'ouvrage du directeur de l'Institution d'Eberfeld, M. Hilger, 
développé sur certains points par M. Hogerheijde, enrichi par 
l'instituteur d'Anvers d'un grand nombre de problèmes et d'ap- 
plications, a principalement pour but, le premier volume sur- 
tout, de former les élèves au calcul de tête. Les exercices qu'il 
contient sont destinés à prendre place de très bonne heure dans 
l'enseignement. « Aussitôt, dit l'auteur, que les petits élèves 
sont en état de prononcer distinctement les noms de nombre, 
c'est-à-dire à peu près à la fin du premier semestre de séjour 
dans l'école, la langue parlée est mise au service de l'étude du 
calcul. » {Préface du 1 er volume, p. 4), 

La méthode générale, analogue à celle de Grube, consiste à 
limiter d'abord les opérations qu'on enseigne à une série très 
peu étendue de nombres simples : 1 à 5, 1 à 10, 1 à 20, mais à 
faire exécuter sur ces nombres toutes les opérations élémentaires 
de l'arithmétique, à ébaucher même la division à la fin du cours 
que représente le premier volume. Ainsi, par exemple, l'ensei- 
gnement de la soustraction suit de si près celui de Yaddition 
dans le plan de M. Hogerheijde que l'auteur a pu dire : « Dès 
que les élèves savent faire l'addition d'une unité, je leur apprends 
aussi à faire une soustraction d'une unité. J'ai toujours suivi 
cette marche, ajoute-t-il, et j'ai eu constamment à m'en ap- 
plaudir. » 

Les exercices méthodiques qui servent de base à tous les 
autres présentent de plus ce caractère particulier de mettre suc- 
cessivement en jeu avec un même nombre une série continue, 
croissante ou décroissante, de nombres liés au premier par les 
relations qu'implique chacune des opérations d'arithmétique. 



— 38 — 

Exemple : 

10 + 8, 11 + 8 17 + 3 

17 + S, 16 + 8 10 + 3 

20 — 5,19 — 5 15 — 5 

15 — 5, 1,6 — 5 20 — 5 

Ces exercices alternent, bien entendu, avec d'autres plus 
variés au point de vue du choix des nombres successifs ou qui 
entraînent l'application de plusieurs règles différentes : 9+7 — 3 
par exemple, Il est évident que les élèves dirigés suivant la mé- 
thode que recommande M. Hogerheijde devront se trouver tout 
spécialement familiarisés avec les décompositions de nombres et 
avec l'usage des compléments à 10 qui jouent un rôle si cons- 
tamment utile dans la pratique du calcul. 

O. Claveau. 



ÉTATS-UNIS 



Edward Allen Fay. Index to the ! American annal» of the deaf 
and dumb vols xxi-xxx, 1876-1885, in-8, 97 p. Washington, D. C, 
1886. 

En 1880, paraissait pour les American Ànnals, un index des 
vingt premiers volumes (1847-1875). 

L'éditeur de cette publication si intéressante vient de nous 
donner une deuxième table analytique comprenant la période 
de 1876-1885. Divisé en deux parties, cet index comprend 
d'abprd, par ordre alphabétique de noms d'auteurs, un relevé 
de tous les travaux parus durant cette période de dix années ; la 
deuxième partie donne, également dans l'ordre alphabétique et 
de sujets traités une longue énumération de tous les travaux 
et de noms d'auteurs analysés de tous les ouvrages annoncés. 

Ce travail sera fort utile à tous ceux qui possèdent la collection 
du journal américain. Il permet également de se reporter au 
premier index publié en 1880, en indiquant la page dé ce tra- 
vail où le lecteur trouvera des indications sur le même sujet,- 
sur le même auteur. 



— 39 — 

Personnellement, nous n'avons éprouvé qu'un regret en re- 
cevant ce consciencieux travail, c'est de ne pas avoir la collec- 
tion de notre confrère d'outre-mer; ceux qui auront reçu cet 
index seront certainement de notre avis. 

Ad. B. 



FRANCE 



Société d'assistance et de patronage pour les sourds-muets pauvres 
du département du Rhône et des départements voisins. Compte- 
rendu de l'exercice 1884-85, in-8, 20 p. Lyon-Lavaissière, 1886. 

Dans le n° 5 de la Revue Bibliographique, nous avons déjà 
rendu compte de la 3 e assemblée générale de" cette Société de 
bienfaisance. Le rapport actuel contient de plus un compte- 
rendu de la distribution des prix de l'Ecole de Lyon, dirigée 
avec tant de zèle par M. Hugentobler. Pendant la dernière 
année scolaire, les classes ont été fréquentées par 40 élèves. 

Société universelle des Sourds-Muets, fondée en 1858 et réorganisée 
en 1867. Compte-rendu du banquet du 23 novembre 1884, à l'oc- 
casion du 172° anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Epée. 
In-8, 19 p. Paris. 1885. 

Troisième Congrès pational, pour l'amélioration du sort des sourds- 
muets. Congrès de Pakis, tenu du 4 au 6 août 1885, sous le patro- 
nage de M. le Ministre de l'Intérieur. Comptes-rendus analytiques 
des séances publiées par les soins du bureau. Gr. in-8, 135 p. 
Paris, P. Eitti, 1886. 

Le premier Congrès national français fut tenu à Lyon 
en 1879; le deuxième, à Bordeaux, en 1881. Le compte-rendu 
qui vient de paraître est celui du troisième Congrès national, 
tenu à Paris l'année dernière. 

Nous avons déjà donné, dans le n° 3 de la Revue Bibliogra- 
phique, les résolutions prises dans cette assemblée . Le compte- 
rendu officiel contient les différentes circulaires envoyées aux 
instituteurs français. Outre les débats et les mémoires lus au 
Congrès, il renferme encore sept mémoires dont il n'a pu être 
donné lecture : de M- Gaillard, sur la 2 e question du pro- 



— 40 — 



gramme; de MM. Arnold de Northampton, Magnat et frère 
Narcisse sur la 3 e question ; de M. Grosselin sur la 4°, et de 
MM. Ad. Bélanger et Mettenet sur la 5 e . 



Revue Bibliographique internationale de l'éducation des sourds- 
muets et des sciences qui s'y rattachent, publiée sous la direction 
de M. Ad. Bélanger. 1™ année, in-8, 104 p. Paris, P. Kitti, 
1886. 

Pendant la première année qui vient de finir, la Revue Biblio- 
graphique a signalé ou analysé plus de 150 ouvrages français et 
étrangers se rapportant à l'enseignement des sourds-muets et 
ayant parus depuis le Congrès de Bruxelles en 1883. 



F. M. B. Méthode d'articulation ' et de lecture sur les lèvres, à 
l'usage des institutions de sourde-muets. Démutisation. Grand 
format in-plano double carré, 56 X 80 (même texte que le format 
în-12).i Livre-tableau, solidement cartonné. Prix : 15 francs. Ta- 
bleaux isolés, destinés à être collés sur toile ou sur carton. La 
collection, prix : 5 francs. Procure général des Frères de Saint- 
Gabr-iel, à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée). 1886. 

Nous avons déjà signalé le consciencieux travail qu'a publié, 
l'année dernière, le Frère M. B. (Méthode d'articulation, etc.). 
Le livre que nous indiquons aujourd'hui est une méthode ra- 
tionnelle d'articulation pour Vèlève. Il ne contient guère que 
des exercices abstraits destinés à assouplir les organes vocaux 
du jeune sourd-muet. (On sait que l'enfant est ensuite amené à 
la lecture courante au moyen d'un petit ouvrage spécial inti- 
tulé : « Clé de la lecture », et dans lequel sont présentées suc- 
cessivement toutes les règles de la prononciation.) 

Malgré ses grandes dimensions, le Livre-Tableau est très 
commode : posé sur un simple chevalet à dessin, dont on a 
préalablement allongé la planchette-support, et auquel on a 
ajouté à la partie supérieure une petite traverse en bois pour 
maintenir la rigidité du cartonnage, il se tient parfaitement 
ouvert. 

Sous le rapport de la typographie, de la force du papier et 
de la solidité du cartonnage, ce livre, qui ne compte que 



— 41 — 

23 feuilles ou 46 pages, ne laisse rien à désirer. Les caractères 
sont assez gros pour être vus facilement par une dizaine d'en- 
fants à la fois. X. 



VARIÉTÉ 



Le testament d'une sourde-muette. 



La cour d'appel de Douai vient d'avoir à se prononcer dans 
une très intéressante affaire : il s'agissait de savoir si une 
sourde-muette avait réuni les conditions nécessaires pour faire 
un testament. 

Dans le courant de 1883, mourait à Estaires la dame Céles- 
tine Charles, instituant comme légataire universel son mari, 
J.-B. Pruvost. Celui-ci mourut le 3 septembre 1884, léguant 
toute sa succession à la dame Célestine Fruchart, épouse Pierre 
Cocq, cultivateur à Estaires. Cette dernière était donc actuel- 
lement détentrice de toute la succession de la dame Célestine 
Charles . Deux testaments successifs instituaient Pruvost léga- 
taire universel de la dame Célestine Charles : un testament 
mystique du 12 juin 1874 et un testament olographe du 8 sep- 
tembre 1875. 

Les héritiers naturels de la défunte querellaient de nullité 
les deux testaments, attendu que la dame Célestine Charles 
était sourde-muette de naissance, et que, si elle savait copier 
les caractères, elle n'aurait jamais su exprimer par écrit une 
pensée personnelle, qu'elle n'a donc jamais su écrire et par suite 
réaliser le vœu de la loi. 

Il a été établi, d'autre part, que la testatrice a fait un séjour 
de treize mois à Lille, dans la maison des sourds-muets et un 
séjour de six mois à Fromelles. 

D'après les requérants, la capacité acquise par elle, de tracer 
des caractères écrits, ne saurait supposer l'intelligence du texte 
écrit, le peu de durée des exercices ne lui ayant donné qu'une 



— 42 — 

éducation de la main, bornée à l'imitation mécanique du carac- 
tère. 

En conséquence, ils se sont adressés au tribunal de première 
instance d'Hazebrouck, pour obtenir la déclaration de nullité 
des deux testaments et pour entendre les époux Cocq, condam- 
nés à délaisser incontinent l'hérédité de la dame Célestine Charles. 

Le tribunal de première instance les ayant déboutés de leurs 
prétentions, les requérants sont venus, en appel, devant la pre- 
mière chambre. 

Les juges de Douai, — ayant, comme ceux d'Hazebrouck, 
considéré que la dame Célestine était douée d'une grande intel- 
ligence, qu'elle avait rédigé devant sept témoins le testament 
mystique sans l'aide d'aucune formule, ni l'assistance de qui que 
ce soit, et que les dispositions qu'elles a prises sont l'expres- 
sion évidente de ses aversions et de ses affections, — ont con- 
firmé purement et simplement le jugement de première instance, 
et condamné les demandeurs aux dépens. 



DES CORNETS ACOUSTIQUES 

et de 
LEUK EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

Parle D 1 J. A. A. Rattel. 

{Suite) 

Les cornets et appareils acoustiques sont, nous l'avons dit, 
mis en usage par les personnes atteintes de surdité quand la 
guérison de celles-ci est au-dessus des ressources de l'art. 

Leur rôle ne se termine pas là. 

On peut, en effet, entrevoir aussi la possibilité d'améliorer, 
— dans certains cas, — la situation des sourds-muets en utili- 



— 43 — 

gant ces instruments. Ils peuvent, nous allons le voir, servir 
au traitement médical de la surdi-mutité. 

La surdi-mutité est, on le sait de reste, congénitale ou acci- 



La surdi-mutité accidentelle ou acquise ne s'accompagne pas 
de désordres si profonds que la précédente. Aussi, la surdité' 
dans ce cas, est-elle généralement moins absolue, moins com- 
plète ; et parmi les sourds-muets acquis, il y en a un grand 
nombre chez lesquels on retrouve un certain degré d'acuité au- 
ditive. Les uns entendent les claquements de mains, un cri 
poussé près des oreilles, une voix forte, etc. ; les autres dis- 
tinguent les voyelles et les répètent ; enfin, ceux-là répètent des 
mots courts et même des phrases courtes. 

On entrevoit l'importance qu'il y aurait à développer ce qui 
reste de faculté auditive chez les sourds-muets acquis. 

Ils sont, en effet, beaucoup plus nombreux que les sourds- 
muets congénitaux; d'autre part, améliorer leur condition, 
c'est leur permettre d'entendre leur propre voix et de la mo- 
duler, et c'est donner à leurs maîtres un moyen nouveau de 
communiquer avec eux. 

Or, Toynbee a établi que les cornets acoustiques peuvent, 
chez les sourds, en excitant graduellement l'appareil nerveux 
auditif, le rendre sensible « aux ondulations sonores ordinaires 
et aux stimulants extérieurs. » Par eux, on ne pent pas espérer 
guérir la surdirfnutitè, et cependant « s'il existe un degré d'ouïe 
capable de permettre au malade d'entendre les voyelles assez 
distinctement, qu'il puisse les distinguer et les répéter, on est 
en droit de compter sur une amélioretion considérable par suite 
de l'exercice de l'oreille. » 

Les observations sur lesquelles il s'est basé pour établir ce 
fait important sont si curieuses que nous ne résistons pas au 
désir de les reproduire. 

Oiiseevation I. — Miss. L. L..., 23 ans, me consulta au 
commencement de l'année 1857. 

Historique. — Depuis son enfance, elle ne pouvait entendre 
que certains bruits intenses, et elle était complètement sourde. 



— 44 — 

Pour toute conversation, elle parvenait à comprendre ce qu'on 
lui disait en observant les mouvements des lèvres, et les sons 
qu'elle articulait paraissaient être le résultat de ses efforts pour 
imiter les mouvements qu'elle voyair,. 

L'examen m'ayant fait constater qu'elle entendait la voix 
lorsqu'on lui parlait dans les oreilles, je recommandai l'emploi 
d'une contre-irritation et l'usage d'un cornet acoustique. Au 
début, elle ne pouvait entendre plus de 3 à 5 minutes à la fois ; 
quinze jours après, on constatait une amélioration évidente de 
la faculté auditive, et elle commençait à éprouver une sensation 
pénible dans les oreilles lorsqu'on lui parlait trop fort. 

Pour employer les expressions de sa soeur (qui se dévouait à 
la pauvre malade comme une sœur ou une mère seule saurait 
le faire) pendant la troisième semaine, l'amélioration devint 
merveilleuse. Les progrès de l'ouïe étaient sensibles d'une ma- 
nière générale plutôt qu'avec le tube. Tout lui semblait plus 
fort sans être plus distinct. Les bruits de la rue lui étaient alors 
tout à fait désagréables; elle trouvait cela épouvantable, et 
cependant, lorsque nous arrivâmes à Londres, elle n'en avait 
point conscience. » Elle me quitta au bout d'un mois de trai- 
tement ; je conseillai de lui parler chaque jour, mais seulement 
par monosyllabes, qu'elle devait se répéter à elle-même. On 
passa ensuite à des phrases très simples qu'elle entendait et 
comprenait lorsqu'on lui parlait avec le tnbe, suivant la manière 
ordinaire de converser ; elle répondait en se parlant à elle-même 
à travers le tube de manière à pouvoir entendre sa propre voix 
et la moduler. Sa sœur m écrit : -- En octobre 1858, elle passa 
trois semaines à X... — où elle rencontra des personnes qui 
l'avaient vue justement à l'époque où elle alla vous consulter; 
ces personnes disent qu'elles n'auraient jamais cru possible de 
voir son ouïe et son articulation s'améliorer à ce point ; son 
esprit s'est aussi développé en proportion. Ces trois semaines 
d'absence furent pour elle autant de congé (c'est-à-dire qu'elle 
ne se servit aucunement du tube); lorsqu'elle revint à la mai- 
son, l'ouïe n'avait pas rétrogradé d'une manière générale; 
cependant elle n'entendait plus aussi bien avec son tube. Depuis 
son retour, les progrès avec le tube ont été rapides. Dernière- 
ment, » — cela était écrit le 2 février, — « pendant quelques 



— 45 — 

semaines, j'ai parlé avec l'instrument une heure par jour en 
trois ou quatre séances. Deux ou trois fois, cet exercice l'amu- 
sant beaucoup, elle supporta l'emploi du tube pendant une 
demi-heure - de suite, sans fatigue, et elle eût pu le supporter 
plus longtemps. 

Lors même qu'elle éprouvait delà difficulté à me comprendre, 
je ne l'ai jamais laissée une seule fois voir le mouvement de mes 
lèvres pendant que je lui parlais avec l'instrument. Nous épe- 
lions les mots qu'elle ne parvenait pas à prononcer, et elle n'a 
jamais manqué une seule fois d'y réussir uniquement à l'aide 
de l'oreille. Une après-midi il lui était impossible de comprendre 
un seul mot de phrases qu'elle avait parfaitement saisies le 
matin. 

Peu à peu cependant elle articula un mot par-ci par-là ; et ? 
au bout de peu de minutes, elle entendait tont ce que je lui 
disais. Avant l'emploi du tube, elle restait absorbée jusqu'à uue 
minute ou environ pour écrire une lettre. 

Plusieurs fois maintenant j'ai remarqué qu'elle entendait plus 
facilement à la fin de notre entretien qu'au commencement. Du 
côté où elle entend le mieux, je suis obligée de lui parler sur 
un ton aigu, sans être fort. 

L'oreille gauche demande une voix plus grave et plus forte. 
Il faut y mettre beaucoup de netteté et de lenteur ; le son mo- 
notone est ce qui convient le mieux. Les consonnes finales 
doivent être prononcées avec force. Elle dit qu'elle les entend 
maintenant, ce qu'elle n'avait jamais fait jusqu'ici. Elle a con- 
science de la différence dans le jeu de diverses personnes sur le 
piano, et peut souvent comprendre beaucoup ce que l'on dit sans 
voir la bouche. Il y a peu de jours, elle s'est écriée : « Vous 
parlez français. » Tout récemment elle a gagné beaucoup de 
phrases nouvelles, essayant d'appliquer celles qu'elle entend 
dans la conversation, et faisant souvent des erreurs étonnantes. 
Il n'y a pas longtemps, elle disait : « That tree is a great assort- 
ment for the birds » (cet arbre est un grand assemblage pour 
les oiseaux), voulant dire « resort for » rendez-vous pour). 
Une autre fois, elle dit : « I hope you will not think me 
liberty. » J'espère que vous ne croirez pas moi liberté, vou- 



— 46 — 

lant dire : « I hope you will not think i take a liberty. » (J'es- 
père que vous ne croirez pas que je prends la liberté). Elle a 
commencé à lire une demi-heure par jour ; tâche laborieuse, 
bien que le livre fût écrit pour un enfant. A mesure que l'ouïe 
s'améliorait, l'articulation et l'intelligence augmentaient, et 
souvent, dans ces derniers temps, je me suis émerveillée du 
changement. Nous portâmes le temps de la lecture à une heure, 
ma sœur répétant sans cesse : « il me semble que quelque chose 
m'entre dans l'esprit, » et s'extasiant toujours de pouvoir com- 
prendre ce qu'elle n'avait jamais compris jusque-là. Elle était 
alors tout à fait à même de distinguer ma manière de prononcer 
de la sienne, et nous ne nous servions jamais du tube pendant 
la lecture, parce que j'avais reconnu que l'emploi de cet instru- 
ment détournait sa pensée du livre. Parfois, lorsqu'il se pré- 
sentait un mot très difficile, elle le prononçait, puis recourait 
au tube pour se convaincre elle-même de l'exactitude de sa pro- 
nonciation. De nombreuses personnes ont remarqué les progrès 
de ma sœur. Une dame qui l'avait vue pour la première fois, 
au commencement d'août dernier, resta sans la revoir jusqu'au 
mois d'octobre ; elle m'exprima alors son étoDnement en ces 
termes : « En août, il m'était impossible de comprendre un mo* 
de ce que disait votre sœur ; aujourd'hui je comprends tout ce 
qu'elle dit . » Lorsque je commençai à suivre votre système, il 
me fallait prier ma sœur de me faire le plaisir de lui parler de 
temps en temps ; cela l'ennuyait, et alors elle n'entendait pas 
aussi bien : maintenant les choses sont complètement changées- 
C'est elle qui bien souvent demande de recourir au tube, et elle 
désire que vous soyez informé de ce que nous avons fait pour 
elle. 

Un autre cas, fort semblable à celui-là, s'est encore offert à 
moi dans ces derniers temps. 

(A suivre) 



— 47 — 

INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Les Americans Armais publient, dans le premier numéro de 
chaque année, une statistique des écoles américaines. La der- 
. nière, que nous trouvons dans le numéro de janvier 1886, 
donne, pour l'année 1885, 64 écoles dans les États-Unis, 
avec 7,801 élèves (4,516 garçons, 3,285 filles) et 540 profes- 
seurs. Cinq écoles nouvelles ont été ouvertes en 1885 : à Saint- 
Augustinc (Floride); à Philadelphie, par Miss Mary S. Garrctt; 
à Tacoma, par M. M. Farland; à Saint-Louis, par les Sœurs de 
Saint-Joseph, et à Santa-Fé ( Nouveau- Mexique ) , par 
M. Lars M Larson. 

Le Canada possède actuellement 7 écoles, avec 757 élèves 
(383 garçons, 374 filles) et 90 professeurs. 



M. Mettenet, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de 
Bourogne, près Belfort, vient de fonder un nouvel organe inter- 
national et polyglotte : Le Surdophone, dont le premier numéro 
a paru le 1 er avril dernier. Il se propose de donner des articles 
dans diverses langues ; le premier numéro contient, entre 
autres, un mémoire de M. Mettenet lu au dernier Congrès de 
Paris, deux discours (en allemand) extraits du compte-rendu du 
Congrès de Berlin, un article de M. l'abbé Tarra (en italien) 
paru dans la Perseveranza, de Milan, etc. Nous souhaitons 
longue vie à notre nouveau confrère. 

# 

# * 

Nous prions ceux de nos abonnés qui ne nous ont pas encore 
envoyé le montant de leur réabonnement, de vouloir bien nous 
l'adresser avant le 1 er juin. Passé cette époque, afin d'éviter 
tout retard dans l'envoi du Journal, nous ferons toucher l'abon- 
nement par la poste, à moins d'avis contraire. 

Les frais de recouvrement étant à la charge de nos abonnés, 
ceux-ci auront à payer : 

Pour la France 9 fr. 45 

Pour l'étranger 10 70 



— 4.8 — 

En même temps que ce numéro, nos abonnés doivent recevoir 
les titres et tables de la première année de la Revue bibliogra- 
phique, la couverture parviendra à nos lecteurs avec Je prochain 
numéro. 



La Revue française doit parvenir à nos abonnes avant le 5 de 
chaque mois. 

En présence des erreurs qui nous ont été signalées, nous 
prions nos abonnés qui n'auraient pas reçu le journal avant le 
10 de vouloir bien nous en avertir. 



CORRESPON DANCE 

Nous commençons dans le prochain numéro la publication des 
notices sur les institutions françaises. Nous remercions ceux de 
nos confrères qui nous ont envoyé celle de leur établissement en 
même temps que nous rappelons leur promesse à ceux qui ne 
nous ont pas encore fait parvenir leurs notes. Nous les prions de 
nous adresser leur travail en temps utile; l'ordre alphabétique de 
la statistique que nous donnons aujourd'hui sera suivi pour cette 
publication. 

*■ 

* * 

En réponse à plusieurs demandes qui nous sont adressées, nous 
rappelons à nos confrères qu'ils trouveront à la librairie Ritti. 
21, rue de Vaugirard, à Pans, les ouvrages récemment parus sur 
l'éducation des sourds-muets. Un catalogue de livres anciens 
sera également envoyé à ceux de nos lecteurs qui en feront la 
demande. 

# 

# # 

M. C. . . Elbeuf. — Nous avons tenn compte de votTe désir. 

M. le If R. . . Stuttgart. — Nous avons fait ce que vous demandiez 
dans la lettre adressée à M. C. . . , professeur. 

Miss Hull. — Il y a eu erreur pour le second envoi; vous pouvez 
conserver le deuxième exemplaire et l'offrir à un de vos confrères. 

M. l'abbé R... Albi. M. l'abbé B... — Alençon. Merci de votre 
envoi. 

M. le D T Alrngs. — Vous avez dû recevoir une lettre à propos 
d un exemplaire des -Etablissements généraux de bienfaisance. 

M. L... Angoulême. — Vous aurez la communication que vous 
désirez. Le possible sera fait pour satisfaire au désir que vous 
exprimez . L'abonnement annuel n'est que de 9 francs pour la France ; 
vous nous avez envoyé l franc de trop. Nous vous écrirons dans 
quelques jours. 

M. l'abbe Rnhari. Arras. — Nous vous avons écrit au sujet de 
votre travail. N'auricz-vous pas reçu notre lettre ? 

M. J. Hugentobler, — Votre lettre et son contenu nous sont bien 
parvenus . 



Paris. — Imji. rellnnrd, r. St-Jncqucs,22o. 



SOMMAIRE. Théophile Denis. Causerie. Les sourds-muets et les beaux- 
arts. — Statistique des institutions françaises pour l'instruction des sonrds- 
muels. — O. Claveau. L'enseignement du calcul. — Bibliographie inter- 
nationale. Belgique, France, États-Unis. — Variété. Le testament d'une 
sourde-muette. Partie médicale. D r J.-A-A. Rattel. Des cornets acous- 
tiques (suite). Informations. Correspondance. 



L'ABBÉ DE L'ÉPÊE 

Etude Bibliographique et Iconographique 

PAR 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds - Muets de Paris 
avec 

1° Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Epée, par 
J.-J, Valade-Gabel, ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 1852 par l'émiuent instituteur français et qui n'a pas encore été publiée. 

2° Débuts, progrès et couronnement de l'œuvre de l'abbé de l'Epée, 
par Th. Denis, sous-chef de bureau au Ministère de l'Intérieur. 

Brochure in-8 Jésus 32 pages 

ORNÉE 

1° D'une eau-forte de Dumont, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2° De trois photogravures (reproduction de deux médailles 
et d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



20 EXEMPLAIRES, FAPIER DU JAPON (numérotés de i à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAPIER DE HOLLANDE (nnmérolés de 21 à 250) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 francs 

(Fort en tus) 



Librairie Paul RITTI 

21, Rue de Vau.gir-ard. — PARIS 
VIENT DE PARAITRE 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DBS SOURDS-MUETS (Comgrbi de Paris) 
Comptes - rendus analytiques des séances 

Un volume, grand in-8 Prix . 4 f r. 

{Envoi franco par la poste) 

DES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

X>sk.x- J. Hugentobler 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

l rc année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

PariB, — Imp. Felluard, r. St-JacqucB, 22 ô. 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 







,« .!■•'■ 



EEVUE FRANÇAISE 




DE h EDUCATION 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement cl des sciences qui s'y rattachent 



PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE 



A. BELANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



Deuxième Année. — N° 3. 



1 er Juin 1886. 



SOMMAIRE. Théophile Denis. Causerie. Les sourds-muets et les beaux- 
arts. Les sourds-muets au Salon. — F******, La Parole du sourd-muet. — 
Notices sur les Institutions Françaises de sourds-muets. — E. Rigaud, 
L'Institution d'Al£. — Revte des Journaux Étrangers. — J. Hugento- 
bler, Organ der Taubstummen-Austalten. — Bibliographie internationale. 
Angleterre. W. Van Praagh. 3 mc Conférence nationale des Instituteurs 
anglais. France. — Partie médicale. D r J.-A.-A. Rattel. Des cornets 
acoustiques (fin). Informations. Correspondance. 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 

I SS6 



OrO- 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (F.), professeur à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Cliambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 

des Sourds-Muets de Paris. 
Delaplace (l'Abbé). 
Denis, sous-cbef de bureau au Ministère 

de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muels de Paris. 

Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Berchem-Sainter Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel D r ), médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Rohart ■' l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des études 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groninguc. 

M. C. Renz, Stuttgart (Wurtemberg). 

Mi' 8 Segerstedt, directrice d'une école' de Sourds-Parlanls, à Stockholn 

M. Van-Praagh, directeur de Y Association for Ihe oral instruction o, 'lie Deaf and 
Dumb, Londres. 

M. Villabrille, directeur du Collège national des Sourds-Muets et des Aveugles de 
Madrid . 



La Revue française de l'Education des sottrds-muels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bit liographique . 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 

Adresser toutes les communications, à M. BÉLANGER, 9, rue des 
Feuillantines, Paris. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds - Muets 
8»» annéj. — N» 3 Juin 1886 



CAUSERIE 



Les Sourds-Muets et les Beaux-Arts 

{Suite) 



Navarrete est né en 1526. Ce fut à l'âge de trois ans qu'il 
perdit le sens de l'ouïe et l'usage de la parole. On constate qu'il 
montra de très bonne heure des dispositions pour la peinture, 
ce qui aurait engagé son père à le conduire au monastère de 
l'Etoile, ordre de Saint Jérôme, à peu de distance de Logrond, 
sa ville natale. Que fit-il dans cette retraite ? Le père Sigucnz a 
nous dit qu'il fut confié à un frère Vincent qui savait un peu 
de peinture. Ce religieux n'enseigna-t-il que cet art à son élève ? 
Ce n'est guère admissible. Si oui, n'y avait-il pas là un autre 
père — un père Vanin quelconque, si vous voulez — capable à 
peu près d'instruire un sourd-muet ? Il le faut bien, puisque 
Navarrete, à sa sortie du monastère, avait ses facultés intellec- 
tuelles ashe\,' développées pour lui permettre de courir le monde 
et de se rendre en Italie, avec l'ardente passion de l'artiste qui 
va s'inspirer de la vue des chefs-d'œuvre et demander des 
leçons aux grands maîtres. On le voit successivement à Rome, 
à Florence, à Naples, à Milan, à Venise. S'il s'arrête, c'est pour 
travailler sous la direction du Titien. 

Là commence sa célébrité. 

De retour à Madrid, il travailla aux peintures de l'Escurial 
et fut nommé peintre de Philippe II en 1568. Je n'insiste pas 
sur la haute valeur de ses œuvres qui se distinguent surtout par 
le puissant coloris de J'école vénitienne. C'est même à cette 



— 50 — 

dernière qualité qu'il dut le glorieux surnom de Titien de l'Es- 
pagne. El Mudo est trop connu pour qu'il soit besoin de le 
suivre ici dans toute sa carrière et de relever le catalogue de ses 
travaux considérables. 

Mais la même pensée continue à m'obséder; comment le 
silence s'est-il fait sur son professeur de lettres quand les détails 
abondent sur son instruction artistique ? Car on va jusqu'à 
nous apprendre que, tout enfant, il emplissait les murailles de 
croquis au charbon. A en juger par les sujets de sa composi- 
tion, c'est un artiste instruit, un érudit. 

On a même soin de nous le dire : « Navarrete puisait dans 
l'histoire sacrée et dans la mythologie des connaissances pro- 
fondes. Quoique muet, il lisait, écrivait, jouait aux cartes, 
donnait à ses démonstrations la clarté la plus précise, de manière 
qu'il se faisait admirer de tous ceux qui approchaient de lui. » 

Et le pauvre instituteur qui a fait cela a disparu sous les flots 
profonds de l'oubli ! Pourtant il a bien plus de mérite, à mes 
yeux, que le frère Vincent, devenu immortel pour avoir donné 
des leçons de barbouillage. 

Bien qu'on admirât Navarrete. « quoique muet, » pour son 
intelligence, il se pourrait que cette admiration eût été plus 
bruyante, et qu'il en eût rejailli quelque chose sur son institu- 
teur, si celui-ci avait enseigné l'articulation à son élève. C'est 
ce qui est arrivé pour Pedro Ponce; et j'appelle votre attention 
sur ce point : que le peintre del'Escurial et le moine bénédictin 
vivaient dans le même temps; ils sont riiorts à cinq ans de dis- 
tance. Je ferai observer en outre qu'Ambrosio de Morales, qui 
était l'historiographe de Philippe II comme Navarrete était le 
peintre de ce même souverain, ne trouve pas un mot pour ce 
dernier quand il s'étend si complaisamment sur le compte des 
élèves de Ponce. Même surprise au sujet du silence gardé par 
d'autres témoins oculaires, tels que Francisco Vallès et Juan de 
Castiniza. 

Navarrete ne parlait pas. Il n'étonnait donc pas le monde 
outre mesure. On trouvait curieux qu'il sût « jouer aux cartes, » 
et c'était tout. 

Il ne parlait pas, et bien qu'il sût écrire, il avait un inter- 
prète. Son vieux professeur, peut-être? On ne le dit pas. 



— 51 — 

On raconte seulement que le jour où le fameux tableau du 
Titien, la Cène, allait être suspendu à l'Escurial, en présence de 
Philippe II e£ d'un certain nombre de gens de la cour, Navar- 
rete assistait à l'opération, admirant tout attendri le chef- 
d'œuvre de son maître. La toile était trop grande pour la place 
qui lui était destinée. — • Qu'on la coupe, ordonne le roi. 

Fernandez ne tarde pas à se rendre compte du sacrilège qu'on 
va commettre. Il pousse un cri de terreur et se met à gesticuler 
comme un homme qui implore une grâce. — Que veut-il ? 
demande Philippe' IL 

On l'interroge du regard, mais on ne le comprend pas, et on 
répond que son interprète est resté dehors. On le fait venir, et il 
traduit les alarmes du peintre. Celui-ci offrait de livrer gratui- 
tement en six mois une copie exacte, avec les dimensions vou- 
lues, de l'ouvrage qu'on allait lacérer. « On me tranchera la 
tête, ajoutait-il, si je ne remplis pas ma promesse. » 

Le roi eut la folle cruauté de faire mutiler le tableau. — On 
se demande encore comment personne ne songea à donner le 
conseil de lé replier. 

On le voit, la manière dont fut instruit Navarrete reste à l'état 
de problème. Qui le résoudra ? 

L'entreprise est intéressante ; elle est difficile. A moins cepen- 
dant qu'on ne s'arrête à la solution toute simple que je trouve 
dans la « Notice des tableaux de la galerie espagnole exposés 
dans les salles du musée royal du Louvre, Paris, 1838. » 

Il y est dit : 

« Navarrete ne fut ni sourd ni muet... » 

Alors que deviennent les détails ci-dessus fournis par le père 
Siguenza, contemporain de Fernandez, et dont La historia de la 
orden de san Geronimo, qui les contient, parut en 1 605 ? 

Lope de Vega lui-même ne serait donc qu'un mystificateur ? 
Le célèbre poète avait 17 ans quand mourut El Mudo, et l'on 
sait qu'il accorda sa lyre tout jeune encore. Que signifient alors 
les vers qu'il composa pour le grand artiste ? Il suffit d'en rap- 
peler le premier : 

No quiso el cielo que hablase... 

Qui résoudra le problème de l'éducation littéraire de Navar- 
rete ? demandais-je il y a un instant. 



— 52 — 

J'y pense ; nous avons là-bas, à Madrid, un maître éniinent, 
M. Villabrille, directeur du collège national des sourds-muets, 
qui maintient avec honneur le beau renom que les éducateurs 
spéciaux ont conquis à l'Espagne. Qu'il veuille bien nous per- 
mettre de lui adresser tout particulièrement notre question. Qui 
sait ? L'intérêt patriotique, légèrement excité, peut être un levier 
puissant pour venir en aide à la curiosité du pédagogue. 

M. Yillabrille découvrait récemment l'alphabet manuel 
attribué à Jean-Paul Bonet, dans un curieux ouvrage du père 
Yebra, intitulé Refugium infirmorum, et imprimé en 1593, 
c'est-à-dire 27 ans avant celui de Bonet. Cette découverte doit 
l'encourager pour de nouvelles investigations... Espérons donc. 

J'arrête là cette digression. 



Navarrete n'eût-il pas existé, répéter aujourd'hui que les 
sourds-muets instruits sont aptes, au même degré que les en- 
tendants, à cultiver avec succès les arts plastiques, serait une 
pure naïveté. 

Il fut un temps, je le sais, où cette vérité avait besoin d'être 
redite pour entrer dans l'esprit du public. 

Bébian l'énonçait en ces termes, sans même oser encore faire 
allusion à la pratique : « J'ai vu des sourds-muets pétillants 
d'esprit, brillants d'imagination, jugeant des beautés des arts 
qui sont à leur portée avec un goût peu commun et une exquise 
délicatesse. » 

Un peu plus tard, Degérando parle bien de sourds- muets qui 
produisent des oeuvres d'art ; mais la justice qu'il leur rend 
n'est pas encore complète : a On cite, dit-il, plusieurs sourds- 
muets qui sont devenus des peintres distingués ; il en existe 
encore aujourd'hui. Mais, habiles dans l'exécution, dans tout 
ce qui tient à l'imitation, «7s échouent dans la composition origi- 
nale et ne peuvent atteindre à V idéal de l'art. » 

Je ne crois pas que ces restrictions, aussi peu fondées que 
désobligeantes, aient été reproduites depuis par aucun des écri- 



— 53 — 

vains, — et j'ai sous les yeux les réflexions de professeurs émé- 
rites : Berthier, Lenoir, Pélissier, Vaïsse, Théobald — qui ont 
incidemment effleuré le même sujet. 

Je n'ai pas besoin d'ajouter que Degérando serait aujourd'hui 
le plus empressé à faire disparaître sa dernière phrase. 

Ne l'effaçait-il pas, d'ailleurs, un peu plus de dix ans après, 
lorsqu'il disait que « l'intelligence du sourd-muet laissé à lui- 
même est une mine enfouie dont on ne soupçonne pas la 
richesse. » 

Il lui a manqué, pour éviter son erreur, de connaître les 
Peyson, les Bezu, les Loustau, les Ferry, les Chéron, les Prin- 
ceteau. les Martin, les Hennequin, les Choppin, etc. 

Mais pourquoi, demandera-t-on, l'abbé de l'Épée — à qui 
ont également manqué ces vivants témoignages — s'est-il, lui, 
montré si résolument affirmatif dans la question de l'aptitude 
des sourds-muets à pratiquer les arts ? Oui, pourquoi ? 

Je n'en sais rien. A moins que ce ne soit parce que... c'était 
l'abbé de l'Épée ! 

Pardon ! il serait injuste de ne pas reconnaître que Jérôme 
Cardan avait, en plein xvi e siècle, la vue assez perçante, lors- 
qu'il tenait ce raisonnement : « Puisque les sourds-muets ont 
une âme intelligente, rien n'empêche qu'ils ne cultivent les 
arts. » 

Si vous le voulez bien, chers lecteurs, nous nous arrêterons 
quelque jour plus longtemps devant les artistes français dont 
je vous rappelais tout à l'heure les noms. Si, de votre côté, 
vous rencontriez autour de vous quelques autres peintres, sculp- 
teurs, graveurs, que leur modestie eût laissés dans l'ombre, je 
vous serais reconnaissant de me faire l'honneur .de me les pré- 
senter. C'est en toute sincérité que je sollicite votre collabora- 
tion pour ce travail auquel on ne saurait refuser le mérite, — 
si petit qu'il soit, — de la nouveauté. 

Théophile Denis. 



— 54 — 



Les Sourds-Muets au Salon 



Je reprendrai plus tard ma causerie sur Les sourds-muets et 
les beaux-arts. Aussi bien ne saurait-elle avoir que l'intérêt 
d'une revue rétrospective ; tandis que, sans même m'éloigner 
de ce sujet, je trouve une bonne occasion de faire de l'actualité. 
En effet, treize, artistes sourds-muets — je reviendrai sur ce 
contingent relativement considérable — ont été admis à exposer 
leurs œuvres au Salon de 1886. Ces œuvres sont au nombre de 
vingt et une, partagées entre la Peinture et la Sculpture. 

En voici le catalogue : 

PEINTURE 

MM. Berton (Armand), né à Paris, élève de MM. A. Millet 
et Cabanel. 

Venus (figure inspirée de La Tentation de Saint 

Antoine, par Gustave Flaubert). 
Portrait de M mK E. B... 

Chéron (Olivier), né à Soulaugy (Calvados), élève de 
M. Desbrosses. 

Marée basse, à Villervilh. 

Ferry (J.-Ceorges), né à Paris, élève de MM. Hillemacher 
et Cabanel. 

Portrait de M. Barbier, premier président de ta Cour 
de cassation. 

Dans les dunes; temps couvert en septembre. 



— 55 — 

Locstau (Jacques-Léopold), né à Sarrelonis (Prusse) de 
parents français ; élève de L. Cogniet. 
Le 15 août 1816, à Sainte-Hélène. 
Portrait de M mv H. L... 

Martin (Ernest), né à Paris, élève de Pils. 
Ctrirassiers au camp de Châlons. 

Princeteau (René-Pierre), né à Libourne (Gironde). 
Retour à la ferme; temps d'inondation. 

Baudedf (René), né à Blidah, élève de MM. J. Lefebvre 
et G. Boulanger. 
Portrait; dessin. 

SCULPTURE 

MM. Arragon (Albert d'), né à Paris, élève de M. Gardet. 
Portrait de M. M. G... ; buste, terre cuite. 

Choppin (Paul-François), né à Paris- Auteuil, élève de 
Jouflroy et de M. Falguière. 
Le Génie des arts; statue, plâtre. 
Suzanne surprise au bain; statuette, marbre. 

Desperriers (René), né à Paris, élève de M. Gauthier. 
Portrait de M me V ve Desperriers; buste, plâtre. 
Portrait de M me J. Boyer; buste, plâtre. 

Hennequin (Gustave-Nicolas), né à Metz, élève de 
Bonnassieux. 

Portrait de M. Raynal, ancien ministre; buste, terre 

cuite. 
Portrait de i/ elle Marguerite Lacroix; buste, terre 
cuite. 

Lussy (Gustave), né à Paris, de parents étrangers, élève 
de M. Fourquet. 

Cinq médaillons; plâtre et terre cuite. 
Portrait de M. Leport de la Thuillerie ; 
Médaillon, plâtre. 



— 56 — 

Martin (Félix), né à Neuilly-sur-Seine, élève de Durefc 
et de MM. Guillaume et Cavelier. 

Portrait de M. F. M...; buste, marbre . 

Le grand Ferré; statue, pîâtre (sujet tiré de la chro- 
nique de Guillaume de Nangis). 



Notre prochaine canserïe sera donc consacrée à l'examen de 
ces œuvres. Celles que nous ayons rencontrées jusqu'ici, dans 
nos promenades à travers le Salon, nous ont paru n'avoir besoin 
que de justice pour être louées. S'il s'en trouvait qui dussent 
être jugées avec quelque indulgence, nous aurions soin de nous 
rappeler la recommandation du bon Chardin : « de la douceur, 
Messieurs, de la douceur, » disait l'aimable et célèbre peintre à 
Diderot et à Grimm, en les rencontrant au Salon de 1765. Et 
nous oublierions la réponse du bourru philosophe : « Je crains 
bien que l'ami Chardin n'ait demandé l'aumône à des statues. » 

Théophile Denis. 



LA PAROLE DU SOURD-MUET 



Le dernier vœu de l'illustre abbé de l'Épée est aujourd'hui 
pleinement réalisé. Grâce au zèle, au talent, à la persévérante foi 
au système de la parole, d'ardents professeurs de sourds-muets 
ont pu, même avant les premiers Congrès, donner des preuves 



— 57 — 

certaines qu'on pouvait hardiment aborder renseignement des 
sourds-muets par la parole bien mieux que par la mimique. 

Mais depuis qu'une heureuse initiative privée a su, par les 
Congrès, réunir les professeurs, l'œuvre de la régénération des 
sourds-muets s'est propagée promptement. et après l'imposante 
réunion de Milan on pouvait dire qu'elle était accomplie. 

On le sait; aujourd'hui tous les établissements de France et 
d'ailleurs sont entrés dans cette nouvelle et heureuse améliora- 
tion. Elle avait été prévue par l'abbé de l'Épée lui-même, quand 
il disait que les' sourds-muets ne seraient vraiment rendus à la 
société qu'au jour où ils pourront s'exprimer par la parole et 
lire sur les lèvres d'autrui. 

Son contemporain et émulé, Kodrigues Pereire, avait dit 
aussi : « Désormais, il n'y aura plus de sourds-muets; il y aura 
des sourds-parlants. » 

HonneuT aux courageux propagateurs de la parole; ils ont 
doublement mérité et des sourds-muets et de la société. 

C'est vraiment merveilleux que cet élan universel de tous les 
professeurs à s'adonner à ce rude labeur de démutiser un sourd- 
muet ! puis de l'instruire, de le former à la vie sociale, au point 
de cacher presque son infirmité. Il a fallu étudier, travailler, 
lemander, travailler encore pour en arriver là. Le résultat est 
i>eau, mais Dieu seul connaît ce qu'il faut de patience, de tact 
4t de persévérance pour amener un sourd-muet à s'exprimer 
Convenablement et à lire la parole sur les lèvres ou sur la 
touche, comme on dit. 

Quand on en est arrivé là, on a accompli la grande merveille, 
faire parler un muet! 

Mais tout n'est pas fini ; je ne veux pas amoindrir le miracle, 
ni diminuer le mérite; je veux seulement prémunir contre les 
illusions d'un succès trop précoce en faisant observer que le 
sourd-muet démutisé n'est pas encore arrivé à la parole pour 
cela. Il lui faut encore la spontanéité, la pureté de la parole 
autant que possible. 

Le langage du sourd-muet, tel qu'il l'a au commencement, 
est désagréable, rauque, nasillard, guttural, etc Ces mau- 
vaises qualités sont d'autant plus possibles et regrettables qu'on 
a été moins fidèle à surveiller la pureté de son articulation. 



— 58 — 

Cette surveillance de la parole du soiird-muet est peut-être ce 
qu'il y a de plus difficile, de plus fastidieux pour le professeur, 
et cependant c'est la chose la plus importante pour assurer 
l'avenir social du sourd-parlant. 

En effet, si le sourd-parlant, au milieu de Iavsociété, n'a pas 
une élocution à peu près passable, le public se fatiguera de son 
langage; il fera voir sa répugnance et le sourd-parlant ne.tar 
defa pas à s'en apercevoir; dès lors, il aura du dégoût pour 
la parole, la rejettera, la méprisera, l'abandonnera enfin! 

N'est-ce pas ce qui est arrivé pour un grand nombre de 
sourds-muets, qui, ayant acquis.la parole, n'ont pu en faire un 
usage assez satisfaisant et l'ont abandonnée peu à peu. 

J'ai vu, malheureusement, des élèves, sortis de bonnes écoles, 
ne parlant qu'à demi-mot, les dents serrées, et d'une manière 
tellement monotone qu'on avait peine à les comprendre, tout en 
y mettant de la bonne volonté. 

Ce regrettable résultat vient certainement de ce que, à l'école, 
le professeur les laissait bredouiller, dire les choses à moitié 
et se contentait trop facilement sous le spécieux prétexte qu'il 
avait compris. Or, cette mauvaise parole nuit considérablement 
à l'élève aux yeux du public, qui est moins indulgent pour un 
sourd-muet qui veut -parler que pour un parlant étranger qui 
écorche le français. 

Voilà déjà quatre, cinq et même six ans que les sourds -muets 
sont adonnés à la parole ? on s'attend à quelque chose de bien, 
surtout des établissements réputés importants et bien dirigés. IL 
y a certainement à prendre en considération cet état de choses, 
si l'on ne veut pas voir un fâcheux retour aux errements pré- 
cédents. 

Que faire pour cela? 1° Prendre l'habitude de surveiller l'ar- 
ticulation dès les commencements ; 2° exiger que l'enfant arti- 
cule lentement, distinctement tout ce qu'il dit; 3" le guider 
continuellement quand on le fait parler, afin de lui faire prendre 
l'habitude de la bonne respiration, afin de lui indiquer les 
points d'arrêt dans sa phrase; 4 U lui faire apprendre beaucoup 
de formules de demandes, de réponses, de salutations, etc ; ... 
5° lui faire débiter de petits morceaux en vers, eu prose, etc:... 
6° l'accoutumer à la bonne lecture. 



— 59 — 

Ici, il lui faudrait des livres faits exprès avec les grandes 
pauses, les moyennes, les petites. 11 faudrait même certaines 
indications de nuances : fort, faible; lentement, vite; cres- 
cendo, décrescendo, etc 

Au moins faudrait-il lui marquer tout cela dans le texte ma- 
nuscrit ou imprimé qu'on lui donnerait à étudier. 

Il faut appeler son attention sur les préceptes de la pro- 
sodie; car il n'entend pas de ses oreilles, et ses yeux ne lui 
disent rien ou presque rien sur l'expression de la parole qu'il lit 
sur les lèvres. 

C'est au professeur à être les oreilles de son élève et ' à le 
former de telle façon que le sourd-muet mette de l'expression, 
comme de lui-même dans sa parole. 

On peut, jusqu'à un certain point, lui faire prendre l'habi- 
tude de la tonalité, an milieu et à la fin de la phrase. 

Quand le professeur Voudra sérieusement étudier ce que j'ap- 
pellerait le mécanisme de l'expression, il ne tardera pas à trouver 
mille moyens de perfectionner le langage du sourd-muet, sur- 
tout si celui-ci est uu peu intelligent (1). 

Mais, je le répète, il faut au professeur un tact, une patience, 
une persévérance à toute épreuve. 

*»•»*«* (2). 



(1) Nous conseillons l'étude du Cours d'articulation (rue ôudinot, 
27). Appendice pour la lecture expressive, 

(2) Sous cette signature, nos lecteurs reconnaîtront facilement le 
modeste' et savant professeur qui ne nous a paa permis de mettre son 
nom, et dont les travaux si conscieacieux sont certainement entre 
les mains de beaucoup. 

Ad. B. 



— 60 — 



NOTICES 

sur les Institutions françaises de Sourds-Muets 



INSTITUTION DALBI 

dirigée par les Sœurs du Bon Sauveur. 



Il y avait à Albi une petite école de sourdes-muettes, fondée 
A-ers 1826, par M. l'abbé Treilhou; l'instruction des enfants 
était confiée à une demoiselle venue d'Angers pour cet effet. 
Mais l'avenir de cette école naissante n'était pas assuré tant 
qu'elle serait dans des mains isolées. La réputation des Religieuses 
du Bon Sauveur de Caen et le nom de M. l'abbé Jamet, fonda- 
teur de l'école des sourds-muets de Caen, étaient parvenus à 
Albi ; et M. l'abbé Treilhou, justement persuadé que le seul bon 
moyen de faire prospérer et durer sa petite école était de la 
confier à une congrégation religieuse, appela à Albi les Dames 
du Bon Sauveur de Caen. C'était en 1833. Quelques années plus 
tard fut fondée l'école des sourds-muets. 

Méxhode. Jusqu'à ces dernières aimées, les Sœurs du Bon 
Sauveur ont appliqué constamment la méthode des signes d'après 
les principes de M. l'abbé Jamet. Ce dernier n'avait suivi les 
leçons d'aucun maître; ayant commencé seul et sans guide, il 
s'était fait une méthode à lui, simple et courte, et facilitant le 
travail aux maîtres et aux élèves. 

En 1883 (novembre), la méthpde orale pure a été adoptée avec 



— 61 — 

toutes ses exigences et les élèves nouveaux venus ont été rigou- 
reusement séparés des signifiants. 

École des garçons. (Internat.) 

Année 1885-86. 6 élèves élevés par la mimique. ( 

16 — — par la méthode ] A professeurs. 
orale pure ( 

Les élèves sont admis à 7 ans ; la durée d'instruction n'est 
pas limitée.; mais ils ne quittent jamais l'école avant 17 ans. Il 
n'y a pas de patronage après leur sortie ; un certain nombre 
d'élèves sont gardés dans le vaste établissement à titre d'ouvriers. 

École de filles. (Internat.) 

Année 1885-1886. 18 élèves élevées par la mé- [ 

thode des signes \ . , 

10 élèves élevées par la mé- 4 Professeurs, 
thode orale pure ( 

Les élèves sont admises à 7 ans ; elles continuent leurs cours 
jusqu'à l'âge de 17 ans, 18 ans et plus, et celles qui ne sont pas 
réclamées par leurs parents restent employées dans la maison 
quand leur instruction est terminée* 

Ces deux écoles sont privées et font partie d'un immense 
établissement de charité (aliénés) et d'éducation. 

E. Rigaud, 

Aumônier des sourds-muets d'Albi. 



— 62 — 



REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS 



Organ der Taubstummen-Anstalten. 

A" 1 («SS6). 

Sommaire. — 1° Heineichs. Manière de se servir du 
deuxième livrede lecture, par Cuppers (l re partie) ; 2° Hoffmann. 
De la différence dans la définition de quelques idées du domaine 
de la phonétique. 

~\° *. 

1° J. Vatter. La parole du sourd dans et en dehors de 
l'école ; 2 q La mission actuelle des institutions de sourds-muets 
les mieux organisées sons le rapport de l'enseignement; 
3° Hartmann. Le développement du langage chez l'enfant. 

SiT 3 et 4. 

1° Griesenger. Pourquoi est-il nécessaire, dans l'éducation 
du sourd-muet, de tenir compte particulièrement du langage 
de conversation, et comment ce' dernier lui sera-t-il enseigné ? 
2° Hugentobler. Statistique des institutions de sourds-muets 
de France. — Bibliographie, notes diverses, annonces et cor- 
respondance dans tous les numéros. 

La parole du sourdr-muel dans et en dehors de l'école, par J. Vatter. 
L'honorable directeur de l'Institution de Francfort-surrMein 
termine aujourd'hui son intéressante étude dont les deux 
premières parties ont été publiées l'an dernier (1). 



(1) Voir Organ, n oa 1 et 2 (1885). 



— 63 - 

L'éminent praticien divise son travail en trois sections et 
nous montre successivement ce que de langage du sourd est, et 
ce qu'il devrait être, dans la première année, dans là division 
moyenne et dans les classes supérieures . 

Il demande que, dès le début, nos enfants prennent l'habi- 
tude de lire sur nos lèvres et de prononcer à leur tour de petits 
mots et de petites phrases très usuelles et très courtes. La 
maxime est : Parlez et faites parler ! 

Notre enseignement, durant les deuxième, troisième et qua- 
trième années, diffère essentiellement des classes équivalentes de 
l'école primaire. Le livre de lecture sert de fil conducteur pour 
les leçons de choses et les exercices de grammaire. L'enseigne- 
ment est avant tout intuitif ; il prépare les enfants à la conver- 
sation qui devient plus libre dans la division supérieure, L'écri- 
ture n'intervient qu'après la leçon orale ; elle reste au rang de 
« servante fidèle de la parole, » pour me servir de l'expression 
imagée de M. l'abbé Tarra. 

De la cinquième à la huitième année, le langage de la con- 
versation prend des formes plus complètes et plus précises. Les 
différentes matières d'enseignement fournissent aux sourds- 
muets des sujets variés pour la conversation. Les événements 
petits et grands de la vie journalière fournissent de nombreuses 
occasions pour cultiver ce. langage familier que nous considé- 
rons comme l'apanage le plus utile dont nous puissions doter 
nos enfants pour leur entrée dans le monde. 

J. Hugentobler. 



64 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



ANGLETERRE 



Troisième Conférence nationale des Instituteurs anglais. 

Procedings of the conférence of head masters of Institutions and 
other workers for the éducation of the deaf and dumb held at the 
rooins of the city and guilds of London institute Eouth Kensington. 
In-8. XL 127 p. London. W. H. Allen. 1886. 

Un compte-rendu complet de la conférence nationale des 
instituteurs anglais, tenue à Londres le 1 er , le 2 et le 3 juil- 
let 1884 a été publié. C'était la troisième conférence tenue en 
Angleterre. Toutes les conférences ont traité de la méthode 
pure orale. Elles ont constaté respectivement l'inauguration, 
l'organisation et la mise en pratique de la méthode orale pure. 
56 membres effectifs et 1 1 membres honoraires y assistaient. Le 
rapport donne une liste des écoles établies dans le Royaume- 
Uni ; il contient une préface des éditeurs, le bureau et les noms 
des membres de la conférence. 

Le D r Buxton, dans un mémoire, fit une revue intitulée : 
« Dès 1881. » 

Des mémoires pratiques concernant l'enseignement donné 
furent lus par MM. Arnold, Elliott, Van Praagh et Thompson. 

Le mémoire de M. Elliott était intitulé : « Sests of Work » 
examen de notre œuvre ou moyens de s'assurer des progrès de 
nos élèves. Celui de M. Arnold traitait de l'enseignement de la 
langue. M.Van Praagh expliqua les moyens de maintenir et d'as- 
surer le succès de la méthode orale pure. M. Thompson traita 
de l'administration d'une école. MM Payne et Healey (sourds 
eux-mêmes) traitèrent de l'instruction à donner aux adultes 



— 65 — 

sourds. M. Stainer c mi rapport sur la conférence américaine 
des professeurs d'articulation. M. Schôntheïl expliqua la for- 
mation des instituteurs en Allemagne ; et M. Chidley rendit un 
compte personnel de la conversion de son école où l'on suivait 
la méthode des signes en une école d'après la méthode allemande. 

Tous ces mémoires furent suivis de discussions intéressantes. 
M. Ackers exposa la nécessité de presser le gouvernement 
d'accorder un subside à l'enseignement des sourds, et Lord 
Egerton of Satton seconda fortement cette proposition. M. Woo~ 
dall, membre du Parlement et président, de la conférence, analysa 
en critique éclairé les progrès de l'enseignement des sourds-muets 
dans le Royaume-Uni depuis 1867, les comparant avec ce que 
l'on fait sur le continent, et démontra la nécessité de solliciter 
l'aide du gouvernement; il résuma d'une façon parfaite les tra- 
vaux de la conférence. 

Enfin, sur la proposition de M. Van Praagh, secondé par le 
D r Buxton, la conférence émit le vœu suivant : « L'opinion 
unanime de cette conférence est que l'aide du gouvernement est 
absolument nécessaire pour l'enseiguement effectif de tous les 
enfants sourds-muets du Royaume-Uni. » Que Lord Egerton 
of Satton soit prié de vouloir bien présenter la cause au premier 
ministre, le marquis de Salisbury, et lui demander de donner 
suite à ce vœu, soit par des mesures légales immédiates, soit 
par la nomination d'une commission d'enquête, 

Les compliments accoutumés mirent fin à la conférence. 

Nous sommes heureux de dire qu'une commission royale a été 
nommée sous la présidence de Lord Egerton of Satton pour faire 
une enquête; et nous, instituteurs anglais, espérons obtenir 
comme nos collègues américains et continentaux l'aide financier 
du gouvernement pour nos institutions. 
Londres, mai 1886. 

William Van Praagh. 



Report of the school for tlie deaf and dumb establislied at Llandaff 
for the year 1884 (Rapport de V institution des sourds-muets de 
Llandoffpow Vannée 1884). In-8. 47 p. Londres, 1885. 

L'institution de Llandaff a été fondée en 1862 par M. Alex. 



— 66 — 

Melville; elle compte aujourd'hui 23 élèves (13 garçons., 
10 filles) et 3 professeurs. Depuis sa fondation, elle a reçu 
84 élèves. M. Melville préconise la méthode mixte et appuie 
son dire sur l'opinion du regretté M. Vaïsse. Le compte-rendu 
renferme un rapport très détaillé sur les examens des élèves de 
l'institution. Les dépenses pour l'année 1884 se sont montées à 
502 livres sterjings (12,550 fr.). 

C.-J. Vaughan. A pleafor the deaf and dumb. A sermon preaclied 
in Llandaff cathedral'in aid of the Llandaff school, etc. Ja- 
nuary, 10, 1886. (Un plaidoyer pour les sourds-muets. Un sermon 
prêché dans la cathédrale de Llandaff en Javeur de l y école de- Llan- 
daff. 10 janvier 1886). In-8. 16 p. 

Alex. Melville. The Deaf and Dumb (Le sourd- muet) . The 
Enrjlish Churchman, p. 167, 8 avril 1886. 



FRANCE 



B DubbiS. — Késnmé des travaux de la société universelle et 
compte des recettes et dépenses pendant l'année 1885. Compte- 
rendu du banquet du 29 novembre 1885," à l'occasion du 173 e anni- 
versaire de la naissance de l'abbé de l'Epée. Tri-8. 27 n Paris 
1886. 

Nous avons parlé de cette fête de famille, si pleine de cordia- 
lité, dans le numéro 5 de la Revue bibliographique. 

J. Hùgentobler. — Des moyens d'empêcher les communications 
par signes au début de l'enseignement. In-8. 18 p. Paris 
P. Eitti, 1886. 

Dans ce consciencieux travail, notre excellent confrère nous 
donne le programme d'une classe de première année et les diffé- 
rents exercices qui peuvent être faits- pendant cette importante 
période de l'instruction. Nous t nous plaisons à voir, dans ces 
principes généraux, dit-il, les meilleurs moyens d'empêcher au 
début ces communications par signes. Nous recommandons à 
nos confrères la lecture de ces quelques pages d'un instituteur 
expérimenté dont les travaux antérieurs ont toujours été très 
remarqués. 



— 67 — 

Le Petit Écho normand. — Louis-Auguste Oapon , directeur de 
l'école des sourds-muets d'Elbeuf (avec portrait). Elbcuf, 
25 avril 1886. 

Théophile Denis. — L'enseignement de la parole aux sourds- 
muets Notes sur la réforme introduite depuis 1879 par le Ministre 
de l'intérieur dans les établissements de bienfaisance consacrés 4 
l'éducation et à l'instruction des sourds-muets. In-8. 37 p. Paris, 
Berger-Levrault et C, 1886. 

M. Th. Denis avait bien voulu donner à nos lecteurs la pii- 
meur de ces Notes en nous autorisant à publier, dans la Revue 
bibliographique (n n ,4), un des chapitres, le huitième de cette 
causerie si intéressante, et en même temps si instructive. :■; La 
légende des haras. », nous le savons, a été très remarquée, et 
nous aurions été heureux de déférer aux vœux de nos" lecteurs 
qui nous demandaient de faire d'autres extraits. 

Il serait à souhaiter que cet ouvrage soit entre les mains de 
tous ceux qui s'intéressent ou devraient s'intéresser à nos élèves ; 
aux uns et aux autres, il ferait connaître la méthode et les pro- 
cédés employés aujourd'hui dans nos institutions. Les sourds- 
muets seraient aihsi mieux connus, mieux appréciés, et nous 
ne verrions plus en France les personnes les plus instruites, 
ignorantes des grandes réformes qui viennent de s'accomplir 

dans cet enseignement. 

Ad. B. 



DES CORNETS ACOUSTIQUES 

et de 
LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

Parle D r J. A. A. Rattel. 

(Fin) 

Observation IL 

Une jeune lady, de 20 à 30 ans, comme celle de l'observation 
précédente, n'avait jamais entendu de sons de manière à la 
mettre en état de parler ou de lire avec un certain degré de 
netteté. Je la soumis à un traitement semblable à celui que l'on 



— 68 — 

mit en œuvre dans le cas ci -dessus, et le résultat fut aussi satis- 
faisant. Au bout de quatre mois environ, voici ce que m'écri- 
vait la sœur de la malade. « Je crois qu'elle (la malade) est en 
voie d'amélioration; beaucoup de nos amis sont du même avis. » 
Dans une autre lettre,, la même sœur me dit : « Il me semble 
que les progrès se poursuivent graduellement, bien qu'avec 
lenteur, ce qui est peut-être le mieux et le plus sûr. » La 
malade m'écrit elle-même ; « Je ne saurais vous dire l'étendue 
de' mes progrès dans l'acte de l'audition, de la lecture et de la 
parole ; mais actuellement je, lis beaucoup mieux, je distingue 
parfaitement les nombres à l'aide du tube. J'entends toujours 
très bien ; G's et tante F, pendant mon séjour chez eux, disent 
que ma parole s'est beaucoup améliorée, qu'ils me comprennent 
très bien ; j'en suis bien heureuse. » 

Obsen*alion III. 

Oreille droite hors d'usage depuis 60 ans; à l'âge de. 70 ans r 
amélioration assez considérable pour permettre au malade d'en- 
tendre la conversation dans toute l'étendue de la chambre à 
l'aide d'un cornet acoustique. 

Je fus appelé en province en grande hâte, au printemps de 
1856, pour voir un Monsieur de 70 ans qui souffrait d'une 
violente inflammation de la membrane muqueuse tapissant la 
cavité tympanique gauche. 

Au moment de ma visite, l'inflammation s'était étendue en 
dedans jusqu'au labyrinthe, et la faculté auditive était détruite. 
Je ne pouvais plus communiquer avec mon 'malade que par 
écrit. N'ayant que bien peu d'espoir d'améliorer l'ouïe du côté 
gauche, je dirigeai mon attention du côté droit. Je trouvai que 
la M. T. de cette oreille s'était enflammée et altérée pendant 
l'enfance. Je proposai d'essayer l'effet d'une voix forte parlée 
dans l'oreille droite, malgré l'opposition faite à cette expérience 
que l'on supposait inutile. 

Le résultat fut manifeste ; le son de la voix fut distinctement 
entendu, et le malade comprit quelques mots. Pensant que le 
système nerveux de cette oreille s'était engourdi, par l'effet de 
cette circonstance que les ondulations sonores ordinaires avaient 
été dans l'impossibilité d'arriver au nerf acoustique par suite de 



— 69 — 

l'altération de la M. T. et de la muqueuse tympanique et de 
l'affaiblissement du nerf lui-même. Je me déterminai à essayer 
un plan de traitement ayant un double objet : l'excitation de 
l'appareil nerveux de l'oreille par le stimulus normal des vibra- 
tions sonores à l'aide de cornets acoustiques, et l'amélioration 
de l'état de la M. T. aussi bien que celui de la muqueuse de la 
caisse au moyen d'applications médicamenteuses. Le premier 
but fut essayé aussitôt avec un résultat très satisfaisant ; en 
effet, la faculté auditive augmenta graduellement. La médication 
consista en une légère contre-irritation ; bref, grâce à l'emploi 
de ces moyens, le malade qui, du côté droit, avait eu pendant 
60 ans une ouïe assez défectueuse pour faire considérer la 
faculté auditive comme « perdue, » s'améliora si bien dans l'es- 
pace de dix-huit mois que, pendant longtemps avant sa mort, 
il put entendre la voix d'un interlocuteur lui parlant près de 
l'oreille et, qu'à l'aide d'un cornet acoustique posé sur sa table, 
il pouvait s'entretenir avec des personnes assises dans les diffé- 
rentes parties d'une pièce de grandeur ordinaire. Je suis sûr 
que dans ce cas le traitement aurait échoué si l'on n'avait en 
même temps stimulé l'appareil nerveux acoustique par l'influence 
des sons, et j'affirme, d'après mon expérience, que des centaines 
de personnes vivent avec une oreille supposée complètement 
sourde, et en réalité tout à fait inutile, mais à laqueHe on pour- 
rait faire rendre encore d'immenses services en lui transmettant 
les ondulations sonores à l'aide de moyens artificiels. 

L'idée d'avoir recours aux cornets acoustiques pour soumettre 
l'organe de l'ouïe comme à une véritable gymnastique, a fait 
peu à peu son chemin. 

Aujourd'hui, dans un grand nombre d'institutions de sourds- 
muets, on se dispose à en faire l'application à l'enseignement. 
C'est ainsi qu'à l'Institution de New- York il existe un cours de 
gymnastique auriculaire (a course of auricular gymnastic) à 
l'aide des cornets acoustiques, et M. H. Currier, qui en est le 
professeur, rapporte l'observation suivante qui vient s'ajouter 
très heureusement à celles de Toynbee (American Annals of 
the deaf and dumb oct. 1885. Washington). 
Observation IV. 

Annie, âgée de 15 ans, qui était sourde depuis l'âge de 5 ans, 



— 70 — 

si sourde qu'à 14 ans, âge auquel elle contracta la scarlatine, 
elle ne pouvait pas entendre la .voix. 

Cette demoiselle était soumise à renseignement auriculaire 
depuis (aurai instruction) la seconde partie de novembre 1884. 
Au commencement des essais, cette fille était seulement capable 
dé distinguer les mots qui étaient transmis lentement à travers 
le tube. 

Après quelques semaines, elle suivait aisément une conversa- 
tion plus rapide, et maintenant je trouve qu'elle peut entendre 
une conversation lente, mais sur un ton un peu plus élevé que 
le ton habituel, sans l'aide du cornet ; pourvu toutefois que la 
bouche de celui qui parle soit placée à six pouces de son oreille. 
L'examen fait avec l'audiomètre dans ce cas le 30 sep- 
tembre 1884, donnait le chiffre 3 à gauche et 17 à droite. Le 
deuxième essai fait avec le même instrument le 2 juin 1885 
donnait le chiffré 10 à gauche et 23 à droite. Ma conviction, 
si' fortifiée par ce fait, est qu'à chaque fois que l'on aura recours 
à « l'aurai instruction » le second examen fait avec l'audiomètre 
indiquera toujours une augmentation dans la perception des 
sons. C'est pourquoi la possibilité de développer l'acuité auditive 
me paraît être une raison suffisante pour engager les professeurs 
de sourds-muets à essayer notre enseignement, et je désire 
ardemment que ces essais empressés et patients apportent, dans 
un avenir prochain, comme un remède nouveau à la surdi- 
mutité. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Le gouvernement anglais, ainsi que nous l'annonçait notre 
excellent collaborateur, M . Van Praagh. vient de nommer une 
commission d'enquête chargée d'étudier la question des sourds- 
muets et des aveugles. 

Cette commission, dont Lord Egerton of Suttou est le prési- 
dent, se compose de MM. Saint-John Ackers, ancien membre 
du Parlement anglais, Johnson, directeur de l'institution des 



— 71 — 

aveugles de Londres, D r Armitage, D r Tyndall Robertson, . 
Charles E.-D. Black, secrétaire. 

Nous avons eu l'honneur de recevoir en .France cette com- 
mission royale qui a visité l'Institution nationale des sourds- 
muets de Paris. l'Institution nationale- des jeunes aveugles, 
l'école enfantine d'aveugles (école Braille) et l'atelier fondé pour 
aveugles adultes par M me Furtadp- Heine. 

* # 

La couverture de la l re année de la Revue bibliographique doit 
parvenir à nos abonnés avec ce numéro. 



Nous prions ceux de nos abonnés qui ne nous ont pas adressé 
le montant de leur réabonnement de faire bon accueil à la quit- 
tance qui leur sera présentée par la poste et dont le montant 
sera : 

Pour la France, de 9 fr. 45 c, frais compris. 

Pour l'Étranger, de 10 fr. 70 c. — 



CORRESPONDANCE 



Au sujet de la statistique des institutions françaises publiée 
dans notre dernier numéro ; nous avons reçu de M me Renard, 
directrice d'une institution de sourds-muets à Paris, la rectifi- 
cation suivante, avec prière de l'insérer. 

« J'attache une importance capitale à l'articulation, puisque 
je la pratique depuis 1871; mais je n'emploie pas ce que-vous 
appelez la méthode orale pure. Lorsque mes élèves possèdent le 
mécanisme de l'articulation et en connaissent tous les ressorts, 
j'emploie la phonomimie de M. Grosselin, à laquelle je rends 
hommage pour les services qu'elle m'a rendus et qu'elle me rend 
encore tous les jours ; c'est pour moi le moyen le plus rapide de 
développer l'intelligence du sourd-muet et de /initier à une 



— 72 — 

phraséologie correcte; or, ces deux avantages ont, selon moi, 
une grande valeur; mais, je le répète, et j'insiste sur ce point, 
l'articulation tient une grande place dans mon enseignement, je 
m'étonne seulement-que ces deux méthodes soient en opposition, 
car je ne vois pas que l'une puisse être la condamnation de 

l'autre. » 

P. -P. Renard. 



M"' e la directrice de l'école de la rue Saint-Hyacinthe (Paris) 
nous prie d'ajouter aux renseignements donnés dans la statis- 
tique que cette institution a été fondée en 1849 par le D r Blan- 
chet, alors médecin en chef de l'Institution de Paris. 

Nous serons heureux d'accueillir toutes les rectifications aux 
erreurs qui ont pu se glisser dans la statistique que nous avons 
publiée. 



Nous accusons ici réception des ouvrages que nous avons reçus 
pendant le mois dernier en adressant tous nos remerciements à 
nos aimables correspondants. Il sera rendu compte ' de ces 
ouvrages dans un prochain numéro. 

Association for the oral instruction. — Wejssweiler. Sprech, Schreib' 
Lèse and absehûbungen. etc. ■ — Weissweiler. Sprach nnd 
Leseûbungen. etc. — 50. Jarig Jubelfeert van het bestaan der... 
te Antwerpen (2 ex.) — Em. Grégoitîe. Institut provincial de 
sourds-muets à Bevehem. Sainte-Agathe. — Institution de Emden . 
rapport. (2 ex.). — J.-C. Gordon. The American Manual Alpha- 
bet (2 ex.). — The Bombay eatholjc examiner 12 mars 1886. — 
L. Jullian. Principes de l'éducation des sourds-muets. — L. Jul- 
ien. Méthode naturelle, etc. — M. Snyckers. Le sourd-parlant. 
2 e année d'étude (2 ex.). 



F. M . Lille. — L'abonnement est de 9 francs' par an, vous 
nous êtes redevable de 1 franc. Merci de votre bonne lettre. 

M. le D r C. Revz. — Vous noua avez envoyé 0.70 c. en plus de 
l'abonnement qui n'est que de 10 francs pour l'étranger. Nous te- 
nons cette somme à votre disposition. 



Paris. — Imp. Pellunrd, .. St-J:icqncs, 225. 



Librairie Paul RITTI, 21, rue de Yaugirard, Paris 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DTI SORT DES SOURDS-MUETS (Congrès de Paris) 
Comptes - rendu* analytique» des séances 

Un volume, grand in-8 Prix. 4 fr. 

(Envoi franco par, la poste) 

DES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

lpsi,rr T. Hugentotoler 

Directeur 4e rinstitut'cm des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

d: l'éducation des sourds-muets et des sciences qui S'y rattachent 

l ro année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 
par le D* 1 J.-A.-A. Rattel 



fUIMT ©I PMâBTRI 



Etude Bibliographique et Iconographique 

SUR 

L'ABBÉ DE L'ÉPÊE 



J±JD. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds - Muets de Paris 

AUGMENTÉE 

1° D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Epée , 
par J.-J, Valaue-Gabel. ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 1852 par l'éminent instituteur fiançais et qui n'a pas encore été publiés. 

2° D'une étude sur les débuts, les progrès et le couronnement de 
l'œuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis, s/chef de bureau au 
Ministère de l'Intérieur. 

ORNÉE 

1° D'une eau-lorte de Dumont, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2° De trois gravures (reproduction de deux médailles et 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



20 EXEMPLAIRES, PAPIER DU JAPON (numérolés de 1 à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAIPER DE HOLLANDE (numérolés de 21 à 250) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 francs 

(Port en sas') 

Ptrlt — Imp. Pelluard,r. St-Jacques, 22 S. 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 

EEVÏÏE FKANÇAISE 



DE I/EDUCATION 

des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



Deuxième Année. — N° 4. — 1 er Juillet 1886. 



SOMMAIRE. Théophile Denis. Causerie. Les Artistes sourds-muets au 
Salon de 1886. — Théobald. De l'enseignement du droit usuel aux sourds- 
muets. — Programme provisoire de Droit usuel. ■ — Notices sur les Insti- 
tutions Françaises de sourds-muets. X.. L'Institution d'Alençon. — Infor- 
mations. Correspondan 





PARIS 

Librairie Pavil RITTI, 21, Rue de "Vaugirard 

I S86 



-<5>-s:i 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard. professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (F.\ professeur à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. , 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Botnpard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Murfs de Cliambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale dis Sourds-Muets de Paris. 



MM . 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris . 

Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Bercbem-Sainte-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur.. 

Hugentobler. J. directeurde l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel (D rl , médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Rohart l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des études 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groninguc. 

M. C. Renz, Stuttgart (Wurtemberg). 

M lle Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 

M. Van-Praagh, directeur de l'Association for the oral instruction of the Deaf and 
Dumb. Londres. 

M. Villabrille, directeur du Collège national des Sourds-Muets et des Aveugles de 
Madrid . 



La Revue français de V Education des sovrds-muels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 

Adresser toutes les communications, à M. BÉLANGER, 9, rue des 
Feuillantines, Paris. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds - Muets 

2">° année. — N» 4 Juillet 1886 



CAUSERIE 



Les Artistes Sourds-Muets au Salon de 1886 

Tfeize artistes sourds-muets ont été admis à exposer leurs 
œuvres au Salon de 1886. 

Les années précédentes, on en comptait quelques-uns de 
moins. Ils étaient neuf en 1885. 

Je crois rester en deçà de la vérité en fixant à dix la moyenne 
annuelle des admissions. 

Un simple rapprochement va faire ressortir toute l'importance 
de ce nombre. 

Les sourds-muets forment en France une population dissé- 
minée de 80,000 âmes au maximum. 

Prenons, sur un point quelconque de notre territoire, une 
agglomération de 30,000 habitants, et relevons le nombre des 
artistes qui la représentent à l'Exposition des Beaux- Arts. 

Lne circonstance particulière me permet d'établir ce calcul 
dans les, conditions les plus rapprochées de la vérité. 

Depuis une douzaine d'années, je publie, quand revient le 
mois de mai, un petit volume consacré aux « Artistes du Nord » 
admis au Salon. Or, le département du Nord compte environ 
1,200,000 habitants; il est, après la Seine, le plus fécond en 
artistes. 

Combien croyez-vous que j'en rencontre à chaque Salon? 
— Cent, en moyenne. 

C'est donc une proportion de 1 pour 12,000. 



— 74 — 

.Les sourds muets, on vient de le voir, sont dans la propor- 
tion de 1 pour 3,000. 
Concluez. 



Cependant il ne faudrait pas, dans votre conclusion, vous 
laisser entraîner à partager l'opinion de ceux qui accordent 
aux sourds-muets des aptitudes supérieures à celles des enten- 
dants-parlants pour les arts dont le dessin est la base. 

C'est une erreur qui fait sourire les sourds -muets eux-mêmes; 
car ils se contentent de revendiquer l'égalité de moyens pour 
la manifestation de facultés intellectuelles égales. 

Leurs succès artistiques s'expliquent plus naturellement. 

D'abord, si les sourds-muets qui appartiennent à des familles 
riches ou aisées, ou ceux dont l'intelligence plus vive a été 
plus développée par l'instruction, tournent avec tant d'empres- 
sement leurs goûts vers les arts plastiques, c'est parce que leur 
infirmité limite fatalement leurs aspirations et enchaîne leur 
volonté : elle leur ferme toutes les autres carrières libérales où 
ils trouveraient à occuper leurs loisirs et à exercer les forces de 
leur esprit. 

Sans parler de l'art musical, ne sont-ils pas obligés de 
renoncer à l'armée, à la magistrature, au barreau, à la médecine, 
à toutes les fonctions administratives, à l'état ecclésiastique ? 
Ils sont donc acculés, permettez-moi cette expression, au seul 
art libéral dont la pratique ne réclame que le fonctionnement 
de l'œil et de la main. 

Quelques-uns sont parvenus à se distinguer comme écrivains 
et hommes de science. Mais le nombre en est restreint, et nous 
en aurions vite fermé la liste. . . 

Non, ce n'est pas un privilège de nature qui fait du sourd- 
muet un artiste. 

Néanmoins, ce qu'il faut reconnaître, c'est que le sourd-muet 
est mieux préparé que l'entendant à la pratique du dessin, et 
qu'il doit, en effet, cet avantage à sa condition physique. 

Dès l'âge le plus tendre, le sourd-muet sent l'impérieux 
besoin de tout voir et de voir promptement et bien. Saisir les 
moindres mouvements de la physionomie d'autrui, c'est pour 



40 



lui une nécessité de premier ordre. Nous avons simplement le 
désir de voir, il en a la passion. Nous suppléons à la vue par 
l'ouïe; la vue, pour lui. est le seul mode de communication. 
Aussi, cherche-t-il à se pénétrer de l'image exacte de tout ce qui 
l'entoure. Il sait que ce qu'il ne voit pas n'existe pas pour lui ; 
il ne regarde pas, il dévore. 

Il s'ensuit que sa faculté visive, toujours en éveil, acquiert 
un développement et une puissance que n'atteint pas l'œil 
naturellement distrait de l'entendant. Les menus détails qui 
échappent à ce dernier finissent par le frapper sans efforts ; il 
embrasse plus facilement et plus complètement l'ensemble d'un 
objet ou de la figure humaine, il en perçoit mieux les lignes les 
plus ténues et les accidents les plus fugitifs. Un rien lui apparaît 
avec du relief. L'adresse de l'oeil lui vient comme à l'aveugle 
celle de la main. 

Ces conditions constituent donc réellement une préparation 
avantageuse pour s'adoitner aux arts qui demandent un coup 
d'oeil exercé. En résumé, s'il n'y a pas de supériorité native, il y 
a le secours très appréciable d'une quajité acquise. 

Pour compléter notre explication, remarquons que presque 
tous nos artistes sourds-muets sont nés à Paris ou y ont été. 
élevés. Ils ont donc vécu dans ce milieu exceptionnel qui, non 
seulement développe le goût des arts, mais encore le fait 
■naître par la vue de nombreux chefs-d'œuvre, par la fréquen- 
tation des plus riches musées, par la multiplicité des expositions, 
par le facile accès d'écoles spéciales et, enfin, par je ne sais 
quels courants mystérieux et particuliers à la grande cité dont 
l'air ambiant est continuellement traversé. 

Si l'on pouvait traduire mathématiquement l'ensemble de 
nos observations, l'opération démontrerait que le nombre des 
artistes sourds-muets admis au Salon présente une proportion 
normale. 

Concluons donc nettement qu'il faut prendre l'habitude de 
considérer les sour"ds-muets comme nos égaux sous le rapport 
de l'intelligence et des aptitudes, — et, je le répète, ils n'en 
demandent pas davantage. 

C'est dans ces dispositions que nous allons examiner les 
ouvrages de ceux qui pratiquent le culte des Beaux-Arts. 



76 — 



PEINTURE 



Loustau. — M. Léopold Lonstau est un vétéran dans l'École 
française actuelle. Son début au Salon date de 1839, année du 
prix de Rome de M. Hébert et de la l re médaille de Paul Flan- 
drin. Il était ' médaillé en 1842, en même temps qu'Auguste 
Glaize. C'est entre ces deux dates que Meissonnier et Français 
obtenaient une médaille de 3 e classe. Ces années-là, le catalogue 
de l'Exposition contenait les noms de Jules Dupré. Eugène 
Lami, Philippe Rousseau, Rosa Bonheur. Vous voyez quels 
sont les contemporains de M. Loustau. 

Notre artiste est un laborieux, un passionné de l'art. De 
1839 à 1886, c'est-à-dire pendant un demi-siècle bientôt, il a 
été constamment sur la brèche. J'ai compté jusqu'à soixante-dix 
ouvrages de lui dans les expositions. Jugez par là de ce que doit 
être le catalogue complet des œuvres de cet infatigable, et fécond 
travailleur. 

Ses premières compositions ont été des sujets religieux.: en 
1839, Saint Pierre guérissant un boîteux; eu 1840, Sermon de 
Jésus-Christ sur la montagne, acquis par l'Etat; en 1842, 
Jésus-Christ enfant parmi les docteurs de la loi, tableau qui lui 
valut une médaille et fut donné par l'Etat à la chapelle du 
lycée de Strasbourg; en 1843, Jésus-Christ et les petits- enfants, 
pendant du précédent, et commandé par le ministère des beaux- 
arts; en 1845, Saint Nicolas, attribué à l'église de. Haguenau, 
dont ce saint est le patron. Ces envois étaient le plus souvent 
accompagnés de portraits. 

En 1846, sujet d'histoire; les années suivantes, série de por- 
traits. En 1855, nouvelle composition historique. A partir de 
1857, nous rencontrons des peintures de genre, toujours des 
portraits, parfois encore des toiles historiques ou religieuses, et 
aussi des paysages. 

En 1882. M. Loustau nous donna une page émouvante qui 
puise un intérêt tout particulier dans ses rapports avec l'histoire 
de l'institution des sourds-muets : c'était l'abbé Sicard sauvé, 
à la prison de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, le 2 sep- 
tembre 1792, par le courageux dévouement de l'horloger Mon- 



— 77 — 

not. Au même Salon, l'artiste retraçait dans une autre toile le 
dévouement filial de M elle Cazotte. 

L'an dernier, il exposait : Une partie de campagne et Noël. 

Nous arrivons enfin à ses envois de cette année. 

La Fête du 15 août en 1816 donne l'impression d'une page 
sentimentale détachée du Mémorial de Sainte-Hélène. Nous 
sommes en terre d'exil. Le paysage est mélancolique ; il a pour 
fond un rideau de montagnes rocheuses, et pour assiette un 
terrain caillouteux pauvrement recouvert d'une herbe chétive 
et pâle. Le soleil répand une lumière froide sur ces tristesses 
d'une nature souffreteuse. Deux groupes de personnages — les 
fidèles du prisonnier — peuplent, sans l'animer, cette solitude 
désolée : à gauche, le général G-ourgaud, le comte de Las Cases 
et son fils Emmanuel; à droite, le général Bertrand, la com- 
tesse, sa femme, et leurs deux enfants. Au centre, Napoléon. La 
fillette de la comtesse, présentée par sa mère, lui offre un bou- 
quet ; il avance les mains pour recevoir ce modeste hommage. 
Tout le monde est attentif et respectueux. Le visage du pri- 
sonnier reste morne. Il y a de l'émotion au fond des âmes ; car 
ces pauvres pleurs évoquent des souvenirs qui emportent la 
pensée au delà de ce misérable coin de terre... 

Cette composition, dont le choix s'explique par la date de 
naissance de M. Loustau, est bien équilibrée; les figurines, 
correctement dessinées, ont les attitudes un peu raides que leur 
inflige le costume de l'époque ; elles semblent avoir été décou- 
pées dans les petits cadres de Boilly. 

M. Loustau expose, en outre, le portrait de M me H. L... 
C'est l'image de sa fille. Elle est représentée à mi-corps, vêtue 
d'une robe gris-perle agrémentée au corsage d'un ruche de den- 
telle noire. La tête, blonde et claire, se détache sur un fond 
assourdi de nuance marron. Le buste a du relief, la respiration 
joue librement. L'expression du visage est douce ; la carnation 
délicate est adroitement relevée par la demi-teinte de la joue 
gauche ; le regard est intelligent et rempli de bienveillance. La 
main, qui tient un bouquet de chrysanthèmes, est supérieure- 
ment modelée. En un mot, on sent dans ce portrait les soins et 
les caresses d'un père. (^4 suivre) 

Théophile Denis. 



— 78 — 

DE L'ENSEIGNEMENT DU DROIT USUEL 

aux Sourds-Muets 

Rapport présenté a h Conférence des Professeurs 
de l'Institution nationale de Taris. 



Monsieur le Président, Messieurs, 

Aujourd'hui, de même qu'il y a cinquante ans, le sourd-muet 
adulte pourvu ou non d'une certaine somme d'instruction, se 
trouve souvent isolé, pour ne pas dire abandonné, dans cet 
océan d'individus que nous appelons la société. Son abandon est 
d'autant plus déplorable qu'il n'a que des idées fort vagues sur 
ses droits et ses devoirs de citoyen, s'il ne les ignore complè- 
tement. 

Pour celui qui est dépourvu des dons de la fortune, et c'est 
la grande majorité, la vie sociale est une lutte sans trêve ni 
repos en vue de conquérir son pain de chaque jour et ses droits 
d'homme libre qui lui sont parfois contestés. 

Afin qu'il puisse lutter avec quelque chance de succès, il faut 
qu'il connaisse les usages, les conventions du milieu où il vit, 
ce qui constitue la société; la loi, en un mot. 

Chaque élève qui nous quitte pour aller vivre dans le monde 
remplit-il ces conditions ? A-t-il une connaissance quelconque 
de nos lois, de ce qu'elles prescrivent, de ce qu'elles interdisent ? 

Hélas ! chaque jour nous apporte une réponse négative. Au- 
jourd'hui, c'est pour un sourd-muet coupable qu'on vient ici 
chercher un interprète; hier, c'était pour un pauvre diable qui 
avait eu le désagrément de se voir dépouiller; demain, ce sera 
pour une orpheline affligée d'une grande fortune que des colla- 
téraux, soi-disant charitables, veulent protéger dans un but fort 
peu désintéressé. 



— 79 — 

A entendre certaines personnes, le sourd-muet ne saurait 
jouer dans la grande famille humaine qu'un rôle infime, celui 
de figurant, de comparse. S'il en était ainsi, ce serait une raison 
de plus pour que nous lui donnions les moyens d'accomplir sa 
destinée, quelque modeste qu'elle puisse être. 

Les connaissances scientifiques, morales, religieuses et pro- 
fessionnelles qu'il reçoit dans nos écoles ont besoin d'être com- 
plétées par la connaissance de ses devoirs et de ses droits de 
citoyen. 

Aussi, Messieurs, est-ce avec un empressement unanime que 
vous avez adopté la proposition d'établir dans nos classes, les 
plus élevées un cours de droit usuel. 

Vous avez nommé une commission pour s'occuper de ce pro- 
jet qui a été formulé de la manière suivante : 

« 1° Le cours de droit usuel sera-t-il fait par un professeur 
« spécial en dehors des heures de classes ou bien par chaque 
« professeur à ses propres élèves pendant la classe ? 

« 2° Préparer un programme des matières, qu'il est indispen- 
« sable de faire connaître aux élèves. » 

Dans sa première séance à laquelle assistaient M. le Direc- 
teur et M. le Censeur, la Commission a tranché la première 
question, a abordé l'étude de la seconde, et m'a fait l'honneur 
de me choisir pour rapporteur. 

La tâche de condenser les opinions de ses collègues, toute 
honorable qu'elle soit, ne laisse pas cependant que d'être déli- 
cate, surtout quand il s'agit d'une question aussi grave que 
celle qui nous occupe- 
Fort de votre bienveillance, je vais, Messieurs, me mettre à 
l'œuvre; et pour commencer, vous faire part des raisons qui 
nous ont déterminés à formuler le vœu que chaque professeur 
de la dernière année d'instruction fît lui-même le cours de 
droit usuel. 

Je dirai ensuite comment nous avons composé le projet de 
programme qui vous est soumis ; après quoi j'exposerai la situa- 
tion du sourd-muet par rapport aux connaissances que nous 
voulons lui donner; j'émettrai enfin quelques observations sur 



— 80 — 

la manière de rédiger les leçons et de les présenter aux élèves 
de façon qu'ils s'en souviennent plus tard, quand ils seront 
devenus des hommes. 



* 



Ainsi que je viens de vous le dire, votre commission, pour ce 
qui concerne la mise en pratique, s'est trouvée en présence de 
deux systèmes ayant chacun leurs avantages et leurs inconvé- 
nients. 

Les matières qui forment le conrs de septième année, langue 
française, arithmétique, géographie et histoire de France, pré- 
sentent un ensemble de nature à occuper sans relâche les élèves 
dans tout le cours de Tannée scolaire. 

On a fait observer qu'en y ajoutant le droit asuel, les leçons 
de langue française devraient nécessairement s'en ressentir; la 
langue étant l'objectif principal de l'enseignement, je dirai la 
cause même de l'existence des écoles de sourds-muets, les autres 
matières n'étant que des accessoires, des compléments, si l'on 
veut. 

Aussi, les opinions de la commission se sont-elles trouvées 
partagées quand il s'est agi de savoir si le nouveau cours aurait 
lieu durant les classes ou en dehors, c'est-à-dire pendant les 
heures d'étude. 

Reporter ce cours aux heures d'étude signifiait demander la 
création d'une chaire spéciale. Cette demande avait de grandes 
chances d'être adoptée. Cependant, après une discussion sérieuse, 
elle a été, non pas repoussée, mais réservée par divers motifs, 
entre autres que les heures d'étude ne sont pas elles-mêmes 
trop nombreuses et qu'une partie est consacrée à des cours 
spéciaux, tels que le catéchisme, le dessin d'ornement, le dessin 
linéaire. 

Abordant ensuite l'examen de la proposition contraire, 
c'est-à-dire celle qui- consiste à faire donner les leçons pendant 
la classe par le professeur ordinaire, la Commission, considérant 
que les prescriptions de la loi, aussi bien que la narration des 
événements historiques sont, dans l'espèce, des leçons de langue 



— 81 — 

française appliquées à un sujet déterminé, a émis le vœu que, 
jusqu'à nouvel ordre, les leçons en question fussent données 
par les professeurs de septième année à leurs propres élèves et 
dans leurs classes respectives. 

Que pourrai-je ajouter de plus à cette résolution si sagement 
motivée ? Si votre commission, Messieurs, avait adopté le sys- 
tème contraire, n'auriez-vous pas protesté contre cette atteinte 
portée à vos prérogatives et revendiqué hautement l'honneur de 
conseiller vous-mêmes vos élèves, de les moraliser, de les armer 
en quelque sorte pour le long et pénible combat de la vie ? 



J'arrive maintenant au programme que nous vous proposons . 
Je dirai en peu de mots comment nous l'avons élaboré et pour- 
quoi nous avons été obligés de restreindre les matières. 

De même que pour le programme d'histoire de France que 
nous avons discuté et arrêté dernièrement, une classification 
rationnelle s'imposait à ce genre de travail ; nous avons pris 
celle du Code comme étant la plus logique ; puis ayant fait un 
choix de ce qui était indispensable à l'élève de connaître, nous 
nous sommes arrêtés à une vingtaine d'articles qui seront, si 
l'on veut, des chapitres, soit que le professeur développe ou 
abrège son cours. 

Nous nous sommes spécialement occupés du Code civil; 
n'effleurant le Code pénal que pour indiquer les juridictions 
compétentes et les points principaux de la procédure en matière 
de crimes, de délits et de contraventions dont nous nous sommes 
abstenus de faire rémunération pour des motifs que vous com- 
prendrez sans peine. 

Pour ce qui est du Code civil, n'ayant eu à consulter ni nos 
sentiments ni nos préférences, les lois étant égales pour tous, 
et tous devant s'y soumettre, nos discussions ont porté unique- 
ment sur la nécessité de faire figurer dans notre programme 
tel article plutôt que tel autre. 

Nous n'y avons donc inséré que ceux susceptibles de mettre 
le sourd-muet en état de diriger ses affaires et de se diriger lui- 



— 82 — 

même. Aussi, avons-nous eu égard à la position sociale future 
de la majeure partie de nos élèves. 

Une considération importante ne nous a pas permis de donner 
à notre .programme l'étendue qu'il devait nécessairement avoir ; 
c'est que provisoirement il ne pourra être développé que dans 
l'espace d'une seule année scolaire, tandis qu'il en faudrait 
deux au moins, et que les programmes des autres branches de 
l'enseignement so"nt assez chargés. Nous devons ménager l'acti- 
vité cérébrale de nos élèves et ne pas les appliquer à des leçons 
comportant chaque jour des sujets d'une nature distincte. 
Varions nos leçons, mais ne les varions pas trop. 

Aux craintes qui nous ont été exposées que le cours de droit 
usuel ne fît .tort, en le restreignant, à l'enseignement scienti- 
fique, à la géographie et à l'histoire, par exemple, qui seraient 
en partie sacrifiées, je répondrai qu'il n'y a pas de danger, et 
que s'il devait y en avoir, le sacrifice ne serait point à regretter, 
parce que l'enseignement du droit est d'une nécessité bien 
autrement considérable et d'un avantage plus immédiat que 
celui de ces deux sciences qui, d'ailleurs, doivent lui prêter leur 
concours. La géographie étend la pensée, indique le lieu où 
s'exerce l'activité; l'histoire provoque la réflexion et concourt 
à l'acquisition de l'expérience qui règle la conduite, le droit qui 
s'identifie avec la morale, épure les idées et les sentiments, 
suggère des solutions pratiques dans le double intérêt de l'in- 
dividu et de la société et sanctionne les actes ; car il a sa base 
dans l'idée rationnelle du mérite et du démérite! 



Longtemps, le vulgaire a regardé le livre des lois comme une 
chose m y. térieuse, une arche sainte interdite aux regards pro- 
fanes. Qu'est-ce qui' a porté si haut le prestige de l'humble 
gendarme, au point que l'homme le plus honnête, lorsqu'il le 
■voyait venir sur la route se sentait envahi par une crainte 
vague et faisait son examen de conscience ? N'est-ce point 
parce que le gendarme était sensé connaître la loi qu'il person- 
nifiait aux yeux du populaire ? Celui-ci, en fait de droit, n'avait 
que des idées fort communes et en petit nombre. 



— 83 — 

Aujourd'hui, grâce au suffrage universel et à l'instructipn 
répandue partout, chacun possède une connaissance suffisante 
de ses droits et de ses devoirs. Nos élèves qui sont appelés à 
prendre part à la vie sociale doivent pouvoir marcher de front 
avec les parlants pour mériter d'être comptés au nombre des 
membres utiles de la société. 

Je n'insisterai donc pas sur ce point auprès de vous, Messieurs ; 
vos idées sont celles de votre commission, et si nous y revenons, 
c'est moins pour démontrer le bien fondé de votre décision que 
pour engager nos collègues des autres écoles à faire comme nous 
dans l'intérêt du sourd-muet. 

•Quel est-il cet intérêt ? Le voici: 

Agir régulièrement quand le désir légitime d'améliorer son 
sort se produit en lui ; exercer les droits que la loi lui reconnaît 
quand il est en âge et en position de le faire remplir ses 
devoirs privés et sociaux quand il y est requis; se défendre avec 
dignité quand il est accusé à tort ; chercher à diminuer le degré 
de sa culpabilité quand il a transigé avec sa conscience; enfin, 
préserver sa vie, ses biens et son honneur quand ils sont 
menacés; telles sont les raisons, je ne dirai pas qui justifient, 
mais qui exigent impérieusement l'explication de la loi. 

Ici, qu'on ne nous accuse pas d'égoïsme : par sourds-muets, 
nous entendons les individus des deux sexes ; car il est à souhaiter 
que le droit soit également enseigné aux sourdesMnuettes afin 
de les prémunir contre les dangers si graves auxquels les exposent 
leur ignorance, leur faiblesse et leur crédulité. Cette observa- 
tion est justifiée par des faits lamentables qui sont venus à notre 
connaissance. Plus que son frère en infortune, la sourde-muette 
a besoin de conseils, d'aide et de protection. Nous exprimons 
le vœu qu'avec l'instruction religieuse et scientifique qui lui est 
donnée, elle reçoive quelques notions de ses droits et de ses 
devoirs afin de bien remplir dans la société le rôle qui lui est 
dévolu comme femme, épouse et mère de famille. 

J'en ai connu qui, s'étant laissées dépouiller de tous leurs 
biens, sont tombées au dernier degré de la misère. En revanche, 
il en est, je suis heureux de le constater, qui, pouvues d'une 
belle éducation et d'une grande, énergie, élèvent parfaitement 



— 84 — 

leurs enfants et dirigent admirablement leur intérieur sans 
négliger les affaires du dehors. 

Le jeune sourd-muet voit la société telle qu'elle est con- 
stituée; l'histoire lui enseigne qu'elle a commencé par une 
famille, une tribu, une peuplade, et qu'avec le temps elle est 
devenue une nation. Mais comprend-il bien les causes de cette 
convergence des idées, des sentiments, des aspirations de tant 
d'hommes vers un but commun, vers la chose publique ; l'Etat 
personnifié par le gouvernement ? 

Quel est donc ce lien mystérieux qui rattache les individus 
d'une même nation les uns aux autres, et qui fait qu'ils aiment 
leur pays, même quand ce pays ne se compose que de landes 
marécageuses ou de steppes couvertes de neiges et de glaces ? 
Est-ce le devoir? Mais le devoir ne parle pas si haut à la con- 
science qu'il ne soit toujours écouté. Est-ce l'intérêt ? L'intérêt, 
quand il est satisfait, subit le devoir, mais ne le recherche 
point. Est-ce l'amour de la patrie ? Oui, c'est ce sentiment 
admirable, irréfléchi, instinctif, identique à celui que nous 
éprouvons pour notre mère. D'ailleurs, en fait comme en droit, 
la patrie est notre mère. 

Cet amour de la patrie a existé de tout temps dans le "cœur de 
l'homme, qu'il fut noble ou bourgeois ou manant, et a inspiré des 
actions héroïques ; mais il était plutôt instinctif que réfléchi, 
parce qu'on n'en voyait la sanction que dans le bon plaisir du 
chef de l'État. 

Notre grande Révolution a provoqué l'explosion de ce senti- 
ment et en a fait la vertu civique par excellence. C'est ainsi que 
l'amour de la patrie est né de la connaissance plus parfaite des 
droits et des devoirs réciproques des citoyens. 

Donner cette connaissance à nos élèves, voilà notre tâche. 
Pour la remplir, ce sont des leçons simples et concises que nous 
devrons mettre à leur portée. 

* # 

A ce sujet, Messieurs, je ne peux consigner ici que les idé^s 
générales qui nous sont communes à tous ; car descendre dans 
les détails serait donner à ce modeste rapport une étendue que 



— 85 — 

sa nature ne comporte point. Je me bornerai donc à quelques 
considérations. 

Et, tout d'abord, disons que l'incertitude, l'hésitation, l'équi- 
voque seront bannies de nos leçons. Dans la loi, tout doit être 
formel, positif, absolu. 

Pour qu'elles réunissent ces qualités, on n'exige pas que nous 
ayons la science du jurisconsulte ; on s'en rapporte plutôt à 
notre droiture et à notre bon sens. 

Le droit, dans ses parties multiples, ne peut plaire à tout le 
monde ; s'il en est quelques-unes qui contrarient nos sentiments 
ou nos intérêts privés, que le dépit ne nous porte point à en 
torturer le sens; ici, il ne s'agit en aucune façon de faire 
épouser nos rancunes à nos élèves, mais bien de sacrifier nos 
opinions personnelles pour ne suivre que l'esprit de la loi. 

D'ailleurs ce n'est pas tant les textes du Code que les idées 
qu'ils expriment que nous aurons à faire connaître, mais bien 
plus la pensée qui se dégage des prescriptions légales et la 
manière d'agir pour arriver à y conformer ses actes et sa con- 
duite. 

En d'autres termes, nos leçons exposeront les cas prévus au 
programme ; elles diront comment la solution devra avoir lieu, 
et elles indiqueront les formalités à remplir, les démarches à 
faire. 

Par exemple, à l'article Conseil judiciaire, nous dirons en quoi 
il consiste, qui a le droit de le réclamer, contre qui on peut le 
demander, quel tribunal est compétent pour l'imposer, et quels 
en sont les effets. Il en sera de même pour l'interdiction. 

Aux articles qui concernent les obligations conventionnelles, 
telles que les actes sous seing privé et les contrats de toutes 
sortes,' nous recommanderons bien à nos élèves de ne jamais 
donner leur signature à la légère, de se faire assister non seu- 
lement d'un interprète, mais aussi d'uu conseil. 

Nous leur dirons ce que sont ces actes notariés et autres, à 
quoi ils engagent et quelles conséquences ils peuvent avoir daus 
la suite. Nous descendrons, s'il y a lieu, aux petits détails, 
depuis la feuille de papier timbré jusqu'à la formalité de l'en- 
registrement. 

Pour les contrats, nous expliquerons quelques-uns des termes 



— 86 — 

usités, tels que régime, apports, reprises, prêciput, donateur, 
donataire, testateur, légataire, bailleur, preneur, etc. 

A l'article Épargne, nous insisterons particulièrement sur les 
diverses manières de conserver le fruit de son travail et de 
l'augmenter en vue de parvenir à une honnête aisance, sinon de 
faire face aux éventualités, comme le chômage, la maladie, un 
surcroît de charges. 

Enfin, il est des .actes, les cérémonies religieuses, que nos 
usages prescrivent, mais que nos lois, ne sanctionnent point; 
nous pourrons à la suite des actes de l'état civil donner les ren- 
seignements nécessaires sur le baptême, les obsèques et le mariage 
religieux. 

Nous avons décidé que l'ordre des matières du programme 
pourrait être, interverti, suivant les circonstances et les néces- 
sités. Un événement quelconque peut fournir un sujet de leçon 
de droit; les faits qui se produisent au dehors franchissent 
avec la plus grande facilité les portes des maisons d'éducation 
où ils sont commentés par les élèves; il nous sera loisible 
d'en tirer parti, d'en exposer les causes quand elles seront 
connues, et d'en montrer les conséquences an point de vue 
légal. Voici un exemple sous forme de narration : 

M. Mathieu est un riche négociant retiré des affaires. 

Sa femme est morte ; il n'a pas. d'enfants. Il habite seul un joli 
appartement au numéro 230 de la rue Saint-Jacques. 

La nuit dernière, il fut réveillé par un bruit insolite qui venait 
de son salon. 

Il se leva avec précautions, s'arma d'un revolver et ouvrit la 
porte du salon. 

Il vit à travers l'obscurité un homme qui fracturait les meubles. 

Se voyant découvert, le malfaiteur se précipita, un couteau à la 
main, sur M. Mathieu. 

Mais celui-ci' lui tira deux coups de revolver en pleine poitrine; 
le misérable tomba foudroyé. 

Son corps a été transporté à la Morgue. 

La justice fait une enquête. 

M. Mathieu a été laissé en liberté provisoire. 

Voilà le fait, voici les commentaires : 



— 87- — 

M. Mathieu a commis un homicide. Cet homicide a été volontaire. 
Il n'avait pas le droit de tuer un homme. 
. Mais il était attaqué et il devait défendre sa nie. 
Il se trouvait dans la circonstance dans le cas de se défendre. 
Il avait donc >le droit de se défendre. 
Son droit étiit juste,' légitime. 
Il se trouvait dans le cas de légitime défense. 
La loi lui reconnaît ce droit. 
Son cas est excusable. C. p. 322-329. 



Comme vous le voyez, Messieurs, ce fait est une véritable 
leçon de langue française, un exercice de narration suivi de 
déductions qui apprennent au sourd-muet à raisonner et à 
conclure. 

La forme des leçons peut varier suivant le degré de dévelop- 
pement intellectuel de la moyenne des élèves. Les phrases, de 
même que les idées seront simples ou complexes ; mais nous ne 
perdrons pas de vue cette remarque importante que les idées 
doivent être semées en petit nombre afin qu'elles puissent germer^ 
croître et se développer dans des conditions normales. 

Voici, au sujet du chapitre i La Famille, une série de pres- 
criptions extraites littéralement du Code civil. Elles constituent 
de véritables préceptes de inorale : 

Devoir des enfants enyers leurs parents. 

L'enfant, à tout âge, doit honneur, et respect à ses père et mère. 
C. c. 371. 

Il reste sous leur autorité jusqu'à sa majorité ou son émancipa- 
tion. C. c. 372. 

L'enfant ne peut quitter la maison paternelle sans la permission 
de son père. C. c. 374. 

Les enfants doivent des aliments à leurs père et nfère qui sont 
dans le besoin. C. c. 205. 

Les aliments ne sont accordés que dans la proportion des besoins 
de celui qui les réclame et de là fortune de celui qui les doit. 
C. civ. 208. 



Ces articles sont d'une compréhension assez facile; néan- 
moins, nous avons la faculté de les commenter, de les dévelop- 



— 88 — 

per et de les traduire avec des expressions plus simples s'il y a 
nécessité. 

Permettez-moi, avant de terminer, d'ajouter une petite leçon 
qui a pour objet de faire comprendre la distinction légale qui 
existe entre les biens meubles et les biens immeubles. 

Dernièrement, M. Leroy mourut sans laisser d'enfants; mais il 
avait un neveu nommé Louis et une nièce nommée Blanche, tous 
deux orphelins et majeurs. 

Par testament, il légua, sans aucune réserve ni restriction, tous 
ses biens immeubles à son neveu Louis, et tous ses biens meubles à 
sa nièce Blanche. 

Louis fut tout joyeux en apprenant qu'il serait propriétaire de la 
jolie maison et du jardin de son oncle. 

Le tout pouvait valoir une trentaine de mille francs. 

Il se moqua de sa sœur Blanche qui, selon lui, ne devait avoir 
que quelques gravures encadrées, une mauvaise pendule, un fauteuil 
vermoulu, une douzaine de chaises boiteuses, etc. 

Un brocanteur n'aurait pas donné vingt francs de toutes ces 
vieilleries. 

Pendant que le notaire faisait l'inventaire, Louis se frottait les 
mains, car on avait trouvé dans un placard des titres de rente, 
actions et obligations, pour plus de cent mille francs et environ 
cinq mille francs en argent comptant. 

Blanche ne disait rien; elle pleurait. Elle pensait à son oncle qui 
avait été très bon pour elle, pauvre orpheline, en la faisant élever 
dans un pensionnat, et eu subvenant à tous ses besoins . 

Après l'inventaire, le notaire dressa l'acte liquidatif de la succes- 
sion. 

Louis eut pour t«a part la moitié de l'argent comptant, la maison 
et le jardin avec un arrosoir, un râteau et une bêche pour le cul- 
tiver. 

Blanche eut l'autre moitié de l'argent comptant, tous les meubles 
et tous les titres de rente. Il, y en avait pour cent quinze mille 
francs. 

Louis se fâchn, dit au notaire qu'il était injuste, et le menaça 
d'un procès. 

Le notaire ne lui répondit pas ; mais il prit le Code civil qu'il 
ouvrit aux articles 518, 524, 528. 529 et 533, et dit à Louis : « Voilà 
la loi, lisez, n 



-— 89 — 

L'acte de liquidation dressé par le notaire fut homologué (approuvé) 
par le tribunal civil. 

Après cela, Louis et Blanche furent mis en possession chacun de 
sa part d'héritage. 



Il ne me paraît pas bien utile d'aller plus loin. Je termine, 
Messieurs, en tous invitant à examiner notre projet de pro- 
gramme et à le modifier si bon vous semble. Malgré son peu 
d'étendue et les lacunes intentionnelles qui s'y trouvent, il répond 
à la plupart des besoins, et les explications qui en seront données 
suffiront amplement dans les principales circonstances de la vie 
ordinaire. 

Nous aimons à espérer que notrelâcher, -quand il s'agira de le 
mettre en pratique, nous sera rendue facile par nos élèves eux- 
mêmes qui, à cette époque du cours d'instruction, au moment 
où ils vont nous quitter pour entrer dans le monde, font des 
réflexions sérieuses et se demandent comment ils devront s'y 
comporter. Ces leçons leur seront d'un grand secours; elles 
mûriront leur jugement, les arrêteront sur des pentes dange- 
reuses et feront tomber ces innombrables illusions qui sont 
l'apanage de la jeunesse. 

Nous avons dit, et nous le répétons encore une fois, que nos 
leçons devront être complétées par des indications exactes sur 
la marche à suivre pour les mettre en pratique quand l'occasion 
se présentera. Ces indications seront intéressantes en ce sens 
que l'élève sortira de son rôle passif pour entrer en scène, 
puisque nous supposerons que c'est de lui qu'il s'agit. Ainsi, 
pour être inscrit sur les listes électorales, pour se marier, faire 
un contrat, un testament, acheter un jardin, une maison, se 
faire payer ce qui lui est dû, réclamer justice, il saura où aller, 
à quelle porte frapper, ce qu*il faudra dire, quels papiers il 
s'agira de fournir, quel interprète et quels témoins il sera tenu 
de produire ; ses affaires marcheront ; le maire ou ses adjoints, 
le notaire, l'avoué, l'huissier seront mis en mouvement et feront 
le reste. 



— 90 — 

Dans ces conditions, notre élève d'aujourd'hui pourra être 
demain notre concitoyen, dans le sens propre du mot. 

Votre Commission, Messieurs, a tenu bon nombre de réu- 
nions à chacune desquelles notre honorable président. M. Javal, 
a bien voulu nous apporter l'aide de sa haute expérience d'an- 
cien magistrat ; qu'il me permette de lui adresser, au nom de ■ 
la Commission, nos sincères remercîments, et de lui exprimer 
l'espoir que sous sa direction habile notre vieille école continuera 
de prospérer pour le plus grand bien de l'humanité et pour 
l'honneur du gouvernement de la République. 

Théobald. 

Juin 1886 



PROGRAMME PROVISOIRE DE DROIT USUEL 

Adopté par la Conférence des Professeurs de l'Institution 'nationale de Paris. (1) 



Considérations préliminaires . 



1° Les matières du programme de droit usuel seront ensei- 
gnées dans la dernière année du cours d'instruction réglemen- 
taire. 

2° L'exposé de ces matières devra concourir à l'étude de la 
langue. 



(1) La commission chargée d'élaborer ce programme se composait ds M. le 
Directeur, président'; M. le Censeur, MM. Alard, Champmas, Comte et Théobald, 
professeurs. 



— 91 — 

3° Il sera loisible d'intervertir l'ordre du programme selon 
les circonstances. 

4° Les leçons contiendront surtout les indications nécessaires 
sur les formalités à remplir, les démarches à faire, les pièces à 
produire, les agents, les fonctionnaires auxquels on devra 
s'adresser dans les diverses circonstances de la vie civile. 



PROGRAMME 



1° Droits civils et devoirs civiques. Indications som- 
maires. 

2° Les actes de l'état civil. Naissance, mariage, décès. For- 
malités à remplir. Extraits d'actes. Légalisation. Usages 
religieux. 

3° La famille. Devoirs réciproques des parents et des enfants. 
Tutelle. Minorité. Majorité. Conseil de famille. Conseil 
judiciaire. Interdiction. 

4° Les biens. Distinction entre les meubles et les immeubles. 

5° La succession. Les héritière : descendants, ascendants, 
collatéraux, l'État. 

6° Donation. De la main à la main, par acte authentique. 

7° Testaments. Leur forme. Portion disponible tant par 
donation que par testament. 

8° Actes sous seing privé. Promesses, engagements, conven- 
tions, ventes, etc. 

9° Contrat de mariage. Notaires, témoins, interprètes. 
10° La vente. Qui peut acheter ou vendre. Vente judiciaire, 
vente sur licitation, vente à l'amiable, vente aux en- 
chères, etc. Notaire, avoué, commissaire-priseur. 
11° Locations. Bail écrit, bail verbal. Fermier, métayer. 
Location d'une maison, d'un appartement, d'un- 
chambre, etc. Paiement des termes. Congé. Logements 
meublés, hôtels garnis. 



— 92 — 

12° Domestiques. Engagement, gages, renvoi, départ volon- 
taire. 

13° Ouvriers. Embauchage. Travail à la journée, à la pièce, 
à façon, à forfait. Contestations. Juge de paix. Pru- 
d'hommes. Experts. 

14° Procuration. Pour recevoir, acheter, vendre, etc. 

15° Assurances. Contre l'incendie, contré les accidents. Assu- 
rances sur la vie. 

16° L'épargne. Caisse d'épargne. Rentes sur l'Etat. Actions, 
obligations. Rentes viagères. Caisse de retraite pour la 
vieillesse. Placements sur hypothèques. Sociétés de secours 
mutuels. 

17° Affaires civiles. Tribunal de première instance jugeant 
au civil. Cour d'appel. 

18° Procédure civile. Huissier, avoué, avocat. 

19° Crimes, délits et contraventions. Tribunaux compé- 
tents pour juger les crimes, les délits, les contraventions. 
Cour d'assises. Tribunal de première instance jugeant au 
correctionnel. Tribunal de simple police. Cour d'appel. 
Cour de cassation. 

20" Procédure. Juge d'instruction, interprète, avocat, assis- 
tance judiciaire. Témoins. Acquittement. Condamnation. 
Appel. Recours en grâce. Casier judiciaire. 



— 93 — 



NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds-Muets 



INSTITUTION DALENÇON 

dirigée par les Soeurs de la Providence 

I. En 1851 , M 8 ^ l'Evêque de Séez, ayant appris que deux reli- 
gieuses de la Providence aFaienfc eu l'avantage de travailler 
précédemment à l'éducation des sourds-muets, sous la direction 
habile de M. Jamet, ancien recteur de l'Académie de Caen, 
exprime a M. l'abbé Lebecq, supérieur des sœurs de la Provi- 
dence d^lençon, un désir tout particulier d'avoir en son diocèse 
une école de sourds-muets. M. l'abbé Lebecq décida facilement 
la Congrégation à accéder à ce désir. Il visita et fit visiter 
plusieurs écoles en renom auxquelles on emprunta la méthode à 
suivre ; de nouvelles maîtresses se formèrent, et en 1852 l'école 
de la Providence se constituait d'une manière définitive. Pour 
encourager l'œuvre, le Conseil général vota cette année même 
les deux premières bourses. 

En 1854, il y avait douze élèves. 

En 1858, il y en avait trente. 

Ces renseignements sont tirés de Y Annuaire des cinq dépar- 
tements de Vancienne Normandie, publié par l'association nor- 
mande, 24 e année, 1858, et de mes souvenir»). 

II. La première élève entrée à l'Institution, ainsi que deux 
autres entrées peu après, y sont demeurées attachées en qualité 
de maîtresses. 

On a gardé également à la Communauté en qualité d'où- 



— 94 — 

vrières et de ménagères un certain nombre de sourdes-muettes 
que les familles désiraient y laisser. 

D'autres élèves ont été envoyées, en qualité d'ouvrières typo- 
graphes, à l'imprimerie de MM. Firmin-Didot, où elles se 
trouvent placées sous la surveillance des Sœurs de la Providence. 

Un plus grand nombre sont rentrées dans leur famille. 

Les garçons sourds-muets sortis de l'Institution sont aussi 
rentrés pour la plupart dans leur famille où ils travaillent, ou 
près de laquelle ils sont placés. La culture de la terre en 
occupe beaucoup. 

Trois sur quatre des serviteurs de la maison d'Alençon sont 
sourds- muets. Celui qui a la direction de tout le travail est un 
des premiers élèves de l'Institution. Sans méthode spéciale 
mais à force d'exercice de sa part et de la part des maîtresses 
il est parvenu à parler et à lire sur les lèvres suffisamment bien 
pour communiquer avec tous et pour traiter avec d'autres 
ouvriers. Le travail de la parole, pratiqué depuis trente ans, a 
chez lui perfectionné l'oreille. Je dois dire qu'il n'était pas 
absolument sourd ; il percevait les gros bruits," mais n'y distin- 
guant rien ; cela lui donnait au début un air très hébêiè. 

III. Méthode. La méthode suivie à l'Institution jusqu'à ces 
dernières années a été celle des signes. 

Au commencement de l'année 1880, M. Léon Vaïsse, si 
dévoué à l'œuvre des sourds-muets, voulut bien venir initier les 
maîtresses à .sa méthode d'articulation. Toutefois les progrès 
dans l'articulation et la lecture sur les lèvres n'ont été bien 
sensibles que deux ans plus tard, époque à laquelle on adopta 
pour la section des filles, nouvellement arrivées, la méthode 
orale pure. Cette méthode est maintenant introduite dans les 
deux sections de garçons et de filles. 

X 



— 95 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Les sourds-muets de Reims et des environs se sont réunis, 
comme de coutume, dans le commencement du mois dé mai. 
Trois conférences leur on': été faites par M. l'abbé Delaplace. 
La résolution de célébrer le centenaire de l'abbé de l'Épée a été 
prise d'un concert unanime. On sait que l'abbé de l'Épée est 
mort à Paris le 23 décembre 1789. 



* 
* » 



Ceux de nos confrères qui nous ont fait l'honneur de nous 
demander l'Étude bibliographique et iconographique sur l'abbé de 
l'Épée ont dû la recevoir pendant la seconde quinzaine du mois 
dernier. Nous les prions de nous excuser du retard que nous 
leur avons imposé. 



* 
* • 



Le Journal officiel du 13 mai 1886 donne sous le. titre de 
«. Les sourds parlants » le compte-rendu de la séance annuelle 
tenue à la Sorbonne par la Société pour l'enseignement des sourds- 
muets et des entendants parlants. Nous regrettons vivement de 
n'avoir connu que trop tard cette réunion. Nous ne pensons 
pas que la phonomimie puisse rendre tous les secours qu'en 
attend M. Grosselin; mais nous aurions été heureux d'applaudir 
aux efforts tentés, au zèle et au dévouement des instituteurs qui, 
sous la direction de M. Grosselin, poursuivent le même but que 
nous : l'instruction et l'éducation des sourds. Nous reviendrons 
sur cette séance lorsque le compte-rendu officiel nous sera par- 
venu. 



— 96 — 



CORRESPONDANCE 



A. Huber. Merci de votre article, paraîtra dans le prochain 
numéro. Vous avez dû recevoir depuis l'étude sur l'abbé de 
l'Épée. 

A. Pichabdo Séville. Nous avons reçu la lettre de change. 
Merci. 

Eev. Lebreton. Nous profiterons bien volontiers de votre 
offre gracieuse, nous vous écrirons dans quelques jours ; nous 
n'avons pas oublié les souvenirs que vous nous rappelez d'une 
façon si aimable. 

# » 

Le numéro 1 de la Revue bibliographique est épuisé ; il nous 
est complètement impossible de l'envoyer à ceux de nos con- 
frères qui nous l'ont demandé séparément. La collection com- 
plète et brochée de la première année est en vente à la librairie 
Ritti. 

# # 

Nous envoyons tous nos remerciements aux confrères qui 
nou£ ont envoyé les ouvrages dont nous accusons réception ici. 

Allmanna institutet for dofetumma â Manilla (1885-1886) af 
D. Kyhlberg. — Miss Mary S. Garrett\ Directions to 
parents of deaf children, etc. -- Rev. E. V. Lebreton. The 
Sacrament of Penance. — Constitution and by-Laws of the 
de l'Épée Catholic deaf Mutes. 



ERRATA 

Dans le numéro 3 de la Revue française, page 64, 22'' ligne, 
au lieu de Sests of work, lire: Tests ofwark. 

Page 65, 9 e ligne, au lieu de : Lord Egerton of Satton, lire : 
Lord Egerton of Tatton. 

Imp. Pelluartl, USE, rue Saint-Jacques 



Librairie Paul ItITTI, 21, rue de Yaugirard, Paris 



TROISIEME CONGRES NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DBS SOURDS-MUETS (Congrès de Paris) 
Comptes - rendus analytiques des séances 



Un volume, grand in-8 Prix . 4 fr. 

{Envoi franco par la poste) 

DES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

par J". Hixgentotoler 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

1 R année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le T) r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 
par le Dr J.-A.-A. Rattel 



TOMT ©I PâKâdTKI 



Etude Bibliographique et Iconographique 



SUR 



L'ABBÉ DE L'EPÉE 



Professeur à l'Institution nationale des Sourds - Muets de Paris 

AUGMENTÉE 

1° D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Épée, 
par J.-J, Valade-Gabel, ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 1852 par l'éminent instituteur fiançais et qui n'a pas encore été publiée. 

2° D'une étude sur les débuts, les progrès et le couronnement de 
l'œuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis, s/chef de bureau au 
Ministère de l'Intérieur. 

ORNÉE 

1° D'une eau-lorte de Domont, représentant un portrait inédit 

de F Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2° De trois gravures (reproduction de deux médailles e't 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



FHX2C 



20 EXEMPLAIRES, PAPIER DU JAPON (numérotés de 1 à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAIPER DE HOLLANDE (numérotés de 21 à 250) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 francs 

(Port en sus) 



Ptrlt — lmp. Polluant, r. St-Jacques, 224 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 





(4 



BEVUE FRANÇAISE 




DE I/EDUCATION 

des' 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds-Muets de Puris. 



Deuxième Année. 



N° 5. — 1 er Août 1886. 



SOMMAIRE. Théophile Denis. Causerie. Les Artistes sourds-muets au Salon 
de 1886 {suite}. — D r J.-A.-A. Rattel. Appréciation et mesure de l'acuité 
auditive persistante chez les sourds et les sourds-muets. — Notices sur les Ins- 
titutions Françaises de sourds-muets. Sœur Saint-Camille. L'Institution 
d'Angers— Nécrologie. Ad. Bélanger. Ferdinand Berthier. Chambellan. 
Allocution. G. Duvert. Discoure. — Bibliographie Internationale. — 
O. Claveau. Belgique. L'Institution d'Anvers. A. Segerstedt. Les écoles 
if. Finlande. — France. — Néeiilaxde. Dr A.-W. Alings. Variété. 
Ad. Bélanger. Un mariage de sourds-parlants. —Informations. 




PARIS 

Librairie Paul R1TTI, 21, Rue de Vaugirard 

I SS6 



j^g- 



— ■•£; 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (F.\ professeur à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution natipnale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 
Dupont, professeur à l'Institution nationale 

des Sourds-Muets de Paris . 
Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 

nationale des Sourds- Muets de Paris. 
Grégoire, professeur à l'Institution des 

Sourds-Muels de Berchem -Sainte- Agathe. 
Grosselin, chef du service sténographique 

à la Chambre des Députés. 
Huber (A.), professeur. 
Hugentobler. J. directeur de l'Institution 

des Sourds-Muels de Lyon. 
Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 
Mettenet, directeur de l'Institution des 

Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Fustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel (D r ), médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Rohart (l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets, de Paris. 
Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des éludes 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 

M.'C. Renz, Stuttgart (Wurtemberg). 

M» e Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 

M. Van-Praagh, directeur de V Association for the oral instruction of the Deaf and 



Dumb. Londres. 

M. Villabrille, 

Madrid. 



directeur du Collège national des Sourds-Muets et des Aveugles de 



La Revue française de l'Éducation des sourds-imiels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
aes sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envovés au 
Journal. * 

Adresser toutes les communications, à M. BÉLANGER, 9, rue des 
Feuillantines, Paris. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds -Muets 
2" 10 année. — N° 5 Août 1886 



CAUSERIE 



Les Artistes Sourds - Muets au Salon de 1886 

Suite (1) 

Princeteau. — La première admission de M. Princeteau à 
l'Exposition des Beaux-Arts date de 1868. Il figura, à cette 
époque, dans la section de sculpture, avec un portrait-médaillon 
en plâtre et une statuette équestre en cire : Pilote, étalon monté 
par M. de Laage, sous-directeur des haras de Liboume. L'année 
suivante, nouvelle statuette équestre. En 1872, premier essai 
de peinture : Patrouille de uhlans. En 1873, nous revoyons 
M. Princeteau à la sculpture, avec deux bustes en marbre. 
Redevenu peintre en 1874, il expose le portrait du maréchal de 
Mac-Mahon. Enfin, comme pour mieux marquer ses hésitations, 
nous le retrouvons en 1875 à la fois peintre et sculpteur. 

C'est à partir de 1876 qu'il se range définitivement sous la 
bannière de Saint Luc. Il a trouvé sa véritable voie, et le succès 
va couronner ses studieux efforts. En effet, après avoir été 
encouragé par une mention honorable, M. Princeteau remporte, 
en 1883, avec un Intérieur d'étable, une médaille de 3' classe; 
et, l'an dernier, son Equipage de bœufs, très remarqué, lui 
valait une médaille de 2 e classe, et cette importante récom- 
pense le plaçait hors concours. Le voilà donc sur les rangs pour 
la croix de la Légion d'honneur. 

(1 ) Voir les n os 3 et 4 de la Revue Française. 



— 98 — 

La toile exposée cette année par M. Princetean a pour titre : 
Retour à la ferme, temps d'inondation. A première vue, on se 
croirait devant l'œuvre d'un maître hollandais ; il vous vient 
comme des réminiscences des bords de la Meuse, et l'on cherche 
dans le ciel, discrètement lumineux, la lune timide et les nuages 
tremblottants de Van der Xeer. 

Rien de plus séduisant que ce paysage un peu féerique, noyé 
dans les molles clartés du crépuscule. Toutes les couleurs se 
sont effacées, et, sous le voile grisâtre dont s'enveloppent les 
choses de la nature, les formes apparaissent encore, avec le 
charme des lignes adoucies et des silhouettes vaporeuses. 

Au fond, c'est la buée, montante qui éteint le jour dans les 
taillis ; plus près de nous, les hauts arbres lèvent leurs têtes 
frissonnantes, comme pour se réchauffer aux rayonnements 
stellaires. De cette lisière de bois débouche un troupeau de 
vaches qui, descendu des coteaux herbus, regagne l'étable à 
travers cette immense nappe d'eau que l'inondation étale sur 
les terres basses. Les animaux, qui semblent échappés des 
pâturages de Bergheni, s'avancent clapotant du sabot dans ce 
marécage, aussi insouciants, aussi paresseux que s'ils foulaient 
le tapis bigarré des prés. 

Derrière eux le bouvier revient monté sur un cheval ; il tient 
une lanterne dont le grêle lumignon sautille, en s'y reflétant, 
sur les moutonnements du lac. C'est la seule petite note vive 
qui éclate dans cette jolie symphonie en gris mineur. 

Ce cadre, si impressionnant par son étrange tonalité et par la 
mystérieuse éloquence de sa poésie, révèle un talent bien per- 
sonnel et d'une exquise distinction. 



* 
* # 



Mabtin (Emest). — M. Ernest Martin ne fait que de rares 
apparitions aux expositions annuelles. On l'y a rencontré pour 
la première fois en 1870, où il avait envoyé Un carabinier de 
la garde. Il y reparaît en 1875, avec Une prise d'armes au pied 



— 99 — 

du Mont VaUrien; puis, en 1882, avec Deux cuirassiers en 
éclair eur s. 

Nous avons le plaisir de l'y revoir, cette année, avec d'autres 
cuirassiers. Cette fois, ces militaires sont au camp de Châlons, 
où nous les voyons évoluer avec un entrain et une précision 
qui doivent satisfaire le commandant de la manœuvre. 

L'escadron, aligné dans une perspective qui dissimule sa 
gauche dans la bordure du cadre, soulève la poussière de la 
plaine sous le galop cadencé de- ses chevaux ardents. 

A sa droite, et en même temps au centre de la composition, 
se détache nettement le capitaine. C'est sur cette figure de 
premier plan que M. Martin a nécessairement porté ses soins 
pour nous montrer distinctement tous les détails de l'uniforme 
et du harnachement. Ce cavalier se tient solidement en selle, 
il a toute la crâuerie désirable ; ses mouvements sont bien natu- 
rels. La troupe qu'il guide, et dont la masse confuse s'accentue 
en vigueur sur un ciel clair, présente, dans son ensemble, un 
spectacle agréable, et témoigne, à l'analyse, d'études conscien- 
cieuses et d'une grande sincérité d'exécution. 



# # 



Ferry. — Voilà dix ans que M. Georges Ferry se présente 
aux expositions avec des sujets de genre dont la variété atteste 
les ressources d'une fertile imagination. En 1875, il revenait 
d'Italie, en nous ramenant une jeune fille de Capri. En 1877, il 
quittait l'Espagne pour nous rapporter le souvenir d'un Lundi 
de Pâques en Andalousie. Aux Salons suivants, il nous offrait 
successivement: 1878, Un auto-da-fè, Méditation; — 1879, 
Derniers moments de Hoche, Faiblesse humaine;— 1880, Double 
attrait, Une Sérénade; — 1881, Une réunion littéraire; — 
1882, Le conférencier, Le visionnaire breton; — 1883, Lecture 
de la bible, Réunion musicale; — 1884, Causerie intime; — et. 
LS85, le portrait de son père et celui de sa fille. 

M. Ferry a envoyé, cette année, un portrait et un paysage. 



— 100 — 

Le portrait est celui de M. Barbier, premier président à 1» 
Cour de cassation. 

Il est peint en pleine lumière et sans nul recours aux effets 
de clair-obscur. 

Le vénérable magistrat est assis, revêtu de la solennelle robe 
rouge. Sur sa pèlerine d'hermine pend le cordon de commandeur. 
Il tient sa toque à la main. C'est la pose simple et sévère du 
portrait officiel. Toute la figure ressort par le contraste d'un 
fond noirâtre avec les nuances forcément tapageuses des étoffes 
et aussi avec le ton rosé qui anime le visage du vieillard. Les 
traits caractéristiques de cette physionomie sont la bonté de 
cœur et la paix de la conscience. 

Cette toile est d'une facture large et décidée ; il y a même 
dans le maniement de la brosse un peu d'emportement qui se 
trahit par le jet saccadé des hachures et l'abondance de l'empâ- 
tement. Si l'on ne prend garde à cet excès de force, on s'expose 
à faire de la brutalité et non de la vigueur. 

Le paysage de M. Ferry a pour titre : Dans les dunes. Au 
premier plan à gauche, du sable ; au fond et à droite, des sapins, 
debout ou rampants. C'est une solitude poussiéreuse et maus- 
sade, d'où se dégage un ennui qui porte au sommeil. Justement 
voici un pauvre ânier tout dépenaillé qui, à demi enfoui dans 
le sable, dort les poings fermés, pendant que ses bêtes circulent 
mélancoliquement à la recherche d'un chardon qu'elles ne trou- 
veront que dans leurs rêves. M. Ferry a bien traduit cette 
nature aride, morne et sèche ; mais ces malheureux ânes seraient 
en droit de lui reprocher de les avoir entraînés en pareil désert. 

Théophile Denis. 

(A suivre) 



— 101 — 

APPRÉCIATION ET MESURE 

DE 

L'ACUITÉ AUDITIVE PERSISTANTE 

chez les sourds 

ET LES SOURDS-MUETS 
Parle D r J. A. A. Rattel. 



Apprécier et mesurer l'acuité auditive est un des problèmes 
les plus intéressants et des plus importants de l'otologie.- A 
chaque fois que l'homme devient sourd, il est indispensable de 
savoir dans quelle proportion l'organe de l'ouïe est lésé, et dans 
quel état de conservation et d'intégrité relatives se trouve l'au- 
dition. Le médecin auriste peut dire, d'après cela, s'il reste des 
chances au malade de récupérer en totalité ou en partie une 
fonction gravement troublée. 

Il existe de nombreuses circonstances dans lesquelles ces 
recherches s'imposent plus particulièrement et où le médecin 
est obligé de se prononcer avec précision. A l'école, par exemple, 
pour ne pas courir le danger de ranger de pauvres enfants au 
nombre des idiots, il faut vérifier si certains élèves qui- parais- 
sent inattentifs ne sont pas simplement de petits sourds. Au 
régiment, il faut pouvoir reconnaître si quelques soldats ne 
simulent pas la surdité ou s'ils sont sourds, dans quelle propor- 
tion leur acuité auditive est diminuée. Dans une quantité de 
professions (employés de chemins de fer, téléphonistes, etc.), 
il en est de même. Enfin, chez les sourds-muets, pour arriver à 
faire chez eux un classement et savoir jusqu'à quel point ils 
sont susceptibles de bénéficier de l'enseignement par l'oreille > 
il faut arriver à établir exactement ce qui leur reste d'audition. 



— 102 — 



Avant d'apprécier les troubles d'une fonction si délicate que 
celle de l'ouïe, il est indispensable d'avoir présent à l'esprit 
certaines généralités sur la disposition anatomique de l'organe 
lui-même, sur son fonctionnement normal et sur certains points 
de l'acoustique. Aussi, dans le but de donneT plus d'unité à cette 
étude, et pour la rendre plus facile à suivre, nous allons rapi- 
dement, et comme dans une vue d'ensemble, indiquer quelques 
notions indispensables et bien élémentaires d'anatomie, de 
physiologie et de physique. 

Avant tout, il faut avoir constamment en mémoire la divi- 
sion anatomique de l'oreille en trois parties : externe, moyenne 
et interne. 

L'oreille externe comprend le pavillon et le conduit auditif- 

L'oreille moyenne correspond à la caisse où l'on remarque, 
au point de vue auquel nous nous plaçons, le tympan, les 
osselets, les fenêtres ovale et ronde, les ouvertures de la trompe 
et des cellules mastoïdiennes. 

Enfin, l'oreille interne ou labyrinthe est composée de trois 
parties : le limaçon, les canaux demi-circulaires et une cavité 
où les précédentes parties viennent s'ouvrir : le vestibule. 

Quand nous aurons ajouté qu'il existe un conduit auditif 
interne par où passe, — venant du cervelet et d'un centre 
sensoriel situé sur la convexité des hémisphères cérébraux, — le 
nerf auditif, et que ce nerf auditif se distribue aux différentes 
parties du labyrinthe, nous aurons indiqué tout ce que le lec- 
teur doit savoir de l'anatomie de l'oreille. Il n'est d'ailleurs pas 
un seul professeur de sourds-muets qui ne soit capable de 
compléter par lui-même cet énoncé que nous faisons volontai- 
rement si rapide. 

Voilà ce qu'est l'organe. Il esflogique de placer ici les quelques 
notions que nous avons à développer sur le son. Après cela, nous 
dirons comment le son se comporte dans l'organe : ce sera 
former un court aperçu de la physiologie de l'oreille. 

Il existe dans la nature des mouvements de toute sorte ; 
ceux qui nous intéressent, ce sont les mouvements 'périodiques. 



— 103 — 
En effet, c'est parmi les mouvements périodiques que nous 
trouvons le mouvement du pendule, celui qui nous donne l'idée 
exacte de Voscillation et, par suite, de la vibration, qui n'est 
qu'une oscillation petite et rapide. 

Comme pour la lumière et la chaleur, on démontre que le 
son est produit ' par les vibrations des particules des corps. Les 
moléeules des corps peuvent exécuter les mouvements les plus 
variés, mais pour qu'il y ait production d'un son, il faut que ces 
mouvements soient oscillatoires, c'est-à-dire périodiques, et pro- 
duits avec une certaine régularité d'ensemble. Le son, en effet, 
est le résultat de vibrations très régulières et se produisant sui- 
vant une loi bien définie. 

Le bruit, au contraire, est un mélange de sons accolés en- 
semble sans aucune règle. 

On peut dire encore, avec Helmholtz, que la sensation du 
son est causée par des mouvements rapides et périodiques du 
corps sonore, et la sensation du bruit par des mouvements non 
périodiques. 

Il existe trois qualités fondamentales du son : 

1° L'intensité; 
2° La hauteur ; 
3° Le timbre. 

U intensité n'est rien autre que l'énergie plus ou moins grande 
avec laquelle le son est produit. Elle est représentée par l'am- 
plitude des vibrations. 

La hauteur dépend du nombre des vibrations exécutées en 
une seconde par le corps sonore; plus le nombre des vibrations 
est considérable, plus le son est élevé et inversement. 

Il est bon de rappeler que l'oreille ne perçoit les sensations 
sonores qu'entre certaines limites. La limite inférieure est 
représentée par un son produit par seize vibrations par seconde. 
LaJimite supérieure est représentée par un son résultant de 
30,000 vibrations par seconde (Despretz et Helmholtz). 

La troisième qualité du son est le timbre. Quand on entend 
la même note, donnée par un piano, un violon, une clarinette, 
un hautbois, la voix humaine, les sons de tous les instruments 
sont différents, quoique de même intensité et de même hauteur. 



— 104 — 
On peut facilement distinguer chaque instrument d'avec les 
autres. 

Le timbre dépend de la nature du mouvement dans l'inter- 
valle de la période de chaque vibration isolée. 

Il nous reste à définir le son far influence, le son fondamental 
-et les sons harmonises. 

L'expérience enseigne que chaque fois qu'un corps vibre, 
d'autres corps placés dans le voisinage peuvent entrer en vibra- 
tion, à cette seule condition que ces corps soient eux-mêmes en 
état de produire un même son. 

Quand l'oreille est frappée par nn son, elle n'entend pas seu- 
lement le plus grave, le plus fort, celui dont la hauteur dépend 
de l'amplitude de la vibration. Elle perçoit, — avec une attention 
suffisamment grande, — toute une série de sons plus élevés qui 
reste exactement la même pour tous les sons musicaux. Le pre- 
mier son est ce qu'on appelle le son fondamental ; les seconds 
représentent les harmoniques du son fondamental. 

Nous en avons dit assez sur le son, sur sa nature et ses qua- 
lités. Voyons maintenant comment il se comporte dans l'oreille. 

Le son ou mieux les ondes sonores, transmises par l'air, 
arrivent à l'oreille externe qui peut être considérée comme un 
cornet acoustique. Le pavillon recueille, concentre et transmet 
ces ondes sonores au conduit auditif externe. Celui-ci les 
éprouve et les transmet intégralement, ainsi que les vibrations 
qui, sans avoir influencé le pavillon, pénètrent venant directe- 
ment du dehors en suivant l'axe du conduit. 

De plus, ce dernier renforce certains sons (les voyelles sur- 
tout), grâce à la résonnance de ses parois et de l'air qu'il ren- 
ferme. 

Le son arrive à la membiane du tympan. 

Remarquons que jusqu'ici les ondes sonores sont aériennes. 
Or, il y a longtemps que l'on sait que l'air inné que les anciens 
supposaient remplir le labyrinthe n'existe pas, et que les expan- 
sions du nerf auditif baignent dans un liquide. Les ondes 
sonores aériennes doivent donc être transmises à un liquide, 
c'est-à-dire qu'elles doivent, pour influencer le nerf auditif, 
devenir liquidiennes ou solidiennes, comme l'on dit. 

Cela ne peut se faire que par l'intermédiaire d'une membrane. 
C'est là le rôle du tympan. 



— 105 — 

Les ondes sonores collectées par la membrane tympanique 
passent sur les osselets et viennent faire vibrer le liquide laby- 
rinthiqne par l'intermédiaire de la platine de l'étrier. 

Le limaçon, chacun le sait, est divisé par une cloison en 
deux rampes : une qui commence au vestibule (rampe vestibu- 
laire), et l'autre à la fenêtre ronde (rampe tympanique). De 
plus, ces deux rampea communiquent entre elles au niveau du 
sommet du limaçon. Or, le son qui a pénétré dans le conduit, 
franchi le tympan et la caisse, passe de la fenêtre ovale dans 
tout le labyrinthe en suivant les deux rampes, et ressort par la 
fenêtre ronde. De là il repasse par la caisse et le conduit auditif 
externe. 

On le voit, le son, qui est un mouvement, circule dans l'oreille 
et revient par le conduit auditif qui lui sert de porte de sortie 
comme il lui avait servi tout à l'heure de porte d'entrée. 

Voulons-nous aller plus loin ? C'est en passant dans le ves- 
tibule que les bruits sont perçus, et c'est là aussi que les sons 
sont appréciés dans leur intensité (Helmholtz, M. Duval. Géllé). 

Il existe dans le limaçon, disposées en spirales et allant en 
diminuant progressivement de longueur des fibres nombreuses 
qui sont agitées par les ondulations du liquide labyiïnthique. 
Ces fibres vibrent par rèsonnance avec les sons extérieurs et 
sont influencées, les unes par les sons aigus, les autres par les 
sons graves. Chaque fibre répond à un son donné ; la hauteur 
du son dépend de la place occupée par la fibre dans l'échelle. 

Quant au> timbre, il est dû à ce qu'en même temps que le son 
fondamental, il se produit accessoirement d'autres sons appelés 
harmoniques. Par un même son, une certaine fibre entre en 
rèsonnance ; mais en même temps d'autres fibres sont synergi- 
quement ébranlées ; ce sont ces dernières qui donnent le timbre 
du son. 

Voilà, décrit, comme en courant, le fonctionnement normal 
de l'oreille; l'étudier dans ses troubles, c'est parler de la sur- 
dité. 

(A suivre) 



— 106 — 

NOTICES 

sur les Institutions françaises de Sourds - Muets 



INSTITUTION D'ANGERS 

dirigée par les Soeurs de la. Charité 
de Sainte-Marie 



M lle Charlotte-Louise-Jacquine Blouïn, née à Angers, dans 
le mois d'août 1752, jeta en 1777 les premiers fondements de 
l'établissement des sourds-muets d'Angers. 

Elle était l'aînée des onze enfants de M. Alexis Blouïn. maître 
de grammaire, domicilié sur la paroisse de la Trinité à Angers. 
Dès l'âge de 15 ans, elle servait de répétiteur aux jeunes élèves 
confiés à son père. 

M. l'abbé Frémont, supérieur du grand séminaire, ayant eu 
occasion d'assister à une séance donnée par l'abbé de l'Épée à 
Paris, prit du célèbre instituteur des sourds-muets quelques 
leçons de mimique; de retour à Angers, il rassembla plusieurs 
sourds-muets qu'il confia à M. Blouïn, et venait chaque j oui- 
leur donner une courte leçon. Étonné des progrès de ses élèves, 
qu'en vérité il ne pouvait s'attribuer, on surveilla, et bientôt 
on acquit la certitude que c'était M lle Charlotte qui, ayant 
compris la méthode, faisait travailler les enfants en l'absence 
du maître. 

Il fut décidé que cette demoiselle irait à Paris prendre des 
leçons de l'abbé de l'Epée, ce qui fut exécuté. 

Elle se distingua dans l'Institution de Paris par la netteté de 
ses démonstrations, la précision de ses signes, et cette facilité 



— 107 — 

d'enseignement dont le ciel l'avait douée. Elle y donna des leçons 
publiques en présence des personnages les plus éniinents (1). 

De retour à Angers, M lle Blonïn, reprit avec une constante 
activité et de nouveaux succès le cours de ses précieux travaux 
jusqu'à la Révolution. 

Durant les plus mauvais jours de la Terreur, le petit éta- 
blissement fut fermé, la directrice proscrite et les élèves dissé- 
minés dans les hospices d'Angers, aussitôt que M" e Charlotte 
put se montrer, elle réunit son petit troupeau dans une maison 
de la Cité appartenant à une sourde-muette; enfin, sous le 
premier empire, l'Institution, mieux placée, prit un grand 
accroissement. 

Le nombre des élèves fut fixé pour le département de Maine- 
et-Loire à 12 boursiers, plus 2 sourds- muets ou sourdes-muettes 
de chacun des départements limitrophes. Une commission de 
six membres, sous la présidence du préfet et de l'évêque, devait 
visiter l'établissement durant l'année scolaire, présenter un 
rapport au Conseil général au mois de septembre de chaque 
année fixer, la sortie des enfants dont les six ans d'instruction 
étaient terminés, et nommer leurs remplaçants. Cet arrêté existe 
encore; seulement, c'est en juillet que la Commission se réunit. 

Par suite des établissements qui se sont élevés autour de 
Maine-et-Loire, il n'y a plus d'élèves boursiers des dépar- 
tements voisins ; le nombre des élèves n'est plus fixé depuis 
plusieurs années. Le Conseil général admet tous les candidats 
ayant l'âge exigé, 9 ans au moins. L'institution reçoit aussi des 
pensionnaires aux frais des familles, mais en très-petit nombre. 

M" e Blouïn mourut le 21 septembre 1829; ce fut un 
jour de deuil pour ses nombreux amis, mais surtout pour la 
classe infortunée à laquelle elle avait consacré ses biens, ses 
talents et sa vie toute entière. 

Voulant assurer l'avenir de son institution, elle avait élevé 
deux nièces qu'elle destinait à lui succéder. L'une d'elles, 



(1) Le 11 novembre 1783. l'abbé de l'Epée délivrait un certificat à M 11 » Blouïn. 
Cette pièce a été publiée par M. Piroux [bami des sourds-muets) 2 me année, 
1839-1840) et reproduite par M. F. Berthier L'Abbé de l'Epée, sa vie, etc. 
Note F. p. 345. Ad. B. 



— 108 — 

Ursule Tàudon, la quitta pour se faire religieuse chez les Filles 
de la Sagesse, et fonda, ou du moins habita, sous le nom de 
sœur Marie- Victoire, les institutions d'Orléans et de Poitiers. 
La seconde nièce, Victoire Blouïn, désirant également entrer 
en communauté, la tante qui voulait la retenir près d'elle lui 
permit de réunir plusieurs demoiselles qui, avec la permission 
de l'évêque d'Angers, prirent un habit particulier et s'enga- 
gèrent à instruire et servir les sourds-muets. 

Cet état de choses dura jusqu'en 1842, époque de la mort 
prématurée de M me Victoire Blouïn. Alo;s le Conseil général 
jugea prudent de confier l'établissement à une congrégation 
religieuse ; on choisit les sœurs de la Charité de Sainte-Marie 
d'Angers qui dirigent, en effet, cette institution depuis le 
1 er janvier 1844. La supérieure générale de cette congrégation 
est toujours reconnue comme directrice ; elle habite le même 
local que les sourds-muets et entretient les rapports nécessaires 
avec la préfecture. 

MÉTHODE 

Les signes méthodiques tombèrent en grande partie après la 
mort de M lle Charlotte ; mais ce n'est qu'en 1885 que la mé- 
thode orale pure fut adoptée, en sorte que tant chez les demoi- 
selles que chez les garçons, l'institution a des sourds muets et 
des sourds parlants ; à mesure que les enfants sont reçus, ils 
sont entièrement séparés des signifiants, aussi bien en classe 
qu'au dortoir et au réfectoire. 

Il y a en ce moment 15 signifiants et 11 parlants, 13 signi- 
fiantes et 7 parlantes. Parmi les sourds parlants se trouvent trois 
jeunes garçons de onze et douze ans qui parlent intelligible- 
ment, et sont aussi avancés que les signifiants des 4 e et 5 e année, 
bien qu'ils n'aient que 19 mois d'instruction. Plusieurs, parmi 
les nouveaux, promettent aussi pour l'avenir. 

Sœur St-Camille. 



109 — 



NÉCROLOGIE 



Ferdinand. Ber^thier^ 



Le 15 juillet dernier, l'Institution nationale de Paris rendait 
un dernier hommage au doyen de ses professeurs, M. Ferdinand 
Berthier, décédé le 13 juillet, à l'âge de 83 ans. 

Membre de la Société des gens de lettres et de la Société des 
études historiques, fondateur et président de la Société univer- 
selle des sourds-muets, M. Berthier était chevalier de la légion 
d'honneur depuis 1849. 

Après avoir été un des brillants élèves de Bébian, pour lequel 
il ne cessa de témoigner une vénération sans borne, il devint 
professeur à l'Institution de Paris et essaya, en se dévouant à 
ses élèves, de leur rendre cette instruction qui avait tait de 
lui, non-seulement un excellent professeur, mais encore un 
érudit. 

Berthier fut en effet l'historien de l'abbé de l'Épée, de l'abbé 
Sicard, de Bébian, des sourds-muets même. Nous ne citerons 
de lui aujourd'hui que les ouvrages suivants : L'abbé de l'Epée, 
sa vie, etc. Les sourds-muets avant et depuis l'abbé de l'Épée. 
Notice sur Bébian. L'abbé Sicard, etc. Le Code Napoléon mis à 
la portée des sourds-muets. 

Berthier ne fut pas seulement l'historien de l'abbé de l'Épée, 
il fut encore, j'oserai le dire, le glorifiaateur du grand institu- 
teur français et le promoteur des monuments élevés par la 
reconnaissance filiale au bienfaiteur des sourds-muets. 

La retraite ne fut pas pour lui le signal du repos ; pendant 
toute sa vie, il ne cessa d'être l'avocat, le conseil de ses frères 
d'infortune. Avocat ne gagnant pas toujours ses causes, mais 
conseil constamment écouté et suivi avec respect. 



— 110 — 

On racontera ici la vie si bien remplie de ce vaillant toujours 
sur la brèche. Aujourd'hui, nous ne voulons que déposer notre 
tribut d'hommage à la mémoire de notre ancien collègue; Il 
nous semble voir encore ce bon vieillard sourd-muet, presque 
aveugle, mais conservant jusqu'à ses derniers jours cette amé- 
nité si bien connue avec laquelle il recevait tons ses amis. 

Comme il était heureux lorsqu'on lui parlait de l'abbé de 
l'Épée ; comme il se sentait revivre quand il en parlait lui- 
même. 

La Société universelle qu'il avait fondée fut toujours l'objet 
de tons ses soins, et jusqu'en ses derniers temps il ne cessa de 
faire appel à la concordé. 

Il eut la joie de célébrer en 1884 les noces d'or de cet: e société 
quMl fondait en 1834. C'était le dernier de ses vœux. « Priez 
Dieu, nous disait-il en 1883 (1) qu'il daigne me conserver toute 
l'activité de corps et d'esprit dont j'ai besoin jusqu'au jour où 
je pourrai ni'écrier plein de joie et de consolation : C'est main- 
tenant. Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur 
selon votre parole. » Ses désirs sont complètement réalisés, mais 
son exemple restera toujours présent à la. mémoire de ceux qu'il 
aimait et qu'il appelait ses'frères. 

Ad. Bélanger. 



ALLOCUTION 

de AI. Chambellan, l'un des vice -présidents de la 
Société universelle des sourds-muets 

La Société universelle des sourds-muets m'a chargé de dire, 
en son nom, l'adieu suprême à celui que nous pleurons. 

Maif> je ne remplis pas cette mission sans me sentir vivement 
ému. 

(1) Compte-rendu du banquel du 25 novembre 1883, p. 8. 



— 111 — 

Les sourds-muets perdent le plus illustre de leurs frères et, 
peut-être, leur meilleur ami , car il les aimait de toutes ses forces 
et ne cessait de penseï à eux. 

Depuis quelque temps, sur ses instances, je venais voir 
M. Bçrthier presque chaque jour. Sa conversation était non pas 
celle d'un vieillard de 83 ans. mais d'un homme mûr; j'étais 
frappé de la lucidité et de la vigueur de son esprit. 

La semaine dernière, quoique malade et affaibli, il me parlait 
de ses projets de voyage; il préparait des cadeaux pour sa 
famille. Il avait oublié son grand âge. Il espérait que le chan- 
gement d'air le rétablirait. douces illusions ! il ne pressentait 
pas que sa vie ne tenait plus qu'à un fil. 

Elève distingué de Pelissier, de Bébian et de Panlmier, 
disciples de l'abbé Sicard, M. Berthier était répétiteur provisoire 
à 16 ans, professeur à 26 ans. Il fit dan§ une carrière de 45 ans 
toutes les classes à la satisfaction de ses chefs. 

Voyant l'isolement et l'instruction incomplète des sourds- 
muets sortis des écoles, il fonda en 1838 la première société 
destinée à leur fournir un centre de relations amicales, à les 
éclairer sur leurs devoirs et leurs droits, à les entretenir dans 
de bonnes habitudes et dans les usages du monde par de sages 
conseils ou par des conférences publiques et gratuites, etc., etc. 
Certes, une âme si généreuse et si belle pouvait seule prendre 
l'initiative de cette œuvre de philanthropie et de réparation. 

M. Berthier était un des plus anciens membres de la Société 
des gens de lettres et de la Société des études historiques. 

Il a publié des ouvrages remarquables, entre autres X Histoire 
de Vahbè de VÉpèe, honorée d'une médaille d'or ; le Code civil 
misa la portée d#s sourds-muets, dont, en diverses circonstances, 
il a plaidé la cause par des arguments solides; nombre de 
mémoires à propos de questions relatives'à la surdi-mutité, à la 
mimique, à l'articulation, etc. ; il a démontré qu'un sens de 
moins ne nuit pas au développement des facultés morales ; il a 
défendu avec une ténacité peu commune la méthode de ses 
maîtres pour lesquels il avait une profonde vénération ; il a fait 
revivre en quelque sorte l'abbé de l'Epée, nous invitant, soit à 
lui élever un monument, soit à ne jamais oublier de célébrer 
l'anniversaire de sa naissance ; enfin, il nous a montré ce qui 



— 112 — 

fait l'homme de bien : le travail, l'obéissance aux lois, la recon- 
naissance, l'amour du prochain. 

Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, plaça 
sur la poitrine de M. Berthier la croix de la légion d'honneur 
en août 1849, lors de sa première visite à l'Institution de. Paris; 
jamais décoration ne fut mieux méritée. 

M. Berthier nou3 a quittés pour aller à Dieu qu'il servait avec 
ferveur; il s'est éteint après une tranquille agonie pendant 
laquelle il a conservé la plénitude de son intelligence. Mais son 
pieux souvenir vivra longtemps parmi les sourds-muets et les 
instituteurs de tous les pays où sont connus ses travaux. Nous 
nous associons sincèrement au deuil de la famille et à la douleur 
de ses nombreux amis. 

Saluons avec respect la dépouille mortelle de notre cher et 
dévoué président. Adieu, Berthier; tu fus bon, repose en paix. 



DISCOURS 

prononcé au nom de la Société des Etudes historiques 

par M. Gustave Duvert, 

ancien président de cette Société. 

(Test au nom de la Société des études historiques que je 
viens dire un suprême adieu à Ferdinand Berthier, son vénéré 
doyen, qui pendant plus d'un demi-siècle, fit partie de notre 
vieil institut, et sut se faire aimer de tous ses confrères par sa 
nature sympathique, sa courtoisie, son esprit doux et fin. Con- 
temporain de Michaux, l'historien des croisades, Berthier était 
de ce groupe d'hommes éminents qui comprirent la nécessité 
de créer une académie spécialement consacrée à l'histoire ; ils 
secondèrent les efforts de notre illustre fondateur dans cette 
œuvre durable qui survit aux hommes et aux événements. Pro- 
fesseur savant et dévoué, homme bienfaisant, Berthier fut, 
dans notre siècle, le continuateur de l'abbé de l'Épée, ce grand 



— 118 — 

philanthrope dont il a retracé avec un sentiment si vrai, si 
délicat, la vie, l'apostolat, les travaux, les luttes et les succès. 
Ce n'était pas seulement un bon professeur et un consciencieux 
écrivain, c'était l'apôtre des sourds-muets et l'ami de ses élèves. 
C'était aussi un innovateur doué d'une grande puissance d'assi- 
milation ; il l'a prouvé par des récits publiés en partie dans le 
journal de notre société, par, les, ; niémoires présentés à l'Aca- 
démie des sciences morales et politiques et à l'Académie de 
médecine. Il a traité les questions les plus diverses avec une 
parfaite compétence sur l'histoire, la pédagogie, le droit et la 
physiologie, et chacun de ses ouvrages révèle l'amour profond 
qu'il a voué à ceux qu'il appelait ses compagnons d'infortune, 
ï'our la Société des études historiques, le vide laissé par la 
mort de Ferdinand Berthier est considérable, car il était le 
dernier survivant de nos fondateurs. Si son âge et son infirmité 
naturelle ne lui permettaient pas de prendre part à tous nos 
travaux habituels, il venait chaque année à la séance publique 
et au banquet traditionnel où il était toujours fêté. En lui refu- 
sant la faculté de parler, Dieu lui avait prodigué tous les autres 
dons et départi un charme particulier qui lui permettait 
d'exprimer, par le regard et par le geste, toutes les finesses de 
l'esprit. Qui de nous pourrait, oublier Berthier mimant les 
fables de La Fontaine d'une manière si parfaite qu'on retrou- 
vait, en unissant ses gestes au jeu de sa physionomie, jusqu'aux 
moindres détails des traits et des nuances si finies des chefs- 
d'œuvre du poète. Cette année, son absence attrista notre ban- 
quet; c'était comme un père qui manquait à notre fête de 
l'histoire, à notre repas de famille. 

Nous conserverons pieusement le souvenir de l'homme de 
bien, du confrère aimé, du modeste savant qui fut toujours 
reconnaissant des marques de respectueuse sympathie qu'il 
recevait de tous et dont il était digne. 

Adieu, cher confrère, ou plutôt au revoir, car les sentiments 
profondément religieux qui ont été votre consolation, vous ont 
donné l'espérance de revoir dans un monde meilleur tous ceux 
qui vous ont aimé. 



— 114 — 
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



BELGIQUE 



Vijftjarig jubelfeest van het bestaan der Maatschappij voor 

doofetommen te Antwerpen (Célébration du 50 e anniversaire 

de la fondation de la Société établie à Anvers dans l'intérêt des 
sourds-muets). En flamand. 

La Société qui a établi à Anvers l'œuvre de l'éducation des 
sourds -muets a célébré; le 4 janvier 1885, le 50 e anniversaire 
de sa fondation dans une religieuse et imposante solennité. On 
trouve à ce sujet d'intéressants détails dans le compte-rendu 
imprimé qui a été récemment publié. Cette fête de famille a 
été dignement close par l'arrivée d'un télégramme annonçant 
que, sur la proposition du ministre de l'Intérieur, Sa Majesté le 
roi des Belges venait de conférer au président de la Société, 
M. Auguste A.-J. Van Dael, la croix civile du mérite de 
l ¥e classe. Nous devons relever, avec une patriotique émotion , 
parmi les inscriptions dont on avait orné l'établissement, pour 
la circonstance, le « témoignage d'affection profonde et d'inal- 
térable reconnaissance » dédié à la mémoire de l'abbé de l'Epée, 
premier instituteur public de sourds-muets par ses enfants 
d'adoption. » 

Un rapport sur la situation de l'œuvre, faisant suite à celui 
de 1879, est annexé au compte-rendu de la fête. Ce document 
nous apprend que l'institution de filles, ouverte le 1 er octobre 
1884, n'a pas tardé à devenir trop petite pour le nombre d'en- 
fants dont l'admission était sollicitée. La Société, placée dans 
l'alternative de refuser des élèves ou de chercher un local plus 
vaste, vient de jeter les fondements d'un nouvel établissement 
que l'on espère inaugurer dans le courant du mois d'octobre 1886, 
rue Jongelinckx, à Anvers. 

Une particularité curieuse se trouve rappelée dans une note 
de la page 8 du compte-rendu. Les membres de la Société étaient 
autrefois, de par leur règlement, dans l'obligation d'apprendre 



— 115 — 

l'alphabet manuel et de s'en servir dans leurs réunions, se fai- 
sant ainsi, suivant l'expression de notre compatriote. M. le 
professeur Berthier : « sourds-muets avec 'les sourds-muets. » 
Cela était bien, ajouterons-nous ; mais quelles grâces n'ont pas 
à rendre à la méthode orale les élèves d'aujourd'hui appelés 
désormais à prendre place à titre de parlants dans la grande 
société des parlants ! 

O. Claveau. 



FINLANDE 



Berâttelser om Dôfstumskolornas i Finland verksamliet Lâsearen 
1882-83 och 1883-1884. (Compte-rendu du travail des écoles de 
sourds-muets en Finlande pour les années 1882-83 et 1883-84). 

La Finlande possède aujourd'hui cinq institutions de sourds- 
muets : 

1° L'Institution de Borgâ, fondée en 1846 par Alm et Bore- 
nius, et dirigée aujourd'hui par M. Siren ; elle compte 37 élèves, 
garçons ou filles ; 

2° Celle de Knopio, fondée en 1862 par Alopeus ; directeur 
actuel, M. Killinen, 22 élèves; 

3° Celle de Pedersôre, fondée en 1863 par Heikel et Alo- 
peus ; directeur actuel, M. Heikel, 27 élèves; 

A" Celle d'Âbo, fondée en 1860 par Alopeus et Borenius; 
directeur actuel, M. Nordman, 70 élèves ; 

5° Celle' de Hvittis, fondée et dirigée depuis 1884 par M. In- 
gehus; elle compte 10 élèves. 

La Finlande possède donc aujourd'hui 5 éeoles avec 156 élèves. 

La méthode mannelle est employée dans toutes ces écoles. 
Les élèves qui montrent de la disposition pour la parole reçoi- 
vent une ou deux leçons par semaine. La durée de l'année sco- 
laire est de 8 mois : du 1 er septembre au 20 décembre, et du 
15 janvier au 31 mai. 

Alm le fondateur de la première école était élève à Manilla 
lorsque M. Borg y était directeur. Il fonda une école privée à 
Borgâ, sa ville natale ; il parvint enfin, avec l'aide de Ohman, 



— 116 — 

Borehius, Alopeus et d'autres, à obtenir en 1856 une subven- 
tion de l'Etat, et plus tard à fonder d'autres écoles pour ses 
frères d'infortune. 

En 1848, la Finlande comptait, sur une population de 
1,500,000 habitants, environ 1,466 sourds-muets. (*) 

A. Segerstedt. 



FRANCE 



Ad. Bélanger. Étude bibliographique et iconographique sur l'abbé 
de l'Epée. Ornée : 1° d'une eau-forte de Dumont, représentant 
un portrait inédit de l'abbé de l'Epée (tirée hors te-ste) avec une 
notice de A. Valade-Gabel; 2° de trois gravures (reproduction de 
deux médailles et d'un médaillon de l'abbé de l'Epée). Augmentée .- 
1° d'une notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Epée, par 
J.-J. Valade-Gabel; 2° d'une étude sur les débuts, les progrès et 
le couronnement de l'œuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis. 
In-8. Jésus, 39 p. Paris, P. Ritti, 1886. 

Cet ouvrage n'a été tiré qu'à 250 exemplaires : 20 sur papier 
du Japon, numérotés de 1 à 20, et 230 sur papier de Hollande 
numérotés de 21 à 250. Il contient : une notice historique sur 
l'abbé de l'Epée, une analyse détaillée de tous les ouvrages du 
célèbre instituteur, une bibliographie relative à l'abbé de l'Epée 
donnant la liste de tous les ouvrages se rapportant à l'instituteur 
de Paris, une notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Epée 
découvert par J.-J. Valade-Gabel, le propagateur de la méthode 
intuitive, l'historique des développements de l'œuvre de l'abbé 
de l'Epée en France, par M. Th. Denis; enfin, une description 
de tous les monuments,, tableaux, portraits, médailles, relatifs 
au grand instituteur. 

L'ouvrage est orné d'un portrait de l'abbé de l'Epée (182 mm , 
115 mm ), eau-forte d'un excellent peintre et dessinateur. H. Du- 

(*) Ce compte-rendu des écoles finlandaises contient en outre un Traité sur 
l'enseignement de la parole aux sourds-muets, par A. Argillander, présenté 
à l'Académie des sciences de Stockholm en 1762. et. imprimé pour la première 
fois en 1771. Nous possédons, grâce à l'obligeance de notre aimable collabora- 
trice, M el1 ' Segerstedt, une traduction de cet ouvrage du premier instituteur 
finlandais. Nous en commencerons la publication dans un de nos prochains 
numéros. 

Ad. B. 



— 117 — 

mont, reproduisant un portrait original de l'abbé de l'Epée 
daté de 1778, une notice sur l'origine de ce portrait a été écrite 
par M. A. Valade-Gabel. Deux reproductions de médailles 
(Duvivier et Borrel) et un médaillon ( 1 23 m,tt ) de Michaud des 
Monnaies, l'auteur de la statue de Versailles,' complètent l'illus- 
tration de l'ouvrage. 



NEERLANDE 



Instituut voor doofstommen te Groningen. Algemen verslag over 
het schooljaar, 1884-1885 (Institution des sourds-nïuets de Gro- 
n'mgue. Rapport sur Vanné* scolaire 1884-85). In-8, 48 p. 

Inrichting voor doofstommen-onderwijs te Kqtterdam. Verslag over 
het schooljaar, 1884-85 {Institution pour t enseignement dès sourds- 

. muets à Rotterdam.- Rapport sur l'année scolaire 1884-85). In-ï'. 
84 p. 

Instituut voor doofstommen te Saint-Michiels-IjESTEL. Verslag 
over het jaar 1885 {Institution des sourds-muets de Saint-Michieh- 
Gestel. Rapport sur l'année 1885). In-8, 30 p. 

Dans la plupart des pays qui. ont soin des sourds-muets, il y 
a pour l'éducation et l'instruction des enfants affectés de surdité 
des institutions publiques, administrées et entretenues par l'Etat, 
la province ou la commune, et des fondations privées. La Neer- 
lande n'a que des établissements de la dernière espèce. On ne 
peut que louer les pays où la bienfaisance, sans intervention du 
gouvernement, se charge de l'enseignement des enfants sourds, 
et à cette fin fonde et entretient les écoles qui y sont nécessaires. 
Sans doute ces établissements ont l'avantage de jouir d'une plus 
grande liberté que les institutions publiques ; mais en revanche 
ils ont bien souvent à lutter contre des difficultés financières 
que les autres ne connaissent pas. Dans les jours prospères, les 
contributions affluent de tous côtés, et ordinairement excitent 
l'institution à s'élargir; les jours néfastes à leur tour font 
diminuer les ressources quelquefois bien au-dessous des besoins 
récemment accrus. 

Dans l'année, dont traitent les rapports ci-dessus mentionnés, 
l'institution de Groningue et celle de Rotterdam ont eu sujet, 
quant à leurs recettes, de se souvenir de l'inconstance des choses 
terrestres. -Le malaise, en matière de commerce et de navigation, 



— 118 — 

d'agriculture et d'industrie qui, depuis quelques années, se fait 
sentir dans tous les pays, a exercé son influence aussi sur ces 
institutions; il a tellement réduit les contributions que l'école 
de Rotterdam a été obligée cette année. — de même que la 
précédente, — de soustraire une somme considérable (environ 
21,000 francs) à son capital pour pourvoir aux exigences du 
service. Celle de Groningue, qui jusqu'ici eut le bonheur de 
pouvoir ajouter tous les legs et dons à son capital, s'est aussi 
vu contrainte d'employer environ 3,000 francs pour couvrir ses 
dépenses. Les deux institutions se sont empressées d'invoquer 
une assistance plus efficace, afin de mettre fin à une situation 
qui à la longue ne laisserait pas de devenir dangereuse (*). 
L'institution de Saint-Michiels-Gestel ne publiant pas ses 
comptes, nous ignorons si elle aussi a souffert des mêmes causes. 
Heureusement les difficultés financières n'ont pas fait dimi- 
nuer les bienfaits que les trois institutions se sont efforcées 
constamment de rendre aux sourds-muets. Le nombre des élèves 
est resté environ le même (183 à Groningue, 163 à Rotterdam, 
156 à Saint-Michiels-Gestel); l'enseignement donné de la 
même manière qu'auparavant (la méthode orale pure à Groningue 
et à Rotterdam, une méthode mixte à Saint-Michiels-Gestel) a 
produit de bons résultats. Pour les renseignements sur la situa- 
tion actuelle des trois établissements, nous pouvons donc nous 
borner à renvoyer aux pages 17, 39 et 56 du tome I de cette 

Revue. 

Dr A. W. Alings. 

VARIÉTÉ 



Un Mariage de sourds-parlants 

On signalait ici, il y a quelque temps, le travail fort curieux 
de G. Bell dénonçant les mariages entre sourds-muets ; nous 
sommes persuadés que celui dont nous allons parler aurait trouvé 
grâce devant notre savant confrère américain. 

(*) Nous sommes heureux de pouvoir ajouter que l'institution de Groningue a 
déjà surmonté dans l'année qui vient de s'écouler les difficultés de l'exercice 
précédent : l'équilibre entre les recettes et les dépenses s'est rétabli. 



— 119 — 

Le mois dernier, M e Angouard, notaire à Paris, nous fit 
l'honneur de nous appeler comme interprète dans son étude, 
en compagnie de notre excellent collègue, M. Champmas, inter- 
prète-juré près les tribunaux de la Seine. M e Augouard devait 
y donner lecture d'un contrat de mariage passé entre M. G . . . , 
sourd-muet, et M 1,e C. . ., également sourde-muette. 

Nous avions déjà eu occasion d'assister comme interprète 
dans des cas semblables, et nous n'avions pu que louer la sagesse 
des notaires exigeant qu'un interprète vint expliquer dans un 
langage compréhensible les clauses principales d'un acte aussi 
important; mais nous ne nous attendions pas au spectacle qui 
allait se présenter. 

M. G. . . et M elle C. . . parlent et lisent sur les lèvres, nous 
dit le notaire; cependant il m'a paru nécessaire de vous 
demander votre concours afin d'être absolument certain que 
les termes que j'emploie sont compris de mes auditeurs. 
M e Augouard procéda à la lecture du contrat, parlant sur notre 
demande un peu plus lentement que de coutume, pendant que 
les futurs époux suivaient des yeux les paroles qui se dessinaient 
sur la bouche de l'officier ministériel. 

Le contrat était court ; de temps en temps le notaire s'ar- 
rêtait, et à l'aide de quelques commentaires très-clairs nous 
priait de donner de vive voix quelques explications traduisant 
les termes précis, mais trop spéciaux du code. Simplifier les 
expressions employées dans l'acte, là était et se bornait vérita- 
blement notre rôle d'interprète. 

Tout se passa donc par la parole, et la plume ne fut prise 
que pour les signatures d'usage ; ajoutons que le degré d'in- 
struction de M. G. . . lui aurait permis, nous n'en doutons pas, 
de comprendre les termes employés. Nous n'étonnerons pas nos 
confrères en disant que M. et M me G... se servenc de la 
parole entre eux. Nous sommes bien certains que M* Augouard 
n'a pas souvent d'auditoire aussi attentif ; nous ne pouvons en 
terminant nous empêcher de le féliciter du tact, de la préci- 
sion et en même temps de la simplicité qu'il a su apporter 
dans cette circonstance si délicate. 

Ad. Bélanger. 



— 120 — 

INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



M. Sarrien, Ministre de l'Intérieur, accompagné de M. H. 
Rousseau, directeur du Secrétariat et de la Comptabilité au mi- 
nistère de l'intérieur, et de M. de Joly, Chef de cabinet du 
ministre, a honoré de sa visite l'Institution nationale des sourds- 
muets de Paris, le jeudi 29 juillet, dans la matinée. 

Reçu à son arrivée par M. Javal, le sympathique directeur de 
l'établissement, M. Ducrey, président de la Commission consul- 
tative, et M. Corbon, sénateur, président du Conseil de perfec- 
tionnement de l'enseignement professionnel. M. le Ministre a 
visité les classes et les ateliers de l'Institution, désirant se rendre 
compte par lui-même des progrès réalisés pendant ces dernières 
années. 

* » 

La distribution des prix aux élèves de l'Institution, nationale 
des sourds-muets de Paris aura lieu le mardi 3 août à 2 heures 
de l'après-midi, sous la présidence de M. Peyron, directeur de 
l'administration générale de l'Assistance publique, ancien direc- 
teur de l'Institution. 

# 

* • 

En vertu d'un testament mystique, déposé en l'étude de 
M c Hébrard, notaire, à Lodève ; M. Vinas, récemment décédé 
dans cette ville, lègue 40,000 francs à l'Institution nationale 
des sourds-muets de Paris. M. Vinas, qui a institué l'hospice 
de Lodève, légataire universel, de sa fortune s'élevant environ 
à o millions de francs, donne également 40,000 francs à l'In- 
stitution nationale des jeunes aveugles de Paris, et 100,000 à 
l'œuvre des enfants moralement abandonnés de M. Bonjean. 



Nous prions instamment ceux de nos confrères qui auraient 
quelque renseignement intéressant à nous donner sur leur insti- 
tution de vouloir bien nous les adresser avant le 20 de chaque 
mois. 



Librairie Paul RITTI, 21, rne de Vaugirard, Paris 



TROISIÈME CONGRES NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES SOURDS-MUETS (Congrès de Paris) 
Comptes - rendus analytiques des séances 



Un volume, grand in-8 Prix . 4 fr. 

{Envoi franco par la poste) 

DES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

23£ix* J . Hugentobler 

Directeur de l'Institution -des Sourils-Mucls de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

l re année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le Dr J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

LEl'R EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 
par le Dr J.-A.-A. Rattel 



Etude Bibliographique et Iconographique 

SUR 

L'ABBÉ DE L'ÉPÊE 



Professeur à .l'Institution nationale de» Sourds - Muets de Paris 

AUGMENTÉE 

1° D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Epée, 
par J.-J, Valade-Gabei,, ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 1852 par^'éminetit instituteur français et qui n'a pas encore été publiée. 

2° D'une étude Rur les débuts, les progrès et le couronnement de 
l'oeuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis, s/chef de bureau au 
Ministère de l'Intérieur. 

ORNÉE 

1" D'une eau-forte de Dumont, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

"2" De trois gravures (reproduction de deut médailles et 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



ifœsix: 



20 EXEMPLAIRES, PAPIER DU JAPON (numérotes de i à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAPIER DE HOLLANDE (mmicrolcs de 21 à 250) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 francs 

(Port en sus) 

Parti — Imp. Pelluard,r, St-Jacquet, 2ÏS 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 

rV 




".S- 



REVUE FRANÇAISE 



DE I, EDUCATION 

des 



SOUBDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



Deuxième Année. — N° 6. — 1 er Septembre 1886. 



SOMMAIRE. Théophile Denis. Causerie. Los Artistes sourds-muets au Salon 
de 1886 {suite). — E. Grosselin. Du rôle de la sténographie à l'école. — 
D r J.-A.-A. Rattel. Appréciation et mesure de l'acuité auditive persistante 
chez les sourds et les sourds-muets. — Notices sur les Institutions Françaises 
iie sourds-muets. X*". L'Institution d'Angoulênie. — Programmes d'enseignement 
de l'Institution de Paris. Programme de 6 rae année. Programme de Géographie. 

— Revue des Journaux étrangers J. Hugentobler. Organ der Taubstummen. 

— Bibliographie internationale. Allemagne. A. Huber. J. Hugentobler. 
Belgique. Ad. Bélanger. — Quatrième Congrès international. Lettre aux 
Membres du Comité Central. \vis à tous les Instituteurs de Gourds-Muets. 







PA RIS 

Librairie Pavil RITTI, 21, Rue de Vaugirard 

I 8S6 



\l 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard. professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 

• des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (F.\ professeur à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy , professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-clief de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris . 

Goislot ;i'Al)bé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Berchem-Sainte-Agatlie. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel (D rl , médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Rohart ! l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des études 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 
M. C. Renz, Stuttgart (Wurtemberg). 

M llc Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 
M. Van-Praagh, directeur de V Association for the oral instruction of the Deaf and 
Dumb. Londres. 

M. Villabrille, directeur du Collège national des Sourds-Muets et des Aveugles de 
Madrid . 



La Revue française de V 'Education des sourds-muets paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 

Adresser toutes les communications, à M. B5LANGER, 9, rue des 
Feuillantines, Paris. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds -Muets 
î rae année. — N° 6 Septembre 1886 



CAUSERIE 



Les Artistes Sourds - Muets au Salon de 1886 

Suite (1) 

Berton. — Après être entré modestement au Salon de 1875, 
en y présentant une aquarelle, M. Armand Berton a exposé des 
portraits de 1877 à 1882. A partir de cette dernière année, ses 
envois ont eu plus d'importance et nous ont montré cet artiste 
sous un nouveau jour. Ses deux toiles de 1882 étaient intitulées : 
Eve et La femme à la rose; le jury les distingua et décerna à 
l'auteur une médaille de 3 e classe. C'était un encouragement 
flatteur et mérité. Aussi, M. Berton fit-il, depuis lors, de 
nouveaux efforts ; en 1883, il exposait Une cigale; et, en 1884, 
La Fable moderne assise sur les ruines antiques. En 1885, 
simple envoi d'un portrait. 

C'était un repos. M. Berton reparaît, en 1886, avec une 
oeuvre qui révèle la louable envie de forcer l'attention du 
public et celle du jury. C'est une Vénus. 

Non pas la Vénus classique, la Vénus Anadyomène, mère des 
Grâces et de Cupidon, celle qui a suffi à tant de maîtres, depuis 
Apelle jusqu'à M. Bouguereau. Non; M. Berton est allé 
demander la sienne à Gustave Flaubert, qui en a décrit le sédui- 
sant portrait dans son livre : La Tentation de Saint Antoine. 
L'écrivain aurait pu seul nous dire si M. Berton a traduit fidè- 

(1) Voir les n°» 3, 4 et 5 de la Revue Française. 



— 122 — 

lement les fantaisies de son imagination. Sans doute le texte 
est là : « ... Le ciel s'est obscurci ; Vénus, violacée par le froid, 
grelotte... » Mais un rêve, tout en possédant le récit de celui 
qui l'a fait, s'interprète de mille façons, quand on cherche à lui 
donner une forme tangiMè. Flaubert n'étant plus là, il faut se 
passer de son opinion et considérer l'œuvre de M. Berfcon comme 
une création du peintre lui-même. 

L'artiste nous montre Vénus au moment où elle commence à 
décrire sa parabole pour aller se précipiter dans l'abîme. Ses 
pieds trempent déjà dans les nébulosités du gouffre chaotique ; 
son corps, tout le long du côté gauche, conserve l'éclat de 
blancheurs phosphorescentes. Elle lève les bras et ferme les 
yeux, comme si, bercée mollement dans l'espace, elle venait de 
s'y endormir. Sa longue chevelure, battue par l'air, flotte épar- 
pillée comme la traînée vaporeuse d'un astre errant. 

Le sujet, on le devine, n'est qu'un prétexte pour présenter 
une figure nue avec un cachet d'originalité. En effet, à première 
vue, la toile a quelque chose d'étrange; elle attire, je dirai 
qu'elle intrigue. Je n'ajoute pas qu'elle séduit. Cette femme, 
qui a des parties finement modelées, d'agréables transparences 
dans la carnation et d'élégantes inflexions, n'a point un visage 
aimable; il est même sans expression franchement accusée. 
L'avant-bras droit est massif et plat. Le fond est lourd et a des 
teintes fuligineuses peu agréables. Enfin, le petit saint Antoine, 
accroupi à l'orientale dans un coin du cadre, n'eût rien perdu 
à se laisser deviner dans un effacement encore plus complet. Si 
je poursuivais mon analyse, je demanderais si le corps de cette 
Vénus transmet vraiment la sensation d'une chute vertigineuse, 
et je trouverais qu'il a plutôt l'air de se balancer avec l'indé- 
cision d'un parachute. 

Quoi qu'il en soit de ces critiques, cette composition est 
l'œuvre d'un artiste de valeur, qui joint à une dextérité de main 
peu commune les audaces de l'imagination et le courage de se 
placer en face des difficultés les moins rassurantes. 

Le portrait de M me E. B . . . plaît tout de suite par le goût 
exquis de l'arrangement. Ce corsage de satin blanc, relevé d'un 
bouquet léger, ce manteau en velours grenat négligemment jeté 
sur les épaules, ces beaux cheveux châtain-clair, ce mouvement 



— 123 — 

de tête plein de coquetterie, ce subtil sourire qui se promène 
dans des demi-teintes délicates et qui éclaire une physionomie 
spirituelle, tout cela, M. Berton, compose un ensemble très 
distingué. C'est donc fort joli ; mais ce serait tout à fait ravis- 
sant, s'il y avait un peu plus de vivacité dans le coloris. Après 
tout, il se peut que je m'arrête à un effet d'embu ; en ce cas, 
je n'aj rien dit. 



Chéron. — Cet artiste a exposé ses premiers paysages en 
1880: Vws du Calvados et de la Haute -Vienne. Après son 
Moulin de Las Croux, en 1881, il s'est retiré sous sa tente 
pendant deux années. Il s'est représenté en 1884, avec La 
Mare de Soulangy; et, en 1885, avec Las Croux. 

M. Chéron s'adonne exclusivement au paysage. Si j'en juge 
par sa toile de cette année : Marée basse à Villerville, la nature 
a toutes ses affections d'artiste ; il l'étudié avec beaucoup de 
ferveur ; il la serre de près, ardemment, mais aussi patiemment. 

Le site qu'il a choisi est plus intéressant par ses difficultés 
d'exécution que par l'amabilité de sa physionomie. Il nous pré- 
sente une plage entrecoupée de flaques d'eau et accidentée de 
quelques pierres enveloppées d'herbes marines. A l'horizon, une 
ligne d'eau d'un vert pâle, sous des nuages gris un peu sombres 
et tfès-légèrement égayés d'une trouée bleuâtre. A gauche, un 
monticule recouvert d'un gazon court et dru. Au milieu de cette 
solitude, une toute petite silhouette de pêcheuse. 

Nous avons vu plus d'un peintre de talent se morfondre 
devant les obstacles que présentait à sa brosse dépitée le rendu 
fidèle d'un terrain semblable à celui qu'a attaqué M. Chéron. 
Je ne m'étonne donc pas de trouver un peu de sécheresse dans 
sa grève et de sentir sous mes pieds la dureté du bois. Mais 
ce que j'y sens aussi, c'est l'effort méritoire d'un esprit studieux 
et d'une volonté ferme. Avec cela, on arrive sûrement au but : 
M. Chéron ne tardera pas à nous en donner la preuve. 



» 
* * 



— 124 — 

Baudeuf. — Si les exposants devaient produire leur acte de 
naissance, à coup sûr M. Baudeuf serait reconnu pour le Ben- 
jamin de la famille. Je salue en ce tout jeune homme un débu- 
tant d'avenir. Il entre pour la première fois au palais de l'In- 
dustrie avec un petit portrait, un simple dessin. Mais on 
découvre dans ce profil sans prétention quelques coups de crayon 
qui dénotent de la vigueur, de l'observation, du goût, en somme 
suffisante pour ne laisser aucun doute sur des succès futurs. 

J'ajoute que j'ai eu le plaisir d'entendre M. Baudeuf faire 
lui-même la critique de certains détails de son œuvre propre 
— et de quelques autres ouvrages importants du Salon — avec 
une étonnante justesse d'appréciation et d'ailleurs avec une dis- 
crétion du meilleur ton. Ce seul fait met en lumière de sérieuses 
promesses. 

Théophile Denis. 

{A suivre). 



DU ROLE DE LA STÉNOGRAPHIE A L'ÉCOLE 



Une des plus grandes difficultés de l'étude de la lecture et de 
l'orthographe vient, en langue française, des dissemblance si 
considérables qui existent entre la langue parlée et la forme 
écrite que la tradition lui a imposée. Lors de l'invention de 
l'écriture alphabétique, chaque signe imaginé avait évidemment 
pour but de représenter un des éléments vocaux qu'on voulait 
traduire sous une forme visible. Mais combien nous sommes 
loin aujourd'hui de cette simplicité de représentation ! La langue 
française a suivi deux chemins bien différents quant à ses deux 
formes : parlée et écrite. lies altérations qu'elle a subies en se 
transmettant oralement d'âge en âge n'ont pas eu leur répercus- 
sion fidèle dans l'écriture dont elle se revêtait. De sorte qu'ac- 
tuellement nous sommes en présence d'un grand nombre de 
mots qui seraient méconnaissables pour l'oreille si on pronon- 



— 125 — 

çaifc succ33sivem3nt toutes les lettres servaut à les tracer sur le 
papier,, même en les liant en syllabes. Après que les enfants ont 
dû vaincre les difficultés considérables qu'ils rencontraient pour, 
de la langue écrite qu'on met sous leurs yeux, retourner à la 
langue parlée qui leur est familière, en. d'autres termes pour 
apprendre à lire, ils ont encore à fixer dans leur mémoire ces 
formes parfois si étranges des mots sous peine d'échouer au 
moindre examen et d'être considérés comme dépourvus d'in- 
struction parce qu'ils ignoreraient l'orthographe. 

De cette opposition si fâcheuse entre la langue parlée et la 
langue écrite et des difficultés qui en résultent pour les écoliers 
naît la pensée de chercher le moyen d'atténuer ces difficultés 
pour qu'elles soient plus aisément et plus rapidement vaincues. 
La connaissance de l'orthographe des mots ou orthographe d'usage 
est surtout affaire d'observation et de mémoire, à la différence 
de l'orthographe de règle et d'accord qu'on peut et doit retrouver 
à l'aide du raisonnement. Il s'agit donc d'imaginer un procédé 
ayant pour effet d'amener les enfants à être très-vivement 
frappés de la disparité des deux formes de la langue et à retenir 
d'autant mieux la forme écrite qu'ils auront eu une notion plus 
nette des caractères qui la distinguent de la forme parlée. 

Si un pareil procédé peut être bon pour les écoliers doués de 
tous leurs sens, à plus forte raison pourra-t-on en tirer parti 
pour ceux qu'une malheureuse infirmité a privé de la faculté 
d'entendre, pour les sourds-muets. Les premiers, en effet, 
quand ils apprennent à lire, retrouvent dans ce travail les mots 
dont ils sont habitués à se servir, et cette connaissance préalable 
les aide même dans leur étude subséquente de l'orthographe 
parce qu'ils n'ont pas tout à apprendre à la fois. Les seconds," 
au contraire, quand ils sont placés en face des mots écrits, ne 
sentent pas se réveiller en eux le souvenir de la prononciation 
de ces mots qu'ils n'ont jamais connus. L'effort qu'ils doivent 
faire pour arriver à la retenir est donc plus considérable, tout 
étant nouveau pour eux ; les signes écrits et les éléments vocaux. 
Si la mémoire des yeux, plus développée chez eux, les dispose 
à se mieux rappeler la forme orthographique des mots, elle 
risque de les éloigner de la notion exacte de leurs éléments 
parlés et il est bon de les ramener fréquemment à celle-ci. 



— 126 — 

La sténographie offre le moyen d'atteindre le but que nous 
venons de montrer comme désirable. Etant une écriture abrégée, 
destinée dans la pensée qui a présidé à son invention à per- 
mettre de saisir la parole dans sa rapidité, elle est basée, comme 
premier moyen de simplification, sur la représentation des seuls 
éléments vocaux, avec élimination de tout ce qui, dans l'écriture 
usuelle, est superflu au point de vue de l'exacte prononciation 
des mots. Ce serait déjà une abréviation sensible que de prendre 
toujours la façon la plus simple d'écrire un mot, car dans beau- 
coup de cas on serait amené à retrancher plusieurs lettres, et on 
accélérerait de plus de moitié la vitesse de l'écriture. Ainsi pô 
serait plus court que peau, tout en ayant une prononciation 
identique; rè s'écrirait plus rapidement que raie. Si on affecte 
conventionnellement une lettre modifiée à l'expression d'un son 
qui n'a pas de lettre correspondante dans l'alphabet, si par 
exemple on prend a renversé comme valant an, on écrira plus 
rapidement tv que temps. 

Mais il n'y aurait là qu'une amélioration fort insuffisante, 
les caractères employés pour l'écriture étant, pour quelques-uns 
du moins, trop compliqués et nécessitant, pour se tracer, trop 
de mouvements de la plume. On a donc été tout naturellement 
conduit à créer de nouveaux signes plus simples. Le choix de 
ces signes et surtout leur affectation aux éléments vocaux 
pouvant beaucoup varier, le nombre des systèmes de sténo- 
graphie s'est multiplié. Leurs auteurs étant préoccupés d'at- 
teindre la plus grande rapidité possible ont conçu dans ce but 
des règles d'abréviation bonnes à ce point de vue particulier, 
mais qui éloignent l'écriture nouvelle de la représentation fidèle 
de la langue parlée. Or, c'est 4 cette représentation qu'il faut 
s'en tenir pour obtenir le service que nous indiquions tout à 
l'heure et le système auquel on s'arrêtera dans cette vue devra 
remplir certaines conditions. 

Augustin Grosselin a été amené, précisément pour arriver à 
un emploi efficace de la sténographie dans l'école, et pour mettre 
celle-ci à la portée des plus jeunes enfants, même de ceux qui 
sont privés du sens de l'ouïe, à imaginer un système très simple 
composé de signes faciles à retenir grâce aux moyens mnémo- 
niques qui peuvent être employés pour les fixer dans la mémoire, 



— 127 — 

faciles à tracer parce que le dessin en est nettement arrêté, et 
que chacun d'eux se distingue aisément des autres. Ce système 
a d'ailleurs l'avantage de fournir l'occasion d'explications sur 
le langage considéré au point de vue de la composition matérielle 
des mots, et, au point de vue qui doit nous préoccuper plus 
particulièrement dans ce journal, de se lier si bien aux lois de 
l'articulation que les sourds-muets y puisent une facilité parti- 
culière pour l'étude qui leur est demandée en vue de l'acqui- 
sition de la parole. 

E. Grosselin. 
(A "suivre.') 



APPRECIATION ET MESURE 

DE 

L'ACUITÉ AUDITIVE PERSISTANTE 

chez les sourds 

ET LES SOTJBDS-MUETS 
Parle D r J. A. A. Rattel. 

(Suite) 

II 

Au point où nous sommes arrivés, le premier pas à faire dans 
cette étude serait d'indiquer les troubles que l'on peut rencontrer 
dans la fonction de l'ouïe, fonction dont nous venons de parler 
d'une manière si rapide et si générale ! Le lecteur est en droit 
de s'attendre à trouver ici, — exposée avec une certaine allure 
accélérée, — une étude du fonctionnement anormal de l'oreille 
et, plus particulièrement, des diminutions que l'on observe dans 
l'acuité auditive. Procéder ainsi serait agir avec méthode, au 
moins en apparence. 

Pourtant, avant de décrire et d'apprécier, — dans les limites 
de notre cadre, — les troubles fonctionnels de l'oreille. Nous 



— 128 — 

demandons la permission d'aborder une question préliminaire 
qui nous permettra de nous faire mieux comprendre ultérieu- 
rement, je veux parler de la « notation musicale. » 

En otologie, on a souvent recours à la notation musicale, et 
précisément à propos de l'examen de l'audition, il est indispen- 
sable pour le lecteur de connaître la place respective des notes 
dans la gamme, ainsi que leur hauteur dans l'échelle musicale. 

Rappelons d'abord quelques définitions. Une note ou un son 
a toujours une octave, qui est représentée par la note, ou le son 
faisant un nombre de vibrations double. 

Les différents peuples ont fait arbitrairement un choix de 
sons destinés à se succéder avec une certaine régularité, et les 
ont intercalés entre le son fondamental et l'octave. C'est ainsi 
qu'ont été constituées les gammes ou la gamme musicale. 

Il existe des gammes de toutes sortes : la gamme grecque, 
la gamme chinoise, la gamme arabe, etc. 

Pour le moment, il nous suffit de savoir que la gamme est la 
réunion de tous les sons compris entre le son fondamental et 
l'octave, ces sons se succédant avec une certaine régularité 
préétablie. 

Notre gamme, à nous, est représentée par : 
ut, ré, mi, fa, sol. la, si. 

Les pianos et les orgues ne contiennent que cinq octaves ; les 
grandes orgues en ont six. 

Ces cinq octaves se nomment : 

1° lia prime ou petite octave; 

2° L'octave seconde; 

3° L'octave tierce ; 

4° La grande octave ; 

5° La contre-octave. 

Elles diffèrent les unes des autres par leur note fondamentale. 
Ainsi, celle de la prime octave est donnée par un tuyau d'orgue 
de 4 pieds ( L m ,28) ; 

Celle de l'octave seconde par un tuyau de 2 pieds (0'",6J); 

Celle de l'octave tierce par un tuyau de 1 pied (0,32) ; 

Celle de grande octave, par un tuyau de 8 pieds (2"',56); 
et-enfin celle de la contre-octave par un tuyau de 16 pieds 
(5™, 12). 



— 129 -- 

Comment indiquer une note qui fait partie de ces cinqoctaves ? 
Il y a deux systèmes à suivre : la notation française et la 
notation allemande. 

Chez nous, les notes de la grande octave sont indiquées par : 
ut , ré , mi , fa , sol , la , si ; 

et ce sont les exposants 1. 2, 3, etc., qui caractérisent les autres 
octaves, suivant qu'il s'agit de la prime, de la seconde, de la 
tierce, etc. 

Octave prime : ut,, ré.,, mi,, fa,, sol,, la,, si, : 

Octave seconde : ut 2 . ré 2 , mi 2 , fa^ sol 2 , la 2 , si 2 ; 

Octave tierce: ut 3 , ré 3 , mi 3 , fa 3 , sol 3 , la 3 , si 3 ; 

Quant à la contre-octave, qui est en dessous de la grande 

octave, elle est désignée par l'exposant 1, précédé du signe 

algébrique — . 

Contre-octave : ut-i, ré i, mi_i, fa_i, sol_i, si i. 

La notation allemande, usitée en Angleterre et en Amérique, 
diffère de la notation française de la façon suivante : 

Cette fois, les sept notes de la gamme sont désignées par les 
lettres : 

C, I), E, F, G, A, H; 
C correspondant à l'ut français, et l'H au si. 

Majuscules, comme plus haut, ces lettres représentent les 
notes de la grande octave, et correspondent à ut — si . 

En italiques, elles désignent les notes de la prime ou petite 
octave : 

c, d, e, f, g, ah, 

et correspondant à ut, — si, . 

L'octave seconde et l'octave tierce sont représentées par ces 
mêmes lettres italiques affectées d'une virgule pour la première, 
et de deux virgules pour la deuxième : 

Octave seconde : c' N 

Octave tierce : c" A" 

Au-dessous de la grande octave, c'est-à-dire pour la contre- 
octave et les suivantes, on se sert des mêmes lettres sous la 
forme majuscule, et accompagnées des exposants 1, 2, etc., sui- 
vant qu'il s'agit de la contre-octave ou de la suivante : 
Contre-octave : Ci, Di, E,. Fj, Gi, Ai, Hi. 



— 130 — 

Ces notations musicales n'indiquent que la place occupée res- 
pectivement pour chaque note dans la gamme. 

Il est souvent utile d'indiquer la hauteur de chaque note, — 
ce qui se fait par le nombre de leurs vibrations. 

Une fois une note prise comme point de départ, on arrive 
facilement à dresser les tableaux des nombres indiquant les 
vibrations correspondant à chaque note des cinq octaves. 

Ce point de départ est le la du diapason. 

Mais les Allemands, admettant la détermination de Scheibler 
adoptée par eux en 1832, comptent 440 vibrations par seconde 
pour le la du diapason. 

En France, l'Académie des Sciences a adopté pour le même 
son le nombre de 437,5, et on dit que le la exécute 875 vibra- 
tions. 

Le chiffre français est quasi le double du chiffre allemand, 
par la raison que les physiciens de notre pays considèrent comme 
une vibration simple ce que les Allemands estiment être une 
demi-vibration, c'est-à-dire le déplacement du corps sonore d'un 
côté seulement de sa position d'équilibre. 

Si le lecteur nous a suivi dans nos considérations sur la no- 
tation musicale, nous allons pouvoir aller plus avant dans la 
question qui nous occupa et parler de la surdité, de ses formes 
de sa marche, de ses degrés, etc. De son côté, il pourra sans 
craindre de ne pas lire facilement, jeter les yeux, dans les 
traités, sur les chapitres de l'acoustique qui se rapportent à 
notre sujet. J'ajoute encore que ces idées auront plus loin leurs 
applications ; cet article n'est donc pas un hors-d'œuvre. 

(A suivre.) 



— 131 — 

NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds- Muets 

INSTITUTION D'ANGOULÊME 

dirigée par M. Lagrange 



Cette institution fut fondée en 1870 par le directeur actuel, 
M. Lagrange, à son retour de Paris, où il était professeur dans 
une des écoles communales fondées par le D r Blanchet. 

Les débuts de la nouvelle école furent difficiles ; le Conseil 
municipal voulant encourager les efforts persévérants du direc- 
teur, et reconnaissant l'utilité d'une institution pour les sourds- 
muets, accorda en 1873 une subvention annuelle de 200 francs 
pour recevoir gratuitement les enfants qui seraient désignés 
par le maire. 

En 1874, l'école fut reconnue d'utilité publique par décre' 
du 13 novembre, et le 27 août 1875, le Conseil général vota 
les denx premières bourses en faveur de la nouvelle institution. 

Depuis 1877, les boursiers du département qui étaient 
envoyés à Poitiers sont confiés à l'Institut d'Angoulême, et le 
Conseil général accorda la même année une subvention de 
1,200 francs à titre d'indemnité de logement. De son côté le 
Conseil municipal porta en 1878, à 400 francs, sa subvention 
annuelle. 

L'école d'Angoulême a eu jusqu'à 22 élèves, le Conseil général 
votant ordinairement 16 bourses. Actuellement l'Institution 
possède. 20 élèves qui sont instruits par deux professeurs. 

MÉTHODE 

De 1870 à 1880, l'ancienne méthode des signes alterna avec 
la méthode orale; mais à partir de 1880, les signes sont em- 



— 132 — 

ployés dans le cas où il n'est pas possible^ de se faire comprendre 
par la parole, c'est dire que la méthode orale est seule en usage 
aujourd'hui. Un pensionnat d'entendants-parlants comprenant 
en moyenne 70 élèves est joint à l'institution. Les élèves enten- 
dants aident avec plaisir ]es professeurs dans les exercices de 
conversation familière. C'est pour eux une récompense. Ces 
exercices plaisent beaucoup aux sourds-muets et les habituent 
à mieux lire la parole sur les lèvres de tout le monde. 

Les praticiens qui ont pu avoir des entendants-partants avec 
leurs sourds-muets jugeront de l'importance de ce commerce 
journalier qui fait diversion aux-leçons du maître. 

X 



PROGRAMMES D'ENSEIGNEMENT 

de l'Institution nationale de Paris 



Nous avons donné dans le numéro 1 de la Revue bibliogra- 
phique, page 10, les programmes des cinq premières années de 
méthode orale pour l'Institution nationale de Paris. Nosconfrères 
ont trouvé dans le numéro 4 de la Revue française, page 90, le 
programme de droit usuel qui vient d'être adopté. Au moment 
où va commencer une nouvelle année scolaire, nous pensons 
être utile à tous en publiant aujourd'hui le programme de 
sixième année et le programme spécial de géographie de l'In- 
stitution de Paris. 

PROGRAMME PROVISOIRE DE SIXIÈME ANNÉE (•) 

1° Correction et perfectionnement de la prononciation ; 

2" Révision des parties importantes des programmes précé- 
dents, et particulièrement des différentes sortes d'adjec- 
tifs et de pronoms ; 



(*) La Commission chargée d'élaborer ce programme se composait rie M. le 
Directeur, président Dubranle, alors professeur, et aujourd'hui censeur des 
études, et MM. Alard, Bélanger, Chanipmas, professeurs. 



— 133 — 

3° Divers temps du verbe. Emploi des modes conditionnel et 
subjonctif ; 

4° Conjugaison des différentes sortes de verbes ; 

5° Emploi des principales locutions prépositives, adverbiales 
et conjonctives ; 

6° Développement des formules phraséologiques à l'aide des 
exercices indiqués à l'article 7 du programme de cin- 
quième année; 

7° Extension du vocabulaire par la synonimie. Termes géné- 
riques. Classifications. Noms abstraits ; 

b° Usage du dictionnaire ; 

9° Causeries familières sur les principales découvertes et inven- 
tions pour lesquelles on pourra se servir d'images portant 
une légende explicative. Notions plus étendues concer- 
nant la famille, la société, la nature, les produits de la 
terre, les manufactures, les animaux domestiques ; 
10° Journal de classe tenu par l'élève. Compte-rendu synthé- 

thique des choses faites, vues ou lues sur les lèvres ; 
11° Exercices de composition sous forme de description, de 

narration, de conversation ou de lettre ; 
1 2 e Développement moral au moyen du dialogue. Qualités ou 
défauts. Penchants de l'esprit et du cœur. Facultés et 
actes de l'intelligence ; 
13° Lecture à haute voix avec explication des mots et des faits ; 
14° Arithmétique. — Problèmes pratiques et usuels sur les 
quatre règles avec application au système légal des poids 
et mesures. Idée des fractions les plus simples. 



ENSEIGNEMENT DE LA GÉOGRAPHIE (*) 

L'enseignement de la géographie sera donné dans les cin- 
quième, sixième et septième année. 

11 comprendra l'étude de toute la terre et se conformera au 
système dit concentrique. 

(*) La Commission chargée de la préparation de ce programme était composée 
de M. le Directeur, président; MM. Dubranle, Bélanger, Goguillot et Théobald. 



— 134 — 

A* cette fin, il comportera, pour chaque année, une vue 
d'ensemble du globe terrestre. 

On n'oubliera pas qu'il doit concourir à l'étude de la langue. 
L'intelligence des principaux termes géographiques sera donnée 
au fur et à mesure des besoins. Outre la carte ordinaire, il sera 
fait usage de maquettes, de cartes et de globes en relief. 

L'élève sera exercé au dessin des cartes principales corres- 
pondant au programme de chaque année. 

On étudiera, plus particulièrement : 

En cinquième année, l'Institution, Paris, la France, la 
terre ; 

En sixième année, la France et l'Europe ; 

En septième année, la France. 

CINQUIÈME ANNÉE 

L'Institution. — Topographie de la classe, du corps de 
bâtiment dont elle fait partie, des cours et jardins de l'Insti- 
tution. — Situation respective des principaux corps de bâti- 
ment. — Vue d'ensemble de l'Institution. — Orientation. 

Paris. — Rues qui avoisinent l'Institution. — Tracé du 
chemin suivi pour se rendre aux divers buts de promenade le 
plus souvent fréquentés par les élèves. — Principales artères de 
Paris. — Parcours de la Seine à travers Paris. — Ponts prin- 
cipaux. — Situation des grandes gares de chemin de fer. 

La France. — Localités avoisinant Paris et connues des 
élèves. Idée du temps nécessaire pour s'y rendre à pied ou par 
tout autre moyen. — Excursions géographiques. — Configu- 
ration générale de la France. — Noms des pays limitrophes. 

La Terre. — Aspect général du globe. — Sa division 
en deux éléments : la terre et l'eau. — Montrer et nommer les 
cinq parties du monde. — Principales races qui peuplent la 
terre. — Moyens de communication entre les divers points du 
globe. — Evaluer approximativement le temps nécessaire pour 
effectuer certains trajets donnés, en prenant la France pour point 
de départ. — Donner à l'élève une idée très sommaire de 
l'étendue de la France par rapport aux autres pays. — Notions 
sur la géographie physique de la France. — Principales chaînes 



— 135 — 

de montagnes. — Principaux fleuves. — Affluents les plus 
considérables. — Points de départ et d'arrivée des grandes lignes 
de chemin de fer. — Situation des villes les plus importantes. 

SIXIÈME ANNÉE 

Revue générale du programme de cinquième année. — 
Données plus étendues sur chaque continent. 

1° La France. — Situation et bornes. — Mers. — Golfes. 
Principaux caps, îles, presqu'îles. — Chaînes de montagnes. — 
Fleuves : leur source, leur parcours, villes importantes qu'ils 
traversent, embouchure. — Principaux affluents. — Principaux 
canaux. — Ports importants. — Départements, chefs-lieux et 
villes principales. — Etude plus particulière du département de 
chaque élève de la classe. — Expliquer le nom de chacun de 
ces départements. — Produits naturels ou industriels, curiosités, 
personnages célèbres. — Lignes de chemin de fer traversant 
ces départements. — Petits voyages sur ces lignes en partant 
du lieu de naissance de l'élève ou du chef-lieu de son dépar- 
tement. — Emploi de l'Indicateur. — Algérie. 

2° L'Europe. — Bornes. — Division politique. — Capitales, 
autres villes importantes. — Principales chaînes de montagnes. 
— Fleuves. — Iles. — Presqu'îles. — Emploi de la carte muette. 

3° L'Asie. — L'Afrique. — L'Amérique. — L'Océanie. 
Situation, grandes chaînes de montagnes, fleuves les plus con- 
sidérables. — Etats importants. — Mœurs. — Colonies fran- 
çaises et étrangères. 

SEPTIÈME ANNÉE 

Revue générale des programmes de cinquième et sixième 
année. — Notions très-sommaires de cosmographie : Mouve- 
ment de la Terre et de la lune, pôles, équateur, méridien, tro- 
piques, saisons. 

La France. — France politique et administrative : 

1° La Commune, conseil municipal, maire. 

2° Le Canton, considéré comme collège électoral des con- 
seillers d'arrondissements et des conseillers généraux, chef-lieu 
de canton. 



— 136 — 

3° L'Arrondissement. — Conseil d'arrondissement, chef- 
lieu d'arrondissement et sous-préfecture. — Sous-Préfet. 

— 4° Le Département. — Conseil général, chef-lieu du 
département et Préfecture. — Préfet. — Département considéré 
comme collège électoral des députés et des sénateurs. 

5" L'Etat. — Pouvoir législatif. — Chambre des Députés. 

— Sénat. — Pouvoir exécutif. — Président de la République. 

— Ministères (affaires étrangères; justice; intérieur; finances; 
instruction publique, cultes et beaux-arts ; travaux publics ; 
agriculture ; commerce ; guerre ; man'ne et colonies ; postes et 
télégraphes. — Siège du gouvernement : Paris. 

Fonctionnaires et agents de chaque ministère, leur résidence, 
en partant des services s'étendant à une région, tels que : corps 
d'armée, ressorts, académies, préfectures, diocèses, etc., et en 
retournant jusqu'à la commune. 



REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS 



Organ der Taubstummen Anstalten 
HT 09 5, « et * (1996) 



Ueber die Bewalir-und Beschâftiguns. — Anstalt fur nus der Schule 
entlassene taubstumme Mâdchen, in Gmûnd (Notes sur l'asile 
des sourd es -muettes, etc., à Gmund (Wurtemberg) , par M. Henné. 

L'auteur de l'article trace rapidement l'histoire de cette insti- 
tution, fondée en 1869, et vivement combattue à son origine 
par une partie des instituteurs de sourds-muets du Wurtemberg 
et du Grand-Duché de Bade (Conférence de Meisbourg 
de 1869): 

M. Henné plaide la cause de ce genre d'institutions, en insis- 
tant sur ce point qu'elles devraient être, non pas des asiles, 
proprement dits, mais des écoles jwofessionnelles et des ateliers, 
permettant aux jeunes filles de s'exercer plus complètement 



— 137 — 

dans l'art d'un métier, et de. pourvoir ainsi pour une large part 
à leur entretien. 

Sous eette réserve expresse, nous pourrions personnellement 
nous associer aux vues du philanthrope allemand, tout en esti- 
mant que les colonies agricoles de sourds-muers et les asiles 
spéciaux de sourdes-muettes, tels qu'ils existent actuellement 
en France et ailleurs, présentent de graves inconvénients et de 
graves dangers sous plus d'un rapport. Nous croyons qu'ils 
sent en contradiction flagrante avec le but éducatif que nous pour- 
suivons, consistant à élever le sourd-muet pour le monde et pour 
la vie dans la société de l'entendant-parlant. 

Rundschau, etc. 

Dans sa Revue des faits nouveaux sur le domaine de V éducation 
des sourds-muets des pays non allemands, M. Reuschert, notre 
honorable confrère de Metz, «outinue sa tournée à travers le 
monde, glanant partout et s'arrêtant aux faits les .plus saillants. 
Il appuie principalement sur les travaux de la France et con- 
sacre une belle page nécrologique au regretté Léon Vaïsse. 

Lehrplan fur die Taubstummen-Anstalten der Rheinprovinz. (Pro- 
gramme des Institutions de sourds-muets de la Prusse rhénane.) 

Voir: Revue bibliographique, n° 5, 1886, et Organ, n" 11, 
1885. 

Cette suite embrasse la 5 e , 6 e et 7 1 ' année scolaire (programme 

maximum et programme minimum), et donne une indication 

des principaux manuels s'adaptant aux différentes branches de 

l'enseignement. 

J. Hugentobler. 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



ALLEMAGNE 



"Wilh. Paul. Der vocal A. Ein. Beilnig zur Methodik des Artiku- 
lalionsunterrichts der Tanbstumnlcn. In-8, 39 p. Strassburg C. F. 
Sjhmidts, 1885. 
M. Wilh Paul, l'auteur de la brochure portant le titre : La 

voyelle A, nous donne une étude bien intéressante et savante sur 

cette voyelle. 



— 138 — 

Cette voyelle, dit-il, qui est la plus belle de la langue, est 
aussi celle qui exige la plus grande patience de la part de l'in- 
stituteur de sourds-muets. Il augure une bonne prononciation 
de la netteté de l'émission de cette voyelle. 

M. Paul n'est pas d'avis de commencer les exercices de pro- 
nonciation par l'a,. et il prouve par la disposition particulière 
de la glotte et des cordes vocales qu'exige cette voyelle qu'on 
ferait bien de ne l'enseigner qu'après les consonnes et les autres 
voyelles. 

Quand est arrivé le moment d'enseigner la voyelle a, on 
agffait naturellement en faisant précéder l'a des consonnes b ou 
m par exemple, et de faire répéter plusieurs fois de suite la 
syllabe ainsi formée: bababa... mamama.... C'est bien le 
premier bégaiement du petit enfant. Cet exercice bien fait, on 
peut placer l'a entre deux consonnes différentes : bam, bad, etc. ; 
et ce n'est qu'après ce dernier exercice qu'on doit fah-e pro- 
noncer l'a isolément. 

Après la théorie, vient la pratique, et l'auteur donne diffé- 
rents tableaux qui indiquent la marche à suivre dans l'étude de 
la voyelle a. Il termine en disant qu'on aurait tort de décourager 
les enfants en se bornant à ces exercices, qu'il faut avant tout 
les intéresser et leur inspirer l'amour du travail, parce que la 
bonne disposition de l'enfant exerce une grande influence sur 
la netteté de l'articulation. 

A. Huber. 

"Weissweiler. Sprech-Schreib-Lese-und Absehûbungen fur das 
erste Sclmljabr der Taubstummen (Exercices d'articulation, d'écri- 
ture, de lecture et de lecture sur les lèvres pour la première année 
scolaire des sourds muets). Cologne, chez Du Mont-Sebauberg. 
1886. 

"Weissweiler. Sprache-und Leseûbungen fur das diitte Schuljahr 
der Taubstummen (Exercices de langue et de lecture pour la troi- 
sième année scolaire des sourds-muets). Cologne, même éditeur, 
1^86. 

Le premier de ces deux excellents manuels complète le cours 
d'articulation de l'honorable directeur de l'Institution de 
Cologne que nous avons fait connaître à nos lecteurs dans un 
des précédents numéros. Comme le second, il sort tout entier 
de la pratique, et l'un et l'autre font preuve, de la -part de leur 



— 139 — 

auteur, d'une connaissance profonde de la nature et des besoins 
du sourd-muet. Ces livres, dûs à la plume d'un des plus émi- 
nents spécialistes de l'Allemagne, sont destinés aux enfants ; 
ils seront des guides sûrs pour le jeune instituteur et des tra- 
vaux utiles à consulter pour celui qui est plus avancé dans la 

carrière. 

J. Hugentobler. 

Ein und vierzigster Bericht Taubstummen-Anstalt in Emden 
(41 e rapport annuel de V Institution cCEmden). In-8, 38 p., 1886. 

Nous renvoyons nos lecteurs aux renseignements que nous 
avons donnés sur cette institution dans le tome I de la Revue, 
p. 35. Cette école compte aujourd'hui 49 élèves. 



BELGIQUE 



E. Grégoire. Institut provincial de sourds-muets du Brabant, à 
Berchem-Saiute- Agathe (Belgique). Sa fondation, son organi- 
sation, son avenir. In-8, 27 p. Paris, G. Carré, 1886. 

Ce nouveau travail de M. Grégoire donne des détails inté- 
ressants sur le fonctionnement de cet établissement dont nous 
avons déjà entretenu nos lecteurs dans \&Revue Bibliographique 
(n° 5, p. 71). Il serait à souhaiter que chaque institution publiât 
ainsi une notice faisant connaître son organisation, 

Une question intéressante se trouve effleurée dans l'ouvrage 
de M. Grégoire; l'institut de Berchem reçoit des sourds-muets 
d'origine wallonne et d'origine flamande ; d'où nécessité d'en- 
seigner le français aux uns et le flamand aux autres. Pour 
résoudre cette difficulté, deux façons de procéder se trouvent 
en présence : constituer une section flamande et une section 
française ou enseigner simultanément les deux langues. 

L'administration de l'Institut semble pencher vers cette der- 
nière; M. Sluys proposant dans son rapport de 1885 d'établir 
un cours de langue flamande afin de savoir si les sourds-muets 
peuvent arriver, en général, à connaître deux langues. 

Nous aurions préféré pour notre part la première solution 
malgré ses inconvénients; un sourd-muet a déjà bien de la 



— 140 — 

peine à apprendre une langue et à la manier convenablement ; 
que serait-ce s'il était obligé d'eu apprendre deux? 

Pour notre part, nous avons eu occasion de commencer par 
la parole, l'éducation d'un soui'd-muet auquel la famille voulait 
absolument apprendre deux langues simultanément, le français 
et l'espagnol. L'expérience ne dura pas longtemps, l'entêtement 
de la famille fut obligé de prendre fin, l'espagnol avait remporté 
la victoire. 

Aussi, nous rangeons— nous bien volontiers à l'opinion de 
notre excellent collaborateur, M. Grégoire qui nous faisait l'hon- 
neur de nous demander notre avis. N'apprenons qu'une langue 
à nos élèves et faisons des vœux pour qu'ils la sachent bien . 

Ad. B. 

M. Snyckers. Le Sourd -parlant. Cours méthodique et intuitif 
de langue français» à l'usage des établissements de sourds-muets. 
1" année d'études., In-16, 112 p. Paris, G. Carré, 1886. 

Deuxième année d'études. Livre du maître. In-16, 180 p. Paris, 
G. Osfrré, 1886. 

Tout en félicitant M. Snyckers d'avoir doté son institution 
de livres de méthode où il préconise et développe celle qui a 
ses préférences, nous lui demanderons cependant la permission 
de lui adresser quelques critiques. 

L'auteur s'est inspire, pour faire cet ouvrage, il le dit lui- 
même, du cours d'articulation de M. Magnat. Il oublie qu'en 
France d'autres instituteurs possédant non moins de talent et 
de pratique ont publié, eux aussi, tout ou partie de traités 
semblables, pour ne citer que MM. Hugentobler, le frère Pierre, 
M. Dupont, le frère M. de Saint-Gabriel, sans oublier l'excellent 
petit traité de Hill traduit par le frère Cet les savants rapports 
de M. l'inspecteur général Claveau. 

En consultant tous ces auteurs, M. Snyckers eût certaine- 
ment évité les quelques erreurs qui déparent la première partie 
de sa première année d'études, dans laquelle il nous donne un 
court aperçu historique. 

Peut-être en relisant le traité de l'abbé de l'Épée, qui était à 
cette époque le meilleur, eût-il jugé moins sévèrement la mé- 
thode du fondateur de l'école de Paris. Le programme de pre- 
mière année, qui vient ensuite, comprend deux parties : la 



— 141 — 

période préparatoire et l'articulation. Chaque leçon est suivie 
d'un vocabulaire servant d'application. 

Quoique M. le Directeur de Liège, n'indique comme ouvrage 
consulté pour la confection de sa deuxième année que le livre de 
lecture de M. Magnat, nous sommes persuadé néanmoins qu'il 
s'est inspiré des livres de méthode qui ont été publiés jusqu'à 
présent, et plus particulièrement de l'ouvrage magistral du 
grand instituteur français J.-J. Valade-Gabel, Nous n'avons 
cependant retrouvé dans son ouvrage que celui de M. Magnat 
avec toutes les nomenclatures qui nous rappellent de loin celles 
du vénérable abbé de l'Epée. Valade-Gabel, dans sa méthode, 
cherchait à se rapprocher le plus possible de la façon de pro- 
céder de la mère envers son enfant ; nous persistons à penser 
que là est la vraie méthode et non dans l'emploi plus ou moins 
réglementé du verbe être et du verbe avoir. 

Ad. Bélanger. 



4 ffie CONGRÈS INTERNATIONAL 



Les memhres français du Comité Central (1) nommé par le 
Congrès de Bruxelles en 1883, se sont réunis le 28 août der- 
nier au ministère de l'intérieur à Paris et ont décidé à l'una- 
mité d'adresser à leurs collègues étrangers la lettre suivante . 
Nous attirons tout particulièrement l'attention de nos confrères 
sur l'avis qni suit cette lettre. 

Paris, 28 août 188C. 
Monsieur et très hoftoré collègue, 

Les membres français du Comité central nommé par le Congrès de 
Bruxelles pour préparer l'organisation du 4" Congrès international 
des instituteurs de sourds-muets, comité qui doit siéger à Paris, 
viennent de tenir aujourd'hui une réunion préparatoire. Cette réunion 



(*) Nous avons publié dans le n° 6 du tome 1" de celte Revue, page 98, les 
noms des membres de ce Comité et le règlement adopté au Congrès de 
Bruxelles. Ad. B. 



— 142 — 

a été constituée provisoirement sous la présidence du plus âgé des 
membres présents, M. le chanoine Bourse, directeur des institutions 
de sourds-muets de Saint-Médard-lcs-Soissons et de Laon, M. Bélan- 
ger, professeur à l'Institution nationale des sourds-muets de Paris, 
le plus jeune des membres présents, exerçant à ce titré les fonctions 
de secrétaire. 

Les décisions à prendre en premier lieu par le Comité central 
tout entier doivent évidemment porter : 
1° Sur la constitution du bureau; 

2° Sur le choix de la date précise à laquelle doit avoir lieu en 
1887 le 4 e Congrès international. 

En ce qui touche le premier point, nous vous prions de vouloir 
bien faire parvenir à M. Bélanger, 9, rue de» Feuillantinis, à Parif--, 
la désignation de trois membres du Comité auxquels votre intention 
serait de confier les fonctions. 
De président du Comité central. 

De vice-président appelé à remplacer éventuellement le prési- 
dent. 

De secrétaire. 

En ce qui concerne le second point, divers membres du futur 
Congrès ayant proposé des dates très différentes les unes des autres, 
nous croyons indispensable de faire appel à toutes les personnes qui 
ont l'intention de prendre part aux travaux de ce Congrès, de 
manière à ce que l'époque qui sera choisie satisfasse incontestable- 
ment aux convenances du plus grand nombre. Nous vous prierions 
dans ce but de vouloir bien faire donnera l'avis dont vous trouverez 
le projet ci-après la plus grande publicité dans les Revues consa- 
crées aux questions qui intéressent les sourds-muets, et au besoin 
dans d'autres revues ou journaux. 

Aussitôt après l'expiration du délai fixé au 1" novembre 1886, il 
serait fait à Paris un dépouillement des réponses parvenues, et 
dont le dossier serait conservé. En vous faisant connaître le résultat 
du dépouillement, noun aurions l'honneur de vous proposer de 
prendre une résolution définitive par rapport à la date du futur 
Congrès. 

Dès à présent, nous nous faisons un devoir d'appeler votre atten- 
tion sur quelques détails d'organisation à propos desquels vous 
pourriez nous faire connaître votre sentiment dans votre prochaine 
lettre. 

a) La durée du Congrès paraît devoir être fixée à quatre jours, 
dont le premier serait principalement consacré à la visite détaillée 



— 143 — 

de l'Institution des sourds-muets établie au lieu de réunion do 
ce Congrès; 

b) Il conviendrait d»j suivre en tous points la tradition du Con- 
grès de Milan en ce qui concerne l'emploi des langues correspondant 
aux diverses nationalités, c'est-à-dire : 

Que la langue allemande serait la langue officielle du Congrès, 
sauf la faculté accordée à chacun de faire usage de sa langue natio- 
nale ; 

Que les opinions exprimées dans une langue quelconque devraient 
être portées à la connaissance de l'Assemblée dans chacune des 
quatre langues : allemande, anglaise, française et italienne, en sorte 
qu'un discours prononcé en allemand, par exemple, serait successi- 
vement reproduit en substance par des interprètes en anglais, en 
français, en italien; qu'un discours prononcé en anglais serait suc- 
cessivement reproduit en substance en allemand, en français, en 
italien, etc. 

Qu'au début de chaque séance les procès-verbaux de la séance 
précédente seraient lus par les secrétaires du Congrès dans les quatre 
langues allemande, anglaise, française et italienne. 

Qu'avant le vote de toute proposition, le texte écrit en serait com- 
muniqué aux membres du Congrès par les soins des secrétaires dans 
les quatre langues ci-dessus indiquées. 

c) Le Comité central nommerait un ou plusieurs rapporteurs pour 
faire au Congrès l'analyse des mémoires qui auraient été transmis 
avant la réunion de cette assemblée en réponse aux questions posées ; 
mais le rôle du rapporteur devra se borner exclusivement à l'exposé 
des idées développées dans les mémoires sans aucune appréciation 
personnelle de sa part ou de la part du Comité central. 

d) On devra laisser au Congrès l'appréciation de l'opportunité qu'il 
pourrait y avoir à nommer dans le cours des sessions de cette as- 
semblée des commissions chargées de l'examen de certaines ques- 
tions et qui rendraient compte de leurs travaux par l'organe d'un 
rapporteur spécial. 

Permettez-nous, Monsieur et très honoré collègue, de vous deman- 
der une réponse dans le plus bref délai possible au sujet de l'avis à 
faire parvenir au public et dont le texte se trouve ci-après : 

Veuillez agréer, monsieur et cher collègue, l'assurance de nos 
sentiments les plus distingués et dévoués. 

Chanoine Bourse, président, 0. Claveau, Goislot, Eugène 
Péreire, D r Peyron, A. Bélanger, secrétaire. 



— 144 — 



AVIS 



Les instituteurs et les amis des sourds-muets qui auraient 
l'intention de se réunir en 1887 à Francfort-sur-le-Mein en 
Congrès international sont instamment priés de vouloir bien 
faire connaître ayant le 1 er novembre 1886 au Comité central 
nommé par le Congrès de Bruxelles, quelle serait à leur avis 
l'époque de réunion la plus favorable au coure- de la dite année 
1887. 

Le Comité central dont le devoir est de satisfaire au vœu du 
plus grand nombre, s'empressera de faire connaître à tous les 
intéressés, après s'être concerté avec les personnes qui concour- 
ront à former le Comité local d'organisation, l'époque qui aura 
été choisie en conséquence des réponses faites à la présente 
communication. Il croit devoir ajouter dès à présent, à titre de 
renseignement que, dans beaucoup d'institutions, le temps des 
vacances, le seul dont puissent disposer les professeurs de ces 
établissements, se place entre les premiers jours d'août et les 
derniers jours de septembre. 

Prière de vouloir bien adresser les réponses à M. Bélanger, 
membre du Comité central, 9, rue des Feuillantines, à Paris. 

Le Comité central a l'honneur de rappeler qu'aux termes des 
résolutions votées par le Congrès de Bruxelles (page 247 du' 
compte-rendu), les questions à inscrire à l'ordre du jour du 
futur Congrès seront choisies d'après les listes de propositions 
dressées par les Comités de chaque nationalité. Ces comités re- 
cevront avec reconnaissance toutes communications qui leur se- 
raient faites au sujet des questions qu'il paraîtrait opportun de 
poser. 

Les Membres du Comité central. 



fjuys. Jmp, j^elluard, 225, H. UE £»>ht-jIa<:çues 



Librairie Paul RITTI, 21, rue de Yaugirard, Pans 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES SOURDS-MUETS (Congrès de Paris) 
Comptes - rendus analytiques des séances 

Un volume, grand in-8 Prix . 4 fr. 

{Envoi franco par la poste) 

DES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

]p£t.x* J. Hugentotoler 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 
INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

1"-" année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

{Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ST DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 
par le Dr J.-A.-A. Rattel 



Etude Bibliographique et Iconographique 



SUR 



L'ABBÉ DE L'ÉPÉE 



Professeur à l'Institution nationale des Sowrds- Muets *le Paris 

AUGMENTÉE 

1° D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Epée T 
par J.-J, VaIaAUE-Gabel, ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 1852 par réminent instituteur français et qui u'a pas encore été publiée. 

2° D'une étude sur les débuts, les progrès et le couronnement de 
l'œuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis, s/chef de bureau an 
Ministère de l'Intérieur. 

ORNÉE 

1° D'une eau-forte de Dumont, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2° De trois gravures (reproduction de deux médailles et 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



jpttxzz. 



20 EXEMPLAIRES, PAPIER DU JAPON (mimérolés de 1 à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAPIER DE HOLLANDE (numérotés de 21 à 250) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 francs 

(Port en sas) 

Parlé — Imp . Patluard, r. St- Jacques , 225. 



Supplément de la REVUE FRANÇAISE DE LEDliCATIOfl DES SOUi HS-MIETS, du I e " Septembre 1886 



MINISTERE DE L'INTERIEUR 



INSTITUTION NATIONALE DES SOURDS-MUETS DE PARIS 

SîEî-5. JR.uo Hrtint-«Tttcqi*cis 



»6fl»fiX — 



Un concours pour des emplois de répétiteurs ;ï l'Institution Natioua' les Sourds-Muets d«e Paris s'ouvrira 
le 27 septembre 1886, à 2 heures très- précises, au Ministère de PIntéri - } place Beauveau. 

18 candidats pourront être admis après le concours et 12 pourront -e, déclarés admissibles et pourvus 
s'il y a lien, d'emplois, dans le courant de l'année. 

Pour prendre part à ce concoure, les candidats doivent avoir 18 ans révolus et moins de 30 ans, être nés 
ou naturalisés Français. 

La demande d'inscription doit être adressée, par écrit, au Directeur de l'Institution Nationale des Sourds- 
Muets, 254, rue Saint-Jacques, le 20 septembre au plus fard. 

A l'appui de sa demande, le candidat doit produire : 

1° Son acte de naissance; 

2° Un extrait de son casier judiciaire. (Pour la délivrance de cette pièce, les candidats doivent s'adresser 
' au greffe du tribunal de première instance de leur lieu de naissance) ; 

3° Le brevet de capacité de l'enseignement primaire ou un diplôme constatant un grade universitaire ; 

4° L'engagement devant Monsieur le Ministre Je l'Intérieur de se livrer, pendant dix ans, à l'instruction 
des Sourds-Muets dans un établissement de l'État. Si le candidat est mineur, la demande d'inscription et 
l'engagement décennal doivent porter l'autorisation du père, 

Les candidats qui auraient déjà contracté l'engagement décennal dan g l'instruction publique continueront 
à jouir de son bénéfice, à la condition de renouveler cet engagement devani, Monsieur le Ministre de l'Intérieur 

Les épreuves du concours consistent en épreuves écrites et orales. — Aucune connaissance de l'enseigne- 
ment spécial des sourds-muets n'est exigée des candidats. 



I. - ÉPREUVES ÉCRITES 

1° Orthographe. — dotée. 
L'épreuve d'orthographe est éliminatoire. Tout candidat 

4111, puui ccnc epicuve, uuuiui'un uutcuu un minimum nu 

15 points (le maximum étant de 20) sera exclu de la suite 
du Concours. 

Il est accordé dix minutes aux candidats pour relire 
leur dictée. 

S" Écriture. 

3° Composition française 

Le thème de la composition française porto, le plus 
souvent, sur le développement d'une pensée inorale ou 
l'analyse d'un des chefs d'oeuvre dramatiques du 



xvu° siècle : le CW, Polyeucte, le Misanthrope, les Femmes 
savante*, BrilannU\!fo. A thalie. Les candidats peuvent aussi 
être âpjïélés A fânp w récit d'tm voyage imaginaire ««-£ 
traiter, sous formede lettre, un sujet se rapportant à leur 

vonoiijji *>it i_ LuiK-JlitTira. ilitvniru _ - -- 

4° Prcirièmes d'Arithmétique. 

Ces problèmes portent sur le système métrique, le 
calcul (|es intérêts les règles d'escompte, de répartition 
proportionnelle, d» mélange et d'alliage, do société, de 
fausse position et|leur solution peut exiger la connais- 
sance p'éalahle dS certaines formules géométriques les 
plus us(elles, surfjses du cercle, volume de la spliciv. 

(Il c» accordé (lieux heures aux candidats pour chacune 
de ces *«x épreuves) . 



2. - ÉPREUVES ORALES 

1° Géographie. 
La France 
1° Configuration et dimensions île la Fiance, 8H|>etfieit', 

population. 
2° Mers, côtes, golfes, îles, caps, dunefs, falaises, plages. 

presqu'îles, côtes rocheuses, maraii* salants, lagunes, 

principaux ports. 
3° Frontières de terre, pertes territoriale» de la France 

en 1871. Défenses naturelles, fortfi militaires. 
4° Relief du sol, chaînes de montagne*», massifs, plateaux 

et plaines, altitudes, neiges perpétuelles, glaciers. 
5° Régime des eaux, versants et bassins, fleuves et 

affluents, lacs, étangs, marais. 
6° Géographie politique, anciennes provinces, départe- 
ments, chefs-lieux, villes importantes. 
7° Langue française, idiomes, dialeff ' s - 
8° Climats et principales production? 
9° Canaux, grandes lignes de chemir de fer. 

10° Carrières, mtnes, industrie, coi erce, principaux 

centres do commerce et d'indust 
11° Algérie, description physique, iduits, voies de 
communication, commerce, relati > n avec la métro- 
pole et les pays voisins, population, colonisation, 
administration. 
12° Possessions coloniales de la France, description phy- 
sique, production, navigation, commerce, établisse- 
ments pénitentiaires, pays protégés, relations avec la 
métropole, administration. 
Notions élémentaires de Gcogn.j&w générale. 

1° Définir et faire comprendre par de* exemples le sens 
des principaux termes de géograpl'ie physique. Indi- 
quer, sur le globo et au tableau, les positions des 
continents. 

2° Le globe, répartition des terres et des mers ; océans, 
mers, golfes, détroits, continents, parties du monde, 
îles, archipels, position des continents et spéciale- 
ment de l'Europe et de la Francs. 

3° Forme, dimensions et mouvements do la terre. 

4° Horizon, points cardinaux, pôles, équatenr. 

5° La mer et les continents; les cind parties du monde; 
les régions polaires. 

6° Europe, Asie. 

7° Afrique, Amérique et Océanie. 

8° Mers, grand» golfes et détroits, ca >s, îles, presqu'îles. 

0" Grandes chaînes de montagne 
10° Fleuv«s et lacs. 

11° Princinniiv Rtolo nvnn lcni- cnnifnV 

11° Orrands ports de commerce et villei importantes. 

2° Histoire. 
1'° Partie : Notions sur Vhistoirede Fraire antérieure àlfilO. 
1° Gouvernement et institutions lie- l'époque méro- 
vingienne, notions sur les lois barbares, la loi 
salique: 
2° Charlemagne. Principaux traits de son règne. 



3° Gouvernement et institutions de l'époque carlovin- 

gienne. Capitulaires, traité de Verdun. 
4° Charles-le-Chauve. Les Normands, démembrement de 
l'empire en royaumes et de la France en grands fiefs. 
5° Les croisades. Le royaume de Jérusalem. Les Assises. 
6° Conquête de l'Angleterre par les Normands. 
7° Progrès des populations urbaines et rurales ; tendances 

à l'affranchissement; les Communes. 
8" Philippe-Auguste. Son gouvernement. 
9° Règne de Saint-Louis. 
10" Première partie de la guerre de Cent ans. Les Etats 

généraux et Etienne Marcel. Duguesclin. 
11" Deuxième partie de la guerre de Cent ans. Jeanne 

d'Arc, traité d'Arras. 
12° Louis XI et Charles-le-Téméraire. Gouvci;ncnienc et 

Institutions. 
13° Rivalité de François I" r et de Charles-Quint. (En ra- 
conter brièvement les principaux traits.) 
14° Liste chronologique des Rois de France, d'Hugues 

Capet à Henri IV. 
15° Henri IV. Administration et politique. 

2 m ° Partie : Histoire de l'Europe de 1610 à 1815. 
1° La guerre de Trente ans. Traité de Westphalie. 
2" Les Stuarts en Angleterre. Révolution de 1648. Olivier 

Cromwell. 
3° Guerre contre l'Espagne. Traité des Pyrénées. 
4° Colbert et Louvois. Conquête de la Flandre et de la 
Franche-Comté. Paix d'Aix-la-Chapelle et de Ni- 
mègne. 
5° Guerre de la ligue d'Augsbourg et de la succession 
d'Espagne , traité de Ryswick, d'Utreeht et de 
Pastadt. 
6° Guerre de la succession d'Autriche et guerre de 

Sept ans. 
7° Les lettres au xviii" siècle. Économistes et philosophes 

Voltaire, Rousseau, les Encyclopédistes. 
8° Charles XII et Pierre-le-Grand. 

9° Progrès et soulèvement des colonies d'Amérique. 
Guerre de l'indépendance des États-Unis. Traité 
de Versailles. Constitution Américaine de 1787. 
10° Hoche, Marceau, Kléber. 

1 1° Institutions et créations de la Convention. Grand livre 
de la dette publique, système métrique, l'Institut. 
Organisation de l'enseignement. 
12° Constitution de l'an vm. Organisation administrative, 

financière et judiciaire. 
13° Campagne de Prusse. Cajnpagne jLq France. 
14° Les Cent jours. Le congrès "de Vienne. Les traités 

de 1815. 
io" laoïean compare des puissances européennes et de 

leurs colonies en 1789 et en 1815. 
Nota. — L'examinateur répétera au candidat l'énoncé 
de la question et le laissera d'abord répondre 
seul avec sa méthode particulière; ce n'est 
que si le candidat s'égare qu'il dirigera lui- 
même, par ses interrogations, les réponses qui 
devront être faites. 



Les questions sont tirées au soft et V interrogation porte sur les deux parties des proi/rainniex d'/iistoir; 
et d\ gUgraplt\e répondant aux mêmes numéros. 



Les candidats admis sont nommés répétiteurs de 3 1 ' classe, à l'Inttituliou (nationale de Paris. Jl y i 
trois classes de répétiteurs et le passage de l'une à l'autre classe se fait, donnée en année, après examen. 

Les répétiteurs de l ro classe, qui, ayant une année de grade, subissent avec sïceès les épreuves de l'agré- 
gation, sont nommés professeurs-adjoints et peuvent être, comme tels, entoyés dans les Institutions Nationales 
de province. 

Après un an de grade et à 25 ans d'âge, les professsurs-adjoiutj peuvent être nommés professeurs 
titulaires. 

Un professeur titulaire, pris dans le corps enseignant de l'Institution de Paris, peut être délégué en 
province. — Il y conserve", avec son traitement, ses droits à l'avancement de classe ; il y jouit de tous les 
avantages en nature, la nourriture exceptée. 

Les traitements du corps enseignant, pour Paris et pour la Province, sont, fixés de la manière suivante : 



FONCTIONS 



RÉPÉTITEURS DE 



PROFESSEURS -ADJ" 



PROFESSEURS DE 



PROFESSEURS DE 



! 3 e classe 
j 2» ri» 



1™ année 
ri» 
il" 



- 
( 3« 



e classe 
5° d'- 



il- 
il" 
il" 
it° 



(i" cl.i>sc 

il» 






1" 



<l° 
il» 
(I" 
il" 



1.000 
1.100 
1.200 

1.400 
2.200 
3.000 

3.400 
3.700 
4.000 f 
4.300 > 
4.700 
5.000 



INSTITUTION NATIONALE DE PAIIIS 



AVANTAGES EN NATUIIE 



Rourriture, logement, chauffage , blanchissage, éctarage 
d» 
d" 



Nourriture. 

Nourriture facultative à l'Institutioi moyennant 600 f . ptr an 



L'avancement do classe ne pent être obtenu qu'iprès 
3 ans de grade dans la classe inférieure 



INSTITUTIONS NATIONALES DE PROVINCE 



Iniltanl 



1.400 
1.700 
2.000 



3.400 
3.700 
4.000 
4.300 
4.700 



AVANTAGES EN NATUIIE 



Nourriture, logement, chanffage 
blanchissage, éclairago 



Tons les avantages en nature sauf 
la nourriture, 



I 



A Paris, le service des répétiteurs consiste en : répétitions des exjrcices de la classe, surveillance des 
études, des récréations, des dortoirs, dc3 réfectoires et des travaux îiianuds, service des promenades, assistance 
aux cours normaux. 

Un réfectoire spécial est réservé aux répétiteurs de l rc ' classe et aux professeurs-adjoints nourris, et 
chacun des maîtres logés a une chambre particulière. 

Les maîtres les plus jeunes, par rang d'inscription sur le tableau, ont une chambre particulière, comme 
leurs collègues, mais il couchent dans les dortoirs et mangent dans le 1 réfectoire des élèves et aux mêmes 
heures qu'eux. 

Une gratification annuelle, variable suivant le grade, mais de SOOJfrancs au plus, peut être accordée aux 
membres du corps enseignant. 

Les traitements du corps enseignant sont soumis à la retenue du.Mngtième pour la retraite (retenue du 
premier douzième et du douzième des augmentations pubséqueittes). 

Une retraite égale à la moitié du traitement moyen des trois deri^res années est assurée, après 30 ans 
de service, sans condition d'âge; en cas d'infirmités, une retraite proportfpnnelle peut-être allouée après dix ans 
de services. 



Vu et approuvé, 

Paris, le 28^ioût 188<>. 
Pour le Ministre de l'Intérieur, 

Le Sous-Secrétaire d'État, 
Signé : BERNARD. 



Le Directeur, 
L.-E. JAVAL. 



PARIS, IMPRIMERIE l'ELI.UAHD, HU5 SAINT-JACQUES [2ÎS. 



ruulicalion honorée cl une souscription du Ministère de l Inlêrieui 

I 

RE¥UE FRANÇAISE 

de l'éducation 

des 

SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIEE SOUS LA DIHECTION" DE 

A. BÉLANGER 

Professeur » l'Institution nationale des Sourds -Muets de Paris. 



Deuxième Année. — N° 7. — 1 er Octobre 1886. 



SOMMAIRE. Théophile Denis. Causerie. Les Artistes sourds-muets au Salon 
de 1886 {suite). — D r J..-A.-A. Rattel. Appréciation et mesure de l'acuité 
auditive persistante chez les sourds et les sourds-muets. — Notices suu les Ins- 
titutions Françaises de sourds-muets. X*". L'Institution d'Annonay. — 
Programmes d'enseignement de l'Institution de Paris. Programme d'histoire de 
France — Bibliographie internationale. France. Ad. Bélanger. — Informa- 
tions et Avis divers. 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, Hi, Rue de Vaugirard 

I 886 
hp^Mg <$^-=^^ 



*r> 



h\ 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard. professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets île Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (F.î, professeur à "l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de. Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin. professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muels de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
ions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-So'ïssons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliotliécaire à 
l'Inst. nalionale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (Q.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de Bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 

des Sourds-Muels de Paris. 
Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 

nationale des Sourds-Muets de Paris. 
Grégoire, professeur à l'Institution des 

Sourds-Muets de Berchem-Sainte-Agathe. 
Grosselin, chef du service sténographique 

à la Chambre des Députés. 
Huber (A.), professeur. 
Hugentobler. J. directeur de l'institution 
! des Sourds-Muets de Lyon. 
' Huguenin, professeur de dessin à l'insli- 
I tulion nationale des Gourds-Muets de Paris. 
Mettenet, directeur de l'Institution des 
i Sourds-Muets de Bourogne. 
| Pierre-Célestin (Frère), professeur. 
! Pustienne, receveur-économe à l'insti- 
I tution nationale des Sourds-Muets de Boj- 
I deaux. 
Rattel (D'', médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 
Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 
Rohart l'Abbé), professeur à l'Institution 

des Sourds-Muets d'Arras. 
Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 
Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des études 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 
M. C. Renz, Stuttgart (Wurtemberg). 

M lle Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 
M. Van-Praagh, directeur de Y Association for Ihe oral instruction of the Deaf ami 
Dutnb, Londres. 



La Revtte française de l'Education des sourds-muets paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
BU) liwjraph ique . 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— ponr l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 

Adresser toutes lès communications, à M. BÉLANGER, 9, rue des 
feuillantine Paris. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds -Muets 

î"^ année. — N" 7 Octobre 1886 



CAUSERIE 



Les Artistes Sourds - Muets au Salon de 1886 

Suite (1) 



SCULPTURE 

Martin (Félix). — M. Félix Martin, qui est dans la force 
de l'âge et dans le plein épanouissement du talent, a déjà fourni 
une brillante carrière. C'est en 1864 qu'il est entré pour la 
première fois au Salon, où nous devions le retrouver chaque 
année. Il avait alors vingt ans et était élève de l'Ecole des 
Beaux-arts ; un élève des plus distingués, car dans tous les 
concours de l'École il remportait les succès les plus éclatants, 
et, de médaille en médaille, il arrivait à conquérir le second 
grand prix de Rome en 1869. 

Les années précédentes, il avait exposé trois groupes et 
plusieurs bustes. En 1870, deux nouveaux portraits, dont celui 
de Ferdinand Berthier, le savant et vénérable doyen des pro- 
fesseurs de sourds-muets de France. Après avoir fait, en 1872, 
son Louis XI à Péronne, il composait, en 1873, le magnifique 
groupe, très remarqué : Chasse au nègre, acquis par le gou- 
vernement et donné au musée d'Évreux. En 1874 et 1875, il 



(1) Voir les n° s 3, i, 5 et 6 de la Revue Française. 



— 146 — 

nous présenta trois statues : Ecce homo, Mort de Cléopâtre, Un 
Saltimbanque, et le bronze de sa statuette de Louis XI. 

Nous arrivons en 1876. où, en outre d'une statue en marbre : 
Jésus devant, les docteurs, M. Félix Martin nous offre le modèle 
moitié d'exécution de ce groupe magistral : L'Abbé de VÉpèe 
qui devait mettre le sceau à sa réputation et le désignait dès 
lors pour la plus haute récompense. On sait que le monument, 
inspiré par le noble sentiment de la reconnaissance et élevé à la 
gloire de l'illustre instituteur français par un disciple qui lui 
faisait tant d'honneur par l'élévation de son âme, la supériorité 
de son intelligence et de ses talents, reparut en bronze au Salon 
de 1877 et prit, en 1879, possession de sa vraie place dans la 
cour d'honneur de l'Institution nationale de la rue Saint- Jacques. 

L'inauguration de cette statue, dont le piédestal avait reçu 
trois superbes bas-reliefs, a été racontée en détail. Je ne referai 
pas ce récit ; mais je ne saurais m'empêcher de rappeler que cette 
cérémonie fut l'occasion d'un véritable triomphe pour l'artiste, 
et qu'au milieu d'un attendrissement général , traduit par 
d'enthousiastes acclamations, le Ministre de l'intérieur attacha 
sur sa poitrine la croix de la Légion d'honneur. 

Ses envois des années suivantes comprennent : 1880, un buste ; 
— 188J , une statue : Mort de Bura et un buste ; — 1882, Picard^ 
auteur dramatique, statue plâtre ; — 1883, le bronze de la statue 
précédente, et un groupe: Orphée et Euridyce ; — 1884, une 
statue équestre : César au passage du Rubicon ; — 1885, deux 
bustes en marbre : celui de la mère de l'auteur, et celui de 
Picard, destiné à l'Opéra. 

Voyons ce que M. Félix Martin a ajouté, cette, année, à ce 
catalogue déjà si considérable. 

On connaît l'histoire de Ferret, ce paysan de Rivecour, que 
sa taille colossale et sa force herculéenne avaient fait surnommer 
le Grand Ferret. On sait qu'après avoir fait partie de la faction 
des Jacques, il devint un serviteur dévoué de Charles V et se 
distingua, par un héroïsme qui tient du prodige, dans la lutte 
qu'il soutint contre des Anglais au moment où ils venaient de 
surprendre le château de Longueil. 

C'est cet acte patriotique que M. Félix Martin retrace dans 



— 147 — 

une statue grandeur demi-nature, et qui, je m'empresse de le 
dire, serait digne d'être reproduite dans les dimensions colos- 
sales, pour être transportée sur une place publique. C'est un 
exemple d'intrépidité et d'abnégation, bon à mettre sous les yeux 
d'un peuple dont le cœur a besoin d'être fortifié par de pareils 
souvenirs. 

Le Grand Ferret est représenté dans l'instant où, armé de sa 
hache, il s'apprête à la laisser retomber dans le tas des ennemis 
auxquels il tient tête. Fermement porté sur sa jambe gauche, il 
apparaît le pied droit posé sur le cadavre d'un des Anglais qu'il 
a déjà terrassés. Un puissant effort et une terrible volonté 
raidissent ses membres vigoureux, et fortement musclés. Bientôt 
il va compter quarante-cinq victimes autour de lui et sa victoire 
sera assurée. Elle se lit sur son visage énergique et résolu, 
dans sa mâle et fière attitude, par tout son corps dont les formes 
athlétiques sont admirablement dessinées sous le costume 
étriqué de l'époque. 

Le sujet était séduisant. M. Félix Martin l'a traduit avec une 
âme de patriote. Il serait regrettable qu'on ne revît pas bientôt 
cette œuvre sous l'aspect plus imposant de la statuaire monu- 
mentale. 

Le buste en marbre qui complète l'envoi de M. Félix Martin 
est le portrait du père de l'auteur, C'est une œuvre fort remar- 
quable à tous les points de vue : aussi bien par la virtuosité de 
l'exécution que par le sentiment qui lui a insufflé la vie. Le 
visage est reposé et marque un état d'esprit habituel ; l'expres- 
sion, qui en est sérieuse, appelle le respect; on y entrevoit un 
mélange de bonté et d'énergie. L'artiste a promené sou ciseau 
dans les chairs amollies par l'âge, avec une délicatesse infinie et 
une religieuse patience. Il est résulté de cette sincérité d'étude 
un modelé d'une finesse extrême et d'une rare vitalité. Quant 
à l'arrangement, il est largement compris et traité avec un 
goût qui a eu raison des monotonies du compassement. 

Cette œuvre est faite de piété filiale, d'émotion profonde et 
aussi d'orgueil ; oui, et du plus légitime orgueil. « Je ferai parler 
la pierre », s'était juré M. Martin. Il y a réussi. L'âme, le cœur, 
la pensée de son père sont dans ces traits, sur ce front, dans ce 



— 148 — 

regard. Et ce regard nous dit fièrement : « Voyez, c'est l'œuvre 
de mon fils ! » 



* 



Hennequin. — M. Gustave Hennequin, qui entre au Salon 
pour la quinzième fois, y a toujours figuré avec des portraits, 
bustes ou médaillons, sauf en 1879, où il a fait admettre une 
statue : Joueur de flûte. Parmi ses portraits, je dois mentionner 
le buste en bronze de M. Piroux, le célèbre instituteur des 
sourds-muets et fondateur de l'établissement de Nancy, dont 
M. Hennequin fut un élève très distingué. Je citerai également 
de cet artiste, né à Metz, le beau buste en marbre de l'évêque 
patriote M 81 " Dupont des Loges. 

M. Hennequin nous présente, cette année, le buste en terre 
cuite de M. Raynal, ancien ministre. Il y a de fort jolis détails 
dans ce portrait ; la barbe notamment est souple et légère. On 
ne pourrait reprocher à cet ouvrage qu'un excès de correction, 
qui répand sur la physionomie la froideur des lignes trop régu- 
lières. 

Voilà pourquoi je lui préfère le charmant petit portrait de 
M cUe Marguerite Lacroix, qui me paraît plus artistique et plus 
expressif. Cette tête de fillette, aux longs cheveux bouclés et 
flottant sur les épaules, a du mouvement et de la chaleur. Le 
visage rondelet est frais, naïf et très amusant. 

Théophile Denis. 

{A suivre). 



— 149 — 
APPRÉCIATION ET MESURE 

DE 

L'ACUITÉ AUDITIVE PERSISTANTE 

chez les sourds 

ET EES SOURDS-MUETS 
Parle D r J. A. A. Rattel. 

(Suite) 



Les considérations qne nous avons développées précédemment 
sur l'organe de l'ouïe, snr I'acoustiqne prise à un point de 
vue fort général, çfc sur la marche des sons et des bruits dans 
l'oreille, nous permettent de définir l'audition normale. Pour- 
tant, il faut auparavant que nous comblions une petite lacune. 
Nous n'avons pas dit si l'impression sonore que subit l'organe 
et la perception du son se font simultanément, ou s'il s'écoule 
entre elles un temps plus ou moins long. 

L'oreille, qui est le sens dont les perceptions sont les plus 
promptes, met, en effet, un certain temps pour retentir sous 
l'action des sons et des brnits du dehors. Le temps qui s'écoule 
entre l'excitation auditive et le mouvement qu'elle provoque a 
été apprécié par René de Nancy (1882) comme étant de 17 cen- 
tièmes de seconde. Ce temps augmente si l'intensité de l'exci- 
tation sonore diminue, et réciproquement. On. le voit, les ondes 
sonores circulent dans l'oreille arec une certaine vitesse appré- 
ciable. 

Nous pouvons maintenant donner notre définition. 

L'audition normale est cette fonction physiologique gui nous 
permet de nous rendre compte, — avec une certaine vitesse de 
perception, — des bruits et des sons appréciés avecleurs carac- 
tères de hauteur, d'intensité et de timbre. 



— 150 — 

Les bruits n'ont que des caractères d'intensité : ils sont forts, 
moyens ou faibles. 

Les sons peuvent être divisés, au point de vue auquel nous 
nous plaçons, en vocaux et non vocaux ou musicaux. 

Les sons vocaux sont articulés ou non articulés. Tous les 
sons, nous le répétons, varient dans leur hauteur, leur timbre 
et leur intensité. 

La consonne p, par exemple, prononcée à haute voix, sera 
un son vocal, articulé, haut, dont le timbre sera celui de la voix 
de l'individu qui parle, et dont l'intensité variera suivant que 
cette consonne aura été prononcée avec plus ou moins de force. 

La voyelle a, prononcée à voix basse, sera un son vocal non 
articulé bas ayant aussi le timbre propre à la voix de celui qui 
parle, et l'intensité correspondante à la force de l'émission du 
son. 

Le tic-tac de la montre, — qui n'est pas un bruit, mais un 
son de hauteur déterminé (Oscar Wolf, Politzer), — le son du dia- 
pason, ceux des instruments de musique (piano, harmonium), 
des instruments d'acoustique, etc., etc., rentrent, il va sans 
dire, daus les sons non vocaux ou musicaux. Ils varient dans 
leur timbre et leur intensité : la clarinette et la flûte n'ont pas 
le même timbre, leurs sons peuvent être forts ou faibles. 

Le tableau suivant (page 151) rendra sensible aux yeux les 
divisions que nous venons de faire avec l'idée qu'elles nous 
seront d'une grande utilité un peu plus loin : 

Connaissant la définition de l'audition normale, il nous est 
facile maintenant de dire ce qu'est la surdité en général. C'est 
ce trouble fonctionnel de l'ouïe qui nous empêche de nous rendre 
compte, complètement ou incomplètement, — avec une certaine 
vitesse appréciable de perception, — des bruits, ainsi que de la 
hauteur, de l'intensité et du timbre des sons. 

Mais allons plus loin. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas la sur- 
dité en général, mais bien les degrés et les variations que la sur- 
dité peut présenter. Nous laisserons de côté aussi l'étude de ques- 
tions importantes, mais hors de notre sujet, telles que les con- 
séquences de la surdité, sa fréquence, ses ctiuses, son début, les 
lésions qui la produisent, sa curabilité, ses rapports avec d'autres 
maladies, etc., pour ne l'étudier que comme trouble fonctionnel 



— 151 



Forts 
Los bruits J Moyens 
Faibles 



'8 
"S" 



a) 



O 



03 

O 

^3 




-s Hauteur 



\ Elevés (voix uaute). 



Moyen . 



Bas (yoix basse ou ehuchotée). 
Timbre j Voix de personnes différentes. 



•= [ intensité 



Hauteur 



; Timbre 



Intensité 



Forte. 

Moyenne. 

Faible. 

Elevé 

Moyen. 

Bas. 

Voix de personnes différentes. 
Chants d'oiseaux divers.' 
Cris d'animaux . 

Forte. 

Moyenne. 

Faible. 



ss 



3 
O 

X 

s 

CS 

o 

o 

> 



o 



Hauteur 



( Elevés. 
' Moyens. 



(Timbre 



Montre, Diapason, Flûte, 
Clarinette, instruments divers. 
Corps de natures diverses, etc. 



Forte. 
Intensité J Moyenne. 
Faible. 



— 152 — 

dans ce qu'il a d'appréciable et de mesurable par les moyens 
dont nous disposons. 

Nous procéderons pour les sourds-muets comme pour les 
sourds; car, comme la surdité, la surdi-mutité a ses degrés. 
Itard dit quelque part : 

« Divers degréa d'intensité compris entre une légère dureté 
« d'ouïe et la privation absolue de cette fonction se font 
« remarquer dans la surdité congéuiale comme dans celle qui 
« survient dans l'âge adulte. » 

A propos des degrés de la surdité, les auteurs parlent 
à' affaiblissement de l'ouïe, de dureté de l'oreille, de surdité 
légère, de perte complète de l'ouïe, de cophose, de dysécée 
(Su;, difficile; oomuid, j'entends), ou mieux de dysacousie 
(Nbthnagel). Ils divisent la surdité en symptomatique ou idio- 
pathique, curable ou incurable, etc., en prenant l'étiologie 
des maladies ou l'état de l'organe pour base de leurs classifi- 
cations. Ces expressions sont trop vagues, et ces classifications 
qui sont faites dans un but thérapeutique, et fort rationnel 
d'ailleurs, ne peuvent pas nous être utiles ici. 

Pour être clair et précis, comme pour donner un cadre dans 
lequel tous les cas puissent rentrer, nous dirons que la surdité 
est unilatérale ou bilatérale, complète ou incomplète. 

Complète 
(cophose) 



Unilatérale 



Surdité 



Bilatérale 



Incomplète 
(dysacousie) 



Comulet 
(cophose) 

Incomplet 
'^ (dysacousie) 



Puis, nous reportant à la définition que nous avons donnée 
plus haut de l'audition normale et au tableau que nous avons 



153 



Pour les bruits 



Forts 

Moyens 

Faibles 



Hauteur 



\ Elevés "(voix hante). 

j Moyen. 

( Bas (voix basse). 



Timbre j Voix de personnes différentes. 



= I Intensité 



Hauteur 



Forte. 

Moyenne. 

Faible.' 

Elevé 

Moyen. 

Bas. 



B3 



Voix de personnes différentes. 
. J Timbre | Chants d'oiseaux divers. 
/ Cris d'animaux, etc. 

Forte. 
Intensité ) Moyenne. 
Faible. 



Elevés (tons hauts). 
Hauteur ) Moyens (tons moyens). 
Bas (tons bas) . 

Flûte. 
Clarinette. 
Piano, etc. 



£ e" 



Forte. 
Intensité ) Moyenne. 
Faible. 



I Par diminution de la vitesse de perception auditive. 



— 154 — 

indiqué, nous admettrons que la surdité incomplète peut, — 
qu'elle soit unilatérale ou bilatérale, — porter sur les bruits 
forts, faibles ou de moyenne intensité. Cette même surdité peut 
exister pour les sons, de telle sorte que nous avons la surdité 
des sons vocaux, articulés ou non articulés avec des variations 
concernant leur hauteur, leur intensité ou leur timbre. 

Nous avons également la surdité des sotis non vocaux ou 
musicaux, pouvant d'ailleurs se subdiviser, suivant qu'il y a 
des modifications dans l'appréciation normale du timbre, de la 
hauteur et de l'intensité de ces mêmes sons. 

Enfin, nous admettrons une surdité tenant à la diminution 
de la vitesse de la perception auditive. 

Eu résumé, nous pouvons établir six classes de surdités : 

1° Surdité des bruits ; 

2° Surdité des sons vocaux articulés ; 

3° Surdité des sons vocaux non articulés ; 

4° Surdité des sons non vocaux ou musicaux ; 

5° Surdité par diminution dans la vitesse de la perception 
auditive ; 

6° Surdité complète. 

Nous pourrions faire une septième classe pour la surdité ver- 
bale ou surdité des mots. 

• Pour n'avoir plus à revenir sur cette surdité d'un ordre tout 
spécial, nous dirons qu'elle consiste en ce que les malades 
entendent le bruit, la voix, mais ne peuvent saisir l'idée qu'é- 
veille le mot qui a perdu pour eux toute expression idéale. Cela 
tient à ce que les centres psycho-moteurs des mouvements des 
mâchoires, des lèvres et de la langue ont été détruits par la 
maladie. 

La surdité, dont nous venons d'indiquer les variétés, se ren- 
contre plus particulièrement chez l'adulte. Chez l'enfant, on 
observe la surdi-mutité qui peut être acquise ou congénitale. 
S'il est important de s'arrêter sur les différences que la surdité 
peut présenter, il n'en est pas moins utile de marquer les degrés 
de la surdi-mutité. Comme pour la surdité, il y a entre le plus 
et le moins des nuances infinies ; on peut cependant assigner à 
la surdi-mutité des modes principaux. 

De Trœtch divise les sourds-muets en trois classes : 



— 155 — 

1° Les sourds-muets congénitaux n'ayant jamais entendu ni 
parlé ; 

2° Les sourds-muets précoces ayant entendu, mais n'ayant 
pas parlé à l'âge où ils devaient le faire ; 

3° Les sourds-muets tardifs. Ceux-ci ont parlé pendant un 
temps plus ou" moins long et ont perdu la parole après avoir 
perdu l'ouïe. 

Bonnafont les divise aussi en Irais catégories bien tranchées : 

1° Celle formée des individus qui ne peuvent entendre d'au- 
cune manière; 

2° Celle représentée par les sourds qui perçoivent le son du 
diapason appliqué seulement et non à distance ; 

3° Celle, — comprenant probablement peu d'individus, — 
des sourds qui entendront le diapason appliqué sur le crâne et à 
une certaine distance de l'oreille. 

Itaid assigne à la surdi-mutité cinq modes principaux « indi- 
cé qués par les caractères suivants : 

« 1° Audition de la parole ; 2° audition de la voix ; 3° audi- 
« tion des sons; 4° audition des bruits; 5" audition nulle ou 
surdité complète. » 

Nous ne nous arrêterons pas à l'appréciation de ces classements 
qui ont leurs qualités et leurs défauts. Nous dirons cependant 
que celui de Trœtch manque de précision, que celui de Bon- 
nafont est fort pratique, et que celui d'Itard, — pour nous 
paraître le meilleur, — n'en est pas moins, comme les précédents, 
incomplet. 

Il y a lieu, pour nous, de reprendre la classification des degrés 
de la surdité que nous avons faite plus haut. Nous proposons, 
en effet, d'établir les catégories suivantes : 

1° Les sourds-muets qui entendent les bruits ; 

2° Ceux qui entendent les sons vocaux articulés ; 

3° Ceux qui entendent les sons vocaux non articulés; 

4° Ceux qui entendent les sons non vocaux ou musicaux ; 

5° Ceux qui ont une diminution dans la vitesse de la percep- 
tion auditive, — au-dessus d'un minimum à fixer ; 

6° Ceux qui sont complètement sourds: surdi-mutité complète. 

Comme on le voit, en comparant les tableaux intercalés dans 
ce travail, nos considérations sont basées sur des données phy- 



— 156 — 

siques, nos classifications, qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre, 
sont basées sur les principes même de l'acoustique. Or, il est un 
point bien remarquable, c'est que la clinique nous donne raison 
en nous faisant observer des cas de surdité et de surdi-mutité 
appartenant nettement et exclusivement a l'une ou l'autre des 
classes que nous avons établies. Ainsi on observe des malades 
qui n'entendent pas les bruits, d'autres qui ne sont pas sensibles 
à la voix, d'autres aux consonnes, d'autres aux voyelles, d'autres 
à la montre, d'autres au diapason, et cela d'une manière isolée, 
partielle pour ainsi dire. « C'est une chose remarquable, dit 
« Itard, que la diminution en quelque sorte partielle de la sen- 
« sibilité auditive, et qui est telle que l'ouïe s'affaiblit pour 
« certaines espèces de perceptions, tandis qu'elle reste intacte 
« pour certaines autres. J'ai vu des personnes devenues sourdes 
« ne pouvoir se prêter à la conversation, et cependant conserver 
« toute leur aptitude à goûter la musique et à faire partie dans 
« un concert. Il s'en est présenté à moi d'autres pour qui la 
« parole et la musique n'était qu'un bruit confus, et qui enten- 
« daient nettement et distinctement les bruits les plus faibles, 
<( pourvu qu'ils fussent émis isolément (tome I tr , page 104). » 
Ces cas types de surdité partielle pure nous démontrent que 
notre classification n'a rien d'artificiel, qu'elle répond au con- 
traire à l'observation exacte des faits, qu'ils se passent dans le 
domaine de la physique ou de la pathologie. 

(A suivre) 



— 157 — 

NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds- Muets 

INSTITUTION D'ANNONAY 

(AnuÈCHE) 
dirigée par les Sœurs de la Providence 



L'Institution des sourdes-muettes, ouverte en 1884 n'était pas, 
à proprement parler, une œuvre nouvelle, mais un développement 
apporté à un Orphelinat de jeunes filles fondé en 1814 par deux 
personnes charitables de la ville d'Annonay. 

L'autorité diocésaine ayant manifesté aux religieuses de la 
Providence le désir de voir admettre au nombre des orphelines 
les petites sourdes-muettes qui pourraient leur être présentées, 
ces D&mes acceptèrent, et la nouvelle œuvre subsiste comme la 
première par le travail et le concours de personnes charitables 
de la ville* 

Afin de mettre les nouveaux professeurs en état de s'acquitter 
de leur tâche, deux religieuses furent envoyées à l'Institution 
nationale des sourdes-muettes de Bordeaux pour s'initier à la 
méthode orale pure qu'elles ont ensuite adoptée. 

Le succès a couronné leurs efforts, l'Institution compte 
aujourd'hui neuf élèves. 

Une petite somme est versée pour les frais de literie et de 
trousseau lors de l'entrée des élèves ; l'éducation est ensuite 
complètement gratuite. 



— 153 — 

PROGRAMMES D'ENSEIGNEMENT 

de l'Institution nationale de Paris 

(Suite.) 

PROGRAMME PROVISOIRE 

D'HISTOIRE DE FRANCE (*) 

Considérations préliminaires. 

1° L'enseignement de l'histoire de France sera donné en sixième 
et en septième année ; 

2° Il aura lieu en suivant l'ordre chronologique ; 

3° Il sera précédé d'un aperçu sur la société contemporaine ; 

4° Les leçons seront coordonnées de manière à présenter, autant 
que possible, une suite non interrompue de récits historiques; 

5° Elles seront présentées sous la forme expositive, puis dé- 
composées par le dialogue ; 

6° L'enseignement de l'histoire, plus encore que celui de la 
géographie, devra concourir à l'étude de la langue, et servir 
à fortifier le sens moral chez les élèves ; 

7° Le maître fera chercher ou montrera sur la carte les lieux 
importants mentionnés dans la leçon; 

8° On emploiera des collections d'images représentant les cos- 
tumes, les armes, les productions qui caractérisent chaque 
époque. Ce moyen d'enseignement sera complété par des 
visites dans les musées. 



SIXIÈME ANNÉE. — (PREMIÈRE ÉPOQUE) 

1" La Gaule indépendante. Les Gaulois, mœurs, religion, 
occupations. 



( ) Ce programme, adopté par )a conférence des professeurs dans sa séance 
du 16 mars 1886, avait été préparé par une commission composée de M*, le 
directeur, président, et de MM. Bélanger, Dubranle, Goguillot el Théobald, 
professeurs. 



— 159 — 

2° La Gaule sous les Romains. Jules César, Vercingétorix, 
civilisation romaine. 

3" Les Francs dans la Gaule. Les Mérovingiens. — Attila, 
Sainte-Geneviève. — Clovis; la loi salique. — Les fils de 
Clovis. — Les maires du palais. 

4° L'empire carlovingien. Pépin-le-Bref. — Charlemagne ; 
conquêtes; législation, instruction. — Les successeurs de Char- 
lemagne; démembrement de l'empire. — Les Normands. 

5° La Féodalité. Le roi, le suzerain, le seigneur, le serf, le 
vilain. — Morcellement de la France. — Les Capétiens. — 
Hugnes-Capet. — Conquête de l'Angleterre par les Normands ; 

6° Les Croisades. Pierre l'Ermite, Godefroy de Bouillon, 
Philippe- Auguste. — Saint-Louis ; administration, encourage- 
ments au commerce et à l'industrie ; 

7° Progrès de la royauté. Philippe-le-Bel, les Etats- 
Généraux, le Tiers-Etat. — Emancipation des serfs. — Appli- 
cation de la loi salique. 

8° Les Anglais en France. La guerre de Cent Ans. — 
Crécy. — Duguesclin. — Jeanne-d'Arc ; 

9" Ruine de la féodalité. Louis XI, sa politique, son 
administration, les postes, l'imprimerie, les manufactures, les 
écoles de droit, de médecine. — Acquisitions de provinces. — 
Découverte de l'Amérique ; 
10° Les guerres d'Italie. 

(deuxième époque) 

11° La Renaissance. — François I er . — Charles-Quint. 

— Henri II. — Acquisitions de provinces. — Fin des guerres 
d'Italie, leurs résultats : 

La Renaissance : Les arts, l'industrie, le commerce, la marine. 

— Les parlements; 

12" Les guerres de religion. La réforme, les guerres civiles. 

— Catherine,de Médicis. — La Saint-Barthélémy; 

13° Les Bourbons. Henri IV. — Siège de Paris. — Edit 
de Nantes. — Sullys administration, travaux publics, agri- 
culture, manufactures, colonies. — Louis XIII. Etats-Généraux. 

— Richelieu. — L'Académie française, la Sorbonne, le Jardin 



— 160 — 

des Plantes, les Enfants-Trouvés. — Louis XIV. — Mazarïn, 
la Fronde, guerres de Louis XIV, Colbert, Louvois. — Agricul- 
ture, commerce, industrie, marine. — Inventions, découvertes. 

— Grands hommes du Xvir 9 siècle. — Louis XV. — Le régent. 

— La guerre de Sept Ans et le Traité de Paris. — Partage de 
la Pologne. — Grands hommes du xvm e siècle. 

SEPTIÈME ANNÉE. — (TROISIÈME ÉPOQUE) 

14° La Révolution. Louis XVI. — Turgot, Necker. — 
Guerre contre les Anglais en Europe et en Amérique. — Embarras 
financiers. — Convocation des Etats-Généraux ; 

L'Assemblée nationale constituante ; 

Prise de la Bastille. — Nuit du 4 août 1789 ; 

L'Assemblée législative. — Les émigrés ; victoire de Valmy ; 

La Convention. — Abolition de la royauté ; 

Proclamation de la République. — Victoire de Jemmapes. — 
Mort de Louis XVI. — La Terreur. 

Le Directoire. — Situation de la France. — Bonaparte en 
Italie, en Egypte; 

Le Consulat. — Organisation administrative de la France; 

15° L'empire. Napoléon I er , empereur. — Les maréchaux 
de France. — Àusterlitz, Iéna, Frledland, etc. — Guerre 
d'Espagne. — Les frères de Napoléon. — Campagnes de Russie 
et de Saxe. 

Chute de Napoléon. 

16° La Restauration. Louis XVII. — Traité avec les 
souverains coalisés. — La Charte constitutionnelle. — Les Cent 
Jours. — Waterloo. 

Suite du règne de Louis XVIII. — La Terreur blanche. — 
Siège de Cadix ; le Trocadéro. 

Charles X. — Expédition de Morée ; bataille de Navarin, 

— Prise d'Alger. 

Les ordonnances. — Révolution de 1830. 

47° La monarchie constitutionnelle. Louis-Philippe I er . 

— Evénements de Belgique. — Casimir Périer, Thiers, Guizot. 

— Les chemins de fer et autres inventions. — L'Afrique ; les 
colonies. — La Révolution de 1848. 



— 161 — 

18° La seconde République. Gouvernement provisoire. — 
Suffrage universel. — Ateliers nationaux. — Insurrections. — 
Le général Cavaignacj le prince Louis Bonaparte, président de 
la République. 

19° Le second empire. Napoléon III, empereur. — Guerre 
de Grimée, d'Italie, etc. — Travaux publics, inventions, exposi- 
tions. — Isthme de Suez, tunnel du Mont-Cenis. — Guerre 
franco-allemande. — Sedan. 

20° La troisième République. Le gouvernement de la 
défense nationale. Strasbourg et Metz ; . siège de Paris. — 
L'Assemblée nationale. 

M. Thiers, président de la République. 

Le maréchal de Mac-Mahon. 

M. Grévy. 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



FRANGE 



E. Grosselin. Société pour l'instruction et la protection des 
sourds-muets par l'enseignement simultané des sourds-muets et 
des entendants-parlants. Compte-rendu (année 1885-86. In-8. 
16 p.) 

Le rapport du dévoué vice-président de cette société constate 
qu'à Paris 10 écoles communales de garçons contiennent 
29 élèves sourds-muets ; 10 écoles de filles en contiennent 25, 
et 9 écoles maternelles en reçoivent 19; en outre 13 entants 
sourds-muets sont reçus dans des écoles libres. En ajoutant à 
ces chiffres environ 160 sourds-muets qui se trouveraient dans 
les écoles maternelles ou primaires départementales, on arrive 
au total de 216 enfants sourds-muets élevés au moyen de la 
méthode phonomimique. 

Cours gradué de langue française à l'usage des sourdes-muettes. 
Professé à l'Institution nationale de Bordeaux. l re année, 
2° semestre. In-8. 76 p. Bordeaux. Imp. Roussin. 1882. 
Deuxième année. In-8. 98 p. Bordeaux. Imp. Crespy. 1885. 

Nous regrettons de n'avoir pas signalé plutôt à nos confrères 



— 162 — 

ces deux excellents volumes qui formeront avec ceux qui sui- 
vront une méthode complète d'enseignement. 

Nos lecteurs retrouveront dans ces ouvrages la méthode du 
regretté Valade-Gabel, méthode développée et mise en harmonie 
avec les progrès apportés dans notre enseignement pendant ces 
dernières années. Nous n'exprimerons qu'un vœu ; le rédacteur de 
ces ouvrages voudra bien ne pas le prendre pour une critique : 
ce serait de voir les explications devenir plus abondantes; elles 
constitueraient ainsi un guide plus sûr pour le professeur. 

O. Claveau. Sourds-muets (extrait du Dictionnaire de Pédagogie), 
tirage à part, grand in-8, 7 p., 1886. 

Divisions de l'article : Dèfininition de la surdi-mutité. — 
Remarqués sur la statistique générale et sur Tètiologie de la 
surdi-mutité. — Statistique scolaire. - — Conditions psycholo- 
giques dans lesquelles se trouvent les sourds-muets. — Procédés 
méthodiques destinés à établir la communication de la pensée. — 
Méthodes pour renseignement des idées el du langage. — Age à 
fixer pour l'admission dans les institutions. — Soins à donner 
préalablement dans la famille à ces enfants. — Historique de 
V enseignement des sourds-muets. — ■ Bibliographie. 

En indiquant ainsi les sous-titres de cet important article, 
nous avons voulu montrer avec quel soin, avec quelle précision 
il a été fait. On sait d'ailleurs toute l'autorité que M. Claveau 
s'est acquis dans cette matière spéciale ; aussi recommandons- 
nous tout particulièrement à nos confrères la lecture de ce 
savant travail Ad. B. 

D' J.-A.-A. Rattel. Des cornets acoustiques et de leur emploi 
dans le traitement médical de la surdi-mutité. In-12, 135 p. Paris. 
J.-B. Baillièreet fils, 1886. 

M. le D r Rattel ne nous pardonnerait pas de faire l'éloge de 
ce traité, le premier dans son genre ; tous nos confrères ont pu 
lire dans notre Revue ces pages si intéressantes. Nous n'ajou- 
terons qu'un mot avant de reproduire la préface qui précède 
l'ouvrage ; c'est que le volume est orné de 37 figures représen- 
tant la plupart des cornets et appareils acoustiques inventés 
jusqu'à ce jour, illustration qui donne encore plus de prix à ce 
travail. Ad. B, 



— 163 — 

PRÉFACE. Cette monographie a para, par articles séparés, 
dans l'excellente Revue française de V éducation des sourds-muets, 
dirigée par M. Bélanger, professeur à l'Institut national des 
sourds-muets de Paris. 

Le but que nous nous sommes proposé en publiant cette 
étude était, en effet, de mettre les professeurs de sonrds-muels 
en état de juger par eux-mêmes ce qu'ils pouvaient espérer de 
l'emploi des cornets acoustiques dans leur enseignement si 
spécial. 

Accessoirement, nous avons voulu indiquer l'état actuel d'une 
question qui n'est pas sans préoccuper quelque peu les otolo- 
gistes. En cela, nous serions heureux d'avoir fait œuvre utile. 
Notre ambition ne va pas au delà. J.-A.-A. Rattel. 

Institution nationale de Paris. Compte - rendu de la séance de 
distribution des prix. 3 août 1886. In-8. 44 p. 

Institution nationale de Chambéry. Distribution solennelle des prix 
(4 août 1886). In-8. 32 p. 

Ecole de sourds-muets entretenue par les RE. PP. Chartreux, à 
Currière. Distribution solennelle des prix le 3 août, 1886. In-8. 
15 p. 

Manière de servir la messe selon le rite romain à l'usage des sourds- 
parlants. Petit in-8, 16 p. CurrieTe, imp. de l'école des sourds- 
muets, 1886. 

J. Théobald. De l'enseignement du droit usuel aux sourds -muets, 

In-8. 19 p. Paris, Paul Ritti, 1886. 

Ouvi'age extrait de la Revue française de Vèducation d«s 
sourds-muets. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Institution de Nogent-le-Rotrou. — La distribution des 
prix aux élèves de cette Institution a eu lieu le 4 août dernier, 
sous la présidence de M. le Sous-Préfet. 

Nous reproduisons, en grande partie, d'après le Républicain 



— 164 — 

de Jfogent-k-Rofrou, le texte delà charmante allocution qu'il a 
prononcée à cette occasion: 

« Mesdames et Messieurs, 

« La distribution des prix de cette Institution que subven- 
tionne le Conseil général du département d'Eure-et-Loir nous 
offre un intérêt tout particulier. 

« Nous venons couronner les efforts, longs et patients que ces 
chers petits enfants deshérités de la nature et isolés du reste du 
monde font chaque jour, pour conquérir, au prix d'un travail 
Lien pénible, leur petite place dans la société, 

(( Ah ! Mesdames, c'est une belle et enviable exis- 
tence que la vôtre. 

f< ..... Je dis que votre vie est enviable, bien que je sache 
qu'elle n'est faite que d'abnégation, parce que, soutenues d'une 
part par l'espérance de joies et de récompenses infinies que 
vous n'attendez pas en ce monde, vous avez encore l'immense 
consolation de voir clairement, nettement, à chaque heure, à 
chaque minute du jour, s'accroître, s'affirmer les résultats 
certains de votre travail, de votre patient dévouement. 

« Heureux celui de nous qui peut en dire autant ! 

« Ne sommes-nous pas au contraire, le plus souvent, balancés 
par l'incertitude, troublés par des hésitations sans nombre, 
effrayés par la stérilité de notre vaine agitation, lorsjuo, sin- 
cèrement, descendant au dedans de nous-même nous nous 
demandons à quoi servent tant d'activité, tant de forces, tant 
de peines, tant de souffrances employées à remplir notre rôle, à 
accomplir notre fonction dans la grande machine sociale dont 
nous sommes tous un rouage et qui nous entraîno, même malgré 
nous dans cet immense bourdonnement, dans cette fièvre de vie 
qui nous étourdit ? 

« Y a-t-il au fond de tout cela autre chose que des intentions, 
que des projets, que des espérances ? Combien rare est la réalité ? 
Et que d'erreurs, que de déboires, que d'amertumes, que de 
désenchantements ! Et que souvent il faut se contenter d'avoir 
voulu le bien ! 

« Mais vous, Mesdames, vous le voulez, et vous l'accomplissez. 



— 165 — 

Eloignées du tnmalte et des soucis constants de l'existence que 
nous menons au dehors, vos yeux dans les yeux d'un pauvre 
petit enfant dont l'esprit n'est encore que ténèbres, vous ouvrez 
cette intelligence, vous aidez ce cœur à s'épanouir, vous entrez 
en relations intimes avec une,âme où tout est neuf, où tout est 
sincère, où tout est bon ! Vraiment vous ravissez à la mère le 
meilleur de ses joies ! Puis, peu à peu, doucement, affectueuse- 
ment, tendrement, avec une patience que j'ai admirée et grâce 
aux méthodes que la science moderne a consacrées, vous donnez 
une voix à l'enfant qui ne parlait pas, et vous apprenez à cet 
enfant à entendre arec ses yeux ! Et toujours vous réussissez, et 
avant même que votre tâche ne soit achevée, vous avez déjà la 
certitude d'avoir fait quelque chose d'utile et de bien : et lorsque 
vous apprenez à lire dans les yeux, à surprendre la pensée de 
cet enfant, que vous avez sauvé, vous y trouvez déjà votre 
récompense, la reconnaissance, 

« Acceptez aussi la respectueuse expression de la nôtre. Pour 
ma part, représentant ici un Gouvernement qui s'honore d'être 
le Gouvernement de tous, je vous félicite et je vous remercie 
avec une simplicité qui seule convient à la hauteur de votre 
tâche ! 

« Chaque enfant qui sort de vos mains est un citoyen de 
plus pour la France et pour la République. » 



Institution de Lyon (Villeurbanne). — La distribution 
des prix aux élèves de l'Institution des sourds-muets de Lyon, 
dirigée par M. J. Hugentobler, a eu lieu le dimanche 1 er août, 
sous la présidence de M. Guichard, conseiller général. 

Après avoir montré les développements pris par l'œuvre de 
notre dévoué confrère dont l'école compte aujourd'hui 37 pen- 
sionnaires, l'honorable président fait appel à tous les dévoue- 
ments « pour permettre d'élargir les murs de l'école et en faci- 
liter l'accès à d'autres déshérités. * 

Les exercices pratiques faits par les élèves de l'Institut ont 
été très réussis et très remarqués. Avant la proclamation des 



— 166 — 
prix, une conférence sur la physiologie du langage et les sourds- 
înuets a été faite par M. le D r Augagneur. professeur agrégé 
à là Faculté de médecine. 



Institution d'Oloron - Sainte - Marie. 

Nous reproduisons ici l'allocution prononcée, le 30 juillet 
dernier, par M. B. Loubet, adjoint au maire, à la distribution 
des prix de l'Institution des sourds-muets d'OLORON, dirigée 
par M lle Pauline Larrouy. Elle donne la situation de cette insti- 
tution et montre jusqu'où peuyent aller le dévouement et la 
charité des instituteurs de sourds-muets. 

« Mesdames et Messieurs, 

Vous venez encourager chaque année, par votre présence à 
cette fête de famille, cette jeune colonie de sourds-muets, que 
Mademoiselle Pauline Larrouy instruit et dirige avec autant 
de talent que de dévouement. Je vous en remercie en son nom» 

Laissez-moi ajouter tout de suite que le succès commence à 
couronner les efforts et la constance de cette digne institutrice. 
Le nombre des élèves augmente chaque année ; le pensionnat 
comprend aujourd'hui dix-sept élèves, dix garçons et sept filles. 
Cette petite escouade est là sous vos yeux. Elle étale, vous le 
voyez, bonne mine et bonne tenue. 

Eh bien, je veux vous dire quelles sont les ressources dont 
dispose M ell ° Pauline Larrouy, pour entretenir toute cette petite 
famille : 

Le département accorde, grâce à M. Félix Bouderon qui fut 
le premier à s'intéresser à ces pauvres petits déshérités, lors de 
son arrivée au conseil général, le département, dis-je, accorde 
une subvention de 700 fr. Il accorde encore pour l'entretien de 
deux boursiers une somme de 500 fr. La ville d'Oloron, de son 
côté, donne une subvention de 250 fr. Plus une somme de 
180 fr. pour l'entretien du jeune Capdepon. Enfin, les élèves 
payants versent tous ensemble, 1,360 fr. 



— 167 — 

Je dis élèves payants, car certains enfants ne paient absolu- 
ment rien. 

En un mot, le total des ressources qui s'élèvent à 3,010 fr., 
doit suffire à payer un loyer de 500 fr., à nourrir, à blanchir 
tout le personnel, soit vingt personnes. 

J'ai examiné les comptes détaillés de l'exercice 1885-1886, 
car M Ue Larrouy me les soumet depuis quelques années et je 
puis vous garantir l'authenticité des chiffres que j'énonce. 

Vous reconnaîtrez, Mesdames et Messieurs, qu'il faut de 
l'ordre et de l'économie pour joindre les deux bouts. 

Je vous signale cette situation, parce que vo.is avez compris, 
avec la bonne grâce la plus parfaite, que nous sommes tous 
solidaires des bienfaits que M lle Larrouy répand autour d'elle 
et vous voudrez comme toujours prendre votre petite part à 
cette solidarité. 

Je fais donc appel à toutes les âmes charitables, amies du bien, 
pour leur demander leur aide et leur concours en vue du déve- 
loppement de l'institution des som-ds-muets d'Oloron. Car, 
sachez une chose, c'est que nous n'avons de Bordeaux jusqu'à 
Toulouse .qu'une institution de sourds-muets, c'est celle d'Olo- 
ron-Sainte-Marie ; aussi devons-nous avoir à cœur de la voir 
grandir et prospérer pour instruire ces pauvres malheureux et 
leur permettre de se rendre utiles et bons à quelque chose durant 
le cours de leur existence. 

Il me paraît bon que l'on sache dans le public que M" c Lar- 
rouy reçoit en toute pension les jeunes élèves moyennant la 
somme de 300 fr. par an. 

Un certificat d'indigence réelle est un bon pour un rabais. 
Vous voyez par les comptes soumis combien déjà la directrice 
a fait une large part à la charité. 

Il n'y a de limite pour elle que les exigences de l'existence 
devant lesquelles elle doit forcément s'incliner. 

L'œuvre est belle, prêtons notre concours à M 1Ie Larrouy. 

Elle le mérite. » 

* 
* * 

Institution nationale de Chambéry. M. Gotteland, 



— 168 — 

conseiller général, présidait la distribution des prix de cet éta- 
blissement national. En terminant son excellente allocution, il 
émet le vœu : que l'Etat facilite aux sourds-muets le moyen 
d'occuper dans la société une place que, seuls, ils seraient im- 
puissants à se procurer. 

Institution nationale de Paris. Comme nous l'annoncions 
dans notre avant-dernier numéro, la distribution des prix s'est 
faite sous la présidence de M. le D r Peyron, directeur de l'Assis- 
tance publique, assisté de M. Rousseau, directeur du secrétariat 
et de la comptabilité au Ministère de l'Intérieur, et de M. le 
sénateur Corbon. Dans un excellent discours, M. Raymond, 
professeur, traite du rôle que peut jouer un reste d 'audition pour 
acquérir la parole; nous nous proposons d'examiner ce travail 
dans notre prochain numéro. M. le D r Peyron rappelle ensuite 
dans une allocution touchante les souvenirs si vivants qu'il a 
laissés dans cette maison; il est heureux de constater les pro- 
grès accomplis depuis son départ, grâce aux soins vigilants du 
dévoué directeur qui lui il succédé dans la direction de cet éta- 
blissement. 



Nous lisons dans Y Express de Lyon du vendredi 6 août der- 
nier : 

« Par décret ministériel du 12 juillet dernier, M.Hugentobler, 
directeur de l'Institution de sourds-muets de Lyon, Suisse 
d'origine, est naturalisé Français. » 

Nous adressons nos bien sincères félicitations à notre nou- 
veau compatriote qui, nous le savions, était français de cœur 
depuis longtemps. 

# 

Nous attirons tout particulièrement l'attention de nos 
confrères sur l'avis relatif au 4* Congrès international 
publié dans notre dernier numéro, page 144. 

j^ARIS J«P. J'ELI.UARD, 225, RUE ^AINT-JaCçUES 



Librairie F'aul RITTI, 21, rue de Yaugirard, Paris 



TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES SOURDS-MUETS (Congrès de P»rls) 
Comptes - rendus analytiques des séances 



Un volume, grand in-8 Prix. 4 fr. 

{Envoi franco par la poste) 

DES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

par j. Hugentobler 

Diiecleur de l'Institution des Sourds-Muets d« Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

l rc année,- un volume in-8 Prix 4 fr. 

{Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le Dr J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 
par le Dr J.-A.-A. Rattel 



Etude Bibliographique et Iconographique 



SUR 



L'ABBÉ DE L'EPEE 



J±TD. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds - Muets <Ic Paris 

AUGMENTÉE 

1° D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Epée, 
par J.-J, Valade-Gabel, ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 1852 par l'éininent instituteur f rancis et qui n'a pas encore été publiée 

2° D'une étude sur les débuts, les progrès et le couronnement de 
l'œuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis, s/chef de bureau au 
Ministère de l'Intérieur. 

ORNÉE 

1° D'une eau-forte de Dumont, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2" De trois gravures (reproduction de deux médailles et 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



PEIX 

20 EXEMPLAIRES, PAPIER DU JAPON (numérotés de 1 à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAPIER DE HOLLANDE (mimérolés de 21 à 2.Ï0) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 francs 

(Port en sas) 

Hrl» — Imp. Pelluard, r. St-Jacquel, 121 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 

Sl REVUE FRANÇAISE 

de l'éducation 

des 

SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

l'UBUÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institutiou nationale des Sourds-Muets de Paris. 



Deuxième Année. — N° 8. — 1 er Novembre 1886. 



SOMMAIRE. — Ad. Bélanger 174° anniversaire de la naissance de l'abbé de 
l'Epée. — Théophile Denis. Causerie. Les Artistes sourds-muels au 
Salon de 1886 (/!»). — L. Jullian. Conférence sur l'enseignement de la lec- 
ture. — Documents officiels. Arrêté ministériel. — Notices sur les Institutions 
Françaises i« sourds-muets. X*". L'Institution d'Avignon. — Ad. B. Une 
nouvelle méthode de lecture. — Bibliographie internationale. Elals-Unis 
Ad. B. Suède et Xorwèye. A. Segerstedt. — Informations et Avis 
divers. 




PARIS 

Librturie Paul RIïTI, 21, Rue cte Vaugira rtl 

I 886 



-»• 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 
Alard, professeur-archiviste à l'Institution 

nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (F.), professeur à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bourse iChanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy , professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris . 

Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Bercheni -Sainte-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'insti-" 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel (D r ;, médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Rohart (l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution tôt-, 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabél, ancien censeur des études 
de l'Institution nationale des Sourds-.Muck 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 
M. C. Renz, Stuttgart (Wurtemberg). 

M 110 Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 
M. Van-Praagh, directeur de Y Association for ihe oral instruction of the Deafimi 
Dumb, Londres, 



La Revue française de l'Éducation des sovrds-muels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revut 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducatioi 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés ai 
journal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muete 
î rao année. — N° 8 Novembre 1886 



/ 74 e anniversaire de la naissance de l'Abbé de l'Epée 



A LA MÉMOIRE 

DE 

CHARLES - MICHEL DE L'ÉPÉE 

FONDATEUR" 

de la première école publique et gratuite pour les sourds-muets 




Né a Versailles, le 24 novembre 17 12 
Mort a. Paris , le 23 décembre 1789 



Médaille en Bronze par BORREL 

f Extraite de l'Abbé de t'Epéi, étude par Ad. Bélanger ) 

Dana trois années, en 1 889, il y aura un siècle que la France 

a vu s'endormir le créateur de l'enseignement des sourds- muets. 

Depuis cette époque, l'œuvre de l'abbé de l'Epée, propagée 



— 170 — 

dans le monde entier par ses disciples et par ses élèves, n'a fait 
que prospérer, se développer et se perfectionner. Les élans de la 
reconnaissance filiale n'ont cessé de s'élever à la mémoire du 
prêtre vénéré qui avait consacré sa vie à cette œuvre de régé- 
nération sociale. — 

C'est ainsi que depuis plus de 50 ans les sourds-muets de 
Paris se réunissent à l'église Saint-Roch, et en un banquet 
fraternel, pour célébrer l'anniversaire de la naissance de leur 
bienfaiteur; on affirme même que cette tradition remonte à 
1790. Le 24 novembre de chaque année est également jour de 
fête pour toutes les institutions françaises. 

Nos abonnés ont pu remarquer depuis longtemps sur la cou- 
verture de la Revue française la reproduction d'une médaille 
gravée par Duvivier en 1801 et dédiée par le célèbre artiste : 
Au génie inventeur de Fart d'instruire les sourds-et-muets dans 
les sciences et dans les arts, » médaille qui semble avoir été 
gravée d'après un portrait du célèbre abbé dessiné par un de 
ses élèves, P. Grégoire, en 1776. 

A l'occasion du 174 e anniversaire de sa naissance, nous offrons 
aujourd'hui une reproduction d'une médaille de Borrel, gravée 
vers 1850. Ces médailles sont les seules que nous connaissions; 
aussi, serions-nous reconnaissants à nos lecteurs des renseigne- 
ments qu'ils pourraient nous envoyer à ce sujet. 

Nous avons eu occasion de signaler dans notre Etude icono- 
graphique sur Vabbè de VEpèe les monuments élevés à sa mémoire 
parla France reconnaissante, nous espérons que notre Patrie ne 
laissera pas passer le centième anniversaire de sa mort sans 
témoigner une fois de plus toute sa gratitude, et nous formons 
des vœux pour qu'un comité se crée en vue de célébrer digne- 
ment ce pieux anniversaire. 

Ad. Bélanger. 



171 



CAUSERIE 



Les Artistes Sourds - Muets au Salon de 1886 

Fin (1) 

Choppin. — C'est au Salon de 1 877 que débuta Paul Choppin 
par l'envoi d'un buste. Il était alors élève de l'École nationale 
de dessin et n'avait pas vingt ans. Après avoir exposé d'autres 
portraits en 1879 et 1880. il présenta sa première statue en 1881 : 
Jeune garçon tirant de Tare, en plâtre. Deux nouveaux portraits 
en 1882 : un buste en bronze et un buste en .plâtre. Ce dernier, 
exécuté en marbre, fut admis, l'année suivante, à l'exposition 
nationale. En 1883, le jeune artiste revient avec une statue : 
la M or t de Britannîcus, inspirée de la scène Y du cinquième acte 
de la tragédie de Kacine et le portrait de M. P. de A . , buste 
marbre. En 1884, -il exposait un autre buste en marbre, por- 
trait de M. J. D. L'an dernier, son envoi comptait un buste 
d'étude, Jeune fille du moyen âge, et une statuette en plâtre, 
Suzanne, qui méritait bien les honneurs du marbre. Aussi ne 
suis-je pas étonné de la retrouver sous ce nouvel aspect au Salon 
de 1886. 

La chaste épouse de Joakim est réprésentée au moment cri- 
tique où, se livrant en pleine confiance aux plus intimes ablu- 
tions, elle vient de percevoir un bruit qui lui fait tourner la 
tête avec des tressaillements d'inquiétude. Il n'y a pas à en 
douter, des regards indiscrets sont là qui se repaissent du 
spectacle de sa nudité. Ciel ! voici les sinistres vieillards qui 
l'ont surprise, et dont les criminels desseins ne se lisent que 
trop sur leurs faces satyriques. Elle est en quelque sorte médusée 
par cette apparition : un genou replié sur le fût de la fontaine, 
le pied droit posant du bout sur le sol, un bras pudiquement 
ramené sur la poitrine, le visage rembruni, anxieux, elle reste 

{ 1 ) Voir les n° s 3, i, 5, 6 et 7 de la Revue Française. 



— 172 — 

immobile, encore inconsciente du Téritable danger qui la 
menace, mais agitée par les pressentiments les plus sombres. 
Cet état psychologique de l'intéressante victime est reproduit 
avec un accent de vérité très-saisissant. Sous le rapport esthé- 
tique, il faut reconnaître à cette figure des formes séduisantes 
relevées par la plus scrupuleuse décence. Le corps, penché en 
avant, dessine une courbe harmonieuse ; le mouvement du cou, 
provoqué par l'attention, est particulièrement exquis. Comme 
accessoire, je remarque une longue draperie dont les plis sont 
fouillés avec une dextérité de pratique peu commune. 

Mais j'arrive à l'œuvre la plus importante de Choppin : Le 
Génie des Arts. Ce génie, les ailes déployées, plane au-dessus 
des nuages, discrètement, mais adroitement indiqués par la 
portion supérieure du socle. Tandis que les deux jambes sont 
légèrement infléchies en arrière, le bras gauche est tendu en 
avant, la main offrant palmes et couronnes. Du bras droit 
retombe une draperie répondant à la nécessité de dissimuler 
l'armature qui soutient la figure dans l'attitude de l'envolement. 
Le visage a les traits d'un aimable éphèbe ; les yeux levés 
semblent chercher la lumière des hautes régions; le corps, 
gracieusemeut cambré, a toute la sveltesse d'une juvénilité 
idéale ; il fend l'espace avec l'aisance de l'oiseau, et se tronve 
dans l'air comme dans son élément naturel. 

L'adresse de main a bien sa valeur ; elle ne saurait pluB être 
mise en doute chez M. Choppin, dont la statue se distingue par 
l'élégance des détails et la finesse du modelé. Mais je tiens à 
dire que ce joli travail est surtout une œuvre de penseur, et à 
donner ainsi plus de poids à mon éloge. 

C'est bien ce qu'a reconnu le jury, en faisant franchir à 
M. Choppin le premier degré des récompenses spéciales au 
Salon : il lui a décerné une mention honorable. C'est très-beau; 
mais j'avoue que j'espérais une médaille. Oh ! je le sais, elle 
viendra, bientôt mémo, et le reste suivra. 

Je n'ai pas grand mérite à être prophète. Il y a quelques 
mois, M. Choppin remportait un autre succès très -honorable : 
ayant pris part au concoure ouvert pour la statue à élever au 
docteur Broca, il en sortit vainqueur : son projet fut classé le 
premier. Voilà donc, à court intervalle, la double confirmation 



— 173 — 

d'un talent qui ne peut manquer de me donner raison, en réali- 
sant au plus tôt mes heureux pronostics. 



* 
* * 



D'Arragon. — Depuis 1883, — où, comme morceau de 
début, il exposa un médaillon, — M. Albert d'Arragon n'était 
point rentré au Salon. Il y revient, cette année, avec un portrait 
de jeune fille, buste en terre cuite. 

Avec un peu plus de mouvement dans l'attitude, et un peu 
moins d'exagération dans le forage des yeux, M me H. B. serait 
une aimable et gracieuse personne. Mais, dans cette pose rigide, 
et avec ces deux trous profonds, elle semble tout effarée. Aussi, 
gagne-t-elle énormément à être regardée de profil; ses traits 
prennent alors une expression toute différente, leur expression 
véritable sans aucun doute, et ils apparaissent dans leur virgi- 
nale délicatesse, que l'artiste a eu le talent de respecter com- 
plètement. 



# 
# 



Desperrier. — M.' René Desperrier entrait pour la première 
fois au Salon l'an dernier avec le portrait-médaillon de son frère ; 
cette année, il expose deux bustes : le portrait de sa mère et 
celui d'une jeune dame. 

Voyons d'abord ce dernier. La physionomie est douce et fine, 
l'expression un peu rêveuse. Il fallait, avec beaucoup de senti- 
ment, une grande légèreté d'ébauchoir pour traduire fidèlement 
la charmante gracilité du visage. L'artiste y a réussi. S'il a 
touché avec adresse les cheveux frisottants du front et des 
tempes, il me semble avoir un peu trop négligé ceux qui 
couvrent le reste de la tête. 

Dans le portrait de M" ,e Desperrier, au contraire, la chevelure 
est partout détaillée avec soin; elle est même admirablement 
attachée. Tout le buste, d'ailleurs, est traité avec une irrépro- 



— 174 — 

chable conscience : expression, souplesse des chairs, science du 
modelé, sobriété d'ajustement, tout mérite l'éloge. On y sent 
l'attention pénétrante, le vouloir énergique, toute l'âme d'un 
artiste pieusement épris de son modèle. 



# 

* # 



Lussy. — M. Gustave Lussy se trouve pour la première fois 
au Salon. Il a six médaillons. Le portrait de M. de la Thuil- 
lerie est particulièrement soigné; j'y remarque toutefois une 
barbe trop sommairement indiquée. Est-ce de l'hésitation? 
Est-ce du chic ? Toujours est-il qu'elle rappelle' désagréablement 
des vermiculures. M. Lussy ne paraît pourtant pas manquer de 
l'habileté du praticien : il en donne la preuve dans bien des 
détails des cinq médaillons, plâtre ou terre cuite, qu'il nous 
présente dans un même cadre. 






Et maintenant, chers artistes, au moment de vous quitter, 
permettez-moi de vous donner rendez-vous au prochain Salon. 
Je vous promets la même attention sympathique et la même 
justice. Je ne vous parle pas d'indulgence, de cette indulgence 
aveugle qui se traduit par des éloges emphatiques et sans 
valeur ; non, je vous suppose à tous assez d'esprit pour n'en pas 
demander, et pour faire bon accueil à une critique indépen- 
dante, modérée sans faiblesse, franche sans amertume. C'est 
mon programme ; je crois l'avoir suivi, je m'y tiendrai. 

Théophile Denis. 



— 175 — 
OOÏTFÉIRE 3STCE 

SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE 

et la correction des vices de prononciation 

D'APRÈS LA MÉTHODE NATURELLE 



Messieurs, 

Je me félicite d'avoir l'occasion de vous adresser la parole, 
parce que j'espère vous être utile, en exposant devant vous une 
méthode qui a pour objet la partie la plus infime de vos pro- 
grammes, il est vrai, mais qui cependant a une large part dans 
vos préoccupations, et une influence seusible sur la prospérité 
générale de vos écoles : il s'agit d'une méthode pour l'ensei- 
gnement de la lecture. 

J'appelle cette méthode : Méthode naturelle de lecture-écriture 
et d'orthographe. 

Elle est naturelle, parce qu'elle est fondée sur la nature. 
J'ajouterai même, — et cela sans aucune prétention de sot 
orgueil, — qu'elle est scientifique, parce-qu'elle a pour base la 
Ecience, c'est-à-dire la vérité des faits; — et que, par suite, 
l'instituteur chargé de l'enseignement de la lecture a autant de 
mérite, a droit à autant d'égards que son collègue qui professe 
l'histoire ou la géographie, — qui explique la grammaire, — 
ou démontre les théorèmes de l'arithmétique. 

A cause de la double qualité que j'indique, cette méthode 
allège les fatigues du maître, et bannit les ennuis des petits 
enfants. 

Mon exposé comprendra deux parties : la théorie et la pra- 
tique, — avec quelques mots sur la correction des vices de 
prononciation. 

Une théorie est un ensemble de vérités de l'ordre physique 
ou de l'ordre purement intellectuel. 

La pratique, l'art, c'est l'application de ces vérités. 

Evidemment, toute pratique qui n'est pas éclairée par une 



— 176 — 

théorie est une pratique aveugle, une routine. Par exemple, la 
théorie du simple ouvrier maçon comprend au moins la connais- 
sance du fil-à-plomb ; la coupe des pierres suppose des notions 
de géométrie ; le constructeur de nos grands édifices doit avoir 
pénéiré dans les parties élevées des mathématiques. 

Sans la possession de ces conditions diverses, l'ouvrier ne 
peut être que manœuvre. 



1» PARTIE 



CHAPITRE PREMIER 



Abordons notre théorie en rappelant que l'air en vibration 
produit la sensation auditive du son, sensation très-importante, 
puisqu'elle permet à l'homme de manifester ses pensées, ses 
sentiments, ses résolutions, — ce qui a rendu possible sa con- 
stitution en société. 

Ces précieux avantages, l'homme les doit, — en outre, à son 
appareil respiratoire qui, pour cette destination psychologique, 
se transforme en appareil producteur de sons, et devient un 
tuyau d'orgue. — tuyau dont les poumons sont le soufflet, la 
trachée-artère, le tuyau porte-vent; — dont le larynx forme 
V anche; le pharynx, la bouche et les fosses nasales, le tuyau de 
renforcement ou porte-voix. 

Mais ce tuyau unique équivaut, par les perfectionnements de 
sa structure, à un jeu d'orgue complet. En effet, tandis qu'un 
tuyau d'orgue, œuvre de l'industrie, a des parois rigides et 
inextensibles, et ne peut, — par conséquent, — produire qu'une 
seule note que rien ne modifie ensuite; — l'orgue humain, 
au contraire, grâce à la tension variable de ses cordes vocales, 
donne naissance à une série nombreuse de sons qui constituent 
la voix laryngienne ou purement musicale. 



— 177 — 

Ces sons laryngiens reçoivent ensuite des modifications de 
hauteur et de timbre dans les parties sus-jacentes au larynx, 
c'est-à-dire dans le pharynx, la bouche et les fosses nasales. 

Pour étudier ces effets, condamnons, pour un moment, le 
larynx au silence. Cette élimination nous permettra de mieux 
découvrir les fonctions phonétiques de la bouche et des fosses 
nasales. 

II 
Fonctions phonétiques de la bouche. 

Vous avez certainement remarqué que tout courant d'air qui 
s'engouffre dans une cavité y produit des bruits, des réson- 
nances particulières dépendant de la forme et des dimensions 
de cette cavité. Eli bien ! la bouche est une cavité à parois très- 
mobiles qui, variant de dimensions et de forme avec une 
excessive facilité, produit au passage de l'air aphone, soit à 
l'entrée, soit à la sortie, c'est-à-dire, à Vinspiration et à T expi- 
ration, une série de sons parfaitement caractérisés qui consti- 
tuent les voix on voyelles buccales. C'est la voix basse. 

Rendons la liberté au larynx. 

Si, au lieu d'arriver aphone des poumons, l'air en revieut 
sonore, au contraire, par l'effet des vibrations des cordes 
vocales, les sons laryngiens retentissent de lu même manière 
dans la cavité buccale, et constituent les voyelles laryngiennes 
ou de la voix haute, plus intenses, mais un peu plus graves que 
celles de la voix purement buccale ou voix basse, conformément 
à cette loi des tubes sonores : « Le tuyau de renforcement 
augmente V intensité de son produitpar Vanehe, mais il en abaisse 
la hauteur, et la hauteur est d'autant plus abaissée que le tvbe 
de renforcement est plus long (1). 

Remarquez bien qu'à chaque voyelle correspond une forme 
particulière de la bouche, et que j>ar conséquent deux voyelles 



(1) Le tube correspondant aux voyelles buccales s'étend de l'isthme du gosier 
aux lèvres ; tandis ([ue celui qui correspond aux voyelles laryngiennes comprend 
le pharynx et la bouche. 



— 178 — 

ne peuvent pas coexister : leur émission est nécessairement 
successive. 

La forme spéciale à chaque voyelle est la touche de cette 
voyelle; et l'ensemble de ces touches forme le clavier des 
voyelles. 

Remarquez bien encore que le larynx ne produit pas de 
voyelles, mais seulement des sons musicaux. Les voyelles 
buccales se greffent sur les sons laryngiens, et en suivent toutes 
les variations en hauteur; autrement dit. les voyelles peuvent 
être chantées sur tous les tons. 

III 
Consonnes. 

Mais les voyelles ne sont pas les seuls effets phonétiques pro- 
duits dans la cavité buccale par la colonne d'air aphone qui 
vient des poumons. Cette colonne, gênée, brisée, arrêtée même 
par la position ou les mouvements des organes annexes de la 
bouche (langue, lèvres, dents, palais, voile du palais), donne 
naissance à des bruissements, à des murmures, à des phéno- 
mènes acoustiques divers, — distincts des voyelles, et qu'on 
nomme articulations ou consonnes. 

Les consonnes ne peuvent être confondues entre elles ni avec 
les voyelles ; chacune d'elles correspond à une disposition d'or- 
ganes qui en est la touche vocale; et l'ensemble de ces disposi- 
tions forme le clavier des consonnes. 

De même que les voyelles, les consonnes sont des faits pho- 
nétiques purement buccaux; mais ce qui distingue ces deux 
espèces de faits, ce qui en constitue la différence essentielle, 
c'est que les voyelles peuvent coexister avec les sons laryngiens, 
tandis qu'il n'en est pas ainsi pour les consonnes : la production 
d'une consonne supprime immédiatement la voix laryngienne, 
et réciproquement (1). 



(1) Autre différence. Les voyelles buccales peuvent être produites pendant 
l'inspiraton et l'expiration; les consonnes ne peuvent l'être que pendant l'expi- 
ration. 



— 179 — 

Ainsi l'émission de groupes de voyelles ou de consonnes ne 
peut être simultanée; elle est, au contraire, nécessairement 
successive, puisque les organes ne peuvent évidemment pas 
avoir à la fois deux positions différentes. Les affinités physio- 
logiques peuvent seulement en rendre la prononciation plus 
facile, l'association plus intime. 

Il n'y a donc .ni diphthongues voyelles, ni diphthongnes 
consonnes. 

IV 
Fonctions phonétiques des fosses nasales. 

Si, pendant qu'un courant aérien aphone ou sonore passe 
par la cavité buccale, et y produit une voyelle buccale ou 
laryngienne, on rapproche peu à peu les arcades dentaires, et 
si la langue exécute en même temps un mouvement de retrait 
vers le fond de la bouche, et se rapproche du voile du palais 
plus ou moins abaissé, l'isthme du gosier se trouve fermé, — le 
courant s'écoule par les fosses nasales ; — et la voyelle buccale 
ou laryngienne est suivie d'un retentissement nasal qui la 
modifie. 

La voyelle ainsi modifiée prend le nom de voyelle nasale. 

Les fosses nasales concourent aussi à la formation de cer- 
taines consonnes qui, pour cette raison, prennent le nom de 
consonnes nasales. — Cet effet est produit soit par certaines 
dispositions de la langue ou des lèvres, soit par divers degrés 
d'abaissement du voile du palais qui forcent le courant aérien 
à s'écouler par le nez. 

Enfin, tous les organes annexes de la bouche (langue, lèvres, 
dents, palais et voile du palais) participent diversement à la 
formation des voyelles et des consonnes. 

(Voir l re conférence et méthode générale d'orthophonie). 

ti. Jullian, 

Ancien directeur de l'École normale de Montpellier 

[A suivre). 



180 — 



DOCUMENTS OFFICIELS 



A RRÊTÉ déterminant les conditions dans lesquelles les professeurs 
de l'Institution nationale des sourds-muets de Paris peuvent 
être dètacMs dans les institutions des départements (1). 

Le Ministre de l'Intérieur, 

Vu le rapport du Directeur du secrétariat et de la compta- 
bilité en date du 

Arrête : 

Art. 1 er . — Le corps enseignant de l'Institution nationale des 
sourds-muets de Paris pourra être appelé à donner l'enseigne- 
ment dans les institutions nationales déjà existantes ou qui 
seraient fondées dans les départements. 

Art. 2. — Les professeurs détachés dans ces établissements 
continueront à figurer sur les contrôles du personnel de l'Insti- 
tution de Paris et conserveront leur rang et leurs droits à 
l'avancement dans cet établissement. Ils pourront être rappelés 
à Paris soit d'office, soit sur leur demande, si toutefois l'admi- 
nistration supérieure le juge à propos. 

Ils continueront à être tributaires de la caisse des retraites 
de l'Institution nationale de Paris, sur les fonds de laquelle 
seront payées leurs pensions. Les retenues subies par eux, 
conformément au décret du 26 mars 1862, tant en raison des 
traitements que des avantages en nature dont ils jouiront dans 
les établissements dans lesquels ils seront détachés seront ver- 
sées dans la caisse de l'Institution de Paris par les soins des 
receveurs qui les auront opérées. 

Les opérations concernant ces retenues figureront dans les 
comptes hors budget des receveurs des établissements de« 
province. 

Art. 3. — Les professeurs titulaires détachés en province 

(1) Extrait du Bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur. 



— 181 — 
jouiront des traitements attribués par les règlements en vigueur 
à îa classe à laquelle ils appartiendront et pourront obtenir des 
gratifications semestrielles dans les conditions fixées par la 
décision ministérielle du 26 décembre 1880. 

Ils seront logés, chauffés, éclairés et blanchis dans l'établis- 
sement. 

Un arrêté spécial déterminera pour chaque établissement 
l'importance du logement mis à leur disposition le nombre de 
pièces qui devront être garnies de meubles aux frais de l'éta- 
blissement, ainsi que les quantités de chauffage et d'éclairage 
qui leur seront annuellement allouées. 

Les avantages en nature et le logement pourront être rem- 
placés par une indemnité en argent si l'administration supérieure 
le juge nécessaire. 

Les professeurs titulaires seront chargés des classes supé- 
rieures et de la surveillance de l'enseignement dans les classes 
dirigées par les professeurs adjoints. 

Art. 4. — Les professeurs adjoints détachés en province 
recevront, dans les établissements où ils seront envoyés, un 
traitement fixé de la manière suivante, savoir : 

Ceux de 3 e classe 1 , 400 francs. 

— 2 e — 1,700 — 

— l re — 2,000 — 

Ils pourront obtenir des gratifications d'après les conditions 
déterminées par la décision ministérielle du 26 décembre 1880. 

Us seront logés, chauffés, éclairés, blanchis et nourris dans 
l'établissement. 

Us seront chargés de faire la classe et devront en outre faire 
répéter aux élèves, pendant un temps déterminé en étude, les 
exercices d'articulation auxquels ils auront été soumis pendant 
les classes. 

Art. 5. — Un arrêté spécial déterminera le nombre des pro- 
fesseurs titulaires et adjoints qui pourront être détachés dans 
chaque établissement. 

Art. 6. — Les membres du corps enseignant, munis d'un 
titre de nomination régulière antérieur à la date du présent 
arrêté, ne pourront, sans leur consentement, être détachés dans 
les établissements de province. 



— 182 — 

Dispositions transitoires. 

Art. 7. — Les membres du corps enseignant, qui deman- 
deraient à être détachés dans les institutions nationales de pro- 
vince jusqu'au jour où le personnel soumis aux conditions 
ci-dessus déterminées sera suffisant pour assurer l'enseignement 
dans ces établissements, seront traités de la manière suivante : 

Les professeurs titulaires obtiendront un avancement de 
classe immédiat. Ils jouiront du traitement attaché à la classe 
à laquelle ils auront été promus par les règlements en vigueur. 
Ils pourront obtenir un avancement de classe exceptionnel, 
lors de leur retour dans l'Institution nationale de Paris, et 
demander leur rappel dans cet établissement au bout de deux 
années de séjour en province. 

Les dispositions des paragraphes 1 et 2 de l'article 2 et celles 
de l'article 3 du présent arrêté leur seront applicables. 

Ils recevront une indemnité de 500 francs, à titre de frais de 
déplacement. 

Dans le cas où ces professeurs seraient chargés de la sur- 
veillance de l'enseignement dans les autres classes, ils pourront 
obtenir le titie honorifique de censeur. 

Art. 8. — Les professeurs adjoints recevront un traitement 
ainsi fixé, savoir : 

Ceux de 3° classe 1,800 francs. 

— 2 e — 2,100 — 

— l re — 2,400 — 

Une indemnité de 100 francs sera allouée à titre de frais de 
déplacement aux professeurs adjoints de 3 e classe. Cette indem- 
nité sera portée à 300 francs pour ceux de 2 e et de l re classe. 

lies dispositions des paragraphes 1 et 2 de l'article 2 et des 
paragraphes 2 et 3 de l'article 4 du présent arrêté leur seront 
applicables. 

Art. 9. — lie directeur du secrétariat et de la comptabilité 
est chargé de l'exécution du présent arrêté. 

Fait à Paris, le 14 août 1886. 

Le Ministre de V Intérieur, 
SARRiEN. 



— 183 — 

NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds - Muets 

INSTITUTION D'AVIGNON 

dirigée pai" M. l'abbé Grlmaud. 



L'établissement dirigé actuellement par M. l'abbé Grimaud 
avait été fondé par lui en 1870 à Villeneuve-lez-Avignon 
(Gard), où il était aumônier d'une communauté religieuse. Il 
consacrait les loisirs que lui laissaient ses fonctions à l'éducation 
de quelques sourds-muets dont le nombre ne tarda à s'accroître. 

L'Institution fut transférée à Avignon en 1880. Bien que 
cette école soit encore essentiellement libre, elle reçoit néan- 
moins les boursiers du département de Vaucluse. 

Deux professeurs secondent le directeur dans sa tâche; l'In- 
stitution renferme en ce moment 22 élèves sourds-muets et 
8 enfants dont l'intelligence est en retard : en tout, 30 élèves. 

La méthode employée est la méthode orale pure, et cela 
depuis le commencement ; la mimique n'a jamais été usitée. 
53 élèves sont sortis de l'établissement; mais tous n'y sont pas 
restés le même nombre d'années. 

Il arrive assez souvent que les parents, trouvant les charges 
trop lourdes, retirent leurs enfants dès qu'ils ont fait leur 
première communion, et quelquefois plus tôt. La méthode orale 
a cela d'avantageux que les enfants peuvent se servir immédia- 
tement, et avec tout le monde, du peu qu'ils ont appris, se 
mettre en relation avec ceux qui les entourent, apprendre même 
l'idiome patois que parlent leurs parents et les gens du pays 
jusqu'à un certain point. Après quatre ou cinq ans passés dans 
l'Institution, l'enfant n'est pas inférieur à ses frères et sœurs 



— 184 — 

qui ont quitté l'école primaire et qui deviennent alors pour le 
professeur des auxiliaires continuant ce qui a été commencé à 
l'Institution. Les enfants sont dirigés autant que possible vers 
la profession de leurs parents. 

Outre l'Institution du Bon Pasteur, il existe à Avignon une 
Institution pour les jeunes filles, fondée en 1880, annexée à 
celle des jeunes garçons, dont M. l'abbé Grimaud est également 
le directeur, et où l'on suit absolument la même méthode. Cette 
maison est dirigée par M"° e Meissonnier, qui a une adjointe ; 
elle compte aujourd'hui 6 élèves, et 4 en sont déjà sorties. 



UNE NOUVELLE MÉTHODE DE LECTURE 

Lecture, écriture et orthographe usuelle enseignées simultanément. 
Premiers exercices disposés en Livre-Tableau. Méthode de lecture 
basée sur le jeu des organes vocaux. Ouvrage orné de 25 photogra- 
phies montrant la position extérieure' des organes au moment de 
l'articulation, par F J. Procure générale des Frères, 1886. 

Ce n'est pas nn livre pour les sourds-muets ; et cependant 
nous avons tenu à en parler à nos lecteurs. L'auteur, un pro- 
fesseur de sourds-muets, le présente ainsi à ses confrères dans la 
préface qui précède l'ouvrage. 

« Cette nouvelle édition du Livre- Tableau, peu différente de 
l'ancienne, a néanmoins reçu certaines améliorations qui en 
rendront l'usage fort utile dans les petites classes. Ainsi, les 
lettres, surtout les consonnes, ont été classées au point de vue 
des organes vocaux ; les exercices de syllabation ont été gradués 
et multipliés ; les mots servant d'application sont plus nombreux, 
et, autant que possible, pris dans le domaine des choses 
usuelles. » 

« Mais ce qui caractérise ce nouveau Livre-Tableau, c'est 
l'introduction de photographies représentant l'aspect du visage 
au moment de l'articulation d'une lettre. Cette vue frappe les 
yeux de l'enfant, et lui rend le son comme permanent. Sans 



— 185 — 

doute, la photographie ne montre pas tout le jeu des organes, 
mais elle en dit assez pour que l'enfant, en l'imitant, reproduise 
la lettre. Elle remplace le maître, qui ne peut pas tenir long- 
temps sa bouche dans la position demandée. » 

Il était utile pour nous de noter qu'un nouveau pas en avant 
dans la voie des réformes, pour l'enseignement de la lecture aux 
entendants-parlants, venait d'être fait par un professeur de 
sourds-muets. Nous sommes particulièrement heureux d'avoir 
pu enregistrer cette constatation; aussi, formons-nous des 
vœux bien sincères pour le succès de ce nouveau livre. 

Ad. Bélanger. 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



ETATS-UNIS 



J.-C. Gordon. The American Manual Alphabet. In-32, 40 p. 
Brentano Washington, 1886. ■ 

Le plus petit livre paru dans l'enseignement des sourds- 
muets, aussi gracieux que petit, un bijou typographique que 
sont heureux de posséder tous ceux qui l'ont reçu. Aussi remer- 
cions-nous bien sincèrement notre confrère américain. L'al- 
phabet américain n'est autre que celui publié par l'abbé de 
l'Epée, par Paul Bonet en 1620, et en 1593 par le P. Yebra 
dans son Refugium infirmorum. 

J.-C. Gordon. Practical hints to parents concerning the prelimi- 
nary Home-training o£ young deaf Children. Conseils pratiques 
aux parents à" enfants sourds concernant Finstruction adonner avant 
Ventrée à Cécole. In-8, 45 p. Washington, 1886. 

Ce nouveau travail de notre sympathique confrère amé- 
ricain est dédié à la mémoire de Francis Green. La première 
partie du travail est extraite des American Armais (octobre 1885). 



— 186 — 

Yoir Revue française, 2° année, p. 15. Dans un supplément 
ajouté, nous trouvons entre autre une étude intéressante sur la 
dactylologie. Ad. B. 

Rev. E.-V. Lebreton. The sacrement of Penance or the manner 
of making a good confession for the use of deaf and dumb. Le 
Sacrement de 'pénitence ou la manière de faire une bonne confession 
à V usage des sourds-muets. In-16, 16 p. Philadelphie, 1886. 

Constitution and by laws of the de l'Epéo catholic deaf mutes 
association. Règlements de Vassociation catholique des sourds- 
muets. In-16, 10 p. Philadelphie, 1886. 



Un Centenaire français en Amérique 

Hy. "Winter Syle. A fietrospect of the éducation of the deaf on 
the occasion of the Clerc Centenial Commémoration. Décember, 
28, 1885. (Coup d'œil en arrière sur l'éducation des sourds à 
l'occasion du centenaire de Clerc, le 28 décembre 1885, avec de 
nombreuses illustrations gravées par R. Cullingworth. Phila- 
delphie, 1886). 
'L'Avenir, de Philadelphie. 15 février 1886. Laurent Clerc. 

Le 25 décembre 1885, on célébrait à Philadelphie le centième 
anniversaire de la mémoire de Laurent Clerc, un des brillants 
élèves de l'abbé Sicard qui fonda avec le Révérend Th. Gallau- 
det, le 15 avril 1817, la première école de sourds-muets en 
Amérique, On sait que L. Clerc naquit le 26 décembre 1785 à 
la Palme (département de l'Isère). « On n'a pas manqué de 
suivre le bon exemple qu'il donna lui-même à ses confrères en 
se montrant l'élève reconnaissant de feu son maître l'abbé 
Sicard » nous écrivait le fils de cet homme de bien, le Révé- 
rend Francis J. Clerc, qui assistait à cette fête. Nous félicitons 
bien sincèrement les promoteurs de cette solennité ; la recon- 
naissance honore autant ceux qui la pratiquent que celui qui en 
est l'objet. 

A l'occasion de ce centenaire, un livre fort curieux a été 
publié ; c'est un coup d'œil sur l'histoire de l'éducation des 
sourds-muets ; l'illustration du volume est remarquable et com- 
prend : une reproduction du frontispice du livre de P. Bonet 
(1620)^ les portraits de L. Clerc, abbé de l'Epée, abbé Sicard, 
Rev. Gallaudet, D. Seixas, la statue de l 'abbé de l'Epée, par 
Félix Martin, des vues de l'Institution nationale de Paris, des 



— 187 — 

monuments de Gallaudet et de Clerc, des reproductions des 
principaux alphabets manuels et des vues des principales insti- 
tutions américaines, montrant l'institution à son début et les 
bâtiments actuels. 

Ad. B. 



SUÈDE ET NORWÈGE 



Lars A. Havstadt (1). Rejse beretning vedkommende dovstum- 
niesagen. Récit d'un voyage, etc. In-8. 23 p. 

Ce rapport, dit M. Bjôïset, renferme peu de raisonnements, 
mais des faits ; il est d'un grand intérêt et a une importance 
spéciale : c'est le récit d'un voyage fait dans des établissements 
de sourds-muets à l'étranger. Ce travail renferme des observa- 
tions sur l'apprentissage des sourds-muets, en vue de leur avenir 
(l'auteur n'est pas partisan de l'enseignement professionnel dans 
les écoles de sourds-muets), sur l'instruction supérieure que 
l'on peut donner aux sourds-muets, et des remarques sur le 
Congrès de Bruxelles. Quoique ami dévoué de la méthode 
orale, M. Havstadt croit que la mimique sera toujours largement 
employée dans les communications mutuelles entre sourds- 
muets. 

Blombkvist: Ord, ôfnings-och lâsebok i svenska sprakçfcfor dôf- 
stumma. Vocabulaire et livre de lecture pour les sourds-muets, par 
J. Blombkvist, directeur de l'Institution gouvernementale (TOrebro. 
2 e édit. In-8., 61 p., 1884. 

Ce livre, dont l'auteur est un des meilleurs professeurs de 
sourds-muets de notre pays, et un champion de la méthode 
orale pure, a remplacé les traductions de Hill qu'on employait 
autrefois; la première édition parut en 1880-82. 

A. Segerstedt. 



(1) Membre norvégien du Comité international d'organisation du i* Congrès, 
fonctionnaire du Conseil de révision à Christiania. 



— 188 — 

INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



ANGLETERRE. — Miss Sitzanna Hull, précédemment 
premier professeur à YEaling training collège, vient d'ouvrir 
une école privée pour l'enseignement des sourds-muets par la. 
méthode orale pure à Bexley, Kent, Woodvale, Parkhurst, 
Road. 



* 

F * 



ETATS-UNIS. — Un Congrès de sourds-muets (1). — 

Les sourds-muets de Pennsylvanie se sont réunis en Congrès, à 
Scranton, le 1 er septembre dernier. La Convention s'ouvrit 
sous la présidence du Rev. M. Syle. 

Le Rev. F. Clerc, fils de Laurent Clerc, assistait au 
Congrès. 

L'une des questions principales, la question de l'éducation 
industrielle à l'institution, fut traitée par M. Allabough, de 
Pittsburgh, avec une très-grande habileté. 

« Trop souvent, a-t-rl dit, on emploie dans nos institutions 
des hommes absolument incompétents ; il ne s'agit pas seule- 
ment de bien connaître son métier, il faut être capable de l'en- 
seigner aux autres. » 

M. Elwell, professeur à l'Institut de Philadelphie, ne fut pas 
aussi heureux dans son discours. M. Elwell, non seulement 
critiqua, mais attaqua en face la méthode orale. Ses attaques 
trop véhémentes et trop passionnées furent de mauvais goût. 
M. Elwell est sourd-muet, n'a jamais entendu, n'a jamais fré- 
quenté aucune école où la méthode orale soit suivie ; comment 
peut-il juger des avantages de cet enseignement ? 

Lors de la 3 e session, le Père Lebreton et M. Walker, pro- 
fesseur à l'Institution de Philadelphie, furent élus membres 
honoraires, la Convention étant composée uniquement de sourds- 

(1) De notre correspondant américan, M. l'abbé E.-V. Lebrelon. 



— 189 — 

muets. Le Père Lebreton fut ensuite nommé par acclamation 
administrateur des fonds destinés à soulager les pauvres sourds- 
muets résidant en Pennsylvanie. 

Le Congrès de Scranton fut vraiment intéressant ; plus de 
100 sourds-muets y assistèrent, et c'est avec plaisir que de 
nouveau nous nous réunirons à Pittsburgh en 1888. 

* 
• * 

American-Annals. Les American Armais of the Deaf and 
Dumb viennent de modifier leur titre. Cette publication porte 
depuis le dernier numéro, octobre 1886, celui de American 
Annals of the, Deaf. Le mot sourd-muet est remplacé par celui 
de sourd. 



Nous venons de recevoir les premiers numéros d'un recueil 
américain : « The international Record of charities and correc- 
tion », publié depuis le 1 er mars 1886, sous la direction de 
M. F. -H. Wines, à la librairie G.-P. Piitnam's sons. New-York. 
Cette publication mensuelle, dont le prix d'abonnement est de 
5 francs par an, est consacrée aux questions relatives aux 
classes malheureuses de la société. Nous y avons trouvé en par- 
ticulier des renseignements de toutes sortes sur l'instruction des 
sourds-muets. Nous serons particulièrement heureux de voir le 
succès couronner les efforts de son dévoué directeur. 

* 

SUÈDE. — Société des Instituteurs suédois. — La 

société des instituteurs de sourds-muets, dont le a Tidskrift for 
dôfstumskolan » est l'organe, fut constituée en 1877. Des con- 
férences eurent lieu à Stockholm cette année, le 16-18 juin. 
Parmi les questions que devaient traiter les membres de cette 
société^ nous citerons les deux suivantes ; 

1° Que faire afin d'obtenir des subventions de VElat aux p~o- 
fesseurs pour visiter les institutions de sourds-muets ? Dans le 
cours de la discussion, on a cité la Norwège où ces subventions 



— 190 — 

existent ; mais on y considère ces voyages comme un complément 
d'étndes pour les jeunes professeurs ; un orateur pense que ce 
genre de subventions ne devrait être accordé qu'à ceux qui 
sauraient véritablement en profiter, c'est-à-dire aux professeurs 
expérimentés. 

2" Discussion de ce que signifient les mois sourds-muets arrières 
pour préciser la résolution du Congrès de Christiania regardant 
la sélection des élèves après l'exclusion des arriérés (1). 



FRAN.CE. — Parmi les modifications qu'entraîne la réor- 
ganisation de l'administration centrale du ministère de l'in- 
térieur, nous devons mentionner la suppression de la direction 
du secrétariat et de la comptabilité, dans les attributions de 
laquelle se trouvaient les institutions nationales des sourds- 
muets (Paris, Bordeaux, Chambéry). Ces institutions relèveront 
désormais du 1 er bureau d'une nouvelle direction dénommée : 
Direction de l'Assistance publique et des institution s deprévogance. 
Dans ce service sont également placés les établissements dépar- 
tementaux et privés de sourds-muets. C'est la réunion, désirée 
depuis longtemps et qui s'imposait logiquement, de toutes nos 
institutions de sourds-muets dans les attributions de la même 
direction. Le directeur de ce nouveau service est M. Cazelles qui 
abandonne pour ce poste la préfecture des Bouches-du-Rhône. 

M. Rousseau, ancien directeur du secrétariat et delà compta- 
bilité, est nommé trésorier-payeur général en Loir-et-Cher. 

* 
« * 

Institution d'Elbeuf. — Le mardi 3 août, l'Institution 
d'Elbeuf, dirigée par M. et M me Capon, procédait à sa distri- 
bution des prix. M. Duprey, premier adjoint de la ville, assisté 
de plusieurs conseillers municipaux, présidait cette fête de 
famille. 

Dans une excellente allocution, M. Duprey montre les chan- 



(1) Nous sommes redevables de ces renseignements à notre excellente colla- 
boratrice, M" c Segerstedt. 



— 191 — 

gements importants qui se sont produits dans l'enseignement des 
sourds-muets et les résultats obtenus par M. et M me Capon. La 
séance s'est terminée par des exercices pratiques qui ont vivement 
intéressé l'auditoire. Ajoutons que l'année dernière, M me Capon 
est allée suivre pendant un certain temps les cours de l'iusti- 
tution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux afin de se 
mettre au courant des progrès réalisés par cette belle institution. 

* 
* » 

Conseil général de Lyon. — Danssa séancedu 25 août 1886, 
le Conseil général de Lyon a adopté par 16 voix contre 3 les 
propositions suivantes : 

« Considérant que l'enseignement par la parole, tel qu'il est 
pratiqué dans l'institution Hugentobler, est désormais le seul 
admis dans les institutions nationales, le seul reconnu dans les 
congrès des instituteurs de sourds-muets ; 

« Désirant, cependant, respecter les droits acquis, 

« Le Conseil général décide qu'au fur et à mesure de leur extinc- 
tion, le3 bourses de l'institution Forestier seront transférées 
dans l'institution Hugentobler. » 

* * 

4 e Congrès international des Instituteurs de Sourds - 
Muets à Francfort-sur-Mein (1887). — M. Vatter, l'hono- 
rable rédacteur en chef de 1' « Organ », publie sous ce titre, à 
la première page du numéro 9, année courante de sa Revue, 
un extrait de la lettre-circulaire des membres français du 
Comité central, datée du 28 août dernier, et de l'avis qui 
l'accompagne. 

En même temps, il adresse un appel pressant à nos confrères 
de l'Allemagne et des autres pays de langue allemande, de 
s'associer à lui pour prêter leur appui empressé à l'organisation 
dû 4 e Congrès international et à son succès définitif. J. H. 

Les American Annals ofthe Dea/et la Quaterly-Revww ont 
publié également l'avis des membres français. 

Nous rappelons à ceux de nos lecteurs qui désirent prendre 



— 192 — 
part au prochain Congrès international de vouloir bien faire 
connaître au plus tôt à M. Bélanger, membre du Comité central, 
9, rue des Feuillantines, à Paris, leur avis sur la date de réu- 
nion de cette assemblée en 1887. 



M. Lonstau exposait au Salon de 1882 un tableau représen- 
tant <c L'horloger Monnot sauvant la vie de Vabbè Sicard » le 
2 septembre 1792. Cette toile signalée par notre excellent colla- 
borateur et ami, M. Théophile Denis, dans sa causerie si inté- 
ressante sur les Artistes sourds-muets au Salon de 1886, vient 
d'avoir les honneurs de la gravure. Le journal La Famille, 
numéro du 24 octobre 1886, vient de reproduire sur une double 
page l'œuvre si émouvante de l'artiste sourd-muet ; la gravure 
est signée Kemplen. 

* 
* * 

Nécrologie. — L 'Eclair de Liège annonce la mort de 
M. Oudard, inspecteur général des établissements de bienfai- 
sance de Belgique, et de M. J. Dewaide, le dévoué vice-prési- 
dent et trésorier de l'Institut des sourds-muets de Liège. 

Nous apprenons également la mort de notre sympathique 
confrère, M. Villabrille, directeur de l'Institut royal des sourds- 
muets de Madrid, décédé en février dernier à la suite d'une 
fièvre cérébrale. 

» 

Ouvrages reçus depuis le dernier numéro : 

G. Lopez Na vallon. — Discurso leido, etc. — Rapport de 
l'Institut d'ôrebro. — Rapport de l'Institut de Groningue. — 
Emma Garrett. A summary of work done in P.a. Oral school 
for Deaf Mutes. 



J^ARIS JHP. fELtUkRD, 225, RUE ^AINT-JACQtt ES 



Etude Bibliographique et IcDnograpliique 



L'ABBÉ DE L'ÉPÊE 



Professeur à l'Institution nationale des Sourds - Muets de Paris 

AUGMENTÉE 

1" D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Epée, 
par J.-J, Valade-Gabei., ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice fuite en 18.2 par réminent instituteur français et qui n'a pas encore éti publk'e 

2° D'une étude sur les débuts, les progrès et le couronnement de 
l'œuvre de l'abbé de l'Epée. par Th. Denis, s/chef de bureau au 
Ministère de l'Intérieur 

ORN ÉE 

1° D'une cau-foite de Dumqnt, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2" De trois gravures (reproduction de deux médailles H 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



PRIX 

20 EXEMPLAIRES, PAPIER OU JAPON (numérolés de \ à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAPIER DE HOLLANDE (numérolcs de 21 à 250) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 franc 

(Port en ni » 



Librairie Paul RITTI, 24, rue de Yaugirard, Pans 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMELIORATION 

DU SOIIT DES SOUBDS-MUETS (Congrès de Parus) 
Comptes - rendus analytique* des séances 

Un volume, grand in-8 Prix . 4 f r. 

{Envoi franco par la poste) 

LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

par 3 . Hu-gentotoler 

Directeur de l'Institution des Sourils-Mucts de Lyon 

Brochure, grand in-8. . , Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

d: l'éducation des sourds-muets et des sciences qui s'y rattachent 

r c année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET M: LA MKMBllANK DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit do l'allemand, par le Dr J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr, 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

1 I UK 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 
par le Dr J.-A.-A. Rattel 

Parla — tmp Paltuarû, r. St-Jaccue». 225 





Publication honorée d'une souscription «lu Ministère de l'Intérieur 

h) 
EEVUE FRANÇAISE 

DE l/ÉDUCATION 

des 

SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur A l'Institution nationale des Sourds-Muets de Puris. 



Deuxième Année. — N° 9. — 1" Décembre 1886. 



SOMMAIRE. — Ad. Bélanger. Causerie. — D' J.-A.-A. Rattel. Appréciation 
et mesure de l'acuité auditive persistante chez les sourds et les sourds-muets {suite}, 

— L. Jullian. Conférence sur l'enseignement de la lecture {suite). — Théo- 
phile Denis. Ferdinand Berthieh, homme de lettres. — Notices suit les 
Institutions Françaises de sourds-muets. F. Romule. L'Institution de Besançon. 

— Variété. V. G. Une visite à l'Institution royale des sourds-muets en 1825. — 
Bibliographie internai ioxale. France. —Informations ctavisdiveis. 





PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 

I SS6 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard. professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (F.}, professeur à l'Institution 
nationale des Soûrds-Mifets de Paris. 

Baudard, directeur deTInstitulion natio- 
nale des Sourds-Muets de Cliambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard. professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Mu. ts de Cliambéry. 

Bourse (Clianoinc), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de S.aint-Médard- 
les-So:ssons et de Laon. 

Gapon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nalionale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.\ inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-ehêf de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tulion nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nalionale 
des Sourds-Muets de Paris. 
| .Goislot (l'Abb'''), aumônier de l'Institution 
I nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
j Sourds-Muets de Bercliem -Sainte-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
j à la Chambre des Députés. 
j Huber (A.;, professeur. 
! Hugentobler. J. direetcurde l'Institution 
! des Sourds-Muets de Lyon. 
: Huguenin, professeur de dessin à l'insti- 
î tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 
, Mettenet, directeur de l'Institution des 
j Sourds-Muels de liourogne. 
j Pierre-Célestin (Frère), professeur. 
: Pustienne, receveur-économe à Plnsti- 
j tution nationale des Sourds-Muets de lior- 
I deaux. 

| Rattel D r ', médecin-adjoint de l'Inst'iu- 
| lion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

! Raymond, professeur à l'Institution na- 
i tionale des Sourds-Muets de Paiis. 
| Rohart 'l'Abbé), professeur à l'Institution 
i des Sourds-Muets d'Arras. 
| Théobald, professeur à l'Institution na- 
I tionale des Sourds-Muets de Paris. 
| Tourgis (Edm.). 
Valade-Gabel, ancien censeur des éludes 

de l'Institution nationale des Sourds-Muets 

de Paris. 



M. le D' Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groninguc. 

M. C. Renz, Stuttgart (Wurtemberg). 

M lle Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlanls, à Stockholm. 

M. Van-Praagh, directeur de Y Association for tlie oral instruction of the Deaf and 
Dnmb. Londres. 



La Revue française de l'Education des smirds-mvels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Mueta 

2 mB année. — N» 9 Décembre 1886 



CAUSERIE 



Ce que doit être un journal spécial. — Appel à nos confrères. — Les 
leçons' pratiques. — Les livres de méthode. — Nos hibliothèques 
spéciales. 

Nos lecteurs seront certainement désagréablement surpris en 
ne trouvant pas à cette place le brillant causeur qui, depuis le 
commencement de cette année, les avait tenus sous le charme et 
qui, nous nous empressons de l'annoncer, reprendra bientôt sa 
plume. Nous voudrions aujourd'hui les entretenir quelques 
instants de cette Revue, leur montrer non pas le chemin par- 
couru, mais leur faire entrevoir la route à suivre. 

Personne n'ignore ce qu'est un journal et surtout un journal 
spécial, on désire qu'il soit intéressant, varié, utile, exact sur- 
tout dans son apparition. Il lui faut ensuite des lecteurs, des 
abonnés ; devant servir de lien commun, il est enfin nécessaire 
que chacun y apporte son grain de sable. 

Nous ne voulons pas rechercher si la Revue française a satis- 
fait à toutes ces conditions. Faire mieux, tel a été et tel sera tou- 
jours notre but. Il ne nous plaît pas non plus de reproduire ici 
les appréciations que nous avons reçues; nous nous contente- 
rons de remercier bien sincèrement nos aimables correspon- 
dants. 

L'un d'eux nous écrivait, il y a quelque temps : « Rendez 
votre revue bi-mensuelle ou mieux encore hebdomadaire, les 
abonnements ne vous manqueront pas, consultez vos abonnés. » 
Nous nous hâtons de dire que ce n'est pas une consultation que 
nous venons leur demander, n'ayant nullement l'intention de 
modifier le mode de publication. Cependant, il n'est pas hors de 
propos d'ajouter que la prospérité d'un journal est entre leur 
mains. 



— 194 — 

Il ne suffit pas, en effet, qu'une revue ait des lecteurs , il lui 
faut des abonnés ; or, nous savons tel de nos numéros lu par dix 
ou quinze personnes et nous connaissons des abonnés qui, trou- 
vant un article utile ou intéressant pour un ami, au lieu de 
conseiller l'abonnement, demandent quelques exemplaires qui 
leur sont d'ailleurs envoyés avec plaisir. 

Pour assurer non pas la vie, mais cette prospérité, deux cho- 
ses sont nécessaires, nous les recommandons à nos lecteurs; 
certains que nous sommes dn bon accueil qu'ils leur feront. 
Faire connaître la Revue, la recommander à ceux qui s'occupent 
des sourds- muets et veulent leur être utiles, envoyer les nou- 
velles pouvant intéresser chacun, collaborer ainsi plus effective- 
ment au journal, voilà ce que nous demanderons à nos confrères 
français. 

Journal essentiellement français, ayant l'honneur d'être reçu 
dans presque toutes les institutions de notre pays, nos con- 
frères de l'étranger sont en droit de venir y chercher les pro- 
grès accomplis chez nous ; notre devoir était donc de vous en- 
gager à nous les signaler. 

Une demande nous avait été formulée : Donnez-nous, nous di- 
sait-on, des leçons pratiques. Bien que nous ne soyons pas op- 
posé en principe à ce desiderata puisque nous avons publié déjà 
quelques leçons de droit usuel, des programmes de toute sorte, 
notre intention n'est pas de publier, de ci, de là, quelques leçons 
sans suite n'offrant aucun intérêt. Nous pensons faire mieux 
encore en signalant, recommandant, critiquant ou analysant 
les divers traités qui paraissent; si nos lecteurs se sont pro- 
curés les livres de méthode quenous avons signalés jusqu'ici, ils 
ont déjà en leur possession des matériaux considérables que 
nous qualifierons d'indispensables. 

Un journal n'a jamais eu la prétention de servir de biblio- 
thèque à ses abonnés ; mais d'être, dans la mesure du possi- 
ble, un guide utile en bien des cas. 

Jusqu'à ce jour on a beaucoup écrit sur l'instruction des 
sourds-muets, les livres de méthode ne manquent certes pas et 
peut-être y en aurait-il plus sans une raison que nous oserons 
signaler. 

En effet, il est de tradition dans notre enseignement de n'a- 



— 195 — 

voir, on à peu près, dans sa bibliothèque que les livres que l'on 
reçoit, ceux que l'on veut bien nous offrir, il moins que ce ne 
soit les ouvrages que l'on a publiés soi-même. Nous ne 
parlerons que pour mémoire d'une méthode aujourd'hui juste- 
ment estimée, recherchée et introuvable qui, lors de son appa- 
rition, n'avait été placée que de cette façon. 

Le public restreint auquel s'adressent ces ouvrages spéciaux 
et le peu d'encouragement accordé aux auteurs, font limiter le 
tirage de tous ces travaux qui, après quelques années, devien- 
nent fort rares. De là des difficultés très grandes pour les nou- 
veaux venus qui voudraient se former une bibliothèque. 

il y a peu de temps encore, nous cultivions une illusion bien 
douce, nous figurant que si nos livres spéciaux étaient si peu 
recherchés, c l est qu'ils étaient aussi peu connus. 

Maintenant les ouvrages qui voient le jour arrivent à la 
connaissance de chacun, ils sont relativement peu nombreux ; 
mais hélas ! on attend toujours efc si l'auteur ne se décide pas 
à envoyer sa prose, eh bien ! tant pis pour lui, on ne le lira pas. 
A moins que vingt ans après on ne lui reconnaisse quelque 
mérite; mais alors la plupart des exemplaires seront perdus. 

Un exemple entre cent, les congrès, chacun le dit bien haut, 
sont d'une utilité incontestable ; il semblerait que les comptes- 
rendus devraient l'être non moins pour ceux qui n'ont pas eu 
le bonheur d'y assister ; malgré cela, ce genre de livre n'est pas 
plus couru que les précédents et nous savons tel compte-rendu 
qui, paru depuis longtemps, n'a pas eu l'honneur d'être de- 
mandé une fois. Puisque nous parlons de congrès et qu'une de 
ces grandes réunions internationales se prépare, nous deman- 
derons un jour ou l'autre à nos lecteurs la permission de faire 
de ce sujet l'objet d'une prochaine causerie. 

Nous serons heureux aujourd'hui, si nous avons pu décider 
quelques-uns de nos confrères à rechercher ce qu'est leur bi- 
bliothèque spéciale, à s'en occuper, à la compléter, à la tenir an 
courant. C'est, nous en sommes persuadé, pour tous, un élément 
indispensable de tout travail consciencieux. 

Ad. Bélanger. 



196 



APPRECIATION ET MESURE 

SE 

L'ACUITÉ AUDITIVE PERSISTANTE 

chez les sourds 

ET I_.ES SOXTieiDS-lidlXJETS 
Parle D r J. A. A. Rattel. 

(Suite) 

IV 

Comme on le voit, pour apprécier et mesurer l'acuité audi- 
tive persistante chez les sourds et les sourds-muets, il ne suffit 
pas d'examiner l'oreille au seul point de vue de la perception des 
briùts et des sons suivant lenr intensité. Il faut encore faire ces 
recherches sous le rapport de la hauteur et du timbre des sons, 
ainsi que dejla rapidité plus ou moins grande avec laquelle les 
uns et les autres sont perçus. 

Il faut, au moins en théorie, devant l'oreille que l'on observe, 
produire des bruits forts, moyens ou faibles, des sons vocaux 
articulés et inarticulés, des sons non vocaux, et avoir soin de 
faire varier presque à l'infini leur hauteur, leur timbre, lenr 
intensité et la vitesse avec laquelle on les produit. Les recherches 
sur l'audition ne sont complètes qu'à ce prix. 

La pratique est loin de réaliser ces conditions. Une appré- 
ciation approximative est seule possible. Pour se rapprocher 
de ces indications théoriques, on comprend qu'il est nécessaire 
d'avoir recours à des méthodes et à des procédés aussi variés 
que l'on peut. 

Aujourd'hui, le procédé le plus généralement employé con- 
siste à apprécier l'audition des bruits à l'aide de la montro, les 



— ]97 — 

sons vocaux articulés et non articulés à l'aide de la parole, les 
sons non vocaux à l'aide des diapasons, des tiges résonnantes 
des sifflets, etc. On emploie en outre des instruments spéciaux 
appelés acoumèires, dont l'usage ne s'est pas encore généralisé. 

Dans tous les cas, il y a des corrections à faire pour annuler 
certaines influences par lesquelles les appréciations et les mesures 
sont faussées. Ces influences peuvent être distinguées en sub- 
jectives et objectives, comme font les auteurs allemands. Les 
premières dépendent de l'attention, de la bonne volonté, de 
l'âge, de la fatigue de l'ouïe, etc. Les influences objectives sont 
représentées par les bruits secondaires, les conditions de 
l'espace, les lois physiques du son. 

Ainsi donc, les mesures de l'acuité auditive ne sont pas seu- 
lement incomplètes; elles sont encore insuffisantes à nous donner 
la certitude absolue. 

Il y a lieu de tenir compte encore de ce fait, à savoir : 

Que les ondes sonores parviennent à l'oreille. 

1° Par l'air (transmission aérienne) ; 

2° Par les os du crâne (transmission crânienne). 

La transmission crânienne elle-même est : 1° directe, c'est-à- 
dire que la propagation des vibrations se fait par les parties 
solides au labyrinthe ; ou 2° cranio-tympanale, c'est-à-dire que 
la transmission des vibrations va des os de la tête à la membrane 
tympanique et aux osselets, et de là au labyrinthe (E.-H. Weber, 
Luca, Politzer). 

L'examen avec la montre s'exécute de la façon suivante : 
L'oreille qu'on n'examine pas est fermée, ainsi que les yeux. 
On approche graduellement la montre de l'oreille, — en suivant 
la direction de l'axe auditif, — jusqu'à ce que, après quelques 
tâtonnements, on ait trouvé la distance à laquelle le malade 
peut entendre distinctement les battements réguliers de la 
montre, on mesure alors cette distance avec un mètre. 

La portée auditive peut être exprimée, comme l'ont proposé 
Prout et Knapp, par une portion dont le numérateur est la 
distance trouvée, et dont le dénominateur est la portée auditive 
d'une oreille normale pour la montre. Ainsi, soit une montre 
qu'une personne à l'ouïe normale entendra à 200 centimètres, 
si un malade l'entend à 30 centimètres, nous désignerons son 



— 198 — 

acuité auditive par 30/200. Si la montre n'est perçue qu'au 
contact, elle sera désignée par 1/200 ou par 0/200. 

Saunders, le premier, a conseillé de faire usage de la montre 
pour apprécierai perception des bruits. Elle a, en effet, l'avan- 
tage d'avoir une intensité de son presque constante, et de per- 
mettre mieux que l'essai par la parole de borner l'examen à un 
seul orgaue. On doit avoir recours à l'usage de. plusieurs 
montres dont chacune d'elles a un tic-tac différent d'intensité. 
Ainsi, dans les troubles légers de l'ouïe, on se sert avec avan- 
tage de montrer à tic-tac faible. A l'aide d'une disposition 
d'arrêt dans le mouvement, ou en éloignant fréquemment la 
montre, on peut contrôler l'exactitude des réponses du malade. 
Le résultat de cet examen est dans beaucoup de cas en raison 
directe de l'audition de la parole. Toutefois, il a été reconnu 
qu'il en est autrement dans quelques cas. Ainsi on rencontre 
des personnes âgées de plus de 50 ans, chez lesquelles, à l'état 
physiologique, la portée de l'ouïe pour la montre diminue, alors 
même qu'on ne remarque aucune difficulté à entendre la parole. 
Bien plus remarquable encore est la disproportion qui existe 
entre l'audition de la montre et de la parole lorsque l'oreille 
est atteinte de maladie. Alors l'oreille, qui est la plus mauvaise 
à l'examen pratiqué avec la montre, entend la parole de bien 
plus loin et beaucoup mieux que l'autre qui est meilleure pour 
la montre, et inversement. La raison en est, d'après Lucae, que 
le bruit de la montre est composé d'un petit nombre de tons 
très élevés pour la plupart, tandis que pour la voix parlée, il 
reste un assez grand nombre de tons qui vont depuis les plus 
bas jusqu'aux plus élevés. 

Chez les enfants, l'examen fait avec la montre est inapplicable 
à cause de leur inattention; de leurs craintes, de leur mauvais 
vouloir, etc. Chez les sourds-muets, il en est de même; mais ici 
la raison est, on le devine, qu'ils n'entendent pas un bruit si 
faible ! 

Pour déterminer la transmission osseuse par la montre, on 
applique celle-ci sur les tempes ou sur l'apophyse mastoïde. 

Si le résultat est négatif, on fait prendre la montre entre les 
dents. On peut encore l'appliquer sur le front, le vertex et 
l'occiput. 



— 199 — 

L'épreuve de la montre n'est pas d'une grande utilité dans le 
diagnostic et le pronostic des maladies de l'oreille. A ce point de 
vue, on peut dire seulement que, dans les formes d'otites 
moyennes aiguës avec sécrétion, la perception crânienne est en 
général conservée. Au contraire, dans les otites moyennes à 
marche lente avec épaississement de la muqueuse, très souvent 
la perception de la montre disparaît. Dans ce dernier cas, il 
faut conclure à une maladie simultanée du labyrinthe. 

Cependant, dans les otites moyennes aiguës, la perception 
crânienne disparaît quelquefois, Cela tient alors à la pression 
exercée par l'exsudat sur les fenêtres ronde et ovale, et aussi à 
la congestion et à l'exsudation qui se produisent dans le laby- 
rinthe lui-même. Le retour de la perception, dans le cours de 
la maladie, est un signe favorable de guérisom 

Enfin, la perception crânienne est quelquefois intermittente. 
Certains jours, la montre est bien entendue ; tandis que d'autres 
jours, la perception fait complètement défaut. Cela s'observe 
dans les affections aiguës, et beaucoup plus souvent dans les 
affections chroniques de l'oreille moyenne ; mais le fait est rare. 

Deux phénomènes singuliers que l'examen par la montre per- 
met d'observer de temps en temps; ce sont la presbytie auricu- 
laire, et ce qu'on peut appeler le scotome auriculaire (Miot). Le 
premier est caractérisé par ce fait que le malade n'entend la 
montre que placée à une certaine distance de son oreille. Dans 
le deuxièmecas, le malade entend un son à une certaine distance, 
et ne le perçoit pas en aucun point du trajet compris entre 
l'oreille et la montre. 

(A suivre) 



— 200 — 

C O nSJTIÉIRE 1>T C E 
SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE 

et la correction des vices de prononciation 
D'APRÈS LA MÉTHODE NATURELLE 



{Suite). 

CHAPITRE II 

FONCTIONS PSYCHOLOGIQUES DE L'APPAREIL VOCAL DE L'HOMME 

I 

Parole. 

Reportons-nous à l'origine du monde. — L'homme fut doué 
d'intelligence; mais combien de temps sa pensée resta -t-elle 
ensevelie, solitaire, dans les profondeurs ténébreuses de son 
moi ? — Combien de temps fut-il condamné à cette séquestra- 
tion intellectuelle à l'égard de ses semblables ? Heureusement, 
l'Être intelligent et bon qui lui donna l'esprit, le dota en 
même temps d'un instrument naturel qui lui permettait de 
produire des sons et des articulations ! C'est sa bouche qui 
pouvait ainsi chanter : 

œ, i, ou, eu ch,f,j.... r..! 

Quel bienfait ! Ces sons, ces sifflements, ces bruits, ces mur- 
mures, vont devenir les libérateurs de sa pensée captive ! 
L'homme, en effet, dispose les sons et les articulations en 
groupes arbitraires... ; il en fait le signe de ses idées, l'expres- 
sion de ses pensées... C'est in parole ! 

Les groupes phonétiques représentant les idées sont les 
mots parles; — les séries de groupes représentant les pensées 
sont les phrases. Et, de même que l'homme possède deux voix, 
la voix basse et la voix haute, de même il jouit de deux espèces 
de parole, la parole à voix basse et la parole à /mute vois. 



— 201 — 

Au point de vue purement physiologique et acoustique, parler, 
c'est énoncer successivement des voyelles et des consonnes dis- 
posées dans un certain ordre conventionnel. 

Dans la parole, la voyelle est l'élément phonétique dominant 
auprès duquel se groupent diversement les éléments consonnes. 
Celles-ci impriment à la voyelle, surtout lorsque la voyelle les 
suit, une multitude de nuances acoustiques. Ce sont ces modi- 
fications exercées sur les voyelles qui ont fait donner aux con- 
sonnes le nom d'articulations. Ces modifications sont. même 
très-sensibles lorsque la consonne n"a par elle-même aucune 
valeur phonétique, qu'elle est réellement muette, auquel cas elle 
mérite bien le nom de consonne, car son existence ne se révèle 
que par sou union avec une voyelle ou une autre consonne (1). 

II 
Syllabe. 

L'émission de chaque voyelle et de chaque consonne forme 
rigoureusement une syllabe (son lancé) : toutefois, comme dans 
la parole, — à haute voix surtout, qui est la parole ordinaire, 
— la voyelle est l'élément phonétique dominant, — la voyelle, 
seule ou accompagnée des consonnes que le jeu physiologique 
des organes permet de lui associer, forme, — avec les bruisse- 
ments que l'air expiré aphone fait entendre pendant le passage 
rapide d'une touche à la suivante, — un tout acoustique, qui 
est la syllabe ordinaire, dite aussi poétique, parce que seule elle 
compte dans la mesure des vers (2). 

Il y a, du reste, à la formation de la syllabe ordinaire une 
raison physiologique : la fonction d'expiration n'est pas, en 



(1) Exemples: pa, ta, ka, pri, tré, cra... {p, t, fc = e = gu) sont les 
seules consonnes muettes, du moins dans la parole à haute voix. 

(2) Si, dans la syllabe, la consonne précède la voyelle, l'articulation est dite 
antérieure : va ; si \a, consonne est après, l'articulation est postérieure ; ab ; 
et si la voyelle est entre deux consonnes, l'articulation est dite antéro-posté- 
rieure : pal. 



— 202 — 

effet, moins impérieuse que. le besoin d'inspiration; il faut que 
l'air qui a servi à Y hématose (transformation du sang veineux 
en sang artériel), soit expulsé pour être remplacé par de l'air 
neuf; or les dispositions organiques correspondant aux voyelles 
favorisent bien mieux le passage de l'air expiré que celles cor- 
respondant aux consonnes, qui gênent, au contraire, cet écou- 
lement, l'arrêtent même (1); il faut donc qu'au moins à des 
intervalles très-courts, les voyelles s'interposent aux consonnes 
pour jfavoriser cet écoulement ; et c'est cet écoulement plus 
facile correspondant aux voyelles qui coupe les mots en syllabes, 
et la phrase en repos divers, non moins nécessaires à l'intelli- 
gence de la pensée qu'aux fonctions vitales. 



III 



Analyse phonétique. 

L'oreille décompose très-facilement les groupes-syllabes, et 
en reconnaît parfaitement tous les éléments. C'est l'analyse 
phonétique qui favorise singulièrement les progrès des enfants 
en orthographe, surtout si le maître a d'abord le soin d'appeler 
l'attention des élèves sur le nombre de touches ou de mouvements 
organiques exigés par chaque voyelle ou consonne, chaque 
syllabe et chaque mot, — ce qui constitue la véritable épel- 
lation. 

L. Jullian, 

Ancien directeur de l'Ecole normale de Montpe'lier 

(A suivre). 



(1) p, t, k—c = qu. 



— 203 — 



Ferdinand Berthier, homme de lettres (i;. 



DISCOURS 

Prononcé, le 28 novembre 1886, au banquet de la Société 
universelle des sourds-muets, commémora/if de la naissance de 
Tabhè de l'Epée, 

par 
M. Théophile DENIS 

Messieurs, 

Vous êtes réunis pour célébrer, suivant nue pieuse tradition, 
l'anniversaire de la naissance de l'illustre abbé de l'Epée. Ja- 
mais fête commémorative ne fut motivée par de plus puissantes 
raisons : en vous rappelant l'heure bénie de l'apparition de celui 
que vous avez si justement nommé votre « père spirituel"», 
elle reporte en même temps votre souvenir au moment précis 
où commençait l'ère de votre rédemption intellectuelle. 

En effet, le jour où Dieu faisait naître Michel de l'Epée, il 
décrétait au même instant la fin de cet esclavage inique que 
subissaient de temps immémorial l'âme et Tesprit du sourd- 
muet ; ce jour-là, il marquait au front le Messie chargé de vous 
apporter la liberté de la pensée, Vègalitè sociale et la fraternité 
universelle, — avançant ainsi pour vous l'éclosion prochaine 
d'une grande devise humanitaire. 

Cette fête est donc, par excellence, la fête de la reconnais- 



(1) Berthier (Jean-Ferdinand), doyen des professeurs de l'Institution des 
sourds-muets de Paris, membre de la Société des gens de lettres et delà Société 
des études historiques, fondateur et président de la Socié é universelle des sourds- 
muets, chevalier de la légion d'honneur, né à Louhans le 30 septembre 1803, 
décédé à Paris, le 13 juillet 1886, inhumé à Sagy (Saûnc-et-Loire). 



— 204 — 

sance. L'allégresse y domine, elle déborde de vos cœurs, elle 
éclaire de gais rayons vos physionomies si parlantes, vous sa- 
luez en quelque sorte la date de votre propre naissance! 

Me pardonnerez-vous, au milieu de cette expansion si vi- 
vante de votre joie, de vous convier à la troublante évocation 
d'un mort? J'hésite d'autant moins à le croire, que je n'ai pas 
tardé, en entrant ici, à me convaincre que celui dont je désire 
vous entretenir est toujours vivant parmi vous. Il vous aimait 
trop pour manquer à ce rendez-.vous ; vous l'aimiez trop vous- 
mêmes pour ne pas le sentir en ce moment à vos côtés; vous le 
voyez, vous -l'interrogez, il vous écoute, il est heureux de votre 
bonheur, il vous encouragede son doux et paternel sourire. . . . 
Et d'ailleurs, Messieurs, parler de Ferdinand Berthier, dans 
cette fête consacrée au Maître, n'est-ce pas glorifier l'abbé de 
l'Epée dans un des plusadmirables prodiges de son oeuvre ?. . . 

De l'homme privé, du professeur, du philanthrope, de l'a- 
pôtre, je ne dirai rien, car je ne vous apprendrais rieu, à vous 
qui connaissez bien mieux que moi son existence exemplaire, 
toute pleine de labeur, de dévouement, d'enthousiastes et géné- 
reux élans. 

Membre du Comité de la Société des gens de lettres, je vous 
parlerai de mon confrère, de l'homme de lettres. J'ajoute que 
c'est au nom et par une délégation spéciale de mes collègues, 
qui tenaient Bjrthier en la plus hauïc estime, que j'apporte à 
la mémoire vénérée de votre ancien Président, fondateur de la 
Société universelle des sourds-muets, le tribut de regrets qui 
n'a pu être déposé sur sa tombe, en raison de l'éloignement du 
lieu d'inhumation. 

C'est en novembre 1849, deux mois après sa nomination dans 
la Légion d'honneur, que Berthier fut accueilli dans la Société 
des gens de lettres. 

Un trait bien caractéristique marque les formalités statutai- 
res d.?. son admission. Obligé de présenter une demande por- 
tant l'indication des œuvres qui la pouvaient justifier, ne croyez 
pas qu'il y énumère complaisauiment ses titres littéraires ; non, 
s'il brigue l'honneur d'entrer dans cette célèbre association, 
« cette faveur, écrit-il au président. Louis Desnoyers, lui sera 
d'aitant plus précieuse, qu'elle ne fera qu'élargir, à ses yeux, 



— 205 — 

l'humble position dans laquelle il s'efforce d'être le plus utile 
qu'il le peut à la classe nombreuse de ses infortunés frères. » 

Une poursuivait pas, vous le voyez, nne satisfaction d'a- 
mour-propre ; le dévouement, voilà le vrai mobile de sa dé- 
marche. 

Cette demande fut envoyée revêtue des apostilles réglemen- 
taires de deux parrains. Si le candidat les a jamais lues, sa mo- 
destie a dû en être soumise à une rude épreuve. Les parrains 
étaient MM. de Monglave et Achille Jubinal. Le premier écri- 
vit : « Je recommande chaudement à mes collègues dé la So- 
ciété des gens de lettres mon vieil ami Ferdinand Berthier, un 
des hommes les plus instruits et les plus littéraires que je con- 
naisse. . . » Et M. Jubinal ajoutait : « Je pense comme notre 
confrère M. de Monglave, et c'est avec un grand plaisir que 
je verrais M. Berthier, dont tous les travaux sont une gloire 
pour l'humanité, entrer dans la Société des gens de lettres. » 

Le rapporteur de la candidature de Berthier fut un fin et 
spirituel lettré, Frédéric Thomas, qui, bien que doué de l'âme 
la plus généreuse, se tint résolument en garde contre les con- 
seils du cœur. Pour lui, plus absolu qu'on ne l'est à l'Académie 
française, il fallait être avant tout homme de lettres, pour forcer 
les portes de la Société des gens de lettres. 

« Messieurs, dit-il à ses collègues du Comité, M. Ferdinand 
Berthier est fort connu comme philanthrope et comme sourd- 
muet, mais ce n'est à aucun de ces titres que vous pouvez le 
recevoir. Il faut donc chercher dans ses travaux littéraires le 
droit qu'il peut avoir à l'honneur qu'il sollicite. » 

Ce droit, l'excellent et farouche rapporteur le découvrit sans 
peine, et, loyalement, de la meilleure grâce du monde, il at- 
testa que Berthier était un véritable homme de lettres. Le Co- 
mité fut de son avis. 

Et je puis dire que la Société tout entière, et en tout temps, 
ratifia ce vote. 

Il in 'a été donné, depuis, d'assister au touchant spectacle des 
vives sympathies dont Berthier était l'objet de la part de tous 
ses confrères. Il ne manquait jamais de venir au milieu d'eux 
dans les assemblées générales. Pardon ! il nous fit défaut une 
fois, en 1869, et vous étiez, Messieurs, la cause de cette infidé- 



— 206 — 

lité. En effet, dans son billet d'excuse, il nous informait qu'il 
était retenu par une réunion de la Société universelle. Vous 
étiez ses préférés, c'est tout naturel; mais sachez bien qu'il 
tous fit, ce jour-là, le sacrifice d'une de ses meilleures joies. 

Je le vois encore arriver parmi nous, se glissant modeste- 
ment dans la foule, et cherchant d'abord d'un regard timide 
quelque siège à l'écart. Il ne demeurait pas longtemps .dans cet 
isolement. Découvert presque aussitôt, il était entouré de bons 
camarades empressés à lui souhaiter la bienvenue, à lui serrer 
affectueusement les mains, à engager avec lui la conversation, 
qu'il soutenait avec un charme aimable et toujours son doux 
'sourire aux lèvres. Et, de part et d'autre, c'était un échange 
animé de phrases lestement écrites, leplus souvent saisies avant 
leur achèvement et même arrêtées au premier mot. Car si Ber- 
thier lisait admirablement sur la physionomie d'autrui, ses 
traits expressifs devenaientun livre tout grand ouvert pour ses 
interlocuteurs. Quelle joie il se sentait au cœur en se retrouvant 
dans ce milieu où il se savait apprécié, aimé et respecté ! C'est 
assurément en souvenir des bonnes heures passées parmi nous 
qu'il nous a compris dans la distribution de ses libéralités d'ou- 
tre-tombe (1). 

A l'époque de son entrée dans la Société des gens de lettres, 
Berthier était surtout connu par les éloquents mémoires que, 
depuis 1840, il ne cessait d'adresser au Parlement, pour provo- 
quer, dans la législation civile et criminelle applicable aux 
sourds-muets, des améliorations « réclamées, disait-il avec une 
légitime fierté, par 1 a dignité de l'intelligence d'accord avec la 
justice et l'humanité. » 

Nul n'avait plus de titres que lui à la défense de cette cause. 
Par l'étendue de son savoir, par son maniement raffiné de notre 
langue, par la couleur chaude et sincère de son style, par la 
tournure délicate de son esprit, n'offrait-il pas l'irrécusable té- 
moignage de la sagesse de ses revendications ? Que dis-je ? 
Berthier, dans une telle cause, c'était l'argument vivant, irré— 



<\) Berthier a légué, a\ec le consentement île ses héritiers, une somme de 
2.000 lianes à la Société des Gens de Lettres. 



— 207 — 

sistiblo. Sa supériorité était incontestable, et il était l'avocat 
de la simple égalité ! 

Le bagage de Berthier, comme homme de lettres, comprenait 
encore, avant 1849, trois ouvrages d'un niérife réel : Histoire 
et statistique de V éducation des sourds-muets ; — Notice sur la 
vie et les ouvrages d'Auguste Bébian-, — Les sourds-muets avant 
et depuis l'abbé de l'Epée, ce dernier travail couronné par la 
Société des sciences morales, lettres et arts de Seine-et-Oise. 

Après avoir cité sa Réfutation de l'opinion du docteur Itard 
sur les facultés intellectuelles et morales des sourds-muets et ses 
Observations sur h mimique, nous arrivons à son œuvre la plus 
importante : L'Abbé de l'Epée, qu'il regardait, en s'excusant 
d'oser le dire, comme son « titre de gloire. » Qui de nous 
n'excuse cet honnête et vaillant écrivain d'avoir exprimé ce 
sentiment de prédilection pour son beau livre, durable et pré- 
cieux monument élevé par l'amour filial, le plus pur et le plus 
ardent, à la mémoire d'un père éternellement adorable ? Ce mot 
de gloire, dans l'esprit de Berthier. allait certainement plutôt 
à l'adresse du héros qu'à celle de l'auteur. Pour lui. — le 
disciple, — sa gloire était d'avoir pu graver son nom au-dessous 
du nom radieux du Maître ! 

En 1868, Berthier publiait le Code Napoléon mis à la portée 
des sourds-muets. C'est une oeuvre de patient labeur où, parmi 
les claires traductions du langage juridique, abondent les faits 
et les exemples qui achèvent de familiariser les esprits avec les 
aridités du droit. C'est dans ce livre, peut -on dire, que notre 
cher auteur révèle au plus haut degré sa passion d'être utile à 
ses frères. 

Enfin, en 1873, Berthier mettait au jour, après de laborieuses 
recherches, sa Notice sur l'abbé Sicard, digne pendant de son 
histoire de l'abbé de l'Epée. 

Tous ces travaux du sourd-muet lettré se distinguent par 
une forme d'une irréprochable correction, d'une surprenante 
harmonie et d'une justesse d'expression non moins remarquable. 
Vous y admirez tour à tour l'élégance et la force, la mesure et 
la chaleur, l'esprit et le sentiment. A chaque page, dans le fond 
comme dans l'enveloppe, vous trouvez une franche honnêteté 
et une impeccable conscience. 



— 208 - 

Je tous le disais en commençant, Messieurs : parler en ce 
moment de Berthier, c'est proclamer la gloire de l'abbé de 
l'Epée. Si j'ai réussi dans la tâche de vous le démontrer, ce 
sera mon excuse d'avoir retenu si longtemps votre attention 
sur une des plus pures illustrations de votre famille. 

Cette excuse, ne la trouverais-je pas encore, s'il en était 
besoin, dans cet émouvant souvenir d'un événement qui lie si 
étroitement les mémoires de Michel de l'Epée et de Ferdinand 
Berthier, et par lequel vous me saurez gré de terminer cette 
étude ? N'est-ce pas Berthier, Messieurs, qui, obéissant aux 
inspirations de l'amour filial le plus ardent, s'était juré de ne 
point quitter cette terre sans avoir retrouvé la dépouille mor- 
telle du maître sur laquelle le temps et de lugubres circonstances 
avaient répandu la nuit la plus épaisse ? 

N'est-ce pas lui qui, béni dans cette œuvre vraiment patrio- 
tique, et parvenant à soulever les dalles de Saint-Roch, vous a 
rendu les cendres, un jour odieusement profanées, de celui qui 
avait « bien mérité de la Patrie et de l'Humanité ? » 

N'est-ce pas lui, enfin, qui sur ces restes vénérés, a édifié ce 
monument expiatoire, devenu pour tous les sourds-muets de 
l'univers, un but de pèlerinage, et au pied duquel vous con- 
duisaient, ce matin même, les élans de votre inaltérable recon- 
naissance ? 

Oui, Messieurs, confondre aujourd'hui dans le même vivat les 
noms de De l'Epée et de Berthier, croyez-moi, c'est réjouir 
l'âme de votre « Père ! » 



— 209 — 

NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds- Muets 



INSTITUTION DE BESANÇON 

(SAINT-CLAUDE-LES-BESANÇON (DOUBS) 

dirigée par les Frères des Ecoles chrétiennes 



On a généralement, jusqu'à ce jour, regardé l'année 1824 
comme étant celle de la fondation de l'Institution des sourds- 
muets de Besançon ; mais il résulte de renseignements puisés 
tout récemment aux archives de Lons-le-Saunier et de 
Besançon que son origine est plus ancienne et date de 1807. 

En effet, une délibération du Conseil municipal de Lons-le- 
Saunier, du 7 juillet 1806, fait mention d'une allocation de 
300 francs, à titre de traitement, en faveur de M. l'abbé Per- 
renet. C'était un ancien collaborateur de l'abbé de l'Epée, et à 
ce titre il avait été choisi pour créer une école de sourds-muets 
dans cette ville. Il l'ouvrit en novembre 1807, avec trois élèves 
boursiers du département, dont un destiné à devenir son 
auxiliaire. 

Dès l'année suivante, M. l'abbé Perrenet, dans l'espoir de 
développer son œuvre, offrit ses services au préfet et au maire 
de Besançon, sollicitant leur agrément pour la translation de 
son établissement dans la capitale de la Franche-Comté. Ses 
propositions étaient trop avantageuses pour n'être pas accep- 
tées; et, dès la même année 1808, il s'installait dans une partie 
de l'ancien couvent des Capucins, rue de l'Orme-de-Chamars. 

Mais, malgré ses soins et le bon vouloir des administrations, 
M. l'abbé Perrenet, réduit le plus souvent à ses seules ressources, 
ne put parvenir à rendre son institution florissante. Elle ne 
fit guère que végéter jusqu'en 1824, où elle reçut une nou- 



— 210 — 

velle impulsion d'un prêtre éminent qui fit oublier l'abbé Per- 
renet et qui a été considéré depuis comme le véritable fondateur 
de l'Institution. 

C'était M. l'abbé Breuillot, dont la mémoire est en bénédic- 
tion à Besançon. En 1824, il avait 66 ans, mais il n'avait rien 
perdu de son intelligence et de son activité, et pendant dix ans 
qu'il dirigea l'école des sourds-muets, il eut le temps de lui 
donner une organisation vitale et durable. 

M. l'abbé Martin, qui lui succéda le 1 er janvier 1835, 
déploya, pendant vingt-deux ans, dans la direction de l'école, 
un grand zèle et de rares talents ; ce ne fut qu'à regret, et avec 
des éloges pour son mérite, que l'administration consentit à lui 
accorder la retraite. Pour le remplacer, elle choisit M. l'abbé 
Couqnet, aumônier du collège de Dôle. 

Arec le nouveau directeur", l'école changea de caractère : elle 
fut transférée à Château- Farine dans la campagne, et l'ensei- 
gnement agricole prit une large place dans l'instruction des 
sourds-muets. . Mais les choses n'allèrent pas longtemps aussi 
bien que M. l'abbé Couquet l'avail espéré, et, en 1865, il se vit 
forcé de quitter la direction de l'établissement. 

L'administration départementale songea alors à confier son 
école de sourds-muets aux Frères des Ecoles chrétiennes qui 
l'acceptèrent, à la condition qu'elle serait transférée dans leur 
propriété de Saint-Claude -les-Besançon. Elle y fut installée le 
18 janvier 18G6, sous la direction du Frère Odilide; ancien 
directeur de l'Institution des sourds-muets de Chambéry. 
Depuis lors, elle a pris un développement toujours croissant. 

La faible santé du Frère Directeur l'obligea, en décembre 1869, 
à transmettre ses fonctions au Frère Riquier, son premier 
professeur. 

Jeune, plein d'ardeur et d'initiative, le Frère Riquier ne 
négligea rien pour introduire dans son établissement toutes les 
améliorations possibles. Il y inaugura, en 1874, l'enseignement 
de l'articulation dont il avait appris les principes à Genève 
auprès de M. Magnat. On pouvait tout espérer de son habile 
direction si la santé eut été chez lui égale au zèle ; mais il ne 
compta pas assez avec ses forces qui furent bientôt à bout. Le 
8 janvier 1880, à peine âgé de 35 ans, il mourait entouré de 



— 211 — 

68 élèves qui le chérissaient comme leur père, efc laissait aux 
mains de celui qui écrit ces lignes une institution prospère et 
parfaitement préparée à la méthode orale pure. 

Ce fut, en 1880, au retour du Congrès de Milan, que le 
directeur et les professeurs se mirent résolument à l'œuvre pour 
remplacer totalement la mimique par la parole et la lecture sur 
les lèvres. Notre tâche fut relativement facile, attendu que la 
plupart de nos élèves possédaient déjà une certaine aptitude à 
s'exprimer vocahment, et qu'ils mirent de la bonne volonté pour 
s'abstenir de l'usage des signes. Aussi, l'Institution des sourds- 
muets de Bestinçon se trouve-t-elle, aujourd'hui, complètement 
acquise à la méthode orale pure. 

Mais cette transformation des procédés d'enseignement 
accomplie, il en fallait réaliser une autre, celle du local, 
devenu insuffisant malgré d'importantes améliorations. On 
éleva donc, en 1885, les vastes constructions qu'occupe 
maintenant l'institution, et qui répondent parfaitement aux 
exigences de l'enseignement par la parole, et de l'éducation 
intellectuelle et professionnelle des sourds-muets. Tout y est, en 
effet, à l'avantage des élèves : classes séparées, éclairées et 
chauffées commodément, vastes dortoirs bien aérés et chauffés 
au besoin, cours spacieuses pour les différentes sections ; enfin, 
position heureuse sur la hauteur de Saint-Claude et aux portes 
de Besançon , où l'on jouit à la fois des charmes de la campagne 
et des ressources de la ville. 

L'Institution Saint-Joseph (c'est la dénomination adoptée 
depuis les nouvelles constructions) compte actuellement six 
classes de sourds-parlants, y compris celle des apprentis, plus 
une de sourds-muets arriérés, instruits par la méthode mixte, 
mais complètement séparés des autres. 

Il existe à l'établissement plusieurs ateliers bien aménagés, 
principalement pour la confection des habits et de la chaussure, 
pour la reliure et pour la menuiserie. D'autre part, la boulan- 
gerie et le jardinage occupent un certain nombre de sourds- 
muets ouvriers et apprentis. 

Chaque jour, les élèves s'exercent pendant une heure et demie 
à quelque ouvrage manuel, mais plus particulièrement au métier 
choisi par les parents, de concert avec le Frère Directeur, et 



— 212 — 

suivant les aptitudes de l'enfant. Au ternie de ses études, 
celui-ci peut faire son apprentissage aux conditions convenues 
avec sa famille. Il entre alors dans la catégorie des élèves- 
apprentis qui ont journellement huit heures de travail aux 
ateliers, et deux heures de classe. Les dimanches et les fêtes, 
ils reçoivent, pendant les temps libres, des leçons, se rapportant 
plus spécialement à leur profession. 

Inutile de dire que la culture de l'esprit et la formation du 
cœur sont l'objet de soins assidus de la part des maîtres de 
l'Institution Saint-Joseph. Pour obtenir ce double résultat, les 
Frères emploient tous les moyens inspirés par la religion, 
par l'expérience et par un sincère dévouement aux sourds- 
muets. 

Les professeurs et les élèves sont en rapports incessants : en 
classe, aux ateliers, au réfectoire, en récréation, au dortoir, à la 
promenade, partout. Cette présence habituelle du professeur 
au milieu d'un petit groupe d'élèves entretient l'esprit de famille, 
favorise l'usage de la parole, et contribue puissamment à faire 
acquérir les bonnes manières de la société, où le sourd-muet, 
devenu sourd-parlant, doit rentrer à sa. sortie de l'institution. 

L'établissement reçoit des élèves libres et des élèves boursiers; 
ceux-ci lui viennent principalement des départements du Doubs, 
du Jura et de la Haute-Saône. 

L'âge d'admission est de 8 à 13 ans, et la durée des études, 
de 7 ans au moins. 

F. Romule. 

Directeur. 



— 213 — 



VARIÉTÉ 



Une Visite à l'Institution royale des Sourds-Muets en 1825. 



« J'ai vu M. Puybonnieux (1) qui nous a fait obtenir une séance 
spéciale où nous avons assisté aux différents exercices des sourds et 
muets. 

M. Paulmier, premier professeur, nous a reçus avec une affabilité 
que rien n'égale. 

Après quelques préliminaires, il en est venu à cette partie inté- 
ressante qui a pour but : 1° de développer dans l'esprit des' élèves le 
germe des idées; 2° de faire naître les idées purement intellectuelles 
ou morales de la combinaison des idées perçues par les sens. Ainsi 
des mots croire, attendre, désirer, se forme dans leur esprit, le mot 
espérer. Pour donner une idée de Dieu, on représente une chaîne 
dont une main tient le premier chaînon. Dieu a fait des lois : la 
puissance qui les exécute, c'est la Nature. 

Des idées perçues dans l'ordre naturel, il faut passer à l'expression 
conventionnelle de ces idées, et voilà comment on s'y prend. Par 
exemple, ou veut avoir, en signes conventionnels, l'image du 
chapeau ;on dessine un chapeau autour duquel on inscrit le nom de l'ob- 
jet ; puis on efface l'image ; et les lettres tracées à l'entour conservent 
la forme de l'objet. On fait ensuite entendre à l'élève qu'au lieu de 
dessiner l'objet, on se bornera, pour le représenter, à l'emploi des 
signes conventionnels, etc. Il en est de même de tous les objets 
matériels. Aussi les sourds et muets ne font-ils pas une seule faute 
d'orthographe, parce qu'ils ne sont point trompés par les sons, et 
qu'ils écrivent absolument comme ils ont vu écrire. 

Pour exprimer les idées purement intellectuelles, on a recours 
aux signes. Par exemple, veut-on faire comprendre ce que c'est que 
l'amour; on désigne une aspiration du cœur, aspiration qui peut 
n'être pas réciproque ; et ce qu'on a fait entendre par les signes se 



(1} Surveillant à l'Institution et père du pro esseur. 



— 214 — 

résume dans le mot amour. L'amitié est une aspiration du cœur ; 
mais elle doit être réciproque : voilà ce qui la distingue de l'amour. 

Ensuite vient l'intelligence des pronoms, la conjugaison et les 
idées de temps et de nombre, puis de temps composés et de modes; 
enfin, la composition de la proposition simple et celle de la propo- 
sition composée. 

Le jeune élève qui était en scène a fait preuve de tant d'intelli^ 
gence dans les exercices d'application qu'il nous a enchantés. De 
lui-même il nous a fait un tableau analytique de l'homme et de ses 
facultés qui est admirable. M. Puybonnieux nous l'a donné par 
écrit; je te le montrerai quand je serai de retour, ainsi qu'un petit 
ouvrage de M. Paulmier sur les développements de la méthode 

Les élèves ainsi que les maîtres ont un alphabet manuel commode 
pour s'entretenir. En ma présence, un sourd et muet a écrit sous la 
dictée manuelle d'un autre sourd et muet avec la plus grande rapi- 
dité. 

Nous avons visité les ateliers des tourneurs, des menuisiers, des 
tailleurs, des cordonniers, des dessinateurs, et partout il y a eu lieu 
d'admirer. Yoilà, mon ami, en abrégé, ce que j'ai vu en passant. 

Telles furent les notes transmises de Paris, vers la fin de 
l'année 1825, à un instituteur de province. 

Circonstance de nature à leur donner du prix : elles pro~ 
venaient d'un homme intelligent et instruit. L'auteur de la 
lettre appartenait à l'université; il fut par la suite placé à la 
tête d'un lycée. 

Le progrès n'avait pas alors dépouillé la méthode dn merveil- 
leux dont l'avaient empreinte les travaux d'éminents ecclésias- 
tiques. Regrettable à certains points de vue, ce prestige sédui- 
sait encore bien des esprits et multipliait partout les institutions 
de sourds-muets. 

Etranger à l'enseignement dont la rue des Moulins était con- 
sidérée comme le berceau, le visiteur ne pouvait que partager 
l'enthousiasme contemporain et céder à l'autorité de noms 
illustres ; il admira de confiance une méthode dont chacun, au 
temps où nous vivons, connaît les côtés faibles. 

Dans le cas particulier qui nous occupe, y a-t-il lieu de se 
plaindre du défaut de perspicacité de M. Eugène Muzac ? non ; 
mieux vaut se féliciter des résultats que voici : 

Les renseignements contenus dans la lettre du 11 sep- 



— 215 — 

tembre 1825 remontent à une époque assez pauvre en docu- 
ments ; l'histoire de l'art d'instruire les sourds-muets en tirera 
sans doute parti. 

Cette lettre détermina une précieuse vocation (l)etvalutà l'éta- 
blissement de la rue du faubourg Saint-Jacques, dans la per- 
sonne du correspondant du jeune universitaire, une excellente 
recrue. 

A. V. 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



FRANCE 



Institution nationale de Paris. Distribution des prix et documents 
divers. 3 août 1886. In-8, 40 p. 

Outre les discoure du président, M. le D r Perron, et de 

M. Raymond, professeur, dont nous avons déjà parlé {Revue 

française, p. 168), le palmarès renferme dans les documents 

divers les programmes provisoires de sixième année, d'histoire 

de France et de droit usuel qui ont paru dans notre Revue. 

Parmi les améliorations introduites à l'Institut de Paris, 
signalons l'ouverture d'un atelier d'exercices manuels, l'envoi 
d'élèves-jardiniers au jardin du Luxembourg, la transforma- 
tion de la salle de bains en une vaste piscine, et l'addition d'une 
capote au costume de sortie des élèves qui ont été également 
pourvus d'un béret dans l'établissement. 

Théophile Denis. — Les artistes sourds-muets au Salon de 
1886. In-8, 24 p. Paris, P. Ritti, 1886. 

Ouvrage extrait de la Revue française de t Education des 
Sourds-Muets. 



(1) J.-J. Valade-Gabel, admis à l'Institution en qualité d'aspirant-professeur 
le 9 octobre 1825. 

Ad. B. 



— 216 — 

Paul Marmottai». Les Statues de Paris, p. 91. L'abbé de l'Epée. 
Institut des Sourds-Muets. Paris. H. Laurens, 1886. 

Reproduction dans l'ouvrage de la statue de Félix Martin 
qxxv orne la cour de l'Institution de Paris ; courte notice sur 
l'abbé de l'Epée. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



174 e Anniversaire de la naissance de l'Abbé de l'Epée. 

Le 28 novembre dernier, les sourds-muets de la Société universelle 
célébraient à Paris le 174 e anniversaire de la naissance de l'abbé de 
l'Epée. Le matin, ils assistaient à 9 heures à une messe célébrée à 
Saint-Roch par M. l'abbé Goislot, aumônier de l'Institution natio- 
nale ; le soir, ils se réunissaient dans un banquet fraternel, sous la 
présidence de M. A. Colas, sourd-muet, artiste dessinateur de talent. 
L'élite des sourds-muets de la capitale s'était r«>ndu à cette fête de 
famille à laquelle assistaient M. Duvert, de la Société des études 
historiques, M. Th. Denis et M. le D T Rattel, Médecin-adjoint de 
l'Institution nationale. Au dessert, plusieurs toasts furent portés 
par le président, M. Chambellan et M. Dusuzeati, professeurs, à la 
mémoire de l'abbé de l'Epée; nos lecteurs ont trouvé plus haut le 
discours prononcé par M. Théophile Denis au nom de la Société des 
gens de lettres. M. B. Dubois annonça ensuite, aux applaudissements 
de l'assistance, la pose prochaine, par la ville de Paris, de deux 
plaques commémoratives sur l'abbé de l'Epée. La plus franche 
gaieté n'a cessé de régner dans cette fête parfaitement organisée par 
les jeunes et sympathiques commissaires. 



» 



Ouvrages reçus depuis le dernier numéro : 
Journa de Namur. — M. Skyckers. Premiers éléments de 
calcul intuitif (2 exemplaires). — Rapports de l'Institut de 
Vadstena, 1881 à 1886. — Katalog ofver làroanstalten 
i Vadstena, etc. — 24 e rapport annuel Viciorian deafand Dvmh 
Institution. Melbourne. 

Paris Jmf. Pelluard, 226, rue Saint-Jacques 



Etude Bibliographique et Iconographique 



SUR 



L'ABBË DE L'EPÉE 



J±3D. BÉLAHGEB 

Professeur à l'Institution nationale des Sourcts - Mnets de Paris 

AUGMENTÉE 

I e D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Épée, 
par J:-J, Valade-GabEE., ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 18ô2 par l'émiuent instituteur français et qui n'a pas encore été publiée 

2° D'une étude sur Jes débuts, les progrès et le couronnement de 
l'œuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis, s/chef de bureau au 
Ministère de l'Intérieur. 

ORNÉE 

1" D'une eau-forte de Dumont, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2" De trois gravures (reproduction de deux médailles et 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



20 EXEMPLAIRES, PAPIER DU JAPON (numérotés de 1 à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAPIER DE HOLLANDE (numérotés Je 21 » 250) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 franc 

(Port en sus) 



Librairie Paul RITTI, 24, rue de Vaugirard, Paris 

TROISIÈME CONGRES NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES SOTJB.DS-MUETS (Congrès de Paris) 
Comptes • rendus analytiques des séances 

Un volume, grand in-8 Prix . 4 f r. 

(Envoi franco par la poste) 

LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

par 3 . H:«.g;eiitol3ler 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

V e année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

KT DE 

LEL'R EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

par le Dr J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. 1 fr. 50 

Hrlt — Imp . Mlutrd, r. St-Jtcque$ , I2i 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 








REYUE FKANÇAISE 



DE J/EDUCATION 
des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



Deuxième Année. — N° 10. — 1 er Janvier 1887. 



SOMMAIRE. — Théophile Denis. Causerie. Le premier instituteur des sourds- 
muets en France. — Prof. Louis Jossin. Le 174 e anniversaire de la naissance 
de l'abbé de l'Épée en Amérique. — E. Grosselin. Du rôle de la sténographie 
à l'école (suite). — L. Jullian. Conférence sur l'enseignement de la lecture 
(suite). — Revue des Journaux Etrangers. W. Van Praagh. La Quarterly 
Review. — Bibliographie internationale. Suède et Norwège. A. Ségerstedt. 
— Informations et avis divers. — Théobald. Un Théâtre de Sourds-Muets. 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 



I 8S6 



Jl 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Bassouls (F.), professeur à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Goldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris . 

Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Berchem-Sainte-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 
j Huguenin, professeur de dessin à l'insti- 
j tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel (D r ), médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Rohart l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des études 

de l'Institution nationale des Sourds-Muets 

de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 

M. C. Renz, Stuttgart (Wurtemberg). 

M l,e Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 

M "Van-Praagh, directeur de Y Association for the oral instruction of the Deaf and 
Ùumb, Londres, 



La Revue française de V Éducation des sourds-muels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revve 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds -Muets 
î me année. — N» 10 Janvier 1887 



CAUSERIE 



Le premier instituteur des sourds-muets 
en France 



Le connaît-on?... 

Vous avez raison, on ne le connaît pas. 

C'est bien là mon avis. Pour un peu, j'ajouterais qu'on ne le 
découvrira jamais. 

Ah ! pourtant, si l'on voulait décerner ce titre à l'instituteur 
dont le nom est le plus anciennement connu, j'aurais mon can- 
didat. 

Je vous le présenterai dans un instant ; du reste, cette cau- 
serie n'a pas d'autre objet. 

En attendant, laissons se produire cette question : 

Quel a été le premier instituteur des sourds-muets en France? 

Je soutiens que le problème, posé en ces termes, n'a pas été 
résolu jusqu'à ce jour. Et, pour appuyer mon affirmation, je 
commence par opérer, sans remords, sans crainte, et surtout 
sans haine, deux grosses éliminations. 

Le premier instituteur de...? Mais c'est lui, l'abbé de l'Epée ! 
s'écrie-t-on de tous côtés. 

Dieu me garde de vouloir enlever à cette glorieuse mémoire 
une parcelle de son prestige ! Mais on est bien forcé de recon- 
naître, en présence des faits les plus évidents, que l'attribution 
à l'abbé de l'Epée du titre de premier instituteur des sourds- 
muets en France ne saurait être rigoureusement exacte. Sans 
aller plus loin pour le moment, les deux jeunes filles qui furent 
les premières élèves de l'abbé de l'Epée ne lui venaient-elles pas 



— 218 — 

d'un Père de la doctrine chrétienne, qui instruisait déjà des 
sourds-muets ? 

La vérité est que l'abbé de l'Epée a fondé, en France, la 
première école publique et gratuite de sourds-niuets. 

Cette gloire, il faut la lui laisser ; personne, j'imagine, ne se 
risquerait à la lui contester. 

Voilà un fait positif. 

On me répond encore : 

Le premier instituteur des sourds-muets, en France, c'est 
Jacob Rodrigue Péreire... C'est écrit. 

Je n'ignore pas que ses biographes, depuis M. Séguin, en 
1847, jusqu'à ceux de ces dernières années, l'affirment. Mais je 
sais bien aussi que le jeune d'Azy d'Etavigny, qui fut le pre- 
mier élève de Péreire, avait d'abord été placé dans une école de 
sourds-muets-à Amiens. D'ailleurs, M. Séguin me paraît se con- 
tredire, lorsque, décernant en tête de son livre la primauté à 
Rodrigue Péreire, il reconnaît, dans ce même livre, que « de 
tout temps on a plus ou moins appris aux sourds-muets à s'ex- 
primer par des signes. » 

Je dois faire observer, en passant, que je ne fais pas de dis- 
tinction, ici, entre l'enseigement par la mimique et l'enseigne- 
ment par l'articulation. Je vise tout simplement l'instruc- 
tion du sourd-muet, quel qu'elle soit, sans m'arrêter aux 
procédés. Autrement, j'admettrais tout de suite, bien volon- 
tiers, que Péreire a été le premier, chez nous, qui ait mis en 
pratique la méthode orale. C'est déjà là un mérite dont l'impor- 
tance considérable n'a pas besoin d'être grossie par une erreur 
de détail. 

Donc, pas plus que. les historiens de l'abbé de l'Epée, ceux 
de Péreire ne sont dans la stricte vérité. 

En effet, cela est indéniable, on a instruit des sourds-muets, 
en France, avant l'abbé de l'Epée et avant Péreire. 

Il est arrivé que ces deux derniers maîtres sont parvenus, 
— avec des moyens différents, — à écrire leurs noms dans les 
annales du génie humain, avec cette puissance de • relief qui 
devait les désigner plus particulièrement à l'attention de la 
postérité. 

Les travaux de Péreire se sont imposés à la curiosité stu- 



— 219 — 

dieuse du monde de la science, et ils ont obtenu la solennelle 
sanction d'une illustre académie. 

L'œuvre de Michel de l'Epée a conquis la triomphante popu- 
larité qui s'attache aux conceptions sublimes de la charité pure 
et de l'abnégation absolue. 

Péreire a rendu les plus précieux services dans le cercle 
restreint de quelques familles. 

De l'Epée a été placé au rang des citoyens qui ont « le mieux 
mérité de la Patrie et de l'humanité ». 

Mais, je le répète, ils avaient eu des prédécesseurs : — des 
humbles, des ignorés ; si obscurs, que leurs noms n'ont jamais 
franchi les murailles derrière lesquelles ils ont accompli leur 
pénible et bienfaisante mission. 

C'est un de ces oubliés que je me suis donné la tâche de faire 
revivre. 

Si celui-là n'a pas été non plus le premier instituteur des 
sourds -muets en France, du moins sera-t-il. jusqu'à de 
nouvelles découvertes, le plus ancien dont le nom soit connu. 

Car c'est un nom que je viens restituer à l'histoire incomplète 
des commencements de l'enseignement des sourds-muets. 

Et c'est, ma foi, un fort beau nom ; vous allez en pouvoir 
juger. 

Théophile Denis. 

(A suivre) 



220 



LE 174 e ANNIVERSAIRE 

De la naissance de l'abbé de l'Épée 
EN AMÉRIQUE 



A l'occasion du 1 74 e anniversaire de «la naissance de l'abbé 
de l'Epée, les membres de la « De l'Epée catholic Deaf -Mutes 
Association », de Philadelphie, se trouvaient réunis, le 24 no- 
vembre à 8 heures du soir, au Dooner's-Restaurant. C'était 
pour la première fois que la fête de l'illustre et saint abbé était 
célébrée à Philadelphie, et même en Amérique. Un banquet 
parfaitement organisé, sous la haute surveillance d'un cuisinier 
français, attendait les nombreux invités. Bien peu manquaient 
au rendez-vous, et les lettres d'excuses adressées au secrétaire 
témoignaient assez des vifs regrets de ceux que des engage- 
ments antérieurs avaient privés du plaisir de venir parmi nous. 
La salle du banquet, magnifiquement tendue de drapeaux fran- 
çais et américains entremêlés, était" beaucoup trop petite pour 
contenir tout le monde. L'on fît, comme on dit en France, à la 
guerre comme à la guerre, on ajouta quelques petites tables 
aux grandes, et bientôt, en se pressant un peu, et comme dans 
le souper de Boileau, en faisant un tour à gauche pour manger 
de côté, chacun parvint à se caser à peu près à son aise. 

Au centre de la table, disposée en fer à cheval, le Eév. P. 
Lebreton, directeur spirituel et fondateur de l'association, pré- 
sidait le banquet. A le voir ainsi souriant au milieu de ses 
sourds-muets, leur parlant avec cet air de bonté et de franchis* 
qui lui est habituel, à lire sur son visage le dévouement aftec- 
tueux et tenace que rien ne sait rebuter, ni les obstacles maté- 



— 221 — 

riels, ni le mauvais vouloir des hommes, on ne saurait s'éton- 
ner de la sympathie respectueuse dont il est entouré par tous 
ceux qui le connaissent, 

A ses côtés, les professeurs de sourds-muets de l'institut de 
l'Etat : M. A. L. douter, principal, et MM. Kirkhuff, Wal- 
ker. 

Viennent ensuite M. Hodgson, rédacteur du journal des 
sourds-muets de New-York, M. Fresch, sourd-muet et ar- 
tiste distingué, et le professeur Louis Jossin. 

Les révérends Syle et Kœhler, sourds-muets et ministres de 
l'Eglise protestante épiscopale, avaient accepté avec plaisir l'in- 
vitation du prêtre catholique et étaient assis non loin du E. P- 
Lebreton. 

Le banquet fut ce qu'il devait être, plein d'entrain et de 
gaieté, et si le bruit des fourchettes et le cliquetis des verres 
dominaient naturellement tout autre bruit, l'œil était trop oc- 
cupé" à suivre et étudier ces regards pleins d'expression et ces 
doigts si agiles, pour que l'oreille songeât un seul instant à se 
plaindre du rôle insignifiant qui lui était réservé. 

Vers la fin du repas, au moment ou le Champagne pétillait 
dans les verres, lorsque les glaces fondaient doucement sur les 
assiettes, le professeur douter se levant porta un toast au 
héros de la fête, et fit, dans l'admirable langage des signes, une 
magnifique apologie de l'œuvre des sourds-muets et de son 
fondateur, l'abbé de l'Épée. De bruyants applaudissements 
accueillirent cet éloquent discours. Les professeurs Kirkhuff et 
Walker prirent à leur tour la parole, car c'est bien une parole 
que ce geste net, clair, expressif qui peint et dénonce si rapide- 
ment la pensée humaine ! Ces Messieurs firent l'éloge de son 
Eminence le cardinal Gibbons et de Mgr Ryan, archevêque de 
Philadelphie, que de pressantes occupations empêchaient de 
prendre part à cette fête. Ensuite, les révérends pasteurs Syle 
et Kœhler portèrent, toujours en signes, les derniers toasts à 
l'association de Philadelphie et à son fondateur, le R. P. Lebre- 
ton. Vraiment c'était un spectacle attendrissant de voir ces 
trois ministres chrétiens, de communion différente s'unir dans 
une même pensée et un môme cœur, pour affirmer une œuvre 
de dévouement et en glorifier le premier apôtre, l'abbé de 



- 222 — 

l'Épée. Enfin, l'abbé Lebreton, doucement ému par toutes ces 
marques de sympathie et d'affection dut se lever pour remercier 
ses invités du concours qu'ils lui avaient apporté pour la célé- 
bration de ce cher anniversaire. Son geste simple et touchant, 
sa physionomie, où se reflètent si bien les sentiments du cœur, 
exprimèrent mieux que n'eût pu le faire le discours le plus élo- 
quent. Son amour immense pour l'œuvre qu'il a su créer en 
même temps que sa gratitude pour l'illustre abbé, le. père et le 
bienfaiteur des sourds-muets. 

Ce fut la fin de la fête, et en se séparajat, les invités parlants 
emportèrent au cœur une affection plus grande, s'il était pos- 
sible, pour leurs amis sourds-muets, et ces derniers une recon- 
naissance profonde et une juste fierté à l'égard de leurs bien- 
faiteurs. 

Pendant le dîner, un artiste sourd-muet, du plus grand ta- 
lent, M. Fresch, de New- York, offrit au Père Lebreton une 
excellente peinture à l'huile de l'abbé de l'Epée, et les membres 
de l'association lui présentèrent de leur côté un magnifique 
portrait-crayon du Père Lebreton lui-même. Quant à nous, 
nous fûmes enchanté de cette petite soirée, et en présentant 
nos félicitations à l'excellent Père, nous lui exprimâmes l'espoir 
que son œuvre déjà si importante prendrait dans un avenu- 
prochain, une extension considérable et digne du dévouement 
qui a présidé à sa fondation et à sa direction jusqu'à ce jour. 

Un sourire nous répondit, et nous savons qu'un sou- 
rire comme un geste du Père Lebreton veut dire bien des 
Gùoses. 

Prof. Louis Jossin 



- 223 



DU ROLE DE LA STÉNOGRAPHIE A l'ÉCOLE 

(Suite.) (1) 



Avant d'en venir aux applications que peut recevoir la sténo- 
graphie, il faut étudier en lui-même le système qu'il y aura lieu 
d'employer et rechercher comment il peut être présenté à de 
jeunes enfants. C'est en effet, à un moment où le programme 
de la classe, dans l'école maternelle ou enfantine, dans le cours 
élémentaire de l'école primaire, n'est pas trop chargé qu'il est 
possible d'y intercaler avec avantage cette étude spéciale. Si 
elle prend aux jeunes écoliers quelques instants, assez courts 
d'ailleurs de leurs heures de classe, elle pourra être dès lors uti- 
lement appliquée à l'étude de l'ortographe comme nous le ver- 
rons, et plus tard elle leur procurera une économie de temps par 
l'aide dont elle leur sera dans certains travaux scolaires. En at- 
tendant plus fard on risquerait d'être obligé de lui sacrifier 
d'autres matières plus utiles encore et la sténographie prendrait 
à l'école moins vite que si elle avait été apprise de bonne heure, 
le rôle avantageux qu'elle doit avoir. 

Pour réaliser cette possibilité d'un enseignement précoce 
Augustin Grrosselin a imaginé un système très simple et il a été 
guidé, comme nous l'avons déjà dit, pour l'affectation d'une va- 
leur aux signes sténographiques, par la pensée qu'ils devaient 
fournir une occasion naturelle d'explications utiles à d'autres 
points de vue. Dans cette période scolaire où on enseigne aux 
• enfants à lire, on. doit attirer leur attention sur la prononciation 
des mots afin de la rendre la plus nette possible. Un bon moyen 
d'atteindre ce but est de les initier, de la façon qui peut conve- 



(1) Voir numéro 6, p. 124. 



— 224 — 

nirà leur âge, au jeu de l'organe vocal. Les signes sténographi- 
ques ont donc été choisis de telle façon que, dans une certaine 
mesure, leur tracé eût quelque rapport avec la partie de l'or- 
gane vocal qui prend une part plus grande ou plus visible dans 
l'émission des sons ou des articulations que les signes sont des- 
tinés à représenter. Ceux-ci formant dessin présenteront une 
base fixe et durable aux notions données par ' le maître ; ils 
constitueront un moyen de rappel des observations faites par 
les élèves sur les positions de l'organe vocal et les rapproche- 
ments faits serviront' de procédé mnémonique pour fixer plus 
promptement dans la mémoire la valeur phonétique des signes, 
Toutefois, comme on est renfermé pour la détermination de ces 
signes dans d'étroites limites, puisque la nature ne nous four- 
nit que deux éléments, la ligne droite et la ligne courbe, à 
orienter ou à combiner de diverses façons, et comme, d'autre 
part, on veut conserver anx signes la simplicité nécessaire à la 
vitesse désirée, il est évident que les rapprochement dont nous 
parlons conserveront toujours quelque chose de conven- 
tionnel. 

De même que dans la leçon de lecture on commence à ensei- 
gner les lettres qui représentent les sons purs, les plus faciles à 
émettre, les plus simples dans leur représentation, de même 
dans la leçon de sténographie, qui peut très bien s'allier à la 
leçon de lecture, on débutera par les signes représentant- ces 
mêmes sons. Ces derniers peuvent se classer en deux groupes, 
les uns formant la série des sons qui exigent que la bouche 
prenne une forme presque circulaire, c'est-à-dire », o, ou (]), 
u, les autres, c'est-à-dire e, é, i, imprimant au contraire à la 
bouche une direction plus ou moins linéaire, les lèvres devant 
se tendre de plus en plus par l'éloignement de leurs commissu- 
res, et d'un autre côté se prononçant avec les deux rangées de 
dents presque en contact, tandis que dans l'autre série les 



(1) Nous faisons venir immédiatement ici le son simple mais polygramme ou, 
qui ne vient en lecture qife plus tard à cause de ce caraitèie complexe de su 
représentation, parce que ce son complète la série naturelle de (eux dont nous 
nous occupons. 



— 225 — 

dents s'écartent très sensiblement par suite de la position des 
lèvres. Afin de rappeler ces caractères opposés des deux séries 
on affectera des cercles à la représentation des voyelles de la 
première série, des lignes droites à celles des voyelles de la se- 
conde. Allant plus loin dans cette assimilation entre la forme 
des signes et le' jeu de l'organe vocal, on appliquera à a, qui 
exige la plus large ouverture de la bouche, le cercle le plus 
grand, pour diminuer celui-ci de grandeur à mesure que les 
lèvres doivent se rapprocher afin de donner naissance aux 
sons o, ou, u. Par contre on affectera à la représentation des 
voyelles de la seconde série e, é, i, des signes formés de petites 
lignes droites placées dans les trois positions se distinguant 
nettement : verticale, oblique, horizontale; réservant cette 
dernière orientation pour i dont la prononciation amène la plus 
grande tension longitudinale des lèvres. 

Si nous passons aux consonnes nous trouvons l'application 
des mêmes vues. En regard des voyelles labiales qui se caracté- 
risent par le jeu très marqué des lèvres, nous avons des con- 
sonnes où l'intervention des lèvres se produit très nettement 
aussi, mais d'une façon tout opposée. Les lèvres au lieu de s'é- 
carter, se l'approchent, soit en se serrant l'une eontre l'autre ' 
dans leur position normale pour former les labiales explosives 
i et p et la labiale nasale m pour laquelle la colonne d'air est 
dirigée dans les fosses nasales par l'abaissement du voile du 
palais, soit en changeant de positions relatives par le retrait de 
l'inférieure sous les dents supérieures pour produire les deux 
labiales sifflantes v et /. Le cercle dans ses différentes dimen- 
sions ayant été employé à la représentation des voyelles, il fal- 
lait recourir à un autre genre de signes pour les consonnes. 
Afin de rappeler aussi leur nature labiale, le type choisi a été 
une droite terminée par un crochet qui, dans sa position hori- 
zontale, rappelle assez bien la ligne élémentaire que forme une 
lèvre vue de côté, avec le renflement de son bourrelet, c— Mais 
uue ligne droite ne pouvant recevoir que trois positions bien 
distinctes : verticale, oblique, horizontale, il fallait pour arri- 
ver aux cinq signes nécessaires à la représentation de cette sé- 
rie de consonnes, multiplier les signes tout en conservant le 
type choisi. Afin d'avoir une occasion d'indication utile on a 



— 226 — 

pris le rapport naturel qui unit, en leur qualité de faibles et de 
fortes correspondantes, b etp, v et/ et on a rappelé l'effort plus 
grand qu'exigent pour leur formation p et / en renforçant le 
trait et en remplaçant les déliés de b et de v par des pleins. 

Aux consonnes dentales d, t; z, s ;j, ch, comme aux voyelles 
dentales, on affectera des lignes droites pour rappeler le rôle 
prépondérant que les dents jouent dans leur formation, les lè- 
vres restant presque inactives, sauf dans les deux dernières, les 
dents étant rapprochées tandis que derrière elles la langue vient 
se placer pour faire varier les consonnes par son mouvement de 
retrait ou par l'application de sa pointe plus ou moins près des 
rangées de dents. Les trois positions de la ligne droite seront 
utilisées, ainsi que le renforcement du trait dans chacune 
d'elles pour faire distinguer les fortes et les faibles correspon- 
dantes. 

Keste une série de consonnes pour lesquelles la langue joue 
un rôle important, soit par son application contre le palais et 
son brusque écartement de la voûte palatale, soit par la part 
qu'elle prend à l'obstacle intérieur opposé au passage de l'air 
pour le faire refluer dans les fosses nasales, soit par le mouve- 
ment de vibration à l'aide duquel se produisent les bruits carac- 
téristiques de certaines articulations. -Ce sont les consonnes g, 
k; n,gn, l, M; r. Des signes constitués par des courbes rappel- 
leront tout naturellement la souplesse de ce muscle charnu si 
susceptible de s'étendre, de se contracter, de se contourner de 
toutes façons, qui constitue la langue. Le choix fait entre les 
diverses orientations du même type de signes permettra d'éta- 
blir un rapprochement entre le signe affecté à^et la posi- 
tion relevée que prend la langue pour former cette articulation, 
comme entre la consonne r, pour laquelle an contraire la pointe 
de la langue s'abaisse, et la courbe placée en sens inverse qui la 
représente ^. Pour les consonnes qui se dédoublent pour ainsi 
dire en fortes et en faibles, on recourra comme précédemment 
au renforcement pour constituer deux signes similaires de 
forme, différant seulement par la force du trait. 

Si nous revenons maintenant aux voyelles pour en épuiser la 
nomenclature, nous en trouvons encore une série formant un 
groupe bien déterminé : ce sont les quatre voyelles nasales an, 



— 227 — 

on, in, un. Elles sont polygrammes dans l'écriture usuelle par 
suite de la pauvreté de notre alphabet dont le nombre de carac- 
tères est insuffisant pour représenter simplement les éléments 
simples de la langue parlée ; elles devront, pour obéir au prin- 
cipe fondamental de la sténographie qui se propose la célérité, 
être représentées par des signes simples : ce seront des courbes 
semblables, mais beaucoup plus petites, à celles qui ont été af- 
fectées aux consonnes. 

La langue, dont la courbe rappelle la souplesse, a une grande 
part dans la nasalité imprimée aux Sons, puisque c'est elle qui, 
en se rapprochant du voile du palais, force la colonne d'air arri- 
vant du larynx à aller prendre, dans les deux conduits resserrés 
du nez, le retentissement qui caractérise cette catégorie de 
voyelles. 

Nous avons exposé la base du système de sténographie en fai- 
sant ressortir les raisons qui avaient guidé dans le choix des si- 
gnes dont il se compose ; il ne nous reste plus qu'à montrer le 
parti qu'on peut en tirer, avant qu'il ne serve comme écriture 
rapide, pour diverses études, soit commune à tous les enfants 
d'une classe, soit spéciale aux sourds-muets. 

E. Grosselin. 



(A suivre.) 



— 228 — 

SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE 

et la correction des vices de prononciation 
D'APRÈS LA MÉTHODE NATURELLE 



(Suite). 
CHAPITRE III 

REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DES ÉLÉMENTS PHONÉTIQUES 
DE LA PAROLE OU ÉCRITURE 

N. B. Ce chapitre est très-important, et peut. à la rigueur tenir 
lieu de toute théorie. 



Le don ou la conquête de la parole était d'un prix inesti- 
mable; cependant l'homme ne s'en est pas longtemps contenté : 
il a voulu communiquer ses pensées aux absents, et les trans- 
mettre aux générations à venir. Il a donc cherché à fixer la 
parole, par elle-même si mobile, si fugitive. Ses tentatives ont 
été longues et laborieuses ; en Egypte, il a imaginé les hiéro- 
glyphes; à Babylone, les caractères cunéiformes... Il a enfin 
découvert cet art, à la fois simple et admirable, qui consiste à 
représenter les éléments phonétiques de la parole, c'est-à-dire 
les voyelles et les consonnes, par des signes graphiques dont 
l'ensemble forme V écriture. 

Grâce à l'analyse phonétique opérée par l'oreille, l'homme 
dispose les éléments graphiques dans le même ordre que les 
sons et les articulations dans la parole, et ces groupés forment 
les mots écrits. 



— 229 — 

Chaque peuple a formé son système graphique d'après son 
système phonétique. 

Notre tâche se horne à faire connaître les signes graphiques 
ou lettres qui représentent les voyelles et les consonnes de la 
langue française. Ce sera là dernière et très-importante partie 
de notre théorie. 

II 

Voyelles [simples (1)]. 

1. Faits organiques et acoustiques y relatifs. — 2. Leurs signes. 
3. Leurs touches. — 4. Leur appellation. — 5. Leur clavier. 
6. Leur classification. 

Messieurs, 

Veuillez bien me prêter votre sérieuse attention. 

Je prononce à haute voix devant vous la série des sons de la 
langue française, et je les représente successivement par le 
signe conventionnel qui leur est affecté : 

%y (sy Vy Qj j 

u, e, ou, o, eu. 

Je reprends Vous remarquez qu'à chaque son correspond 

une disposition particulière des organes de la bouche. 

Cette disposition organique, vous le savez déjà, correspon- 
dant à chaque voyelle, est la touche de cette voyelle. 

Ainsi, voilà trois notions : touche, son et signe graphique, inti- 
mement liées dans votre esprit ; l'une d'elles éveillera immédia- 
tement l'idée des deux autres. 

Et comme il est nécessaire de désigner chaque signe graphique 
par un nom ou appellation, nous faisons consister cette appella- 
tion dans la production de la touche et l'émission du son corres- 
pondant. 

Cette appellation est donc parfaitement conforme à la réalité 
des faits acoustiques et physiologiques ; elle est donc réellement 
naturelle. 

(1) C'est-à-dire correspondant à une seule disposition de la bouche. 



— 230 — 
Clavier des voyelles. 

L'ensemble des touches-voyelles forme le clavier des voyelles. 

Remarquez bien que ce clavier se compose de deux séries de 
notes ou voyelles : 

l re série ou série supérieure : i, è, è, a ,• 
2 e — — inférieure : w, e, ou, o, eu; 

et, dans chaque série, les notas vont de la plus aigue,à la plus 
grave, d'après cette loi physiologique, fondée elle-même sur une 
autre loi d'acoustique (1). 

1° Ouvrir la bouche toute grande, c'est abaisser les sons ; 

2° En diminuer l'ouverture, c'est élever les sons ; ) 

3° Porter les lèvres en avant, c'est abaisser les sons ; 

4° Les appliquer contre les arcades dentaires, c'est élever les 
sons; 

D'après cette loi, on produit les voyelles de la l re série, en 
appliquant les lèvres sur les arcades dentaires, et abaissant 
progressivement la mâchoire inférieure. 

Pour indiquer l'écartement maxillaire approximatif corres- 
pondant à chaque voyelle, on peut dire que pour 1'», les arcades 
dentaires sont presque au contact ; que pour Yè, l'écartement 
correspond à l'épaisseur de l'index ; que pour l'è, l'écartement 
correspond à l'épaisseur de l'index et du majeur superposés et 
de champ ; que pour l'a, l'écartement s'obtient par l'introduc- 
tion dans la bouche, de tous tes doigts réunis par leurs bouts. 

On produit les voyelles de la deuxième série, en portant les 
lèvres en avant, avec abaissement progressif de la mâchoire 
inférieure. 

Les écartements maxillaires, de l'w à l'eu, sont analogues à 
ceux que nous venons d'indiquer pour les voyelles du groupe 
supérieur; et l'ouverture labiale prend successivement la forme 
d'une petite demi-ellipse, d'une ellipse, et puis d'un cercle 
grandissant. 

NOTA. — Il est bien évident que les variations un peu sen- 



ti) Cette loi des tubes sonores se formule ainsi : 1. Les tubes courts et les 
tubes étroits produisent des sons aigus. 2. Les lubes longs el les tubes larges 
donnent des sons graves. 



— 231 — 

sibles des touches-voyelles altèrent la tonalité des voyelles; d'où 
la nécessité pour le maître de veiller bien attentivement à ces 
dispositions buccales, afin de donner aux jeunes enfants, en ce 
qui concerne l'émission des voyelles, une prononciation cor- 
recte. 

NOTA. — Dans la voix lasse, les voyelles ne sont accompa- 
gnées d'aucune vibration, tandis que dans la voix haute, elles 
sont accompagnées de vibrations musculaires, conséquences des 
vibrations du larynx. 

Ces, vibrations s'étendent, d'une part, du larynx au menton, 
et d'autre part, du larynx à toutes les parois de la poitrine. Le 
larynx vibrant transmet ses vibrations aux organes en relations 
anatomiques avec lui, — de même que les cordes d'un violon 
font vibrer la caisse sur laquelle elles sont tendues. 

Cette observation est utile dans l'enseignement de la parole 
aux sourds-muets. 

Il faut remarquer, en outre, que l'émissio'n des voyelles de la 
voix basse n'exige que le faible effort de la respiration ordinaire, 
tandis que la production des voyelles laryngiennes, c'est-à-dire 
de la voix haute, exige non seulement un effort pour la tension 
des cordes vocales, mais encore un effort plus considérable des 
muscles expirateurs abdominaux, afin que le frottement pu la 
percussion de l'air expiré mette les cordes vocales en vibration. 
Voilà pourquoi les sourds-muets, habitués à une respiration fai- 
ble, répugnent à cet effort de la parole à haute voix, et man- 
gent les voyelles, pour ne faire entendre que les consonnes, ce 
qui rend leur parole inintelligible. 

De là, la nécessité pour eux d'exercices de respiration fré- 
quents et sagement gradués, — muets d'abord, et puis accom- 
pagnés d'émission de voyelles, de syllabes et de mots. (Voir 
troisième partie, exercices de gymnastique respiratoire et 
vocale.) 

Voyelles équivalentes. 

Les voyelles simples ont des équivalents phonétiques à formes 
monographiques ou polygraphiques. (Voir plus loin, le tableau 
général des éléments phonétiques. 



— 232 — 

Représentation graphique des voyelles nasales. (Voir le ta- 
bleau général des éléments phonétiques.) 

Valeur exceptionnelle d'éléments voyelles. (Voir le tableau 
général des éléments phonétiques.) 

III 
Consonnes. 

1° Faits organiques et acoustiques qui y sont relatifs ; — 
2° Leurs signes ; — 3° Leurs touches ; — 4° Leur appellation ; 
— 5° Leur clavier ; — 6° Leur classification. 

Veuillez bien, Messieurs, me prêter encore votre attention, 

Je prononce lentement et à haute voix une série quelconque 
de syllabes, en soutenant un peu l'articulation, avant d'émettre 
la voyelle, élément déjà connu, dont nous n'avons pas à tenir 
compte ici, — et je représente successivement les articulations 
par le signe conventionnel qui leur est affecté : 

p... (a), b... (a), m... (a), /... (a), v... (a), ch... (a), j... {a), 
l... (a),n... (a), r... (a), t... (a),d... (a), s... (a), z... {a),gn... 
{a},-ill= i... («), k... (a), c... (a), qu... (a), g... (a), gu... {a). 

Voilà une application de l'analyse phonétique. 

Je reprends ... : vous remarquez qu'à chaque articulation 
correspond une disposition particulière des organes vocaux. 

Cette disposition organique correspondant à chaque articula- 
tion ou consonne, est la touche de cette consonne. 

Ainsi- voilà trois faits -.fait organique ou touche, fait auditif 
et signe graphique, intimement unis dans notre esprit : l'un 
d'eux éveillera immédiatement l'idée des deux autres. 

L. Jullian, 

Ancien directeur ch l'École normale de Mompeilier 

(A suivre) 



— 233 



REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS 



QUARTERLY REVIEW OF DEAF-MUTE EDUCATION 



Tous les commencements sont difficiles : les éditeurs de « la 
Quarterly Review of Deaf-mute Education » peuvent donc se 
féliciter du succès de leur revue pendant la première année ; 
c'est la première publication de ce genre dans le Royaume-Uni. 
La Revue a déjà rendu des services, et elle en rendra encore en 
faisant mieux connaître et apprécier, par les amis des sourds, 
les principes de la meilleure méthode ; en mettant fin à l'isole- 
ment dans lequel ont travaillé jusqu'à ces derniers temps, les 
maîtres des sourds-muets de la Grande-Bretagne ; et en four- 
nissant à chaque instituteur, particulièrement aux jeunes mem- 
bres de notre profession, l'occasion de donner leur opinion sur 
notre œuvre. 

L'article, qui sert d'introduction, expose le plan adopté par 
lés éditeurs, qui laissent à chacun liberté entière d'exprimer 
ses opinions ; le comité de rédaction ne se tient donc pas res- 
ponsable des théories de ses collaborateurs. 

Dans le numéro 2, les éditeurs reconnaissent avec grati- 
tude le bon accueil fait à leur entreprise par tous leurs confrères 
du continent, et de l'Amérique ; — notablement par ceux de la 
Revue française et de la Revue internationale. 

Outre la critique des livres parus et l'accusé de récep- 
tion de revues et de rapports des institutions du Royaume-Uni, 
de l'Amérique et du continent, la Quarterly de 1886 contient 
les articles originaux suivants 

1° La lecture sur les lèvres, par "William Van Praaghqui a 
paru simultanément en français dans la Revue internationale 
(janvier 1886). 

2° Statistique vraie et erronée, par le D r Buxton. 



— 234 — 

L'auteur prétend que les recensements de différents pays ne 
sont pas toujours dignes de confiance; il cite par exemple, un 
arrondissement d'Irlande, où le nombre des sourds-muets était 
tellement hors de proportion avec la population, que l'on dut 
recommencer l'opération, et il se trouva qu'on avait marqué 
comme « sourds-muets », non seulement les enfants vraiment 
sourds, mais encore tout petit enfant trop jeune pour parler. 

3° « Pionniers », par le même auteur. Le D r Buxton rend 
hommage aux hommes de cœur, aux pionniers de la méthode 
orale pure dans les pays de langue anglaise. 

•1° « L'Alphabet manuel », du même auteur. C'est un long 
mémoire sur l'alphabet manuel. 

L'auteur dit qu'il n'en doit -pas être fait usage à l'école. 
Le professeur de sourds-muets n'a pas besoin de l'apprendre, 
car il ne doit jamais s'en servir. Surtout il ne doit jamais l'en- 
seigner à ses élèves. Nous sommes parfaitement d'accord avec lui 
sur ce 'point. 

5° « Notes historiques sur nos Instituts », du même auteur. 
Il se propose de donner régulièrement, des notes sur l'histoire 
des Instituts de la Grande-Bretagne. 

6° « Biographie de feu Alexander Patterson », le vénérable 
directeur de l'Institut de Manchester, du même auteur. 

7° « Le moyen d'empêcher les communications par signes au 
début de l'enseignement », par le Rév. Thomas Arnold. Ce 
mémoire a paru en français dans le compte-rendu du congrès de 
Paris (Août 1885). 

8° « Nos élèves et. leur avenir », par James Howard. Que 
feront-ils? Que deviendront-ils? L'auteur répond à la première 
question : « Presque tout ce que peuvent faire ceux qui jouis- 
sent de l'ouïe ». et à la seconde : « Que ne sont-ils pas deve- 
nus ? » L'auteur se plaint que la société ne reconnaisse pas 
assez de quoi sont capables les sourds-muets, ce qui tient à 
l'ignorance en ce qui les concerne. Il se plaint aussi, que les 
enfants sourds ne passent pas plus de temps dans les écoles. Il 
en conclut, que des « cours du soir » attachés à nos instituts, 
seraient un grand bienfait pour ceux qui cessent de fréquen- 
ter les écoles, et qu'il faut éclairer le public sur les vrais be- 
soins des sourds. 



— 285 — 

9° « L'éducation préparatoire des sourds-muets », par 
A. Farrar fils, sourd-muet lui-même, élevé d'après la méthode 
orale ; c'est l'analyse d'une brochure publiée j>ar le Rév, Tho- 
mas Arnold de Northampton, ayant le même titre. 

10° « Nouvelles observations sur la statistique », par Richard 
Elliott, dont l'opinion est que la question de la statistique est 
une des plus importantes. Il espère que lorsque nous aurons un 
recensement plus exact nous verrons des résultats différents. 

11° « L'enseignement religieux pour les sourds-muets par la 
méthode orale », par Louisa Marshall. Mlle Marshall rend 
compte de sa classe du dimanche, en ce qui concerne les en- 
fants de son école de Fitzroy-Square, et prie tous ses collègues 
de l'imiter dans cette bonne œuvre. Mlle Marshall s'applique 
surtout à démontrer que le système oral pur est éminemment 
propre à l'instruction religieuse des enfants sourds, fait indubi- 
table qui malheureusement n'est pas encore suffisamment 
reconnu en Angleterre, et qui est encore mis en question par 
les partisans du système manuel. 

12° Un article sur le collège des instituteurs des sourds- 
muets. 

13° « Le clergé pour les sourds-muets », par X. 

Espérons que quand le système oral aura été généralement 
pratiqué pendant quelques anuées, nous n'aurons pas besoin 
d'un clergé spécial pour les sourds-muets. 

Outre les articles originaux sus-nommés, deux autres articles 
originaux ont paru, qui sont extraits du compte-rendu de la 
conférence tenue à l'Exposition d'hygiène de Londres, en 1884, 
sous les auspices de l'Association pour l'instruction orale des 
sourds-muets, Fitzroy-Square, à savoir : 

(A) Sir W. B. Dalby, sur « l'E,ducation des jeunes sourds 
incurables ». Le D r Dalby engage les parents à envoyer leurs 
enfants aux écoles de sourds, dès qu'ils s'aperçoivent que leurs 
enfants ont perdu l'ouïe, car, dit-il, il est certain que l'enfant 
qui perd l'ouïe, perdra rapidement la parole. 

(B) William Van Praagh, sur « l'Instruction orale des sourds- 
muets », où il traite des sujets suivants : 

1° « Sourd-muet », pourquoi ne dirait-on pas « sourd» ex- 
clusivement ? — 2° Causes du mutisme. — 3° Classification 



— 236 — 

des degrés de surdité. — 4° Instruction des sourds. — 5° Le 
système oral pur, est-il applicable à tous les enfants?. — 
6 e Durée de l'instruction. — 7° Externats ou internats. — 
8° Dépenses de l'éducation complète. — 9° Peut-on appliquer 
la méthode aux enfants des différentes classes de la société ; — 
aux pauvres aussi bien qu'aux riches ? — 10° L'apprentissage. 
— 11° Formation des maîtres pour les sourds-muexs. — 
12° Histoire de la méthode orale en Angleterre. — 13° Néces- 
sité de subventions du gouvernement. 

La « Quarterly » a aussi des traductions excellentes des 
« Petites notes de Minimis », de la Revue internationale , par 
Susannah Hull ; et statistique des Institutions de sourds-muets 
de France, empruntée à votre Bévue française. 

Comme je l'ai dit plus haut, la Quarterly prend note de 
toutes les publications de nos estimés collègues de France et 
d'Allemagne, et de celles de mes co-éditeurs, je leur demande 
de vouloir bien nous continuer leur coopération si précieuse, en 
nous envoyant leurs écrits. 

Je les assure que les travaux de nos collègues, quelle que soit 
leur nationalité, seront toujours les bienvenus à la « Quarterly 
Review. » 

William Van Praagh. 



237 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



SUÈDE ET NORWEGE 



Hans Bjôrset. Dovstummeskoleris ordning i Overensstemmelse 
uied Talemethodens Udvîkling i vort Aarhundrede. ISoryanisctûon 
des écoles de sourds-muets en Norwège en rapport avec le développe- 
ment de la méthode orale dans notre siècle. Christiana 1884, in-8, 
156 pages. 

Ce livre est un des pins importants que possède la littéra- 
ture spéciale Scandinave, c'est un historique claire, concis et 
intéressant du développement de la méthode orale, un aperçu 
impartial des causes qui divisent nos pédagogues en deux frac- 
tions presque hostiL s et des projets excellents pour l'organisa- 
tion de nos écoles spéciales. 

Dans la partie du livre de M. Bjôrset qui embrasse le déve- 
loppement de la méthode orale en Allemagne, l'auteur s'occupe 
naturellement des périodes de Heinicke, de Hill (1830-1857) 
et de Rossler (1857-1875). Après les réformes de ceux-ci, c'é- 
tait une conviction générale que l'enseignement de la parole 
était un fait accompli en Allemagne, et qu'on allait en mois- 
sonner abondamment les fruits. Mais un coup de foudre tomba 
subitement du ciel clair des pédagogues allemands, au milieu 
de leur camp. Cet assaut ne pouvait guère venir que du dehors. 
Il fallait des yeux non aveuglés par l'orgueil national, pour 
découvrir ce qui se cachait sous l'enveloppe luisante. L'assail- 
lant était un professeur de l'institution nationale de Kjôben- 
haven (Copenhague), le jeune candidat en philosophie, Géorg 
Jôrgensen, qui publia en 1876, dans la langue allemande, un 
livre intitulé : Appel aux instituteurs Allemands et à tous les 
amis des sourds-muets. Dans cet appel, Jôrgensen leur parle des 
observations, dej découvertes qu'il avait faites pendant ses 
visites à leurs établissements, regardant la position vraie où ils se 



— 238 — 

trouvaient, avec leur enseignement de la parole. « Cet énergique 
Appel était un instrumeut de guerre employé pour faire triom- 
pher la vérité, une épée flamboyante qui éclaira et montra ce 
qu'on ne savait pas, ou ce qu'on n'avait pas voulu voir en 
même temps qu'elle fit jaillir les eaux salutaires des sources 
cachées qui renfermaient le remède... » 

Dans la quatrième partie du livre, M. Bjôrset parle des accu- 
sations que Jôrgensen énumère dans Aufruf et de l'effet de ce 
livre, où Jôrgensen affirme que l'école de Riehen, en Suisse, 
sous la direction d'Arnold, était la seule ou l'on pût dire que la 
méthode allemande était introduite sans mélange de signes. 
Il reconnaît l'énergie, la persévérance et le génie des professeurs 
allemands, mais il prouve que, malgré leur peine et leurs efforts, 
une majorité formidable de leurs élèves en sortant de leurs éta- 
blissements n'avaient qu'un minimum de connaissance bien 
pauvre, qu'ils ne savaient point se servir de la parole, tandis 
qu'il y avait en même temps une très petite minorité d'élèves 
brillants qui étaient la gloire de leurs instituteurs, et dont l'ha- 
bileté excitait l'admiration des visiteurs. Cette critique est 
complétée par un autre livre de Jôrgensen : Deux établissements 
allemands de sourds-muets. Ces deux antithèses sont Riehen et 
Wien sous la direction de Deutsch, M. Bjôrset décrit aussi 
d'une manière bien intéressante l'étonnement et la fureur que 
Aufruf éveilla chez les instituteurs allemands, leurs protesta- 
tions et les réputations auxquelles Jôrgensen répondit en pu- 
bliant la brochure que je viens de mentionner : Deux élablisse- 
ments... Rossler, Sôder et d'autres professeurs allemands appuyè- 
rent pourtant Jôrgensen de leur autorité, et ses affirmations 
étant prouvées, une nouvelle réforme se fit dans les institutions 
allemandes. Les signes furent bannis, une classification se fit 
selon l'intelligence des élèves et Riehen, la découverte du nou- 
veau Colomb, fut un pèlerinage auquel affluaient tant de pro- 
fesseurs de sourds-muets, qu'il fût nécessaire de stipuler qu'une 
visite à cette école ne pourrait être prolongée plus de trois jours. 
Ce fut aussi Jôrgensen du petit Danemark et non pas un profes- 
seur des « grossen Vaterlandes », qu'Arnold choisit pour 
successeur quand âgé, fatigué et vénéré, il se retira de sou ser- 
vice. Cette offre fut pourtant déclinée par Jôrgensen, qui vou- 



— 239 — 

lait servir sa patrie, où il a appliqué les principes et les pro- 
cédés dont il a été le vaillant et l'intrépide champion. 

Je suis sûre que nous devons à Aufruf cette séparation d'é- 
lèves qui est aujourd'hui le mot d'ordre pour toute école de 
sourds-muets bien organisée. Cette séparation est la pierre 
fondamentale du célèbre instituteur de Sleswig et M. Engelke, 
son directeur habile et zélé, l'a appliqué depuis 1879, trois ans 
après la publication de Aûfruf. 

M. Bjûrset donne aussi une description de l'activité de Jor- 
gensen comme organisateur et directeur de l'Institution de Fre- 
dricia, « un des meilleurs établissements de sourds-muets 
notre temps », qu'il a appris à connaître à fond et à estimer pen- 
dant une visite de six mois qu'il y fit. Pour moi je regarde 
l'Institution de Fredricia comme notre école normale. 

Pour moi, ce livre est uu guide indispensable et intéressant 
que je consulte bien souvent et jamais sans profit. 

A. Segerstedt. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Un théâtre de sourds-muets. 

Dimanche; 19 décembre dernier, a eu lieu sur un petit 
théâtre d'amateurs, rue Turenne 23, une représentation donnée 
par des acteurs, tous sourds-muets. Cette représentation avait 
lieu sous les auspices de la Société Universelle qui saisit toutes 
les occasions de procurer à ses nombreux adhérents des distrac- 
tions saines et agréables. 

Malgré la neige qui ce jour-là, précisément, avait fait sa 
seconde apparition à Paris, la réunion a été des plus nombreuse 
et des mieux choisies. Des dames, des messieurs de tous âges 
étaient venus, même des points les plus éloignés de la capitale, 
apporter leurs encouragements aux jeunes acteurs. 



— 240 — 

Il va sans dire que la pantomime seule a été employée devant 
un public composé pour les trois quarts de sourds-muets. 

Le programme comportait deux pièceB : Y Affaire Arlequin 
et La Mère Michel et son chat. 

Les acteurs qui se sont le plus distingués, sont MM. Varenne, 
Maugenest, Goupil, Bertsch, Delion, Maréchal. 

Nos félicitations à ces jeunes gens qui ont consacré les heures 
de loisir que leur laissent les nécessités de la vie à apprendre 
chacun un rôle en vue de faire passer joyeusement une soirée 
d'hiver à leurs amis. Espérons qu'ils n'en 'resteront pas là et 
qu'à une prochaine représentation, ils nous donneront une 
pièce dans laquelle leurs dispositions se développeront davan- 
tage. 

Théobald. 

# 
# * 

Nécrologie. — M. l'abbé Balestra, chevalier de la Légion 
d'honneur, ancien directeur de l'Institution des sourds-muets de 
Cômeetdepuis Directeur de l'Institution de Buenos- Ayres vient 
de mourir dans cette ville. Personne n'a oublié la part que cet 
apôtre de la parole a joué dans la réforme importante qui s'est 
accomplie il y a quelques temps. L'Institution de Paris avait 
possédé pendant une année l'intrépide abbéquiavait laissé parmi 
le corps enseignant les meilleurs souvenirs. 

Nous avons également le regret d'annoncer à nos lecteurs 
la mort de M. Audibert, procureur-général de la Cour des 
Comptes et président de la Société Centrale d'éducation et d'as- 
sistance pour les sourds-muets en France. 



J^RIS JMP. fELHURD, 212, RUE flINT 



Etude Bibliographique et Iconographique 



SUR 



L'ABBÉ DE L'EPEE 



A.3D. BÉ!nL.-A.3SrC3-ER 

Professeur à [l'Institution nationale des Sourds • Muets de Paris 

AUGMENTÉE 

1° D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Épée, 
par J.-J, Valade-Gabel, ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 1852 par l'éminent instituteur français et qui n'a pas encore été publiée 

2° D'une étude sur les débuts, les progrès et le couronnement de 
l'œuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis, s/chef de bureau au 
Ministère de l'Intérieur. 

ORNÉE 

1° D'une eau-forte de Dumont, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2° De trois gravures (reproduction de deux médailles et 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



20 EXEMPLAIRES, PAPIER DU JAPON (numérotés de 1 à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAPIER DE HOLLANDE (numérotés de 21 à 250) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 franc 

(Poit en ans) 



Librairie Paul RITTI, 21, rue de Vaugirard, Paris 



TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES SOURDS-MUETS (Congrès de Paris) 
Comptes - rendus analytiques des séances 

Un volume, grand in-8 Prix. 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DEBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

X3£txr J. BtugentoJsler 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

l re année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

par le D* J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. 1 fr. 50 

Pirlt — lmp. Ptllutrd.r. St-Jtcques, MS 



Publication honorée d'une souscription du ministère de l'Intérieur 




-3~~~-^.: 



EEVUE FRANÇAISE 



DE L EDUCATION 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution natiouale ries Kourds-Mnets île Paris. 
.Membre de la Société des Etudes historiques 



Deuxième Année. — N° 11. — 1 er Février 1887. 



SOMMAIRE. — Théophile Denis. Causerie. Le premier instituteur des sourds- 
muets en France (suite). — O. Claveau. Statistique scolaire. (Lettre.) — 
Ad. Bélanger. L'éducation auriculaire des Sourds-Muets. — Notices sur les Ins- 
titutions françaises de Sourds-Muets, X. Institution de Bordeaux. — Tj. Jullian. 
Conférence sur renseignement de la lecture (suite). — Bibliographie interna- 
tionale. Hugentobler. Allemagne. — Ad. Bélanger. France. — Nécro- 
logie. — Informations et avis divei s. 




o-cr 



PARIS 

Librairie Pa.nl RITTI, 21, Rue de Vaugirerd &> 

I sse l^ 

- ^ - 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANC VISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chanibûry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insli- 
tu:ion nationale des Sourds-Muets de Paris. 



I MM. 

: Dupont, professeur à l'Institution nationale 

des Sourds-Muets de Paris. 
Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 

nationale des Sourds-Muets de Paris. 
| Grégoire, professeur à l'Institution des 
I Sourds-Muets de Bcrchem-Sainte-Agatlie. 

: Grosselin, chef du service sténographiée 
à la Chambre des Députés. 

| Huber (A.), professeur. 

! Hugentobler . J. directeur de l'Institution 

| des Sourds-Muets de Lyon. 

j Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds -Muets de Paris. 
Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

j Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

: Pustienne, receveur-économe à l'insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de L'or- 

I deaux. 
Rattel ;'D r ), médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 
Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paiis. 

Rohart ! l'Abbé), professeur à l'Institution 

des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 
Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des études 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Pans. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 

M. C. Renz, Conseiller royal, Stuttgart (Wurtemberg). 

M 110 Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlanls, à Stockholm. 

M. Van-Praagh, directeur de Y Association for the oral instruction of the Deaf and 
Dumb, Londres, 



lia Revue française de l'Education des sourds-muels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bib liographique . 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éduoation des Sourds -Muets 
2 m " année. — N° H Février 1887 



CAUSERIE 



Le premier instituteur des sourds-muets 
en France 

(Suite) (1) 

Le 4 octobre 1743, un jeune garçon de 12 à 13 ans, du nom 
d'Azy d'Etavigny, sourd-muet de naissance, entrait au collège 
de Beaumont-en-Auge. 

Il était depuis trois ans dans cet établissement, lorsque Pé- 
reire y fut appelé pour lui donner des leçons d'articulation, qui 
commencèrent le 13 juillet 1746. 

Quatre mois après, le 22 novembre, le R. P. Cazeaux, prieur 
de l'abbaye de Notre-Dame-de-Beaumont, présentait Péreire et 
son élève à ses collègues de l'Académie royale des Belles- Lettres 
de Caen, et prononçait, à cette occasion, un discours dont je 
me borne à citer le passage suivant : 

« M. d'Azy d'Etavigny est un fils unique, enfant de 

famille âgé de seize ans. Ses parents n'ont rien négligé pour 
découvrir si la surdité était incurable. Cette surdité ayant été 
jugée sans remède f M. d'Etavigny envoya son fils à Amiens 
pour le faire instruire avec quatre ou cinq autres muets qui s'y 
trouvaient, et qui étaient dirigés par un vieux sourd-muet, très 
habile à s'expliquer par signes. Le jeune d'Etavigny a passé 
sept à huit ans dans cette école ; il y a appris à demander par 
signes les choses les plus nécessaires à la vie... » 



(1) Voir le numéro précé lent de la Revue. 



— 242 — 

Voilà bien une école de sourds-muets. Et si d'Etavigny y est 
entré à l'âge de 5 ans, elle existait en 1735. 

Mais l'instituteur était déjà « vieux » à cette époque ; il est 
donc certain que l'ouverture de l'école remonte beaucoup plus 
loin. 

Ce maître, dit un peu dédaigneusement le P. Cazeaux, était 
un « vieux sourd-muet ». Il ne le nomme pas ! 

Après le discours du prieur et quelques explications données 
par Péreire, le jeune d'Etavigny fut. interrogé par les acadé- 
miciens^ normands. 

Parmi les personnages qui assistaient à cette séance solen- 
nelle, on remarquait, à côté de l'évêque de Bayeux. le P. André, 
qui devait faire paraître quelque temps après son mémoire : 
Divination sur Vart de faire parler les muets. 

Dans cet écrit, il est également question du « savant sourd- 
muet de Saint-Jean d'Amiens, qui, outre la lecture et l'écri- 
ture, savait l'arithmétique, les éléments d'Euclide, la méca- 
nique, le dessin, l'architecture, l'histoire sainte et profane et 
surtout celle de France ». 

Ce n'est déjà plus simplement le « vieux sourd-muet » du 
P. Cazeaux. Le maître de l'école d'Amiens est un « savant ». 

Fort bien; mais pourquoi ne pas le nommer? 

« J'ai voulu, ajoute le P. André, m'assurer par moi-même de 
son esprit et de ses talents, qu'on me vantait à toute he.ure. Je 
l'allai voir dans sa bibliothèque. Je lui fis entendre par son 
interprète, qui était un religieux de la maison, que je venais à 
son école. A l'ouverture du" livre, il me rendait un compte 
fidèle des matières contenues dans les ouvrages de science et de 
piété que je trouvais dans sa bibliothèque en assez grand 
nombre. » 

Le lecteur se figure peut-être qu'il va rencontrer, au cours 
de cet éloge, le nom de celui qui en est l'objet ? Erreur ! Le 
pauvre instituteur ne se trouve qu'incidemment sous la plume 
du P. André, comme sur les lèvres du P. Cazeaux. 

Après le P. Cazeaux et le P. André, voici Degérando qui se 
borne à constater qu'il y avait à Amiens « un vieux sourd^muet 
fort instruit qui donnait des leçons au jeune d'Etavigny. » 

Et il ajoute : 



— 243 — 

« On ne nous dit point si ce sourd-muet était atteint de cette 
infirmité dès su naissance, ni comment il avait acquis les nom- 
breuses connaissances dont son esprit était doué. » 

Puisque Degérando, qui s'est livré à tant d'autres recherches 
utiles, était pris du désir de connaître ce « vieux sourd-muet », 
on comprend difficilement qu'il n'ait pas dirigé ses investiga- 
tions du côté d'Amiens. 

Je m'explique mieux l'indifférence ou l'oubli du P. Cazeaux 
et du P. André. Leur attention était alors absorbée par les ré- 
sultats qu'obtenait Péreire dans l'instruction du jeune d'Eta- 
vigny. Ils avaient l'étonnement profond de gens assistant aux 
surhumaines manifestations d'un miracle. 

Ecoutez le P. Cazeaux : 

<i Hait jours après son arrivée à Beaumont, Péreire parvint 
à faire prononcer à -son disciple les mots : papa, maman ; il me 
l'amena aussitôt pour me donner le plaisir de l'entendre. Je 
vous avoue, Messieurs, que ma surprise fut extrême... » 

Cette surprise nous peut paraître naïve aujourd'hui ; mais il 
faut se rappeler qu'au moment où Péreire la provoquait, l'art 
de faire parler les sourds-muets n'avait pas encore été pratiqué 
en France, et que même bien peu de personnes savaient qu'il 
eût existé. 

Quant au P. André, à qui Péreire « n'a pas cru devoir révéler 
son secret », il était dévoré de l'ardent désir de le deviner. On 
connaît les questions qui forment le préambule de son discours : 
« Comment M. Péreire a-t-il pu apprendre à son élève, M. d'Azy 
d'Etavigny à prononcer distinctement des sons, articuler des 
mots, des phrases entières, sans avoir pu les faire entendre à 
l'oreille ?... » 

Donc, il n'est pas étonnant, comme je le disais, que le « vieux 
sourd et muet » d'Amiens ait été relativement dédaigné par 
ces personnages, qui fixaient toute leur curiosité sur une mer- 
veille du temps. 

Mais Degérando?... Comment n'a-t-il pas été dépité, comme 
moi, d'entendre traiter tout cavalièrement de « vieux sourd- 
muet » un homme à qui l'on reconnaissait une science si étendue, 
et qui, par conséquent, devait être un instituteur d'une cer- 
taine distinction? Comment n'a-t-il pas cherché à le replacer, 



— 244 — 

dans son livre, au rang qu'il méritait ? Comment n'a-t-il pas 
demandé son nom? 

Je l'ai demandé, ce nom, et je l'ai trouvé. 

Par exemple, je vous avoue tout de suite que je suis arrivé à 
ce résultat sans la moindre peine. 

Mis en relations avec M. le comte Robert de Guyencourt, 
membre distingué de la Société des antiquaires de Picardie, je 
l'ai prié, en cherchant, par quelques détail, à l'intéresser à 
mon vieux sourd-muet, de m'indiquer.les moyens de faire plus 
ample connaissance avec son compatriote. 

La réponse m'arrivait par le retour du courrier. Je n'avais 
qu'à consulter le P. Daire {Histoire de la ville d'Amiens) et le 
D r Goze {Histoire des rues d'Amiens). 

C'est ce que j'ai fait, et* vous allez savoir ce qu'ils m'ont 
appris. 



Le savant sourd-muet d'Amiens, dont le P. André a visité 
l'école vers 1746, se nommait Etienne de Fat. 

Il était sourd-muet de naissance, particularité que Degé- 
rando tenait surtout à savoir. 

Il avait été élevé, à partir de l'âge de cinq ans, à l'abbaye 
de Saint-Jean d'Amiens, ordre des Prémontrés. 

Son instruction fut si habilement dirigée que ses maîtres, — 
encore des ignorés ! — qu'ilsparvinrentàfaire de lui un mathéma- 
ticien, un érudit, un architecte, un sculpteur, enfin un homme 
d'un savoir universel. 

Nous avons vu tous les mérites que le P. André avait re- 
connus à cet instituteur si étonnant et si complet. 

Je découvre, à mon tour, à travers les pages mentionnées 
plus haut, que les stalles de l'abbaye de Saint-Jean, « avec les 
figures des saints canonisés parmi les Prémontrés, et leurs dos- 
siers fleurdelysés », avaient été sculptées en partie par Etienne 
de Fay. 

C'était encore à lui qu'on devait « la belle architecture » des 
édifices du couvent. Ces bâtiments existent toujours ; on y a 



— 245 — 

installé le "lycée d'Amiens. Le P. Daire a soin de faire remar- 
quer qu'Etienne de Fay était d'ailleurs « en réputation d'habile 
architecte. » 

C'était un véritable artiste. 

La bibliothèque communale d'Amiens possède un manuscrit 
en deux volumes, dans lequel Etienne de Fay a consigné, sous 
le modeste titre de : Description dun cabinet et d'un mèdailler, 
toutes les richesses que renfermaient la bibliothèque et l'abbaye 
de Saint-Jean. Ces deux volumes sont remplis de dessins lavés 
à l'encre de Chine. 

C'est vers 1712 qu'Etienne de Fay travaillait, comme archi- 
tecte, à la réédification de la maison abbatiale des Prémontrés. 
Il est décédé, suppose-t-on, vers 1750. S'il était déjà, en 1735, 
le « vieux » sourd-muet du P. Cazeaux, nous devons être bien 
près dé la vérité en lui donnant, à sa mort, l'âge de 80 ans 
Dana ce cas, il serait né vers 1G70, c'est-à-dire à l'époque où se 
produisait un fait qui se rattache à l'enseignement des sourds- 
muets en France, et que M. Vaïsse a relevé en des termes qui 
corroborent singulièrement les réflexions que j'ai émises au 
début de cette causerie : « L'histoire des éducations de sourds- 
muets en France, dit M, Vaïsse, remonte plus haut que Péreur, 
puisque, en 1669, le parlement de Toulouse validait le testa- 
ment olographe d'un sourd de naissance, lequel avait appris, on 
ignore, il est vrai, par les soins de quel maître, à s'exprimer 
par écrit » . 

Je ne désespère pas de découvrir des dates dont l'exactitude 
ne laissera pas les doutes de celles que je viens d'indiquer. 

Aussi bien, je ne considère nullement ma tâche comme 
achevée. 

J'avais hâte de faire connaître le nom de l'ancien instituteur 
d'Amiens. Un beau nom, ai- je dit. En effet, Etienne de Fay 
appartenait à une famille de la plus haute noblesse de Picardie. 
Il comptait, parmi ses ancêtres, le chevalier Godmart de Fay, 
celui-là même que Froissart nous montre au premier rang des 
vaillants défenseurs de la ville de Tournay, en 1340, et, plus 
tard, disputant, avec un héroïsme mal récompensé, le fameux 
passage de la Somme, dit 1» gué de Blanquetaque, aux troupes 
d'Edouard d'Angleterre, la veille de la bataille de Crécy. 



— 246 — 

Maintenant que je me suis donné la satisfaction d'arracher à 
l'oubli le nom d'Etienne de Fay, je comprends tout l'intérêt 
qu'il y aurait à reconstituer l'école de ce digne maître. 

C'est une entreprise que j'aborderai quelque jour, quand mes 
loisirs me permettront" d'aller remuer quelques archives amié- 
noises, à moins que je n'aie la bonne fortune d'être devancé, 
dans mes recherches, par l'aimable savant qui a bien voulu me 
prêter une première fois sa précieuse collaboration. 

Théophile Denis. 



STATISTIQUE SCOLAIRE 

M. 0. Claveau nous communique, avec prière de Finsérer, la 
lettre suivante, adressée par lui à M. Véditewr de la € Revue 
internationale des Sourds-Muets. ~s> 

Paris, 15 janvier 1887. 
Monsieur l'Editeur, 

La Revue internationale a reproduit dans son numéro de jan- 
vier nn article publié par un journal de la Haute-Vienne sous 
la signature F. C, et relatif à la statistique scolaire des sourds- 
muets. Cet article attaque sur un point important les conclu- 
sions de mon dernier rapport à M. le Ministre de l'Intérieur. 
J'y relève des erreurs de fait tellement graves que je ne puis 
les laisser passer sans protestation, dans l'intérêt de la vérité et 
aussi pour l'honneur de notre pays. 

Au dire de l'auteur, et c'est là que s'ouvre sa discussion, « il 
n'a jamais été fait (en France) de recensement de la population 
totale des sourds-muets ». Je me bornerai à lui faire connaître 
que ce travail a été fait plus d'une fois et que, plus d'une fois 
aussi, les résultats en ont été publiés en détail par le service de 



— 247 — 

la statistique générale de France (voir, par exemple, Dénombre- 
ment- de 1872, volume publié en 1874, pages 111 et suivantes; 
Dénombrement de 1876, volume publié en 1878, pages 224 et 
suivantes). Je n'ai pas d'ailleurs à m'étendre ici sur les motifs 
qui ont décidé la commission chargée d'organisé? les derniers 
recensements généraux de la population à écarter du pro- 
gramme des recherches, principalement dans un but de simpli- 
fication, la statistique des infirmités. 

Je dois insister davantage sur le procédé de critique dirigé 
contre le résultat de mes recherches personnelles. Pour arriver 
à évaluer le nombre de jeunes sourds-muets qui se trouvent 
écartés des institutions publiques « M. Claveau, dit l'auteur de 
« l'article, prend pour base les relevés nominatife fournis par 
« les administrations départementales, au sujet des sourds- 
« muets dont l'admission dans les écoles spéciales a été solli- 
« citée ; mais, comme beaucoup de parents n'ont fait aucune 
« déclaration, il en résulte que le nombre précité est erroné. » 

L'écrivain qui m'exécute de cette façon sommaire se presse 
vraiment trop d'affirmer et de triompher. Je dois croire qu'il 
n'a pas lu, dans le rapport qu'il critique, la page où se trouve 
précisément prévue et étudiée l'objection présentée aujourd'hui 
par lui comme victorieuse. « Il peut y avoir, disions-nous, au 
« fond de quelques campagnes reculées, des parents pauvres 
« qui ignorent les ressources mises par la charité publique ou 
« privée au service de l'éducation des enfants sourds-muets; 
« mais on a plus de sujet de croire que les familles indigentes 
« savent s'enquérir des moyens d'alléger les charges que fait 
« peser sur elles l'infirmité d'un enfant. » Pour preuve, nous 
faisions remarquer que les listes d'inscription, établies dans lés 
préfectures en 1885, en vue des admissions dans les'institutions 
spéciales, comprenaient pour plus des trois-cinquièmes les noms 
d'enfants sourds- muets qui ne devaient atteindre qu'au bout 
d'une ou plusieurs années l'âge réglementaire d'admission. On 
voit que non-seulement les familles savent 1 demander, et l'intérêt 
personnel les y porte à tous les points de vue, mais encore 
qu'elles savent très bien s'y prendre à l'avance pour demander. 

Il est vrai qu'on m'oppose les résultats d'une statistique ré- 
cemment dressée pour le département de la Haute-Vienne, et 



— 248 — 

c'est là que se place la plus étonnante des méprises imputables à 
l'auteur de Particle. On a recherché., noua dit-il, quel est « parmi 
« les enfants qui ont de 6 ans révolus à 15 ans. c'est-à-dire dans 
« l'âge de la scolarité {sic) », le nombre de ceux qui, suivamXson 
expression, « supportent leur cruelle infirmité en attendant l'ap- 
« plication de la loi ». Pour le département de la Haute-Vienne, 
ce nombre d'enfants non encore admis au bénéfice de l'instruc- 
tion serait de 34, et l'on ajoute : « Si cette proportion était la 
(( même pour tous les départements, en tenant compte de la 
« population de la Haute-Vienne, le nombre indiqué par 
« M. Claveau pourrait presque être décuplé. » 

L'auteur de ce calcul a tout simplement oublié ou il ignore 
que, par la* force des choses et dans la pratique constante de 
presque tontes les institutions spéciales, la période de scolarité 
commence, pour les sourds-muets, trois ou quatre ans plus 
tard que pour les enfants doués de tous leurs sens. Sa méthode 
de critique est donc tout juste à la hauteur de celle qui consis- 
terait à rechercher s'il y a, dans les écoles primaires ordinaires, 
des enfants entendants de 2 à 6 ans ou de 3 à 6 ans, et à se récrier 
sur ce qu'il ne s'en trouve pas. 

Je dois, au surplus, rappeler que, dans mon rapport, inséré 
au Journal officiel de janvier 1886. j'ai noté avec soin cette 
circonstance que le nombre véritablement bien restreint, des 
jeunes sourds-muets malheureusement privés du bénéfice diune 
instruction régulière est très inégalement réparti entre les divers 
départements. Un calcul -s'applifluant à une portion limitée du 
territoire, fût-il aussi exact qu'est défectueux celui de M. F. C, 
ne saurait infirmer les résultats généraux. Qu'il me soit permis 
d'ajouter que, par une heureuse fortune, j'ai pu établir ces ré- 
sultats en employant plusieurs procédés différents d'investiga- 
tion indiqués dans mon rapport et qui, se contrôlant les uns par 
les autres, offrent par leur concordance des garanties précieuses 
d'exactitude. En affirmant que la France est tout près d'at- 
teindre, en ce qui concerne l'éducation de sourds-muets, à la 
situation des nations les plus favorisées, je me sens assuré d'être 
dans le vrai et d'en avoir apporté la preuve. 

J'attends de votre impartialité, Monsieur l'Editeur, l'inser- 



— 249 — 

tion de ma réponse dans le numéro de février de votre Revue- 
et fai l'honneur de vous remercier à l'avance de cette inser, 
tion. 

O. Claveau. 



L'ÉDUCATION AURICULAIRE 

DES 

Soxzirdls-]VdCiaets 



En parlant de l'éducation auriculaire des sourds-muets, 
nous ne voulons pas dire que, chez tous nos élèves, il serait 
possible de développer l'audition de façon à leur permettre dé 
se servir utilement de l'oreille; cependant, nous avons hâte 
d'ajouter qu'il n'est pas non plus dans notre .pensée de res- 
treindre à ceux qu'on appelle communément les demi-sourds, 
bien qu'ils soient relativement plus nombreux qu'on semble le' 
croire, cette éducation qui marquera, nous n'en doutons pas, 
un nouveau pas en avant dans la voie du progrès pour nos 
écoles de sourds-muets. 

Notre collègue, M. Raymond, dans un récent discours de 
distribution de prix, rappelait les expériences entreprises par le 
D r Itard au commencement de ce siècle. 

Entré le premier dans cette voie, Je médecin en chef de l'Ins- 
titution de Paris fit lui-même l'éducation auriculaire de trois 
élèves do l'Institution, se servant, pour exciter le sens auditif, 
des sons de la cloche, d'un timbre, du tambour, de la flûte, de 
la voix, et ajoutant à ces divers moyens le toucher et l'usage 
d'un coruet acoustique. Le succès couronna ses efforts, deux de 
ses élèves étaient arrivés à répéter les mots qui étaient pro- 
noncés près d'eux. 

Dans le savant travail sur les cornets acoustiques que notre 
collaborateur, M. le D r Rattel, a publié dans la Bévue française, 



— 250 — 

nos confrères ont pu se rendre un compte exact de tous les 
essais tentés dans le but d'arriver à développer l'acuité audi- 
tive à l'aide de cornets ou d'appareils acoustiques. Nos" lecteurs 
ont pu lire les observations si curieuses et si concluantes re- 
cueillies par Toynbee en 1 857. Aussi, M. le D r Rattel n'hési- 
tait-il pas à dire, comme conclusion de son travail : 

<( La possibilité de développer l'acuité auditive au moyen de 
cornets acoustiques, nous paraît une raison suffisante pour en- 
gager les professeurs de sourds-muets à en faire usage dans leur 
enseignement. Nous souhaitons ardemment que des essais mé- 
thodiques et patients apportent, dans un avenir prochain, non 
pas un remède à la surdi-mutité, mais un moyen de plus pour 
arriver à développer le cœur et l'esprit de ces déshérités si 
dignes d'intérêt. • 

L'Amérique a lait un pas de plus dans ce sens, et plusieurs 
institutions ont formé des classes aurales, dans lesquelles le3 
succès obtenus sont venus confirmer les professeurs dans la voie 
qu'Us suivaient. 

Aussi étions- nousheureux d'entendre notre collègue, M. Ray- 
mond lorsqu'il disait dans son dernier travail : 

«Si faibles et si défectueuses que soient les impressions trans- 
mises par une oreille malade, nous croyons possible, ep forçant 
l'attention, d'ameper cette oreille, d'abord à distinguer des 
sons d'intensité différente, à les comparer, et enfin à leur atta- 
cher la valeur qu'ils ont dans la langue parlée. De nombreuses 
expériences nous prouvent que si l'on ne guérit pas l'infirmité, 
on peut du moins, par une éducation spéciale, réveiller l'atten- 
tion et l'exercer ; l'on voit alors des sensations méconnues et 
confuses, acquérir progressivement un caractère inattendu ; 
l'enfant ne devient pas plus capable d'entendre, il apprend à 
mieux écouter. » 

Notre expérience personnelle nous a permis de constater 
aussi la possibilité d'arriver à un résultat que nous n'osions 
espérer. 

Obs. C'était vers la fin de. 1878, on présenta au Directeur de 
l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris le jeune 
René B., devenu sourd à la suite d'une méningite à l'âge de 
2 ans , les parents désiraient faire instruire leur fils, et l'Insti- 



— 251 — 

tution nationale leur avait été particulièrement recommandée. 
L'enfant était jeune et paraissait intelligent, il ne prononçait 
que quelques mots d'une façon inintelligible. 

Le directeur engagea les parents à prendre un professeur 
particulier et nous fit l'honneur de nous mettre en relation avec 
la famille. 

La méthode orale n'avait pas encore pris sa place dans la 
maison de l'abbé de l'Epée; ne croy-ant pas à la possibilité de 
la lecture sur les lèvres, mais persuadé cependant que l'enfant 
arriverait à parler, nous voulûmes nous servir du degré d'audi- 
tion qui restait. Nous donnâmes donc à J'enfant des leçons 
d'articulation dans lesquelles la vue, le toucher et l'ouïe tenaient 
chacun leur place. L'enfant apprit ainsi à articuler ; des leçons 
de langue française suivirent, l'écriture et l'oreille seules furent 
mises en jeu, et la lecture sur les lèvres, j'ai dit plus haut 
pourquoi, fut évitée avec le plus grand soin. Les parents secon- 
dèrent activement le professeur et, sur notre recommandation, 
on parlait à l'enfant et on le faisait parler du matin au soir. 

Encouragé par les résultats obtenus au bout de .deux année?, 
je recommandais de baisser sensiblement le ton de la voix et de 
parler plus doucement à l'oreille ; inutile d'ajouter qu'on arti- 
culait lentement, bien distinctement, et que souvent il fallait 
néanmoins répéter plusieurs fois le même mot. 

On arriva ainsi, progressivement, à faire saisir par l'oreille 
une phrase qui, au début, n'était comprise qu'après avoir été 
prononcée deux ou trois, fois. 

Aujourd'hui, René B. est un. jeune, homme de 18 ans, avec 
lequel ses parents et ses amis peuvent entretenir une conversa- 
tion 'quelconque à l'aide de l'oreille, il suit des cours de pein- 
ture et reçoit de son professeur, sans aucune difficulté, les con- 
seils et les explications nécessaires. 

De l'ensemble de ces' faits, nos lecteurs ont pu conclure, et 
c'est pour nous une conviction profonde, que certains enfants 
réputés demi-sourds arriveraient à un résultat semblable. 

Ad. Bélanger. 

(Â suivre.) 



— 252 — 

NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds - Muets 



INSTITUTION DE BORDEAUX 

(garçons) 

Dirigée par M. l'ak>fc>é Ga'issens et les Frères 
cle Sa.int-Ga.brie! 



En 1859, le Gouvernement affecta exclusivement, l'Institu- 
tion de Bordeaux aux sourdes-muettes et celle de Paris aux 
sourds-muets. La Gironde et les départements voisins restaient 
donc sans école de sourds-muets. 

M. l'abbé E. Gaussens, Anmônier des Sourdes-Muettes, ému 
de compassion, et bien que n'ayant pas de fortune personnelle, 
jeta résolument, au mois de juillet 1870, les fondements d'une 
école destinée aux garçons. 

Cette institution fut autorisée par le Ministre de l'Intérieur, 
et hautement encouragée par Son Eminence le cardinal Donnet , 
par le préfet de la Gironde et par le maire de Bordeaux. 

Elle reçut d'abord onze élèves et fut confiée à la direction 
d'un sourd parlant qui, outre une excellente éducation litté- 
raire, connaissait à fond la méthode des signes. 

L'année suivante, le Conseil municipal vota la somme de 
100 francs, portée depuis à 1 50 francs pour chaque élève pauvre 
de la ville de Bordeaux, et le conseil général de la Gironde 
accorda une subvention annuelle de 500 francs, convertie de- 
puis en deux demi-bourses. Les conseils généraux des départe- 
ments voisins (Lot-et-Garonne, Dordogne, Lot) envoyant dés 
élèves à l'école, ont également fondé quelques demi-bourses. 

Mais le nombre des élèves augmentait et la maison louée au 



— 253 — 

commencement devint insuffisante. Après la location d'un 
nouvel immeuble (1874), M. l'abbé Gaussens acheta, le 
25 août 1877, un vaste emplacement, arec maison d'habitation, 
situé rue de Marseille et boulevard de Caudéran, dans un des 
quartiers les plus sains et les plus élevés de la ville. La maison 
dut être considérablement agrandie et plus que doublée, et, 
dans cette nouvelle installation, une vaste salle fut destinée à 
servir de chapelle. Chaque dimanche, les offices y sont célébrés ; 
les habitants des environs, à qui elle est ouverte, y viennent 
aussi. 

Cependant la charité de' M. l'abbé Gaussens grandissait à 
mesure que se développait sa maison. A côté des sourds-muets, 
il rêvait de recueillir et d'adopter aussi des aveugles. Son projet, 
retardé par diverses circonstances, put enfin être réalisé au 
commencement de l'année 1881. Mais de graves difficultés 
s'étaient, à plusieurs reprises, élevées dans la maison. Le per- 
sonnel qui, pendant quelque temps seulement, avait été mis 
sons la direction immédiate et la surveillance d'un ecclésias- 
tique, ne répondait pas absolument aux désirs du zélé fonda- 
teur. C'est alors qu'il se décida à appeler à son aide les frères 
de Saint- Gabriel, si dévoués et si habiles dans l'éducation des 
aveugles des sourds-muets. On était alors en octobre 1881. 

Jusqu'à cette époque, on avait exclusivement employé pour 
les sourds-muets la méthode mimique. Dès l'arrivée des nou- 
veaux professeurs, on commença à mettre en usage la méthode 
orale, et actuellement on ne se sert plus que de la parole. Les 
signes sont absolument interdits, même durant les récréations 
et les promenades. Les résultats les plus satisfaisants ont été 
obtenus par cette méthode. 

L'école a reçu depuis sa fondation 125 élèves. Elle en compte 
actuellement 45, dont 37 sourds-muets et 8 aveugles. Six frères 
dirigent l'école et donnent l'instruction aux enfants. Us sont 
aidés par un répétiteur de musique pour les aveugles, par un 
maître menuisier et un maître cordonnier pour les sourds- 
muets. 

La maison est prospère malgré la modicité des ressources 
annuelles, lies pensions des élèves sont fort minimes ; les demi- 
bourses sont peu nombreuses .et quelques-unes insuffisantes, 



— 254 — 

M. l'abbé Gaussens, puissamment aidé par la charité borde- 
laise, vraiment inépuisable, et à force de travail personnel, par- 
vient à faire vivre et instruire ces petits, à qui il s'est dévoué 
tout entier, et qu'à juste titre il appelle ses enfants. 

X... 



a onsrjFiËJiEeE kt ce 
SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE 

et la correction des vices de prononciation 

D'APRÈS LA MÉTHODE NATURELLE 
(Suite). 

CHAPITRE III 

REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DES ÉLÉMENTS PHONÉTIQUES 
DE LA PAROLE OU ÉCRITURE 



Pour trois touches {p, t, &,— c = qu), il n'y a aucun fait au- 
ditif coexistant ; aussi ces touches sont-elles appelées muettes 
Mais toutes les autres : 

h...,m..,f. , v.., ch..,j.., l..,n.., r.., d.., s.., z..,yn.., ill = 
i...,g...,gu.. t 

font entendre des sifflements, des murmures bucaux ou laryn- 
giens, parfaitement distincts les uns des. autres. 

Et comme il faut désigner les consonnes par une appellation 
nous agissons absolument comme nous l'avons fait pour les 
voyelles : nous formons cette appellation de deux é'éments : la 
touche et \vfait auditif, c'est-à-dire, la touche, et les sifflements 



— 255 — 

ou les murmures qui l'accompagnent, si les consonnes sont 
sifflantes ou murmurantes ; et si la consonne est muette, l'appel- 
lation ne se compose que de la production muette de la touche, 
{p, t, k—r, = qu){\). 

L'appellation "des consonnes, comme celle des voyelles, est 
donc conforme à la réalité des faits acoustiques et physiologi- 
ques ; elle est naturelle, et contribue aussi efficacement que 
possible à l'enseignement de la lecture et de la parole. 

Clavier des consonnes. 

Le clavier de3 consonnes est l'ensemble des touches-con- 
sonnes. 

Si, vous plaçant devant une glace, vous répétez attentive- 
ment l'expérience que j'ai faite devant vous, vous reconnaîtrez 
sans peine que les touches de cinq consonnes sont situées hors 
de la bouche, sur les lèvres ; ce sont les touches labiales .• p. S, 
m, f; v, les trois premières sur la lèvre supérieure ; les deux 
suivantes./, v, sur la lèvre inférieure. 

Toutes les autres touches, au nombre de treize, sont dans 
l'intérieur de la bouche, et ont la langue pour organe princi- 
pal , ce sont les touches linguales : ch, j, l, n, r, t, d, s, s, gn, 
ill = i, k = c =qu, g = gu; et si vous les produisez dans 
l'ordre où elles sont placées ici, vous verrez que la pointe de la 
langue décrit un arc dont l'extrémité supérieure se trouve à 
peu près au tiers antérieur de la voûte du palais, et l'extrémité 
inférieure, à la racine des incisives inférieures,' ou un peu en 
arrière, suivant la voyelle modifiée. 

Ces positions successives de la pointe de" la langue vous sont 
indiquées par la figure que je mets sous vos yeux. (Voir page 
suivante). 

Cette figure représente une coupe verticale et médiane de la 



(1) Pour le sourd-muet, l'appellation des voyelles et des consonnes ne se 
compose que du premier élément, la touche vocale, le second élément n'étant 
pas perçu par eui, quoiqu'ils le produisent. 



— 256 — 

cavité buccale, et montre que les touches de cinq consonnes 
sont situées hors de la bouche, sur les lèvres ; ce sont les touches 
labiales p, b, m,/, v. 

Toutes les autres touches, au nombre de treize, sont dans 
l'intérieur de la bouche,- et ont la langue pour organe principal. 
Ce sont les louches linguales. 




1. Fosses nasales. — 2. Voûtes du palais. — Voile du pal Us. — 1. Isthme 
du gosier. — 5. Langue, dont le volume a été réduit pour ménager l'espace. 
— 6. Pharynx. — ". Epiglotte. -=- 8. Œsophage, — 9. Narine, orifice externe 
des fosses nasales.— 10. Lèvre supérieure.— 11. Lèvre inférieure.— 12. Muscle 
génio-hyoïdien. élévateur, du larynx par l'intermédiaire du muscle thyro-liyoïdicn. 
13. — Coupe de l'os hyoïde. — 11. Muscle tliyro-hyoïdicn. — 15. Larynx. 

Pour la- description de chaque touche consonne, voir première 



— 257 — 

conférence, p. 17 et suivantes, et méthode générale d'ortho- 
phonie, p. 61, 102. 

N. B. —Veillez bien à la prononciation" des consonnes, et 
vous donnerez à vos élèves une prononciation correcte. 



Classification des consonnes. 

Toute classification doit rapprocher des individus présentant 
des caractères communs, afin d'en rendre Pétude plus facile, 

Les classifications naturelles sont les plus utiles, parce qu'elles 
rapprochent les individus d'après leurs caractères essentiels, et 
font ainsi mieux connaître les analogies de leur constitution 
intime. 

Consonnes de la voix basse 

Notre classification a pour objet les con.onnes de la voix 
basse, et repose sur deux éléments physiologiques : 

1° Les organes articulateurs, dont les positions, les mouve- 
ments ou les rapports, déterminent la production des con- 
sonnes ; 

2° L'effort de prononciation que les consonnes exigent, seules 
ou suivies d'une voyelle. Cet effort s'apprécie en recevant sur le 
dos de la main, le souffle qui vient de la poitrine. 

La première considération fait classer les consonnes en 
labiales muettes, labiales sifflantes, etc. 

La seconde, en fortes et en douces. 

Cette classification a son utilité dans l'enseignement de la 
parole aux sourds-Tnuets, dans l'enseignement de la lecture aux 
entendants parlants, et dans la correction des vices de pronon- 
ciation. 

Dans le tableau placé sous vos yeux, les consonnes sont dis- 
posées : 1° dans le sens horizontal par espèces physiologiques, 
d'après les organes articulateurs ; 2° dans le sens vertical, par 
ordre de fortes et de douces. (Voir plus loin, le tableau des 
éléments phonétiques de la langue française.) 



— 258 — 

Remarque importante sur les consonnes 
de la voix haute. 

Notre classification repose avons-nous dit, sur les caractères 
des consonnes de la voix basse. 

Si l'on passe à la parole à haute voix, on s'assure que toutes 
les consonnes conservent les mêmes touches, mais que certaines 
d'entre elles présentent en outre, des phénomènes vibratoires 
relevant à la fois des sons du toucher et de celui de l'ouïe, phé- 
nomènes dont il est fort utile de tenir compte dans l'enseigne- 
ment de la lecture et surtout dans l'enseignement de la parole 
aux sourds-muets. 

Ainsi, aux éléments purement bucaux des consonnes de la pa 
rôle à voix basse, s'ajoutent, pour certaines d'entre elles, dans la 
parole à hante voix, des murmures laryngiens nécessairement 
accompagnés de vibrations musculaires aux régions sur et sous- 
laryngiennes, s'étendant, d'une part, du larynx à toutes les 
parois de la poitrine. Comme nous l'avons fait remarquer à 
propos des voyelles, le larynx vibrant pendant l'émission de 
certaines consonnes, communique ses vibrations aux organes 
qui sont en relations anatomiques avec lui. 

Dans la parole à haute voix, toutes les consonnes douces sont 
accompagnées de murmures laryngiens avec vibrations laryn- 
giennes et musculaires aux régions indiquées plus haut, tandis 
que ces phénomènes n'existent pas pour les consonnes fortes. 

Dans la voix basse, le r seul présente des vibrations ; et ces 
vibrations qui lui sont propres, c'est-à-dire indépendantes des 
vibrations laryngiennes, produisent un bruit de roulement bucal 
avec vibrations sous-maxillaires. Dans la voix haute, le r ajoute 
à ces caractères un murmure et un mouvement vibratoire 
laryngiens. 

Ainsi trois faits : force du souffle, murmures laryngiens et 
sensations tactiles résultant de mouvements vibratoires, servent 
à distinguer parfaitement les consonnes douces d'avec tes fortes.. 

Par ces faits : les labiales douces, b, m, se distinguent de leur 
forte muette p, et se distinguent entre elles ; 

De même, les douces v, d, z, j, g, se distinguent de leurs 
fortes/, t, s, ch, k. 



— 259 — 

Quant aux consonnes n, gn, ill = *', l, r, elles sont murmu- 
rantes et se distinguent parfaitement les unes des autres. 

Les muettes p et i sont parfaitement perceptibles par la vue ; 
— les gutturales sont facilement saisies par les yeux, aussi, 
grâce à la position de la langue derrière les incisives infé- 
rieures, et aux contractions concomitantes qui se produisent sur 
la face de celui qui les prononce. 

L'appellation naturelle des consonnes est donc parfaitement 
perceptible par la vue, l'ouïe et le tact, et entre logiquement 
avec ses heureuses conséquences, dans l'enseignement de la 
lecture aux entendants-parlants, et de la parole aux sourds- 
muets. 

NOTA. — Ces remarques diverses touchant l'appellation des 
voyelles et des consonnes sont certainement utile en ce qui 
regarde les sourds-muets ; mais, pour la plupart du moins, ne 
sont-elles pas superflues à l'égard des élèves de nos écoles pri- 
maires ? Ne suffit-il pas qu'ils aient vu une fois le rapport qui 
existe entre une touche vocale quelconque, le son et le signe 
graphique correspondants, pour que l'un de ces faits rappelle 
immédiatement les deux autres ? Dictez donc à vos élèves des 
séries de syllabes ou de mots ; et à l'instant ces groupes phoné- 
tiques décomposés par l'oreille des enfants seront traduits en 
écriture avec une orthographe convenable. — (Cette dernière 
phrase est une anticipation sur le chapitre suivant.) 

L. Jullian, 

Ancien directeur de l'École normale de Montpellier 

(A suivre) 



- 260 — 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



ALLEMAGNE 



Taubstummen-Lehrer-Kalender pour 1887, par Reuschert. Librairie 
Beyer et fils. Langensaha. Prix : 2 francs. 

L'Almanach de l'Instituteur étant assez connu en Allemagne, 
M. Reuschet, professeur à l'Institution de Sourds-Muets de 
Metz, a eu l'heureuse inspiration d'en confectionner un nou- 
veau, destiné tout spécialement à l'instituteur de sourds-muets. 

Cet opuscule contient : un tableau chronologique, un calen- 
drarium,, des indications astronomiques, un agenda divisé par 
semaine, tmplan de leçons, une liste des élèves, des notes histo- 
riques sur l'enseignement des sourds-muets en Alsace-Lorraine, 
une liste des publications les plus récentes, une statistique com- 
plète des institutions de sourds-muets de l'Allemagne, une carte 
des chemins de fer allemands et des pays avoisinants. 

L'ensemble forme un gracieux petit volume de, poche, relié 
en toile et peu encombrant. Nous le recommandons à tous nos 
confrères quelque peu au courant de l'allemand et principale- 
ment à tous ceux qui. ont l'intention d'assister cette année au 
4 e Congrès international de Francfort-sur-le-Mein. 

Nous croyons utile de rappeler ici à nos lecteurs la belle 
carte générale des institutions de sourds-muets, d'aveugles et d'en- 
fants arriérés de V Allemagne, due également aux incessants la- 
beurs de M. Reuschert, auquel nous souhaitons les meilleurs 
succès pour l'une et l'autre de ces intéressantes publications. 

J. Hugentobler. 



— 261 — 

FRANCE 



L. Pustienne. Petits récits d'Histoire de Franee, à l'usage des 
élèves de l'Institution nationale, des Sourds-Muets de Bordeaux. 
Deuxième partie, depuis 1461 jusqu'en 1789. Bordeaux, V.' Crespy, 
1886. 

Nous sommes heureux de signaler à l'attention de nos lec- 
teurs ce nouveau livre de notre collaborateur et ami M. Pus- 
tienne, 

Quoique nous ayons déjà eu occasion de dire tout le bien que 
nous pensons de ce travail, lors de l'apparition de la première 
partie, il y a deux ans-; nous ne pouvons nous empêcher de 
recommencer aujourd'hui. 

Ce nouveau volume, dédié à M. le Ministre de l'Intérieur, 
est consacré à l'histoire moderne et, en cinquante leçons, va du 
règne de Louis XI à la Révolution française. Outre les réca- 
pitulations qui suivent chaque série de leçons, l'auteur a ajouté 
un questionnaire se rapportant à chacune d'elles ; cette amélio- 
ration importante sera très goûtée des professeurs dont elle fa- 
cilite singulièrement la tâche. 

Nous ne pouvons que former des vœux pour que l'exemple de 
M. Pustienne soit suivi par d'autres et que chaque branche de 
notre enseignement soit pourvue de livres spéciaux à l'usage de 
nos élèves. La première partie du travail de M. Pustienne est 
entre les mains de tous; nous ne doutons pas que la seconde ne 
reçoive le même accueil sympathique et empressé. Tous y trou- 
veront la -simplicité dans le style, en même temps que la clarté 
et la précision, qualités éminemment nécessaires quand on 
s'adresse à des sourds-muets. 



Ad. Bélanger. 



262 — 



NÉCROLOGIE 



L'Abbé Balestra 



Un maître en l'art d'écrire comme en l'art d'enseigner 
M. l'abbé Tarra, s'est chargé de faire l'éloge funèbre de Sera- 
fino Balestra, l'infatigable « Apôtre de la parole. Il était juste, 
sans doute, que l'hommage solennel rendu à l'ancien directeur 
de l'Institution de Côme partit d'abord de cette terre d'Italie 
où s'était exercée dans tant de branches diverses du savoir et 
de la charité, l'activité de cette intelligence distinguée et de 
de cette âme généreuse. Aussi bien, moins sûrement informés 
ici qu'on ne l'avait été à Côme, ses amis de France s'étaient- 
ils flattés de quelques espérances, tristement déçues aujourd'hui, 
permises toutefois lorsque se répandit, comme une annonce un 
peu vague, le bruit de la mort de l'abbé Balestra. Le hardi 
pionnier du progrès s'était avancé si loin dans ses courses un 
peu aventureuses ; absorbé par son œuvre, il s'était fait si invi- 
sible pour ceux-là même qui eussent le plus désiré de le suivre 
par la pensée, qu'on pouvait se prendre à douter en recevant la 
funeste nouvelle, arrivée du Nouveau-Monde. Il nous semblait 
qu'un jour viendrait encore où nous verrions apparaître la 
figure souriante et sympathique de l'abbé Balestra, avec la pa- 
role toujours enflammée sur les lèvres, à son retour inattendu 
de quelque expédition lointaine ! L'illusion n'est plus permise 
maintenant, et c'est à la mémoire de l'apôtre que nous avons, 
comme Français, à adresser le témoignage d'une légitime re- 



— 263 — 

connaissance. Balestra a joué en effet un rôle des plus méri- 
toires dans la révolution pacifique qui, à partir de la fin de 
1879, a déterminé chez nous l'introduction de la méthode orale 
pure. Non pas que l'enseignement improvisé que lui fit entre- 
prendre en France un excès de dévouement ait pu amener par 
lui-même des résultats bien étendus ; mais si profonde était sa 
conviction; si désintéressé était son zèle, si touchante son 
abnégation en face des difficultés et des contradictions ! Il 
sut au moins, par l'énergie et par la précision de ses affirma- 
tions susciter des ardeurs non moins sincères que la sienne, 
bien que plus contenues peut-être et conduisant plus BÛre- 
ment au succès. Je manquerais à un devoir de justice si je 
je ne signalais à cette occasion l'intelligent appui qui lui fut 
donné par M. Frédéric Normand, directeur du secrétariat au 
ministère de l'intérieur. Normand, lui aussi, depuis ce temps, 
mais dont l'esprit, plein de fermeté et de finesse, le cœur vail- 
lant, la fidélité dans les amitiés restent présents au souvenir de 
ses anciens collaborateurs. M. Normand avait pu s'éclairer de 
l'expérience déjà acquise par l'Institution nationale de Bor- 
deaux en matière d'enseignement de la parole. L'honneur lui 
revient d'avoir fait décider par le.ministre de l'intérieur les 
études sollicitées par Balestra, et dont j'ai été appelé à rendre 
compte à la suite de plusieurs missions à l'étranger. 

Il serait prématuré de vouloir, dès aujourd'hui, indiquer et 
apprécier quels furent, à partir de la date mémorable du Con- 
grès de Milan, les travaux de l'abbé Balestra ; mais l'on peut 
dire hautement qu'il fut de ceux qui se sacrifièrent, sans réserve 
et jusqu'à la mort, pour assurer le triomphe d'une grande idée. 
L'éloge n'est point vulgaire et il n'en est pas, que je sache, de 
mieux fait pour honorer nn homme de bien. 

O. Claveau. 



— 264 — 
Frédéric Ba.ssou.ls 

L'Institution nationale de Paris vient également de perdre 
un de ses plus sympathiques professeurs, M. Frédéric Bassouls, 
décédé, le 22 janvier 1887, à l'âge de 30 ans. 

Entré à l'Institution de Paris au commencement de l'année 
1877, M. Bassouls était professeur titulaire depuis 1882, il 
avait su, par son caractère doux, affable, se concilier l'amitié 
de tous ses collègues ; aussi, M. Java], directeur de l'Institution 
de Paris,, était-il l'interprète de tous, lorsqu'en adressant un 
suprême adieu à notre collègue et ami, il assurait son frère, éga- 
lement notre collègue, des regrets et de la douleur que causent 
à tous cette mort si soudaine et si inattendue. 

* 
* * 

On annonce également la mort de M. l'abbé Gualandi, direc- 
teur de l'Institution de Bologne (Italie). 

Ad. B. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 

No { re collaborateur, M. le docteur Renz, nous prie d'insérer 
Vavis suivant, 
Nommé par le Congrès national, qui a eu lieu au mois d'avril 
1886 à Gmund, membre de la « Commission de livres » en 
langues française, anglaise, hollandaise, italienne et russe pour 
en référer à 1' « Organ der Taubstummen », je prie tous les au- 
teurs d'ouvrages en ces langues, soit sur l'enseignement des 
sourds-muets, soit sur l'otiatrie et la physiologie de la voix et 
de la langue, de m'en envoyer un exemplair! . Cela ne dispense 
pas cependant les auteurs d'expédier aussi un exemplaire à la 

rédaction dudit jonrnal. 

Le Docteur Renz, 

Conseiller royal à Stuttgart (Wurttemberg), 
Hohestrasse, 10 6. 

^ARI3 I***. fEUl-UARD, 212, RUE ^AINT-JjlCqUES 



Etude Bibliographique et Iconographique 



SUR 



L'ABBÉ DE L'EPÉE 



-A.3D. BÉLA1TGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds- Muets de Paris 

AUGMENTÉE 

1" D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'nbbé de l'Épée , 
par J.-J, Valade-Gabel, ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 1852 par l'éminent instituteur français et qui n'a pas encore été publiée 

2° D'une étude sur les débuts, les progrès et le couronnement de 
l'œuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis, s/chef de bureau au 
Ministère de l'Intérieur. 

ORNÉE 

1" D'une eau-forte de Dumont, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2" De trois gravures (reproduction de deux médailles cl 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



FIRIIX 



20 EXEMPLAIRES, PAPIER DU JAPON (numérotés de i à 20) 
Lucnrtcs dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAPIER DE HOLLANDE (numérotés de 21 à 250) 

Encartés dans im cartonnage de luxe spécial 5 fianc 

(Port en ws) 



Librairie î'aul RITTI, 21, rue de Yaugirard, Pans 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES SOURDS-MUETS (Congre? de Paris) 
Comptes - rendus analytiques des séances 

Un volume, grand in-8 Prix. 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 



LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

X>sl^ J. Hugentobler 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 
V e année, un volume in-8 Prix 4 fr. 



(Envoi franco par la poste) 



LE MECANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit .de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

par le Dr J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. 1 fr. 50 

Pêrli — Imp. Pellutrd,r. St-Jacquee, 225. 



v3~ ~>a[ 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 

REVUE FRANÇAISE 

DE I /ÉDUCATION 

des 

SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTEUN VTIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur a l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris. 
\! embre de la Société des Etudes historiques 



Deuxième Année. — N° 12. — 1 er Mars 1887. 



SOMMAIRE. — Ad. Bélanger. A nos lecteurs. — D r Renz Lettre tirée des 
archives russes. — Lebreton. De l'Epée catholic deaf-mutes'association. — 
L. Jullian. Conférence sur renseignement de la lecture (suite). — Notices 
su h les Institutions françaises de sourds-mults. S r Louise-Stéphanie. 
Institution de Bourg. — Revue des journaux étrangers. American annals. 
M. Dupont. — Table des matières pour la deuxième année. 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 

I 887 



■a 



-o-^^Bu 



PRINCIPAUX COLLABOBATEURS I)E LA REVUE FliWCUSE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 

nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Lapn. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau [0.\ inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur ries études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 

des Sourds-Muots de Paris . 
Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 

nationale des Sourds-Muets rie Paris. 
Grégoire, professeur à l'Institution rie». 

Sourds-Muets de Berchcin-Saintc-Agathc. 
Grosselin, chef du service sténographiqiu> 

à la Chambre des Députés. 
Huber (A.), professeur. 

Hugentobler.J. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Mucls de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourognc. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur 

Pustienne, receveur-économe à l'insli- 
tution nationale des Sourds-Muets de l'cr- 
deaux. 

Rattel D 1 ", médecin-adjoint de l'Insii'u- 
tion nationale des Sourds-Muets de Vm<. 

Raymond, professeur à 1 Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paiis. 

Rohart f l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des éludes 
de l'Institution nationale des Sourds-.Muel- 
de Par.s. 



M. le D 1 ' Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 

M. C. Renz, Conseiller royal, Stuttgart (Wurtemberg). 

M»' Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 

M. Van-Praagh, directeur de V Association for the oral instruction of the Deaf and 
Dumb. Londres. 



La Revue française de l'Éducation des sourds-mvrfs paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 188G, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dent deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 



Revue Française 

de l'Éducation des Sourds -Muets 
î me année. — N» 12 Mars 1887 

A. 3STOS LECTEURS 

Il y a un an, en mirs 1886, nous donnions ici 
le programme que se proposait de suivre la Revue 
Française, dont le premier numéro allait paraître 
au mois d'avril suivant. Nous avons ce même pro- 
gramme sous les yen x, et nous allions essayer de 
montrer a nos lecteurs qu'il avait été consciencieuse- 
ment rempli. Nous préférons cependant les renvoyer 
a la table qui termine ce numéro ; un examen som- 
maire leur montrera mieux que nous ne pourrions 
le faire que, grâce a Dieu et à nos zélés collabo- 
rateurs, notre Revue a été ce qu'elle avait promis 
d'être : un journal honnête et consciencieux, respec- 
tueux des droits de chacun, heureux d'enregistrer 
les succès et les efforts de tous et, nous en avons l'in- 
time persuasion , utile a beaucoup. 

C'est la même ligne de conduite que nous voulons 
suivre pendant la 3' année qui va commencer; aussi, 
venons-nous demander a nos fidèles abonne s, le même 
accueil sympathique ; a nos dévoués collaborateurs 
le concours empressé qu'ils nous ont prodigué jus- 
qu'ici : a chacun, dans l'intérêt du journal, de vou- 
loir bien le recommander, le faire connaître, le 
propager. 

Que tons nous permettent de leur adresser a 
l'avance nos plus sincères remerciements; en agissant 
ainsi, ils serviront la cause à lajuelle ils ont voué 
leur existence^ l'amélioration d'une classe d'infor- 
tunés n'attendant leur régénération morale et maté- 
rielle que de l'éducation qui leur est donnée dans nos 
Institutions, Ad. Bélanger. 



— 266 — 

LETTRE 
tirée des archives russes et annotée par 

le Docteur Renz 

Conseiller royal à Stuttgart 



Cotte lettre (1\ que je viens de trouver dans le « Rousskii 
Archive », au 4 e volume, n'est pas sans intérêt pour les lecteurs 
do la Revue française. L'histoire de l'enseignement des sourds- 
muets nous parle de J. C. Ulrich comme professeur d'une jeune 
demoiselle, à Genève, sans nous donner des détails plus précis 
sur les résultats obtenus par lui, mais que la lettre suivante 
nous fait connaître : 

Moscou, le 17 avril 1814. 

M lle de Sy bourg (2) me ramène à pleurer mon jeune 

âge quand je ne devrais pleurer que sur le malheur de M me de 
Fraz qui, étant beaucoup plus jeune que son mari, devait lui 
survivre, mais qui n'avait pas dû croire de le voir mourir avant 
ses 40 ans. Cette ftmme est une personne tout à fait extraor- 
dinaire. Sourde et muette de naissance, fille de parents fort 
riches, on lui a donné pour instituteur un M. Ulrich (3), coopé- 



(1) Lettre écrite par mie gouvernante de Genève établie à Moscou et adressée 
à une demoiselle d'honneur à lVter bourg. 

(2) M">' Syboui'g, gouvernante d'une grande-duchesse russe. 

(3) Jean C.rnail Ulrich, né à Zurich en 1761, et mort en 1828. était de son 
élit inslitu'cur. le pasteur Kelcr, à Scliliercn, près Zurich, avant entrepris vers 
l'année 1 "80 l'éducation de deux sourds-muets, jeunes gens d'une famille distin- 
guée de Zurich, sut inspirer à Ulrich, jeune homme de talent, un goût décidé 



— 267 — 

rateur de l'abbé de l'Epée, qui s'est établi chez elle, et qui 
a si bien réussi qu'il en a fait non seulement une personne écri- 
vant avec la dernière correction, mais encore une savante, une 
géomètre, mathématicienne, et par dessus tout une astronome 
qui calcule les éclipses et la marche des corps célestes, comme 
Lalande. La nature avait sans doute donné beaucoup d'aptitudes 
à cette jeune fille; mais on ne sait pas à quel point d'applica- 
tion peut se porter un esprit qui n'est jamais distrait par aucune 
conversation, qui ne sait rien de ce qui se passe autour d'elle 
et dans la société. Elle y apporte un air calme et serein, mais 
toujours sérieux, et je l'ai vue souvent, au milieu du bruit d'un 
salon, tirer un livre de son sac, et se mettre à lire avec l'atten- 
tion qu'un autre y mettrait an fond de son cabinet. On prétend 
qu'elle aimait son instituteur, et que les parents s'en étant 
aperçus ont cherché à la marier, et ont congédié M. Ulrich. 
Cependant .M. de Fraz, d'une belle figure, se fit agréer par la 
demoiselle, et ils ont fait un très-bon ménage. Il m'a dit sou- 
vent, quand ri eut le malheur de perdre les deux aînés de ses 
enfants : « Si je viens à mourir avant que mes enfants soient 
en âge de me remplacer auprès de leur mère, elle serait la femme 
du monde la plus à plaindre : qui pourrait lui tenir lieu de moi I 
Et je suis sûr que son cœur est si tendre, et si aimant que si 
elle n'a pas sur qui l'épancher à sa manière, elle en mourra 
d'ennui et de chagrin. » Depuis son mariage, elle avait négligé 
les hautes sciences ; je voulais un jour la distraire d'un enfant 



pour cette vocation. Celui-ci se rendit à Paris, où l'abbé de l'Epée lui enseigna 
sa méthode. Lorsque Ulrich fut revenu à Zurich en 1783, il lit de nobles, mais 
inutiles efforts, pour fonder un Institut de sourds-muets, l'ius tard il s'établit à 
Meilen, près Zurich, où il se Voua à l'instruction de quelques sourds-muets,- En 
1765, il publia, — protégé par le Docteur Rahn. professeur à Zurich. — une 
annonce, disant vouloir ouvrir une école pour les sourds-muets. L'année 1786 il 
fut appelé à Genève comme instituteur d'une jeune fille sourde-muette appar- 
tenant à une bonne famille. L'instruction de cette jeune fille réussit au-delà de 
ouïe attente, et quoique le magistrat de Genève honorât les succès distingués de 
i.-C. Ulrich en lui décernant un* médaille, toutes ses tentatives, à Zurich, res- 
èrent sans résulte t. La force des événements l'arracha enfin à sa carrière, 
>t il se voua à la magistrature. (Voy. <.< L'Ius'.itut des Aveugles à Zurich, » par 
H. d'Orelli). 

Le pasteur Relier a publié en 1786 u.i ouvrage fort remarquable intitule: 
(Versuch nber die besle Lchrart Taubstumine zu unterriclitcn ». dans lequel il 
tarie très-favorablement de la méihode d'articulation, ' dont se servait aussi 
.-C. Ulrich dans son enseignement. 



— 20b — 

malade qui absorbait toutes ses pensées, et je lui fis par écrit 
quelques questions astronomiques. Devinant mon but, elle 
écrivit : « Eh, laissons les asî-res, ce sont les dents de ce pauvre 
enf jnt qui m'occupent. » Et elle me regardait avec des yeux si 
tendres, cd dont il coulait quelques grosses larmes qui m'allaient 
droit au cœur. Nous avons été en correspondance assez long- 
temps : elle m'écrivit des lettres remplies de sens et de senti- 
ments et mêlées souvent de phrases à citer pour leur précision, 
leur concision et leur extrême clarté. Cependant ce style ne 
ressemblait point à celui qu'aurait eu une personne accoutumée 
à la conversation; jugez combien de tournures familières dans 
le langage ordinaire qu'on no trouve point dans les livres et 
qui, par conséquent, lui étaient tout à fait étrangères. Rien 
n'était plus difficile pour elle que de comprendre Molière dans 
les scènes les plus familières, comme le « Médecin malgré lui » 
ou « l'Avare ». J'ai barbouillé un cahier de papier un jour pour 
tâcher de lui faire comprendre le sel des morceaux les plus 
saillants sans y bien réussir; mais les vers du « Misanthrope » 
avaient l'air d'être sa langue maternelle, tant elle en sentait les 
beautés. Aussi, chez elle tout avait une teinte de gravité qui 
était la conséquence de ce qu'elle n'entendait jamais de fadaises, 
ni d'inepties, ei' qu'elle ignorait jusqu'à l'existence des pointes, 
jeux de mots, calembours et autres sottises pareilles. . . Elle 
n'a que des enfants de 7 à 8 ans, une mère qui ne vit point 
avec elle; elle n'a ni frères, ni sœurs, et le frère de son mari 
s'est chargé du soin des terres, chose à laquelle la pauvre femme 
n'eitend rien du tout » 



- 26) — 



De L'Epée Catholic Deaf-Mutes'Associatioji 



Nous avons reçu de notre correspondant américain la lettre sui- 
vante que nous sommes heureux de recommander à Tattenlion 
de nos lecteurs. 

Ad. B. 

Philadelphie, 18 janvier 1887. 
Cher Monsieur, 

C'est avec étonnement et un certain plaisir, je dois l'avouer, 
que j'ai lu l'article publié. par le professeur Jossin, l'un des amis 
les plus dévoués à l'œuvre des sourds-muets. L'article a un seul 
défaut; il parle trop de moi, pas assez de l'œuvre. 

Lors du dernier Congrès, les membres émirent le vœu de voir 
se former des associations destinées à protéger le sourd-jnuet et 
à continuer en quelque sorte la salutaire influence de l'Insti- 
tution. 

Ce fut là, à mon avis, l'une des meilleures résolutions du 
Congrès, et l'expérience acquise aujourd'hui le prouve plus que 
suffisamment. 

Mais où devra se former cette association, et sous quels aus- 
pices ? Sera-ce dans l'Institution où le sourd-muet a acquis sa 
première éducation ? Non, et voici pourquoi. 

"En général le sourd-muet est attaché à ses maîtres, c'est là un 
fait; mais l'Institution semble être pour lui un lieu où il se 
croit inférieur (tous nous savons combien grande est la suscepti- 
bilité du sourd-muet sur ce point); déplus, peut-être y aura-t-il 
quelques petites rancunes capables de paralyser tous les efforts 
qui alors deviendraient stériles, et par là même déduiraient 
l'influence que l'association doit exercer. 



— 270 

, Ayez au contraire des hommes spéciaux chargés uniquement 
de l'œuvre de protection, s'entendant avec l'Institut, sans tou- 
tefois en faire partie; voilà, :i mon avis, la condition sine qua 
non du succès. 

Les faits le prouvent. En Belgique, à l'Institution de Bouge- 
lez-Namur, une association fut organisée, bien organisée, et 
cependant elle ne tarda pas à disparaître, et aujourd'hui il n'en 
reste qne le souvenir. Ayant vécu dans cette institution, je 
connais assez la maison pour affirmer hautement que les chances 
de succès étaient presque indubitables. Pourquoi donc cette 
association a-t-elle disparu ? Tout simplement parce que tel n'est 
pas le rôle de l'Institution ; l'Institution donne la science et 
forme le sourd-muet tant à la vie morale qu'à la vie intellec- 
tuelle, et son rôle semble finir là. Cette opinion paraîtra peut-être 
exagérée; mais elle repose sur l'expérience. 

En Amérique, les Sociétés de sourds-muets sont assez nom- 
breuses, et j'ai réussi à en former plusieurs ; toutes sont floris- 
santes, pourquoi ? Le sourd-muet ne se considère plus élève; il 
va, non pas à l'Institut, mais au meeting de la Société qui lui 
tracera sa règle de conduite, lui donnera des avis et le maintiendra 
dans la voie droite sans qu'il s'en doute. 

Les lecteurs de la Renie ont déjà appris le nom de la « De 
VEpèe Catholic Deaf Mutes' Association » qui, à l'heure actuelle, 
est dans un état de prospérité inespéré; disons en quelques mots 
ce qu'est cette association. 

La u. De l'Epce Ccttholic Deaf Mules' Association •» esta la fois 
société de bienfaisance et société littéraire. Les membres se 
réunissent deux fois par mois; à chacune des réunions, on dis- 
cute soit un fait historique, soit un point de controverse ; puis 
le directeur spirituel traite généralement un point de morale. 
Avant de se séparer, chaque membre verse sa petite cotisation 
pour subvenir en cas de besoin aux membres qu'une maladie 
priverait de leur salaire. L'association est gouvernée par un 
président élu chaque année et par le directeur spirituel. Notre 
Société de Philadelphie, giâce au zèle de ses membres et au 
bien qui a été fait, a ] rospéré au-delà de toutes nos espérances. 

Qu'on fasse de même en France; qu'à côté de l'Institution 
on établisse des sociétés de sourds-muel s, et alors les mêmes 



— 271 — 

effets seront obtenus: le sourd-muet se respectera davantage; 
le sourd-muet n'aura pas peur du travail ; il cultivera son intel- 
ligence et saura réprimer ce 'qui" en lui doit être réprimé. Que 
pouvons-nous désirer de plus ! 

E.-V. Lebreton. 

c o:n-:f:é:re xsr c e 
SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE 

et la correction des vices de prononciation 

D'APRÈS LA MÉTHODE NATURELLE 

{Suite). 

CHAPITRE III 

REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DÉS ÉLÉMENTS PHONÉTIQUES 
DE LA PAROLE OU ÉCRITURE 



Définitions. — Une consonne simple est celle qui répond à 
une seule disposition organiqne : p, t,ch, le, qu... 

Une consonne multiple est celle qui répond à plusieurs dispo- 
sitions organique : pl,fr, cr.ps, spL.. 

N". B. Voyez pages 23 et 24 du livret de lecture, une remar- 
que sur la valeur du signe «des voyelles nasales, et sur la va- 
leur de la consonne n, dont la forme est identique, mais dont la 
touche est bien différente. 

Tour résumer ce que nous avons dit sur la représentation des 
voyelles et des consonnes, nous donnons ci-après le tableau des 
éléuienls phonétiques de la langue française. 



— 272 — 



ORTHOPHONIE 



Méthode naturelle ou physiologique de lecture-écriture 
et d'orthographe 



Tableau général des éléments phonétiques de la langue française 
{Représentation graphique de ces éléments) 







Consonnes simples. 






LABIALES 


LINGDALtS 


Muettes 


Sifflantes 


Dentales 
muettes 


Dentales 
sifflantes 


Denlalea ! Palatales 
nasales a «mimi» 


Palatales 
sifflantes 


Gutturales 
muettes 


P 


f 


t 


s 


n i 1 


ch 


c=k= 


b 


ph 


d 


z 


'g 1 * T 


j qu=c 


m 


V 


— 


— 


m— i \ — 


— g. gu=g 




— 


— 


— 


n— i — 


— 


— 



h n'a pas de valeur phonétique. 



Consonnes multiples. 



pl, bl,fl, cl, g], plll; 
pr, br, fr. vr, tr, dr, cr, gr, phr ; 

sp, sb, sm, sf, sv, st, si, se, spli, s ju. spl ; 
pt, pn, ps, mn, clil = cl, chr = cr. 
.\ se prononce tantôt es. tantôt g?, 



— 273 — 
Valeur exceptionnelle de quelques consonnes. 

ç = s devant a, o, u : ça, ço, çu ; 
c = s devant i, y, é, è, e; 
g = j devant i, y, é,è,e; 

Voyelles simples.* 

i, é, è, a, — u, e, ou, o, eu. 

Voyelles équivalentes. 

Nota : e est nul devant a, o. 

a é è o eu i oi = ou — a \ 

ea ai ê eo œu y eoi; 

â ei ais ô oient; 

eai ait au ; 

œ aient eau. 
Nota :ay = ai — i, ey = ei — i, oy = oi— i, 

Voyelles nasales. 

an ain on ean oin; 

en ein eon un » 

ean in » » » 

ara aim om uni » 

em ira » » * 

Valeur exceptionnelle de quelques voyelles. 

aï = a — i, aii = a — u, oï = o — i, éi = é — i, éau= é — au, 
ail = aïe, eil = éie, on il = ouie ; 

euil \ 

ueil J = euje, 

œil J 



274 — 



Indications sur la décomposition du tableau général. 

Ce tableau général se décompose, pour les exercices, en 6 tableaux 

particuliers : 

I e ' tableau. Voyelles simples et articulation antérieure des 
consonnes simples avec les voyelles simples. 

2 e tableau. Voyelles simples et combinaison des consonnes 
multiples avec les voyelles simples. 

3 e tableau. Voyelles équivalentes, et combinaison des con- 
sonnes simples et des consonnes multiples avec ces voyelles. 

4 e tableau. Exercices d'articulation postérieure et antéro- 
postérieure. 

5 e tableau. Voyelles nasales et articulation antérieure de toutes 
les espèces de consonnes avec ces voyelles. 

G'' tableau. Valeur exceptionnelle de consonnes et de voyelles, 
et exercices correspondants. 

Nota. 1° Le maître ne peut s'égarer dans ce tableau général, 
es tableaux particuliers y étant parfaitement délimités ; 

2" Les exercices au tableau général doivent concorder avec 
les tableaux du livret de lecture, et ne jamais les dépasser. 

3° Le maître se servira de deux baguettes, dont l'une indi- 
quera les consonnes, et l'autre les voyelles. 

4° Revenir toujours sur les tableaux précédemment étudiés. 

L. Jullian, 

Ancien directeur de l'École normale de Montre lier 

(A siiore) 



— 275 — 

NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sour.iûs- Muets 



INSTITUTION DE BOURG 

( FILLES ) 
dirigée par les Religieuses do Saint-Josepli. 



L'Institution des sourdes-muettes de Bourg fut fondée en 
1847 par l;i Révérende Mère Saint-Claude, supérieure générale 
de la Congrégation de Saint- Joseph y de Bourg. Elle récit neuf 
ans, uniquement soutenue par la charité de celle qui en avait 
eu l'idée généreuse. Eu 185G, M gr Chalandon, évêque de Belley, 
et M. Coëtlogon, préfet de l'Ain, firent reconnaître 'l'Institu- 
tion par l'Etat, et elle prit dès cette époque le nom à' Insti- 
tution Napoléon, qu'elle a gardé jusqu'en 1870. 

Une allocation assez considérable avait été attribuée au 
département de l'Ain, afin que des bourses et des demi-bourses 
fussent décernées aux sourdes-muettes de la région ; cette allo- 
cation a été maintenue, et les enfants du département conti- 
nuent d'en Ixhféficier. 

L'Institution des sourdes-muettes est située à proximité de 
la ville, sur un joli plateau, près Brou. Sa position est des 
plus agréables par ses magnifiques points de vue et l'air pur que 
l'on y respire. 

L'établissement reçoit des pensionnaires et. des boursières de 
tous les départements. Dès le3 oremières ar.nces de son exis- 
tence, sa bonne tenue lui a attiré des élève.i des dépar- 
tements voisins de Saône -ct-Loiie, du Jura, de la Côtc-d'Or. 
et plus tard des Vosges, de la Haute-Saône, de la Haute-Savoie 
et de l'Isère. 

Li direction en a été, dès le principe, confiée aux Religieuses 
de Sri nt- José pli qui n'ont cessé depuis de don uer leurs soins 



— 276 — 

intelligents et dévoués à ces chères infortunées; plusieurs même 
ont payé de leur personne dans cette tâche si belle et si labo- 
rieuse de l'éducation des sourds-muets. 

L'éducation est l'objet des soins les plus constants de la part 
des maîtresses qui sont en rapports incessants avec les élèves.: 
en classe, au dortoir, au réfectoire, en récréation, en promenade, 
partout, en un mot. Elles parviennent ainsi, en formant leur 
cœur, en même temps qu'elles développent leur intelligence, à 
leur donner l'esprit de famille, moyen puissant qui favorise à 
un très haut point la parole et la lecture sur les lèvres, et 
réussit toujours, dans la mesure du possible, à former d'excel- 
lentes élèves et de bonnes chrétiennes. 

Actuellement, l'Institution se compose de 25 élèves, divisées 
en trois classes, confiées chacune à une maîtresse religieuse; 
deux sous-maîtresses les secondent pour les soins matériels et 
sont chargées des répétitions. L'enseignement est donné exclu- 
sivement par la parole depuis 1880, époque du Congrès de 
Milan. Depuis 1876, des essais d'articulation et de lecture sur 
les lèvres avaient préparé cette transformation subite des signes 
à la parole. 

L'âge d'admission est fixé de 7 à 12 ans, et la durée des 
études est de 7 à 8 ans. 

Chaque jour les élèves prennent pendant deux heures des 
leçons de travail manuel, et se forment principalement aux 
travaux d'aiguille et de repassage, à la tenue du linge et aux 
to'ns du ménage; îes ouvrages d'agrément y ont aussi leur 
place. 

L'Institution possède des ateliers de couture, de tricota la 
machine, de tissage en soie, où les sourdes-muettes peu fortu- 
nées et désirant apprendre un état en rapport avec leur goût, 
e^ d'après l'avis de leurs parents, peuvent se former après avoir 
achevé leur cours d'instruction, et même y trouver une position 
agréable si tel est leur désir. 

S> - Louise-Stéphanie, sii|n ru ni. 



— 277 — 



REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS 



AMERICAN ANNALS OF THE DEAF AND DUMB (1886) 



I. Janvier. — M. George Wimt, professeur sourd-muet, 
voudrait que les sourds-muets soient instruits dans les écoles 
d'entendants. Le banc des sourds-imtets, introduit par G raser 
dans les écoles primaires d'Allemagne, n'y a pns donné les 
résultats espérés. « La Prusse, dit un témoin oculaire, reculant 
devant l'idée de créer des internats fort coûteux, créa de nom- 
breux externats provinciaux rattachés soit aux séminaires, soit 
aux écoles primaires. Chaque élève eourd volait à l'instituteur 
primaire un supplément de solde. Il est vrai que l'élève inscrit 
et la solde assurée, l'enseignement ne s'en portait parfois guère 
mieux. » 

La môme utopie trouva en France un défenseur dans le 
Docteur Blanc fui, et personne n'ignore que, de nos jours, 
M. Grosselvi, le grand prêtre delà phonomimie, poursuit à son 
tour la réalisation de ce rêve généreux : l'enseignement simul- 
tané des enfants sourds et entendants. 

M. GaU'.iudet traduit en anglais un chapitre de la grammaire 
de Condillac sur le langage d'action (Cours d'études à l'usage du 
prince, tome V). 

Nous ne saunons passer sons silence l'ingénieuse invention 
de M. Tejfft Wa.'/ar. Il s'agit d'une application de l'électricité 
à la dactylologie. L'élève pose sa main sur une plaque garnie 



- 278 — 

de boutons correspondant aux diverses parties de la main. 
Chacune de ces parties représente une lettre, comme dans la 
dactylologie de 6. Dalgarno. Un appareil électrique fait mou- 
voir les divers boutons de la plaque, et on peut ainsi tèlèdacti- 
lologier (pardon pour ce néologisme) dans la main du sourd. 
Munissez chaque table d'élève d'une plaque identique ; reliez 
tous les fils à un bureau central, et un seul maître pouria ainsi 
faire la classe en même temps à tous les jeunes sourds des 
Etats-Unis. 

Est-il besoin d'ajouter que ces appareils télédactylologiqucs 
ne fonctionnent pas encore sur une aussi vaste échelle? 

Le vent est à la dactylologie, dont le professeur J. Gordon, 
de Washington, présence une fort belle étude historique som 
i'e titre modeste : « Nots sur l'alphabet manuel », alphabet 
pli remonte, paraît-il, au temps des Assyriens. Tant il est vrai 
qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, comme on disait à 
Rome autrefois. Seulement on le disait en latin. Là est toute la 
différence. 

M. Gordon affirme que l'abbé de l' Epée se servait d'un alphabet 
rançais à deux mains, et que ses élèves, au contrai) e, adop- 
tèrent l'alphabet espagnol à une seule main rejeté par le 
maître. Un point d'histoire à éclaircir! Avis aux bibliophiles. 
Notons d'ailleurs que M. Gordon n'a eu garde d'étayer son 
affirmation sur un document quelconque. 

Sa conclusion est que la dactylologie remédie aux défaillances 
le la lecture sur lcj lèvres quand il s'agit de noms de personnes, 
de termes géographiques, d'expressions techniques. Autre con- 
clusion : tolérez la dactylologie plutôt que les signes. Autrement 
dit, de deux maux choisissez le moindre. Nous sommes de ceux 
auxquels tous ces langages manuels ne disent rien qui vaille. 

« La'siez-lciir prendre un pied clic;: vous, 
Ils en auront bientôt pris quatre. » 

C'est pourquoi, n'étant pas forcés de choisir, nous répudions 
1 es deux maux, le grand comme le petit, tout en rendant hom- 
mage au très sérieux travail du professeur américain. 

M. Ely, directeur de l'école du Maryland, demande que des 
commissions spéciales pour l'articulation, l'arithmétique, la 



— 27!» — 

géographie, l'histoire, etc.. soient chargées de préparer les tra- 
vaux du Congrès de Californie. Le Congrès a eu lieu, ainsi 
qu'on va le voir, et s'est bien trouvé de cette subdivision du 
travail. 

Dédié à MM. les organisateurs du Congrès de Francfort. 

A noter encore dans ce numéro une statistique complète des 
écoles américaines; un article nécrologique accompagné d'un 
portrait fort bien gravé de Thomas Mac Intire, directeur do 
l'école de Pensylvanie. 

Un fait important pour terminer. Miss Emma Gœrett (que 
nous retrouverons au Congrès de Californie défendant avec 
ardeur la méthode orale) fait savoir qu'un jeune enfant, venant 
de perdre l'ouïe, a appris d'elle à lire sur les lèvres avec une telle 
perfection qu'il peut continuer à suivre les cours d'une école 
d'entendants. Miss Emma Garrett poursuit le même résultat 
avec une autre de ses élèves. 

Rappelons, à ce sujet, les observations semblables publiées 
dans les brochures récentes de plusieurs professeurs de l'Insti- 
tution de Paris qui continuent présentement leurs expériences, 
et celles non moins concluantes publiées il y a cinquante ans, 
en Allemagne, par le Docteur Schmaltz. 

II. Avril. — Encore un portrait. Celui de Thomas Gallaudet. 
Miss Alice E. Worcester traite « de la Bible comme livre de lec- 
ture dans l'instruction religieuse quotidienne. » Et c'est justice 
dans un pays où dit-on : 

•c Tout protestant est pape une Bible à la main. » 

Il ne s'agit pas seulement d'inculquer des idées religieuse : 
aux sourds ; il s'agit par dessus tout de leur culture morale ; il 
s'agit de leur transmettre ce patrimoine de probité que les autres 
enfants reçoivent si aisément de leur entourage; il s'agit enfin 
de graver dans leurs jeunes âmes ces principes de morale que les 
efforts incessants des éducateurs peuvent seuls rendre accessibles 
aux sourds. C'est pourquoi l'auteur de l'article demande que ces 
enfants apprennent de bonne heure à lire dans « le Livre des 
liftes » à considérer la Bible comme un compagnon familier. 

Avec MM. Weston Jenkins et Newcombe, nous retombons 
dans la pédagogie pure. Tous deux émettent sur l'enseignement 



— 280 — 

de la géographie des idées saines qu'il n'est jamais mauvais de 
répéter. Parlez du sol, du climat, des productions, des manu- 
factures, du mouvement commercial, de l'aspect du "pays, du 
nombre des habitants, des mœurs, des costumes, des caractères ; 
parlez surtout des contrées voisines, des chemins de fer, des 
canaux; faites tracer par l'élève lui-môme la topographie' des 
lieux 'qui lui sont connus ; questionnez-le sur le dernier navire 
arrivé, sur sa cargaison, son voyage, le pays d'où il vient, etc.... 
Tels sont les principes exposés par le professeur Weston Jeu- 
kins; ils sont en parfaite harmonie avec les règles de la méthode 
intuitive. 

Dans le même ordre d'idées, M. Newcombe veut que l'école 
serve de point de départ pour étudier ensuite la ville habitée 
par l'élève pour suivre le cours du fleuve et l'itinéraire du 
chemin de fer voisin, etc 

Les deux auteurs s'accordent à recommander le trace des 
cartes exécuté par les élèves; tous deux reprochent aux livres 
classiques ordinaires une superfétation de détails oiseux. 

M. Thomas Arnold, de Northampton, revient sur la question 
du toucher, par lui mise à la modej depuis qu'il en avait savam- 
ment résuméles principes au Congrès international de Bruxelles. 
Il expose les fonctions physiologiques et psychologiques' du 
toucher/ 

Un long et consciencieux mémoire de M. E. -W. G allaudet 
passe en revue l'histoire de l'enseignement des tourds-muets en 
Amérique depuis 1810, et proclame la supériorité de la méthode 
mixte (orale pour les uns, mimique pour les' antres). 

III. Juillet. A propos des procédés de l'enseignement de la 
langue, le professeur Caldwel donne des conseils qui -valent la 
peine d'être retenus ; toute question de système mise à part bien 
entendu, car l'instituteur américain fait de la mimique et de 
l'écriture en usaga (j'allais dire un abus), que la méthode orale 
n'admet pas. 

L'auteur combat le perpétuel et monotone compte-rendu de la 
journée. Il recommande de développer la réflexion plutôt que la 
mémoire; d'amener les enfants à exprimer simplement des juge- 
ments simples sur les personnes et les choses; de provoquer leurs 
questions, Il attache une grande importance à la manière d'in- 



— 281 — 

terroger; il engage les maîtres à varier les formes de la demande, 
et montre comment on peut varier les questions visant un objet 
donné. Il paît en guerre contre les longues récitations, et 
s'élève plus particulièrement contre ces longues leçons d'histoire 
et de géographie que le sourd apprend sans y comprendre goutte. 
Bref l'article tout entier mérite d'attirer l'attention et la 
réflexion. 

M. Kirkuff se montre peu partisan des livres de lecture ; il 
préfère Yemeignement sans manuel. « Les leçons, dit-il, doivent 
tenir compte des aptitudes des élèves ; et le maître seul est à 
même d'apprécier ces aptitudes Les livres sont trop métho- 
diques pour de jeunes intelligences. » Il montre ensuite comment 
on étudie une gravure avant d'en demander la description aux 
élèves ; comment on prépare un sujet de composition. Il ne faut 
pas exiger de l'enfant un devoir convenable sur un sujet qui ne 
lui est point famil ier. Le thème de la composition une fois donné, 
c'est au maître de fournir aux élèves les matériaux nécessaires 
pour le développer. 

Citons encore trois nécrologies consacrées à Roswell Henry 
Kinney, Thomas Brown et Jared Augustus Hyies; et l'étude 
du Docteur Riley, de NeW-York, sur les causes de la surdi- 
mitiité. 

IV. Octobre. — A dater de ce numéro, les Annales amîri- 
caines des Sourds-Muets deviennent les Annales américaines des 
Sourds Ainsi l'a voulu le Congrès de Californie. Que sa volonté 
soit faite ! Nous sommes heureux d'y trouver des renseignements 
sur ce Congrès (le onzième) des instituteurs de sourds améri- 
cains. L'assemblée, composée de 252 membres, dont 144 direc- 
teurs ou professeurs, a siégé à Berkeley du lo au 20 juillet, 
sous la présidence de M. Gallaudet. 

A en juger par ses résolutions, il semble que le Congrès ait 
été partagé en deux courants contraires, lesquels, au moment 
du vote final, se seraient fait de mutuelles concessious. Voyez 
plutôt : 

Attendu que l'expérience démontre l'existence parmi les 
membres de la gent sourde-muette de différences (physiques, 
mentales, etc..) qui commandent de traiter différemment les 
diven individus; le Congrès déclare : 1" Que le meilleur mode. 



— 282 — 

d'enseignement est le système américain qm admet l'emploi de 
toutes les méthodes et de tous les procédés pour arriver au but. 

Voici pour les uns. (C'est la vieille antienne : la parole et la 
mimique ne sont pas des frères. . . ennemis !) 

2° De fervents et laborieux e forts seront faits dans tonte école 
pour apprendre à chaque élève à parler et à lire sur les lèvres, 
et ces efforts ne pourront être abandonnés que lorsque (en dépit 
des essais tentés par des maîtres compétents et expérimentés) il 
sera pleinement démontré que la mesure du succès possible ne 
justifierait pas le travail nécessaire pour y arriver. 

Voilà pour les autres. 

Que cette dernière résolution soit loyalement et judicieuse- 
ment appliquée et, sans être prophète, on peut prédire à brève 
échéance le triomphe de la méthode orale dans toutes les Insti- 
tutions d'Amérique. Malheureusement il en est parfois des déci- 
sions des Congrès comme de certaines lois, qui semblent n'avoir 
été faites que pour être violées. 

Puisse-t-il n'en pas aller ainsi de la deuxième résolution du 
Congrès de Californie. 

Cette assemblée a de plus, sur la proposition de M. Peet, 
émis un vote touchant l'importance de l'enseignement profes- 
sionnel. Sur la demande de M. douter, en a voté une statue 
à Thomas Gallaudet; des félicitations à la lioijal Commission 
anglaise, et la suppression du mot muet, en attendant qu'on 
fasse disparaître la chose ; car je suppose que le Congrès enten- 
dait s'engager par là à démutiser tous les sourds, conformément 
à sa deuxième résolution. C'est la grâce que je leur souhaite! 

La place nous manque pour citer tous les mémoires présentés 
à ce Congrès. Toutefois, il en est deux qui méritent une men- 
tion spéciale : l'un de Miss Laura Sheridan, <t Voyage autour de 
ma classe; » l'autre de Miss Emma Garnit, i Les succès obtenus 
par la méthode orale », à Flustitution de Pensyïvanic. 

Un troisième mémoire est publié eu entier par 1$& Annale» 
des Sourds; c'est celui d'un directeur d'école, M. Janet 
Denison, lequel voudrait que la dactylologie soit enseignée * 
t mtc la population des écoles primifhû. 

Vous voyez que l'alphabet manuel a m (cette annic pJM<^sin 
de popularité en Amérique, 



— 283 - 

M. Gordon écrit son histoire à travers les âges ; 

M. Tefft Walker l'élcctrise. 

M. Denison veut en faire une langue nationale. Un argu- 
ment original est donné par ce dernier afin de justifier son 
engouement pour la dactylologie. Il raconte l'histoire d'une 
brave dame menacée de mort par un voleur qui s'était furti- 
vement introduit dans sa chambre. Au moyen de l'alphabet 
manuel, elle trouve moyen de prévenir son mari qui va quérir 
armes et gens, si bien que le malfaiteur est pris au piège.... de 
l'alphabet espagnol. 

51. Gilbert 0. Fay demande pour les sourds adultes des ser- 
vices religieux spéciaux. Une institution dece genre fonctionne 
à Milan. Chaque année l'abbé Tarra appelle à ses conférences 
une ou plusieurs promotions de ses anciens élèves. Faites par 
lui, ces instructions deviennent de véritables leçons de morale, 
et produisent le meilleur effet sur la conduite de ses élèves, je 
puis dire de ses enfants, car tous le vénèrent à l'égal d'un père. 

M. Greenberger commente son programme sur l'enseignement 
de quelques notions élémentaires de physique et de géométrie. 

La question de l'instruction du jeune sourd dans sa famille et 
des conseils à donner aux parents est encore à l'crdre du jour. 
Après Miss G arrêt t, après M. Croider, après M. Gordon, etc.. 
M. Peet traite ce sujet dans un long article dont nous recom- 
mandons la lecture, faute de pouvoir l'analyser ici. 

On lira également, avec intérêt les documents fournis parla 
Revue américaine sur le témoignage des sourds-muets dans les 
affaires capitales. 

Enfin il suffira de jeter un coup d'œil sur la table des matières 
des Annales de 1880, dont nous avons trop rapidement dressé 
le bilan pour se convaincre de l'importance de ce recueil. 

Marius Dupont. 



Ce numéro étant le dernier de la seconde année, nous 
prions nos abonnés de vouloir bien envoyer le montant 
de leur abonnement pour la 3 e année, à M. BELANGER, 
Directeur de la « Revue », rue des Fossés-Saint-Jacques, 16, 
à Paris. 

France. Un an 9 francs, 

Etranger. Un an 40 ■*- 



TABLE ANALYTIQUE 

DE LA 

REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 



DEUXIÈME ANNÉE 



Table alphabétique des noms d'auteur. 

Alings (D r A. W.). Congrès de Faribault 2) 

— Bibliographie M 8 

Ad. Bélanger, Statistique des inst. fr. de sourds-muets 29 

— Bibliographie 3^, 67, liO, 161, 187, 215, 261 

— Ferdinand-Berthier 109 

— Un mariage Je sourds-parlants ... 11 M 

— 171 e anniversaire de la naissance de 

l'abbé de l'Épéc ICO 

— Une nouvelle niélliodc de lecture ... IS-i 

— Causerie . . ! 9 i 

— L'Edueal. auriculaire des s jurds-miut-. 219 

— Frédéric Bassouls . ... 204 

— A nos lecteurs 205 

Chambellan. Allocution 110 

Claveau (O.). L'enseignement du Calcul ... ?0 

— Bibliographie. ... 114 

— Statistique scolaire Lettre 24'i 

— L'abbé Baleslra . ... 202 
Denis [Théophile). L'Institut -ur de sourds-muets . 4 

— Les Sourd s- M nets et les Beaux- Arts :5, 5') 

— Les artistes sourds-muets au salon 

de 1880. . 51, 73. 97. 121. 115. 171 

— Ford. Berlhier, homme de lettres 2";î 

— |.e premier Instituteur des Sm:i(L- 

Muets on France 217. 241 



— 2-Jâ — 

Dupont (Marius). Anvrican-Annals (analyse) .... 16, -277 
Duvert (G.). Djscours au nom de la Société des Études 

historiques 112 

F.... La parole du sourd-muet 5'3 

Grosselin (E.). Du rôle de la sténographie à l'école. 1:24, 223 

Huber (A.). Bibliographie 183 

Hugentobler. Ôrgan der Taubstummen (analyse) . . 62, 136 

— Bibliographie \ . 139,260 

Jossin (Prof. I,.) Le 174 e anniversaire de la naissance de 

l'abbé de l'Épée 220 

Jullian(L.) .L'enseignement de la lecture 175,200, 228, 254, 275 
Lebreton (l'abbé). Un congrès de sourds-tnnets . ... 188 
— De l'Epée catholic deaf-mute association . . . 269 
Louise-Stéphanie (S r ) Notice sur l'institution de Bourg. 275 
Rattel (D r ). Dès Cornets acoustiques 4 21,41,67 

— Appréciation et mesure de l'acuité auditive 

107, 127, 149, 193 

Renz (D r ). . • . '264 

■ — Lettre tirée des archives russes 266 

Rigaud (E.). Notice sur l'institution d'AIbi 61 

Romule (F.). Notice sur l'institution de Besançon . . . 212 
Saint-Camille (S r ). Notice sur l'institution d'Angers. . 106 

Segerstedt (A.). Bibliographie 116, 187, 257 

Théobald. De l'enseignement du Droit Usuel 78 

— Un théâtre de sourds-muets 240 

Valade-Gabel (A.). Une visite à l'institution royale des 

sourds-muets en 1825 215 

Van Praagh (Williaml 3 e Conférence des instituteurs 

anglais 64 

— Quarterly-Rewiew (analyse). . 233 



Table des matières 

Bibliographie. Allemagne. 

Paul (W.) La voyells A 137 

Weissweiler. Exercices d'articulation, d'écriture, etc . 138 

— Exercices de languo et de lecture. . . . 139 

— 41° rapport de l'institution d'Emden . , 139 



- 280 - 

Reuschert. Almanach de l'instituteur de sourds-muets . :2;»0 
Bibliographie. Angleterre. 

Troisième conférence des instituteurs anglais 64 

Alex. Melville, Rapport de l'Institution de Llandaff . . 65 

— Le sourd-mu^t 60 

C.-J. Vaughan. Un plaidoyer pour les sourds-muets . . 00 

Ribliographie. Belgique. 

J. Hogerheijde. Petit livre de calcul p. les sourds-muets. 3 i 

— 50 e Anniversaire de la fondation de 

l'institution d'Anvers 114 

E. Grégoire. Institut provincial du Brabant 130 

M. Snyckers. Le sourd parlant, l rH année . 140 

— — 2 e année 140 

Bibliographie. États-Unis. 

3' rapport. Inst. de Minnesota 16 

J. Gordon. Conseils pratiques 20, 185 

H. W. Syle. Coup d'œil rétrospectif "20,186 

E. A. Fay. Index des American Annals 38 

J. C. Gordon. L'Alphabet manuel américain 185 

Rev.E.-V. Lebreton. Le Sacrement do Pénitence . . . 180 

— Règlements « De l'Epée deaf-mute 

association 180 

Bibliographie. Finlande. 

Compte-rendu des écoles de Finlande 1 1 ."> 

Bibliographie. France. 
Société d'assistance du département du Rhône. Compte- 
rendu pour 1884-85 39 

Société universelle. Compte-rendu du banquet ... 39 

Troisième congrès national (Paris) 39 

Revue bibliographique (l' e anné L ) 40 

F. M. B. Méthode d'articulation ... 40 

B. Dubois. Société universelle Compte-rendu 00 

J. Hugentobler. Djs moyens d'empêcher les communi- 
cations 00 

Le petit écho normand 07 



— 287 — 

Théophile Denis. L'enseignement de la parolo aux 

sourds-muets (il 

Ad. Bélanger. Etude sur l'abbé de l'Epée 11(1 

E. Grosselin. Société pour l'instruction des sourds- 
muets. Comptc-rcndu 161 

Cours gradué de langue française. l re année 161 

— — 2 e année 161 

0. Claveau. Sourds-Muets 162 

D r J. A. A. Rattel. Dos cornets acoustiques 162 

Compte-rendu de la distribution des prix. Paris. . . . 103 

— — — Chambèry. . 163 

Distribution des prix. Carrières 163 

Manière de servir la messe à l'usage des sourds-parlants . 163 

J. Théobald. De l'enseignement du droit usuel .... 163 

Institution de Paris. Documents divers 215 

Théophile Denis. Les artistes sourds-muets au Salon . 215 

Paul Marmottan. Les statues de Paris , . 216 

L. Pustienne. Petits récits d'Histoire de France. . . . 261 

Bibliographie. Nèerlande. 

Institut de Groningue. Compte-rendu pour 1881-85 . . 117 

Institut de Rotterdam 117 

Institut de Saint-Michiels Gestel 117 

Bibliographie. Suède et Norivèye. 

Lars Havstadt. Récit d'un voyage 187 

Blombvrist. Vocabulaife et livre de Jecture 187 

Hans Bjorset. Organisation des écoles de Norwègc . . 237 

Congrès de Faribault 16 

Conférence des instituteurs anglais (3 S ) 64 

Congres (I e congrès international) 191 

Circulaire des membres français . 141 

Correspondance 48, 71, 96 

Documents officiels. Arrêté ministériel 180 

Journaux étrangers. American Annals ofthedeaf and 

DumB 12, 189, 191 

The International Record of ' charities and corrections . . 189 

Ori/an der Taubstummen-Anstalten ,62, 136, 191 

Quarte ri y Review of deaf-mute èlucation 191,283 



— 288 — 

TUhhriftfor Dofstumskolan 2i, 189 

Méthode d'enseignement : 

Enseignement du calcul (0. Claveau) 3i 

La parole du sourd-muel — 5ft 

Enseigneirreirt du Droit usuel (Théobald) ... 78 

Programme du Droit usuel 90 

Programme de 6 e Année 132 

Programme de géographie 133 

Programme d'Histoire de France 158 

Conférence sur l'enseignement de la lecture 175 

Une nouvelle méthode de lecture 184 

Nécrologie. L'abbé Boselli, 23. — Ferdinand Bertliier, 109, 203. 
— Oudard, 192. — J. Dewaide, 192. - VillabrilLe, 192. — 
Audibert, 240. — L'abbé Balestra, 240, 202. — Frédéric 

Bassouls, 264. — L'abbé Gualandi 261 

Notices sur les institutions françaises de sourds-muets. 

Albi (E. Rigaud) 60 

Alençon 93 

Angers (S 1 ' Saint-Camille) 106 

Angoulême 131 

Annonay 157 

Avignon 183 

Besançon (F. Romule, 209 

Bordeaux (garçons) 252 

Bourg, filles (S r Louise-Stéphanie) 275 

Nouvelles des Institutions. Nogent h-Rotrou, 163. — Lyon 
et Villeurbanne, 165. — Oloron Sainte-Marie, 166, 191. — 
Nationale de Chambéry, 167. — Nationale de Paris, 120, 

168. — Elbeuf 19J 

Statistique 2i, Ï9, 47, 246 

Variétés. Le testament d'une sourde-muette . . .41 

Un mariage de sourds-parlants 118 

Une visite à l'institution royale des sourds-muets en !825 213 
Gravures. Médaille de l'abbé de l'Épée B. Duvivier) litre. 

Médaille de l'abbé de l'Épée Borrel) 169 

Coupe de la tôle 25'5 

12-86. Puris. — Imp, PELLUA.ED, 212. ru Saint- Jacques 



Etude Bibliographique et Iconographique 



sun 



L'ABBÉ DE L'ÉPÊE 



-A.3D. BÉLANGER 

Frofesscur 11 l'Institution nationale des Sourds - Mxiets de Pari 

AUGMENTÉE 

1° D'une Notice sur un manuscrit inédit de l'abbé de l'Épée, 
par J.-J, Valade-Gabel, ancien directeur de l'Institution nationale 
des Sourdes-Muettes de Bordeaux. 

Notice faite en 18-12 par l'éminei.t instituteur français et qui n'a pas encore été publide 

2° D'une étude sur les débuts, les progrès et le couronnement de 
l'œuvre de l'abbé de l'Epée, par Th. Denis, s/chef de bureau au 
Ministère de l'Intérieur. 



ORNEE 



1" D'une eau-forte de Dumont, représentant un portrait inédit 

de l'Abbé de l'Epée, tiré hors texte 

(D'après le dessin d'un élève du célèbre instituteur) 

2" De trois gravures (reproduction de deux médailles et 
d'un médaillon de l'abbé de l'Epée) 



PRIX 

20 EXEMPLAIRES, PAPIER DU JAPON (numérotés de 1 à 20) 
Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 10 francs 



230 EXEMPLAIRES, PAPIER DE HOLLANDE (numérolés de 21 à 250) 

Encartés dans un cartonnage de luxe spécial 5 franc 

(Port en sus) 



Librairie Paul RITTI, 21, rue de Yaugirard, Paris 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DBS SOURDS-MUETS (Congrès «le Vaxb) 
Compte» - rendu* Analytique* de* «éances 

Un volume, grand in-8 Prix . 4 f r. 

(Envoi franco par la poste) 

LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DU L'ENSEIGNEMEXT 

ï>a.x- J. Hugentobler 

Diiecleur de l'iiiatiuilion des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 f r. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

d: l'éducation des sourds-muets et des sciences qui s'y rattachent 

l rt ' année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET HK I.A MEMIllîANK DU TYMPAN 

|<ar H. Helmholtz, traduit de l'allemand, pur le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

UT I1K 

LEIK EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURD1-MITITK 

par le D«- J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. 1 fr. 50 

Pàrli — lmp. Ptlluard,r. St -Jacquet. Mi 



h-^3- 



-.3- 






EEVUE FfiANÇAISE 

DE L'ÉDUCATION 



là 



SOURDS-MUETS 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nntiouale ries Sourds-Muets de Paris. 
Membre de la Société des Etudes historiques 



Troisième Année. 



N° 1. 



1 er Avril 1887. 



SOMMAIRE. — Causerie, Théophile Denis. L'Abbé Baleslra, sa mission en France. 
— Ad. Bélanger. L'enseignement de la langue en 7 me année — Programmes 
d'enseignement de l'Institution nationale de I J Ams, Programme provisoire de 
7 me année. — Notices sur les Institutions Françaises de Sourds-Miets. J. 
Fabry. L'Institution de Bourg (garçons). — Quatrième Congrès international. 
Circulaire des membres français du Comi:é Central à leurs confrères étrangers. — 
L. Jullian. Conférence sur l'enseignement de la lecture (suite). — lnfoi ma- 
tions et Avis divers. 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 
I 887- I SSS 



~^<?~ 




PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muels de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale d.es Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muels de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Gapon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Inslitution nationale 
des Sourds-Muets de Paris . 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muels de Paris . 

Goislot (l'AluV), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Berchem -Sainte-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A., 1 , professeur. 

Hugentobler. J. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Uourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel ;D r ), médecin-adjoint de l'Institu-i 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de l'ai is. 

Rohart l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na-t 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des éludes 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Pans. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 
M. C. Renz, Conseiller royal, Stuttgart (Wurtemberg). 
M" e Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants^ à Stockholm. 
M. Van-Praagh, directeur de Y Association for the oral instruction of the Deaf and 
Dumb, Londres, 



La Revue française de l'Éducation des sourds-muets paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'éducation 

des 

SOURDS-MUETS 



REVUE FRANÇAISE 



DE L'EDUCATION 

des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cel enseignement et des sciences qui s'y rattachent 



PL'BI.IKE SOLS LA DIHECTION DE 



A. BELANGER 

rrofessc'nv à l'Institution nationale des Somils-Jlnets de Paris. 
Membre de la Société des Etudes historiques 



TROISIÈME ANNÉE 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 
I 887- I 888 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds -Muots 

3™' anné.\ — N« I Avril 1887 



CAUSERIE 



L'Abbé Balestra. (i) 

S\ MISSION EN FRANCE 

L'abbé Balestra, pour qui la patrie semblait être partout où 
il y avait des sourds- muets à aimer et à prptéger contre l'igno- 
ranee, est allé mourir à Buenos-Ayres, où l'avaient emporté les 
fiévreuses espérances d'une nouvelle victoire. -Dieu a jugé que 
l'éternel repos était dû enfin à celui qui avait condamné sa vie 
aux incessantes agitations de l'explorateur des misères humaines. 

Les infortunés dont Balestra servait la cause avec tant 
d'abnégation avaient en lui l'ami le plus généreux et l'avocat le 
plus nrdent. Son rôle, dans la mémorable bataille des méthodes, 
a été celui du plus chevaleresque champion de la parole. Sur ce 
terrain, ce fut un lutteur fougueux et résolu ; avec l'immodc- 
ration de l'halluciné, je le veux bien ; avec des imperfections 
d'équilibre, d'accord; mais profondément honnête, et désinté- 
ressé jusqu'à l'oubli même du pain quotidien; en un mot, pas- 
sionné pour son idée jusqu'au sacrifice suprême. Sa fin en est le 
plus saisissant témoignage. Car si son existence a été celle d'un 
apôtre, sa mort devait être et a été véritablement celle d'un 
martyr : Balestra est tombé meurtri par les angoisses et brisé 
par les fatigues du combat qu'il s'était juré de soutenir jusqu'à 
sa dernière heure. 



(1) L'aubé Séraphin Balestra, prêtre italien, originaire de Suisse (canton du 
Tessin), diccleur de l'école des sourdes-muettes de Corne, clicvaliir des ordres 
de la Légion d'honneur et des S.iints-Maurice-el-Lazaro, officier d'académie, 
décédé à Biiénos-Ayres le 26 octobre 18S6, à rà^e de 50 ans. 



— 6 — 

Gardons de cette humble et originale figure de bienfaiteur un 
souvenir attendri. 

Ses compatriotes ont trouvé dans l'émincnt directeur de l'In- 
stitut de Milan, le docte abbé Jules Tarra, un éloquent inter- 
prète de leurs regrets et de leur admiration. Chez nous, 
M. Claveau, dans une page inspirée par la justice et dictée par 
le cœur, a adressé de touchants adieux à celui qui passa sur 
notre sol en faisant le bien. Ces voix maîtresses ne peuvent que 
m'encourager dans mon intention, j'allais dire mon devoir, de 
rappeler, avec quelques détails, le séjour de Balcstra en France. 



* 

i * 



C'est en 1878 que j'entrai eu relations avec l'abbé Balestra. 
Le Congrès pour l'amélioration du soi't des sourds-muets, si 
rapidement improvisé à l'heuro où s'ouvrait celui qui avait été 
spécialement organisé en faveur des aveugles, venait de prendre 
fin. Balestra, qui y avait dépensé tant de verve, en sortait plus 
ardent que jamais, et l'esprit débordant de projets qui visaient 
l'introduction de la méthode orale dans les établissements natio- 
naux de sourds-muets en France. 

Mais voyons-le un instant dans ce Congrès, où il se fit une 
place à part, grâce à la forme pittoresque de son éloquence, 
abondante en métaphores humoristiques. 

On sait avec quelle àpreté il réclamait la proscription des 
signes et des moindres gestes dans l'enseignement oral. Je crois 
même qu'à ce Congrès de 1878, il fut le seul à défendre une 
opinion aussi radicale, qui ne devait triompher définitivement 
■qu'au Congrès de Milan. On n'a pas surtout oublié avec quelles 
attitudes tourmentées il appuyait ses arguments : son corps, 
naturellement flexible, était en perpétuel mouvement; ses bras 
s'agitaient en ailes de moulin ; et rarement on vit un jeu de 
physionomie plus animé. Le méridionnlisme vibrait dans tout 
sort être; Aussi, rien de plus curieux que cette exubérante 
mobilité d'un orateur soutenant une thèse en faveur de l'immo- 
bilité. 



— 7 — 

Cet amusant contraste frappa notamment M. Fourcade, le 
professeur toulousain, qui ne put s'empêcher d'en faire la 
remarque à la tribune. 

— « Quand j'instruis le sourd, dit-jl. je ne peux supprimer 
complètemont la mimique. Est-ce que je parle sans gesticuler ? 
Le prêtre italien, lui, qui ne veut pas de mimique, ne manque 
pas, quand il parle, de faire des gestes... » 

Et l'auditoire de rire. D'ailleurs, oh ne pouvait entendre de 
contradicteurs plus courtois. Rappelez-vous la réplique de 
Balestra : 

— « Quand M. Fourcade vient dire que je fais trop usage 
des bras, il a bien raison ! (Hilarité.) J'en fais usage, parce que 
j'ai bieu compris ce qui m'a été dit à Rome par le cardinal 
Bilio : — Monsieur l'abbé, m*a-t-il dit, vous avez fait parler 
les muets, mais vous n'êtes pas arrivé à faire entendre certains 
sourds. — C'est depuis ce temps que je joins à ma parole les 
gestes, comme s'ils devaient m'aider à faire pénétrer ma con- 
viction. Je voudrais qu'ils eussent la force d'une machine 
Crampton. Je voudrais entraîner tout le monde dans ce nouveau 
système qui rendra heureux en même tcurps les maîtres et les 
élèves. » 

Dans une autre séance du Congrès, on lui répéta cette obser- 
vation amicale, qu'on ne pouvait combattre le système des 
signes avec une plus grande prodigalité de gestes. 

-- « Moi. répondit-il encore, apôtre d'une nouvelle méthode, 
je ferai toujours des gestes, mais pas des signes. Quand même 
je serais dans mon tombeau, si vous entendez du bruit, vous 
pourrez dire : c'est encore l'abbé Balestra qui fait des gestes. » 
(Rires et applaudissements.) 

— « L'image est saisissante, « souligna M. le vice-président 
lligaut. 

Il ne faudrait pas croire que l'éloquence de Balestra se bornât 
à n'entretenir qu'une douce gaîté dans l'auditoire. 

Le brave abbé trouvait parfois dans son cœur de ces accents 
qui remuent la foule. M. Hugentobler, le directeur de l'école 
de Lyon, avait laissé échapper cet avis que, jour être à la tête 
d'une institution, il est préférable d'être marié. 

— « Nous sommes mariés, s'écrie Balestra, mariés à quelque 



chose de noble. Vous voyez quelle force il y a en nous, vous le 
voyez par nos visages'!... » 

(Dans ces paroles, fait remarquer le compte-rendu officiel, 
prononcées avec un accent pathétique, comme dans Ja physio- 
nomie grave et passionnée de l'orateur, éclate le zèle de l'apos- 
tolat). 

— « Oui, nous sommes mariés, répète l'abbé Balestra; nous 
avons nos enfants, ces jeunes infirmes que le Seigneur nous a 
coufiés, eu disant que les aimer, c'est l'aimer lui-même; nous 
sommes aussi des pères de famille... » 

Du reste, Balestra, infatigable et constamment sur la 
brêehje, prit la parole dans toutes les séauces du Congrès. 

Je- lie, puis rappeler, même sommairement, tout ce qu'il y a 
dit.; mais il est un dernier incident que je dois remettre au jour 
à titre de détail biographique. 

Il s'agissait de fixer la date du futur Congrès international. 

Balestra demandait qu'il fût tenu un Congrès chaque année. 

Je cite le compte-rendu : 

M. Bigaut. Telle avait été aussi notre première pensée ; 
mais il faut songer que ces réunions entraînent des dépenses 
assez considérables. L'enseignement des sourds-muets est pra- 
tiqué par des hommes qui ne sont pas très-riches, et vous, 
Monsieur l'abbé, vous êtes relativement un millionnaire. (On 
rit.) 

M. l'abbé' Balestra. Quand on est enthousiaste d'<ine idée, 
il n'y a que le sacrifice qui puisse la faire triompher. Oui, Mes- 
sieurs, pour introduire en Italie la méthode de la parole, pour 
la propager et parvenir aux résultats que j'ai obtenus, j'ai dû 
faire des sacrifices de toute sorte qui m'ont amené à épuiser 
toutes mes ressources. Et plût'à Dieu que j'eusse à ma dispo- 
sition les millions que me prête M. Rigaut, pour les consacrer 
au triompha d'une si grande cause ! La confiance que j'ai dans 
la Providence est toute ma richesse e' me donne ce courage qui, 
autrement, serait une témérité. Mon insuffisance a, du icste, 
été bien souvent aidée par la gén.u-osité de personnes chari- 
tables dont je conserve la mémoire dans le cœur, et que je 
serai bien heureux de remercier un jour publiquement. 

M. Rigaut. Il suffit de vous voir, Monsieur l'abbé, pw 



— 9 — 

reconnaître en vous une nature désintéressée -,■ honnête et 
loyale... 

Eloge bien mérité, et qui fait honneur à la fois à la sagacité 
et aux sentiments de justice de M. le vice-président du Congrès. 

Au moment où l'on parlait plaisamment des millions de 
Balestra, le pauvre abbé manquait des quelques sous nécessaires 
Donr régler ses modestes frais d'hôtel. 



# 
* * 



Vous avez vu l'apôtre en public, avec la séduisante crânerie 
de son allure, avec sa naïve franchise de bon enfant, le visage 
ouvert et l'âme tout en dehors. 

Suivons-le maintenant à sa sortie du Congrès. Certes, ce 
n'est point le repos qu'il va chercher. Il semble, au contraire, 
que les discussions auxquelles il vient d'être mêlé aient encore 
augmenté son énergie et son activité. 

Maintenant, une pensée le domine et le travaille. Il est décidé 
à rester en France pour harceler l'administration supérieure, 
jusqu'à ce qu'il l'ait amenée à adopter l'enseignement de la 
méthode orale pour des institutions nationales de sourds-muets. 

Se doutait-il, à ce moment, des rudes épreuves que lui 
réservait cette campagne ? Je n'en suis pas certain. Je ne sup- 
pose pas non plus qu'il eût reculé devant la tâche; non, sa 
résolution était trop ferme. D'ailleurs, les difficultés ne tardèrent 
pas à se révéler, et, s'il n'eût pas eu au cœur le triple airain, 
rien ne l'eût empêché d'abandonner, dès le début, son poste de 
combat. 

J'ai vu de près Balestra dans toutes ses démarches au minis- 
tère de l'intérieur. Je puis dire qu'il se répandait dans lés 
bureaux. Il s'y présentait avec toute sa fougue, c'était alors un 
grand défaut. Il me faisait l'effet d'un soldat voulant prendre 
d'assaut une formidable forteresse avant d'avoir exécuté patiem- 
ment les travaux d'approche. La garnison le culbutait à chaque 
nouveau retour offensif. Que de fois j'ai été le confident de ses 
déceptions ! Aussi pourrais-je raconter par le menu toutes ses 



— 10 — 

tentatives, ses insuccès, ses espérances, ses désillusions. Ce 
serait trop longtemps m'attarder à des détails maintenant sais 
intérêt. 

Ce que lui répondait l'administration, on le sait. On ne vou- 
lait pas une révolution soudaine dans les procédés d'enseigne- 
ment des institutions nationales. On y étudiait depuis longtemps 
le meilleur mode d'y introduire l'enseignement oral, on n'était 
pas hostile par système à une méthode dont on vantait les 
succès ; on était favorable à tontes les expériences que réclamait 
le progrès. Mais on avait une lourde responsabilité, en raison 
de l'importance même des établissements dans lesquels il s'agis- 
sait d'apporter de considérables innovations. On avait le 
devoir do marcher avec lenteur, d'essayer avec prudence, de 
n'avancer d'un pas, dans une nouvelle voie, qu'après s'être assuré 
de la solidité du terrain. J'ai dit ailleurs toutes les raisons 
qui ont -forcément amené le ministère de l'intérieur à retarder 
la solution définitive du problème de l'enseignement dans nos 
institutions de sourds-muets; je n'y reviens que pour faire 
ressortir les froids et rigides arguments sous lesquels s'éteignait 
périodiquement le feu trop vif de l'abbé Balestra. Il est vrai 
que cette flamme de l'apôtre renaissait à chaque lendemain 
d'insuccès. 

Il ne faudrait pas croire cependant que cette persévérance 
fût tout à fait infructueuse. Elle avait pour résultat d'entretenir 
et même de surexciter la volonté manifestée par l'administra- 
tion d'étudier, cette fois, plus sérieusement que jamais, toutes 
les questions relatives à l'enseignement oral. S'il y avait encore, 
de ci, de là, quelques routiniers dont le septicisme niait la 
possibilité de franchir la vieille ornière, Balestra était l'homme 
du coup de fouet. Sans trêve ni merci, il cinglait le paresseux 
et méfiant attelage... 

Durant huit mois, cet homme tenace frappa à des portes, 
sans rien obtenir de plus qu'un sourire aimable. Comment 
eût-on mal reçu ce brave cœur, dont le désintéressement 
accompagnait un zèle si admirable et une conviction si profonde ? 
Pour ma part, j'étais devenu son ami dèB la première heure, et 
c'est dans mon cabinet qu'ensemble nous tramions les plus noire 



— 11 — 

complots contre mes chefs hiérarchiques qui,' depuis, je m'em- 
presse de l'ajouter, m'ont bien pardonné mes trahisons. 

Il s'est toujours rappelé ce temps-là, le bon abbé, avec un 
plaisir d'enfant. 

Il y faisait encore allusion dans une de ses dernières lettres : 
« Eu prenant la plume, m'écrivait-il avec un enthousiasme 
dont la distance et les ans ne faisaient pas baisser le diapason, 
mou cœur tressaille de joie, et il me semble encore vous voir et 
vous parler... Avec quelle douceur vous m'avez toujours accueilli 
chez vous-même, à une époque où mes idées n'étaient pas trop 
en faveur au ministère de l'intérieur ! J'espère que vous n'aurez 
jamais occasion de vous repentir de l'appui donné à mon 
œuvre... » 

Non, mon cher ami, je ne me repcns de rien, et vous ne 
m'aurez jamais causé qu'un chagrin, bien profond il est vrai, 
celui que me laisse votre mort... 



* 
* • 



Je reviens à l'heure où la vie débordait chez Balestra. 

Un jour, — je n'ai pas oublié la date, c'était le 31 mai 1879, 
— il m'arrive avec la figure épanouie d'un homme qui a fait un 
colossal héritage. 

— Mon cher Monsieur, me dit-il, l'heure du triomphe 
approche ; j'ai vu le ministre ! 

Et le voilà qui me raconte dans tous ses détails sa fameuse 
audience. M. Lepère, un bon cœur, ma foi, l'avait fait appeler 
lui, Balestra, un abbé. Dès le premier mot, la glace avait été 
rompue. 

— Je. voup remercie bien, M. le Ministre, de n'avoir pas 
craint de me recevoir. Ma robe ne saurait vous compromettre 
aux yeux de personne, car vous pouvez répondre à tout le monde 
q le vous avez reçu dans votre cabinet un républicain de nais- 
sance : je suis né en Suisse ! 

Ce singulier exorde, avec la franche et souriante figure de 
Balestra, produisit son effet. 



— 12 — 

L'audience fut longue, vous n'en doutez pas. Balestra n'était 
pas homme à lâcher, au bout de huit minutes, un ministre 
qu'il poursuivait depnis huit mois. 

Bref, comme un ministre n'est pas obligé .d'en savoir long 
sur la manière d'instruire des sourds muets, M. Lepère, à qui 
Balestra avait voulu en apprendre trop en une fois, avait prié 
son visiteur de condenser en un mémoire ce qu'il venait de 
lui exposer. 

— Et ce mémoire ? lui demandai-je. 

— Le voici, vous le lirez; gardez cette copie, elle est pour 
vous. 

Je l'ai gardée. C'est le premier document officiel de la mis- 
sion de Balestra en France. Je crois que vous le lirez avec 
d'autant plus d'intérêt qu'il renferme des particularités auto- 
biographiques qui mettent en lumière la sympathique et loyale 
physionomie de son auteur. 

(A suivre) 

Théophile Denis. 



L'ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE FRANÇAISE 
en 7 me année 

l{appcrt présenté a la Conférence des Professeurs 
de l' Institution nationale de Paris. 



Moxsieur le Président, Messieurs, 

En déposant sur le bureau de la Conférence le programme de 
7 e année, je suis heureux de saisir cette occasion pour remer- 
cier tous mes collègues de l'honneur répété qu'ils m'ont fait en 
me nommant chaque année membre de la Commission chargée 
de la confection de nos programmes d'enseignement. 

Celui que votre Commission propose aujourd'hui à votre 
examen, et qu'elle vient d'adopter à l'unanimité, est, vous le 
savez, le dernier de notre cours d'études, je ne dirai pas le cou- 



— 13 — 

ronnement de l'œuvre ; cet ensemble ne constitue pas, à notre 
avis, une œuvre parfaite : le mot provisoire placé en tête de 
chacun de nos programmes ne l'indiqne-t-il pas d'une manière 
très' explicite ? 

Permettez-moi cependant de vous rappeler comment ils furent 
entrepris, et les raisons qui nous ont fait adopter cette dénomi- 
nation de provisoire. 

C'était en 1882, la méthode orale était introduite depuis peu 
de temps dans notre institution ; afin d'assurer l'unité dans 
l'enseignement, un remanemient des anciens programmes s'im- 
posait, une adaptation à la méthode nouvelle était devenue 
nécessaire; tel fut le point de départ du travail commencé par 
M. le D r Peyron, continué depuis par notre dévoué Directeur, 
et mené par lui à bonne fin aujourd'hui. 'Tous deux peuvent se 
rendre cette justice : qu'en cette circonstance, ils ont été utiles, 
non-seulement au corps enseignant de l'Institution nationale, 
mais à nos instituts provinciaux, et même à ceux de l'étranger 
qui tous s'inspirent des travanx de notre grande école. 

Mais les changements survenus nous imposaient par ce fait 
même une certaine réserve, et la Conférence voulut bien adopter 
pour règle que les programmes indiqueraient seulement la 
marche générale de l'enseignement, les grandes lignes à suivre; 
il fut convenu de plus que l'expérience acquise permettrait une 
révision de ces programmes qu'on s'efforça de rendre accessibles 
à la moyenne des élèves. 

Rendons immédiatement cette justice à nos devanciers, c'est 
que leurs travaux antérieurs, les programmes de 1837 (M" e Fer- 
ment), ceux de M. Vaïsse (1870), facilitaient singulièrement 
notre tâche ; ce n'était pas une création qui se faisait, c'était 
une modification, une adaptation, un nouvel anneau ajouté à la 
chaîne formée par la tradition séculaire de notre Institut. Noua 
apportons, modestement, nous aussi, notre pierre à l'édifice 
commun, laissant à ceux qui viendront après nous le soin de 
perfectionner encore. 

La ligne de conduite qui a présidé à la confection des 
programmes précédents a été suivie en tous points. Celui que 
nous vous présentons aujourd'hui est bien l'œuvre de la Com- 
mission entière. 



— 14 — 

Chacun a tenu à honneur d'y apporter sa part de travail en 
prêtant à son rapporteur le concours le plus entier et le plus 
empressé. Que tous mes collègues veuillent bien agréer aujour- 
d'hui mes remerciements les plus sincères. Je les adresserai 
plus particulièrement encore à M. le Président qui a facilité 
notre tâche à tous en dirigeant les débats et en les résumant 
avec son tact habituel. 



Vous avez pu remarquer, Messieurs, que chacun de nos pro- 
grammes d'enseignement commence par le même article : Cor- 
rection et perfectionnement de la prononciation. Nous n'avons pas 
cru devoir, même pour le dernier, nous affranchir de cette 
suprême recommandation qui devient peut-être plus impor- 
tante à mesure que l'élève voit s'élargir le cercle de ses connais- 
sances ; ce qui l'amène naturellement à porter moins d'attention 
à sa prononciation matérielle pour la fixer en entier sur le 
développement de son intelligence. 

Le second article - . Bèvision générale des programmes des trois 
dernières années, grammaire pratique, principaux termes gram- 
maticaux, est non moins important; la Commission a cru bon 
d'attirer l'attention du professeur sur les programmes des trois 
dernières années; cette revue ne portait autrefois que, sur celui 
de l'année précédente. 

Le second paragraphe de cet article a soulevé une discussion 
curieuse et intéressante à bien des points de vue. La plupart 
de nos grammairiens, s'ndressant à des enfants doués de tous 
leurs sens, énoncent d'abord la- règle grammaticale qui est 
appuyée ensuite par des exemples ad hoc ; le professeur de 
sourds-muets, vous le savez, agit différemment; le premier 
fait de la grammaire théorique, lui, s'attache au côté pratique 
de cet enseignement, il donne l'essence de la règle elle-même, 
mais sans énoncer celle-ci. Votre Commission a pensé qu'il 
serait possible en 7 e année d'aller un peu plus loin, et d'en- 
seigner à nos élèves les termes grammaticaux les plus usités en 
se servant pour cela non de leçons spéciales, mais des exercices 



— 15 — 

habituels : ceci est un nom, dira le professeur ; ceci un article, 
un verbe, à tel mode, à tel temps. Ne pourrait-on même pas, 
jiprès des exemples pratiques, variés et multiples, amener les 
élèves à trouver en quelque sorte les règles les plus simples de 
notre grammaire ?... 

Loin de nous la prétention de faire faire par nos élèves de 
l'analyse grammaticale qui les ferait prendre pour de petits 
savants et ne leur apprendrait rien qui leur soifc utile; il ne 
faut pas non plus d'un autre côté s'effrayer trop du terme 
grammaire; aussi, n'avons- nous pas hésité à l'introduire dans 
notre programme. 

Le verbe a toujours été le pivot de notre enseignement ; le 
programme de 7 e année ne pouvait être muet à son égard, et 
cependant ne le voyons-nous pas dès maintenant enseigné à 
tous ses temps et à tous ses modes. Je me trompe ; on trouve, 
en effet, dans nos différents programmes rénumération des 
différents temps et modes ; mais, remarquez bien, je vous prie, 
la circonspection que vous avez apportée pour deux de ces 
modes : le conditionnel et le subjonctif. En 5 e année, on parle 
d'initiation à la compréhension ; en 6 e année, c'est l'emploi : 
mais nul d'entre vous n'ignorant les difficultés que le professeur 
rencontre, le mot enseignement qui paraissait plus complet a 
été écarté, on craignait d'aller trop loin. 

Voilà qui vous explique, Messieurs, la présence de l'article 3 : 
Exercices sur la concordance des temps, notamment sur ceux du 
conditionnel et du subjonctif. C'est là, vous le reconnaîtrez, une 
des plus grandes difficultés de notre langue, difficulté qui 
s'augmente encore dans notre enseignement spécial; le profes- 
seur arrivera- t-il à la soulever complètement ? 

L'importance de la lecture n'a échappé à nul d'entre vons. 
N'est-ce pas le seul moyen à la portée de nos élèves pour arri- 
ver à perfectionner leur instruction ? cet exercice devait donc 
tenir dans nos dernières années d'études une place de plus en 
plus importante. Il serait à désirer qu'il se fit non-seulement 
dans nos livres spéciaux, hélas trop rares, mais encore dans des 
livres simples, dans tous s'il était possible; c'est ce qui nous a 
engagé à mettre cette expression de lecture à livre ouvert. Il 
arrive parfois que l'enfant lit sans essayer de comprendre, tel 



— 16 — 

autre élève s'arrête à la première difficulté et abandonne son 
livre. Par des lectures fréquentes, rapides, longues même, par 
des demandes d'explications faites au courant de ces lectures, 
par des. explications fournies à propos, on donnera aux uns et 
aux autres l'habitude et le goût de la lecture. Ce sera de plus 
pour le maître une excellente occasion de recommander à ses 
élèves l'emploi du dictionnaire et de les obliger à s'en servir en 
leur faisant chercher tel mot incompris, en suppléant lui-même 
à toute explication peu claire ou incomplète. 

Le dialogue qui vient ensuite n'est pas chose nouvelle dans 
notre enseignement; jusqu'ici le maître a été la plupart du 
temps l'un des deux interlocuteurs; désormais il n'entrera plus 
en scène que pour indiquer le sujet de la conversation, laissant 
à un élève le soin de questionner ses camarades, et n'intervenant 
que pour corriger et diriger le dialogue. Cette petite transfor- 
mation, simple en apparence, est cependant pour nos élèves la 
source de bien des difficultés. 

Depuis longtemps notre élève s'habitue graduellement à 
comprendre les lettres qu'il reçoit, à y répondre dans la mesure 
de ses moyens. A la fin, du cours d'études, le style épistolaire 
acquiert encore nue importance capitale; aussi, a-t-il fait dans 
notre programme l'objet d'un article sur lequel le professeur 
devra s'appesantir longuement. 

Tout doit concourir à habituer l'élève à s'exprimer couram- 
ment dans sa langue ; un exercice non moins utile sera de lui 
faire rendre compte d'une lecture et des réflexions qu'elle lui 
aura suggérées et, en développant un canevas, un texte donné, 
il pourra dans de petites descriptions, dans de petits récits, 
mettre en usage son petit bagage littéraire. 

Enfin, Messieurs, nous avons cru utile de donner à nos élèves 
des explications courtes et simples de quelques proverbes popu- 
laires que l'on retrouve à tout instant dans la bouche de chacun, 
et de leur expliquer à l'occasion les idiotismes les plus commu- 
nément employés dans notre langue. 

11 est encore un exercice que nous n'avons pas signalé dans 
notre programme et qui, cependant, tient une place si grande 
dans notre classe, que nous ne voudrions pas omettre de le 
mentionner ici. Nous voulons parler du journal de classe inscrit 



— 17 — 

dans le programme de 6 e année. Personnellement, nous en 
avons retiré de si bons résultats que nous ne pouvons nous 
empêcher de le recommander à nouveau. Nous y avons ajouté 
cette année un autre exercice qui nous paraît rendre d'excellents 
services à nos élèves; nous engageons, en effet, ceux-ci à 
joindre à cette correspondance entre le professeur et l'élève une 
série de questions portant sur des sujets divers sur un point 
demeuré obscur pour l'élève, l'engageant même au besoin à 
satisfaire sa curiosité instinctive. Outre l'habitude acquise de 
questionner, celui-ci retirera de ces demandes de renseignements 
un profit réel au point de vue du développement intellectuel. 

Certaines écoles d'Amérique ont introduit une nouvelle source 
d'émulation près de leurs élèves en publiant des journaux heb- 
domadaires faits pour les élèves, quelquefois par eux-mêmes, et 
imprimés le plus souvent dans l'établissement. Cette innovation, 
signalée par M. le Président, a été considérée comme excellente 
par votre Commission qui la recommande à votre attention en 
formant des vœux pour qu'on recherche les moyens à employer 
afin de l'introduire dans notre institution. 

Les articles 10 et 11 qui terminent notre programme en 
forment en quehjue sorte comme une seconde partie, et ren- 
ferment un ensemble de connaissances à donner à nos élèves, 
afin de les mettre au courant des progrès apportés dans la pra- 
tique de la vie moderne. 

C'est sur la proposition de M. le Président, toujours à la 
recherche de ce qui peut être utile et profitable à nos élèves 
que l'article 10 Visites sous l 1 conduite du professeur à des 
établissements industriels, explicitions préalables et explications 
sur place, comptes-rendus oravx et écrits de ces excursions, a été 
mis dans notre programme. Ne sera-ce pas là véritablement la 
meilleure des leçons de choses, et n'est-il pas à souhaiter que 
cette manière de procéder s'étende non-seulement à la 7 e année, 
mais encore aux deux années précédentes. 

Ce sera également intéresser nos élèves que de leur donner 
d'une façon simple et précise une description des merveilleuses 
iuventions de notre siècle ; quant aux notions de physiqne, que 
ce mot n'effraye pas ceux qui le verront dans nos programmes. 
Pouvions-nous faire moins, dans ce siècle où l'électricité paraît 



— 18 — 

appelée à jouer un si grand rôle, qie de signaler brièvement ces 
connaissances qui sont aujourd'hui du domaine de tous. 
L'arithmétique est devenue, elle aussi, un exercice spécial de 
langue française; nous la développons cette année en y ajoutant 
la règle de trois simple et la règle d'intérêt ; nous y joignons 
aussi quelques notions de géométrie : la mesure des surfaces les 
plus simples; le carré, le rectangle, le triangle, le cercle; l'éva- 
luation du volume du cube et du cylindre ; ce qui nous donnera 
occasion de revenir d'une façon plus précise à l'étude de notre 
système légal de3 poids et mesures dont nos élèves ont com- 
mencé l'étude en 6 e année. 

Vous n'avez pas trouvé, Messieurs, d'article spécial indiquant 
le côté moral de notre enseignement. Nous aurions craint, en 
agissant de cette façon, de lui donner une place trop étroite ; 
tout ne doit-il pas concourir à développer le cœur et l'esprit de 
nos élèves ? Leur donner l'amour du bien et le désir d'être 
utile à leurs semblables, afin qu'ils ne se considèrent pas comme 
des membres isolés de la grande famille humaine ; tel est le but 
noble et élevé que le maître aura toujours en vue dans son ensei- 
gnement. 

Il n'est pas inutile de rappeler que la 7 e année d'étude ne 
comprend pas uniquement ce programme, mais possède encore 
des programmes spéciaux pour l'Histoire de France, la Géogra- 
phie et le Droit usuel; nous espérons ainsi, en inculquant à 
nos élèves cet ensemble de connaissances, les rendre capables 
de se conduire dans toutes les circonstances de la vie, et les 
incorporer ainsi plus intimement dans la so-jiété dont leur in- 
firmité les excluait à jamais. 

Permettez-moi en terminant, Messieurs, d'appeler votre 
attention, sur l'ensemble- de nos programmes; ce ne suit, vovs 
le savez, que des programmes provisoires; l'ex[>érience nous a 
montré les défauts de quelques-uns; aussi, serait-il à souhaiter 
que cette œuvre fut remise sur le chantier pour être mise an 
point et développée. Nouî p3U3on3, en effet, qu'en ajoutant à 
chacun de nos programmes un autre programme annexe plus 
détaillé; la Conféreuce créerait ainsi un guide utile à tous dans 
bien des circonstances. 



— 19 — 

C'est une question, Messieurs, que je livre à votre apprécia- 
tion , le jour où elle sera résolue, et lorsque l'Administration 
supérieure aura pu accorder à notre Institution la 8 e année 
d'études demandée par les divers Congrès et proposée, nous le 
savons, comme une amélioration importante par notre Direc- 
teur, la méthode orale aura conquis véritablement sa place, et 
nous pourrons espérer obtenir d'elle tous les résultats que les 
succès obtenus jusqu'à ce jour nous font entrevoir. 

Février 1887. 

Ad. Bélanger. 



PROGRAMMES D'ENSEIGNEMENT 

de l'Institution nationale de Paris 

PROGRAMME PROVISOIRE 

DE LANGUE FRANÇAISE 
POUR LKS CLASSES DE SEPTIÈME ANNÉE (1) 

Adopté par la Conférence des Professeurs de V Institution nationale 
de Paris, dans ses séances du 1 er février et du 1 er mars 1887 (2) 

1° Correction et perfectionnement de la prononciation ; 

2° Revue générale des programmes des trois dernières années ; 

3° Grammaire pratique, principaux termes grammaticaux; 



(1 ) Il existe encore pour la classe de 7 e année des programmes spéciaux 
d'histoire de France, de géographie et de droit usuel (Voir Revue française, 
2« année n« 4, p. 90; n» 6, p. 132; n« 7, p. 158). 

(2) La; Commission chargée de la préparation de ce programme se composait 
de M. le Directeur, président; M. le C.nscur, MM. Alard, Bélanger, Champmas 
et Raymond, professeurs; M. Bélanger, rapporteur; M. Dupont, secrétaire. 



— 20 — 

4° Exercices sur la concordance des temps, notamment dans 
l'emploi du conditionnel et dans celui du subjonctif, 
étendre l'emploi et faire connaître le sens des idiotisme» 
les plus usités ; 

5° Lecture à livre ouvert, explication des mots les plus diffi- 
ciles ; 

C° Dialogues entre élèves, parlés, puis écrits sur un sujet 
donné par le professeur ; 

7° Exercices épistolaires appliqués aux diverses circonstances 
de la vie : les sujets de lettre porteront sur des évé- 
nements réels ou supposés ; 

8° Résumer oralement une lecture faite, développer de même 
un texte donné; 

9° Explications de quelques proverbes populaires; 
10° Visite sous la conduite du professeur, à des établissements 
industriels, explications préalables et explications sur 
place, compte-rendus oraux et écrits de ces excursions; 

11° Notions très-sommaires de physique : thermomètre, baro- 
mètre, télégraphe, éclairage électrique; 

Arithmétique. Système métrique, problèmes pratiques sur 
la règle de trois simple et la règle d'intérêt. Mesura des 
surfaces géométriques : carré, rectangle, triangle, cercle. 
Evaluation des volumes : cube, cylindre. 



— 21 



NOTICES 

sur les Institutions françaises de Sourds- Muets 



INSTITUTION DE BOURG (aïs) 
(garçcns) 



Cette institution fut fondée en 1856, sous le patronage de 
M. le préfet de l'Ain, par M gr l'évêque de Belley. Dès le prin- 
cipe, M. le préfet de l'Ain voulut bien prendre un arrêté trè s 
favorable au prompt accroissement de l'Institution. L'arrêté est 
ainsi conçu : « L'établissement fondé à Bourg, sons notre 
patronage, par M gr l'évêque de Belley, pain* l'instruction des 
jeunes sourds-muets des deux sexes [V, est désigné pour recevoir 
les enfants di département de l'Ain, atteints de ces infirmités, 
auxquels des bourses ou des portions de bourses seront accor- 
dées soit sur l'allocation de -45,003 francs attribuée au dépar- 
tement de l'Ain par le décret impérial du 5 août 1851, soit sur 
les fonds spéciaux votés annuellement par le Conseil général. 

Aussi l'établissement ne tarda-t-il pas à se rendre digne de la 
bienveillance de l'administration départementale. Les parents 
qui, non pas seulement du département de l'Ain, mais des 
départements voisins et de la Suisse, vinrent en si grand nombre 
lui confier leurs enfants, le montrèrent assez. Bientôt le local 
devint insuffisant, et le directeur se vit obligé au l fT janvier 1861 
de transférer ailleurs son institution toujours grandissante. Ce 
transfèreinent ne put qu'être favorable à l'Institution, car le 
losal où elle fut installée, et qu'elle occupe encore aujourd'hui, 
réunit presque toutes la conditions d'agrément et de salubrité- 



(1) L'établissement des garçons est c>mi>lùtcm-nt distinct de celui des filles, 
Olu-ciest dii-;^ |ia:- des Ile!igicti<es de II C •ntfvéga.lion de Saint-.!osepl|, 



- 22 — 

Possédant des appartements vastes, propues et bien aéré3, elle 
est en outre placée aux portes de Bourg, près l'hôtel de la pré- 
fecture, sur un coteau que l'on nomme Bel-Air. Là elle possède 
de magnifiques horizons, et surtout un air pur très favorable à 
la santé. 

Méthode. — La métbole d'enseignement employée à l'ori- 
gine fut la méthode intuitive avec l'écriture et les signes. L'en- 
seignement de la parole a été introduit eu 1873, mais non pas 
complètement; car, jusqu'à l'époque du Congrès de Milan, on 
se servit encore de la méthode mîxte. Eu 1880, les décisions du 
Congrès de Milan ayant été acceptées sans réserves par le direc- 
teur, la parole fut enseignée, et actuellement la méthode orale 
pure remplace complètement toutes les méthodes précédentes. 

L'enseignement est donné par quatre professeurs, prêtres du 
diocèse de Belley, dont le zèle le plus constant est au-dessus de 
tout éloge. L'éducation das enfants est l'objet de tous leurs 
soins. Soit en récréation, soit en promenade, en étude comme 
en classe, les élèves sont continuellement sous la surveillance 
des maîtres qui, tout en cultivant l'esprit de ces enfants, s'ap- 
pliquent aussi à former leur coeur pour en faire des hommes et 
de bons chrétiens. 

11 n'existe plus à l'institution, depuis l'introduction de la 
méthode orale pure, une éducation professionnelle proprement 
dite. Toutefois il y a un autre avantage non moins précieux. 
Plus des trois quarts des élôvc3, enfants de la campagne, sont 
destinés à reprendre les travaux des champs après leur sortie 
des écoles. Or, l'établissement possédant un clos immense, dans 
lequel se trouvent plus de 2,000 arbres fruitiers, il nous est 
facile d'entretenir et de développer les goûts agricoles du sourd- 
muet. L'extrême diversité des travaux agricoles, l'arboriculture," 
l'horticuture, nous permettent d'utiliser toutes les aptitudes. 
Ainsi l'élève qui ne serait que médiocre dans une iulnstric 
u h baine pourra apprendre à être dun la campagne un tra- 
vailleur modèle, car il est naturellement apte à l'agriculture. 

J. Fabry 



4 ùme CONGRÈS INTERNATIONAL 



A Messieurs les Membres des sections américaine, anglaise, 
oehje, espagnole, hollandaise, italienne, Scandinave du Comil'i 
central institué pour l'organisation du 4 e Congrès international 
des instituteurs de sourds-muets. 

Paris, le mars 1887. 

Messieurs et honorés Collègues, 

La circulaire que nous avons eu l'honneur de vous adresser 
le 28 août dernier n'a pas "amsné des réponses aussi promptes 
et aussi complètes que nous l'eussions désiré. Nous devons 
reconnaître, il est vrai, que les divers membres du Comité 
central avaient, pour formuler cette réponse, à s'inspirer non 
pas senlement de leur sentiment personnel, mais aussi du sen- 
timent que manifesteraient, parmi leurs compatriotes, le plus 
grand nombre des adhérents au 4"' Congrès interi ational des 
instituteurs de sourds-muets. Ce fait explique peut-être qu'à 
l'heure actuelle, sur 29 membres encore vivants di Comité 
central, 13 seulement en dehors de la section française aient 
fait connaître leur opinion, savoir : 

2 membres de la sectien allemande ; 

1 membre — américaine ; 

2 membres — anglaise ; 
2 — — belge; 

1 membre — espagnole ; 

2 membies — hollandaise; 
.3 — — Scandinave. 

Un certain nombre d'instituteurs nous on*-, en outre, écrit 
directement, et de l'examen des réponses obtenues, l'on est en 
droit de conclure que, pour satisfaire au désir de la majorité des 
futurs congressistes, le 4 e Congrès international devrait s'ouvrir 
dans le cours de la première quinzaine du mois d'août 1*87. 



— 24 — 

Mais, comme nous l'iadiqnions dans la circulaire du 
28 août 1886, il était indispensable, avant de vous proposer 
une date à fixer, de consulter lesconvenances du Comité local 
qui devait être institué à Francfort-sur-le-Mein. Aussi, dès les 
premiers jours du mois de janvier 1887, M. le Directeur de 
l'Institution de Francfort avait-il été informé par notre secré- 
taire du sens dans lequel se prouonçait l'opinion la plus géné- 
ra'e. Cjtte dîmircho ét'vit, an roste, d'autant plus nécessaire 
qu'une date à choisir au commencement d'août, ou même vers 
le milieu du même mois, s'écartait beaucoup de l'épcque indiquée 
p.ir la Direction de Francfort comme ayant ses préférences 
très-marquées. 

Dans ces conditions-, et dans l'attente où nous nous trouvions 
des décisions à prendre à Francfort, nous devions penser que, 
si quelques difficultés survenaient, nous en serions instruits 
avant toutes autres personnes. Ce n'est donc pas sans un vif 
étonnement que nous venons de recevoir une « déclaration » 
imprimée, signée de deux membres de la section allemande, 
MM. Weisweiler et Vatter, qui paraît avoir été, dès à présent, 
livrée à nne publicité étendue, et dont voici la traduction : 

« 4 e Congres internttio.ial des instituteurs de sourds-muelts à 
Francfort-sur-le-Mein » 

« Déclaration » 

« Ln efforts que nous avons faits pendant dix mois n'ont pas 
« réussi jusqu'à présent à faire fixer d 'accord avec le chef-lieu, 
« Paris, quoi que ce soit d' prick concernant le 4 e Congres inter- 
« national des instituteurs de sourds-muets qu'on avait eu en vue 
« de tenir à Francfort-sur-'e-Mein en 1887. Aujourd'hui le long 
« espace de temps écoulé ne permet plus défaire les préparatifs 
« étendus qu'exige «/i Congrès international, alors même qu'il 
« n'y aurait pa*, dès maintenant, de fortes raisons de s? 
a demander si le Congrès se passerait d'une manière satisfaisante. 
« Aussi, nous trouvons-nous dvis la pénible nécessité de 
« déclarer: 

<t (Jue nous devons renoncer à nous occuper pour 1887 d'un 



— 2ô - 

« Co)igrè$ international des instituteurs de sourds- muets à 

« Francforl-sur-le-Mein. » 

« Francfort i , ,„ ,„__ 

„ , J ) le 13 mars 1887. 
« Cologne ( 

« vIm nom ffe* membre s allemands du Comité central » 
« N. Weisweiler, J. Vatter. » 

Sans nous arrêter à apprécier le procédé dont il a été fait 
usage, et tout en ne partageant à aucun degré des défiances que 
rien ne justifie, nous nous bornons à constater le refus de con- 
cours qui ne permet plus de compter sur l'organisation d'un 
Congrès international à Francfort-sur-le-Mein, et nous croyons 
avoir accompli tout notre devoir en vous proposant de déclarer 
terminée, dès maintenant," la mission du Comité central. 

Les Membres français du Comité central, 

Chanoine Bourse, 0. Claveau, E. Pereire, 

L r Peyron, Ad. Bélanger, L'Abbé Goislot. 



cojsrFÉKEisroE! 
SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE 

et la correction des vices de prononciation 

D'APRÈS LA MÉTHODE NATURELLE 
{Suite.) 



PARTIE 



PRATIQUE 

Enseignement de la lecture 

L'écriture inventée, il fallut l'interpréter, c'est-à-dire 
apprendre à remonter des lignes graphiques aux éléments pho- 
nétiques; cette traduction de l'écriture en parole, c'est la 
Lecture. 



~ 20 — 

Or, les éléments graphiques ont été groupés dans les mots 
écrits suivant le même ordre que les sons et les articulations dans 
les mots parlés. 

Si donc les peuples anciens avaient établi une relation intime 
entre les faits naturels de la parole et leurs signes graphiques 
conventionnels ; — si la dénomination ou appellation de ces 
signes eût été la valeur même des éléments phonétiques 
qu'ils représentent. — la lecture eût été un art facile, — et 
l'on eût appris à lire aussi naturellement qu'on avait appris à 
parler. — Malheureusement cette pensée si simple n'est pas 
venue à leur esprit : La relation dont nous parlons, n'a pas été 
établie ; 

Les signes out été enseignés sans égard pour les faits natu- 
rels de la parole, et leur appellation n'a nullement répondu à 
à leur valeur phonétique. 

Ainsi, à la vicieuse appellation phénicienne a succédé l'ap- 
pellation grecque, qui ne vaut pas mieux. Les latins ont 
heureusement modifié l'appellation des voyelles; mais leur 
appellation des consonnes est aussi défectueuse que celle des 
Grecs. Nos pères ont suivi l'alphabet latin jusqu'à la réforme 
de Port-Royal, qui ne réalise pas encore la vérité en ce qui 
concerne les consonnes. 

Donc, après tant de siècles, l'appellation des lettres, qui a 
coûté tant de laitues aux petits enfants, n'avait pas encore 
été, de nos jours, rendue conforme à sa véritable valeur pho- 
nétique, 

Qu'il nous soit permis de le déclarer : ce long travail 
d'adaptation est achevé aujourd'hui, et les larmes des enfants 
sont séchées, grâce à l'invention de Y appellation naturelle. 

Mais outre l'appellation vicieuse des lettres, une autre cause 
rend encore difficile, avons-nous dit, l'enseignement de la 
lecture : aest l'absence de rapport entre les signes graphiques 
et les faits naturels de la parole. 

Quel est; en effet, le procédé employé pour cet enseignement ? 
— Le maître groupe ses élèves autour d'un carton où sont 
tracées des lettres imprimées ; et montrant ces caractères au bout 
d'une baguette, il dit ': a, b,.*.. 



— 27 — 

L'élève se demande ce que c'est que a et b..., d'où viennent 
ces inconnus. Sans nulle explication, le maître reprend : a, b... 

L'enfant s'ennuie, se distrait ou 's'endort. C'est qu'en effet, 
a b... ne sont rien pour lui, sinon des signes capricieusement 
inventés, abstraits, qui ne disent rien à son esprit. 

La scène changeai l'on procède en sens inverse, c'est-à-dire, 
si l'on va des choses aux signes, des faits connus à leurs signes 
conventionnels. Ces signes ont alors une vraie valeur; l'enfant 
comprend, son intelligence s'illumine, son cœur s'attache, et la 
leçon se remplit de vie. 

Que faut-il pour obtenir ces heureux résultats ? Renoncer 
aux deux causes d'erreur signalés ; il faut" : 

1° Que les élèves observent les faits naturels de la parole ; 

2° Qu'ils représentent ces faits par des signes graphiques 
convenus ; 

3° Il faut qu'abandonnant toutes les anciennes appellations 
grecque, latine et de Port Royal ; ils désignent les signes gra- 
phiques par l'appellation naturelle, que l'analyse phonétique 
nous a appris à connaître. 

Notre méthode pratique comprend donc trois opérations in- 
timement liées entre elles : observer, écrire, lire. 

Vous le savez, les faits que nous avons à observer sont de 
deux ordres : organiques et acoustiques ou auditifs ; ils exigent 
l'emploi de deux sens, la vue et Youie, 

Il y a aussi des faits qui sont du domaine du toucher -. nous 
avons déjà dit quel parti on peut en tirer pour l'éducation des 
sourds-muets (1). 

L. Jullian, 

Ancien directeur de l'École normale de Montpellier 

(A suivre) 



(1) Le tael peut en outre fournir un moyen de relation qui, soigneusement 
cultivé, deviendrait utile aux s-ourds-muets pour l'échange de leurs idées dans 
l'obscurité. Ce moyen, que nous avons signalé dans notre livre sur les Prin- 
cipes de l'éducation des sourds-muets, page 6, consiste à tracer avec le bout 
de l'index, sur une partie quelconque du corps, les mots représentant les idées 
qu'on veut exprimer , ces idées sont aussitôt perçues par le sujet suffisamment 
exercé. 



— 28 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Société des Etudes historiques, éloge de 
Ferdinand Berthier 

La Société des Etudes historiques, dont Ferdinand Berthier 
était le doyen, a tenu sa séance publique le dimanche 27 mars. 
Après avoir rappelé les admissions des membres nouvellement 
élus, le secrétaire général, Mi Gabriel Joret-Desclosières, a 
dit : « Ils nous aideront, ces nouveaux confrères, à supporter 
la peine des douloureuses séparations. En 1886, nous avons 
perdu notre bon, notre digne, notre excellent doyen, Ferdinand 
Berthier. Successeur de l'abbé de l'Epée, Berthier s'était con- 
sacré à l'instruction et à l'éducation des sourds- muets deshé- 
rités, comme lui, des joies de la parole. Nous étions séparés par 
la date des vacances lorsqu'il nous fut ravi, au nom de notre 
Sosiété, M. Gustave Duvert lui rendit les derniers devoirs avec 
cette sincérité et cette autorité qui lui sont habituelles. 

Touchantes dans leur simplicité, vraies dans leur ligne de 
conduite, ces vies modestes, passionnées pour le bien, reposent 
notre âme du spectacle de ces existences qui nous fatiguent de 
leur turbulente personnalité. 

Berthier a laissé des disciples et des imitateurs. Deux de ses 
collaborateurs, MM. Théobald et Bélanger, ont souhaité nous 
appartenir ; ils continueront parmi nous les traditions de leur 
maître vénéré. » 

* 
* * 

Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à 
l'éducation des sourds -muets, dont deux exemplaires 
auront été envoyés au journal. 

Paris. — Imprimerie PELLUARD, 212, rue Saint-Jacques 



Librairie Paul IUTTI 
21 , rue de Vaugirard, Paris 



Ad. Bélanger. — Historique des méthodes à l'insti- 
tution nationale de Paris, 1883 (épuisé) 

D r Peyron et Ad. Bélanger. — Catalogue de la Biblio- 
thèque de l'Institution nationale des sourds-muets 
de Paris, l re partie, 1883 (épuisé) 

D r Ladreit de Lacharrière et Ad. Bélanger. — Troi- 
sième Congrès national pour l'amélioration du 
sort des sourds - muets (Congrès de Paris 1885) 
Compte-rendu .... ; Prix 4 fr . 

Ad. Bélanger. — Etude bibliographique et iconogra- 
phique sur l'Abbé de l'Epée, 1886. 

Edition sur papier du Japon Prix 10 fr. 

— — de Hollande ... — 5 — 



Ad. Bélanger. — Revue bibliographique internationale 
de l'éducation des sourds -muets. 

l re année Prix 4 fr. 



Librairie Paul RITTI, 21, rue de Vaugirard, Paris 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES SOURDS-MUETS (Congrès de Paris) 
Comptes- rendus analytiques des séances 

Un volume, grand in-8 Prix . 4 fr. 

{Envoi franco par la poste) 

LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

T£>si*? J. Hiigentotoler 

Directeur de PInstitulic-n des Sourds-Mucls de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

l re année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

l'.T DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

par le Dr J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. 1 fr. 50 

Paris. — Imp. Pelluaril rue Saint-Jacques, 212. 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 




KEVUE FRANÇAISE 




DE L EDUCATION 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds-Mnets de Paris. 
Membre de la Société des Etudes historiques 



Troisième Année. — N° 2. — 1 er Mai 1887. 



SOMMAIRE. — Causerie, Théophile Denis. L'Abbé Baleslra, sa mission en France. 
{suite) — E. Grosselin. Du rôle de la sténographie à l'école {suite). — 
Li. Jullian. Conférence sur l'enseignement de la lecture (suite). — T. D. 
Les artistes sourds-mueU au Salon de 1887. — Bibliographie internationale. 
France. Belgique. — Bulletin bibliographique international Allemagne. 
C. Renz. France. — Informations et Avis divers. 




PARIS 

Librairie Paul R1TTI, 21, Rue de Vaugirard 
I 887- I SSS 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Ghampmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau JO.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris . 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 
Dupont, professeur à l'Institution nationale 

des Sourds-Muets de Paris. 
Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 

nationale des Sourds-Muets de Paris. 
Grégoire, professeur à l'Institution des 

Sourds-Muets de Berchem -Sainte-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. directeurde l'Institution 
des Sourds- Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des lourds -Muets de Paris. 

Mette net, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourognc. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de llor- 
deaux. 

Rattel (D r ), médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris.. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paiis. 

Rohart (l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Tbéobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des éludes 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groninguc. 
M. C. Renz, Conseiller royal, Stuttgart (Wurtemberg). 
M"« Segerstedt, directrice d'une et oie de Sourds-Parlants, à Stockholm. 
M. Van-Praagh, directeur de Y Association for Ihe oral instruction of the Deaf and 
Dumb, Londres, 



La Revue française de l'Education des sourds-mvels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, nn an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds- muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muots 
3 m « année. — N» 2 Mai 1887 

CAUSERIE 

L'Abbé Balestra 

S\ MISSION EN FRANCE 



(Suite) (1) 

Voici la lettre que l'abbé Bale3tra s'était empressé de faire 
passer sous les yeux de M. Lepère : 

« Monsieur le Ministre, 

« Dans l'audience que vous m'avez fait l'honneur de m'ac- 
corder, vous avez bien voulu m'inviter à vous soumettre par 
écrit les résultats de mon expérience dans l'importante ques- 
tion de l'enseignement des sourds-muets. Je m'empresse d'accé- 
der à votre désir. 

« J'attirerai d'abord votre attention sur le changement total 
de méthode qui s'est produit en Italie dans l'espace de dix ans. 
A l'exposition universelle de 1867, parmi les rapports peu nom- 
breux des institutions de ce pays, il ne s'en trouvait pas un seul 
qui regardât comme normal l'enseignement par la parole. Au 
contraire, à l'Exposition de 1878, on pouvait constater, par 
toutes les relations, que cet enseignement est donné aujourd'hui 
dans toutes les écoles d'Italie... 

« Si je puis, avec un légitime orgueil, revendiquer une large 
part dans ce mouvement de réforme, je dois dire aussi que ce 
fut à Paris que je pris la résolution d'y travailler de toutes 
mes forces. Le ministre de l'intérieur m'accorda en 18G7, au 



(I) Voir le numéro précédent. 



— 30 — 

mois de septembre, la permission 3e suivre les leçons métho- 
diques données par le directeur de l'Institution nationale. 

« Depuis cette époque, ma vie a été consacrée tout entière 
à une étude comparative des différentes méthodes et de leurs 
résultats. Je ne me suis pas contenté de l'étude des ouvrages ; 
j'ai cru qu'il était plus utile de voir de mes yeux les fruits 
obtenus par la pratique. A différentes reprises, j'ai visité presque 
toutes les écoles d'Italie, de France, d'Espagne, d'Angleterre, 
de Belgique; de Hollande, d'Allemagne, d'Autriche, de Suisse. 
« Quand je fus bien convaincu de la supériorité de l'ensei- 
gnement de la parole, je résolus de l'introduire en Italie. Mais 
il fallait auparavant donner des preuves. C'est pour cela que 
j'ai commencé par transformer l'école de Cô:ne. Les années 
1868 et 1869 ne donnèrent pas de grands succès à cause de 
l'opposition du grand établissement de Milan. En 1869, une 
nouvelle classe fut établie, et la méthode de la parole fut exclu- 
sivement enseignée aux nouveaux élèves. Cinq mois d'expérience 
suffirent pour obtenir des résultats très satisfaisants qui nous 
valurent la visite du préfet et du Conseil provincial. 

« A partir de ce moment, les différents directeurs d'Italie 
voulurent voir notre institution, et, dans le cours de deux ans, 
plus de vingt-cinq directeurs l'honorèrent de leur visite. 

f< Pour faciliter l'introduction de la méthode que nous sui- 
vions, je voulus me rendre moi-même dans les différentes insti- 
tutions d'Italie. Je restais une ou deux semaines dans chacune 
d'elles, et ce temps suffisait ordinairement pour donner une idée 
juste de la méthode, pour détruire les objections qu'on y faisait 
et pour mettre l'établissement sur la voie nouvelle. Après deux 
ou trois mois, je renouvelais mes visites, et j'ai dû les répéter 
bien des fois pour exciter et encourager les volontés les plus 
timides et les plus vacillantes. 

« Le succès fut beaucoup facilité par l'adoption que firent de 
la nouvelle méthode l'Institution royale de Milan en 1869, et 
celle des sourds-muets des campagnes en 1870. L'année 1871 
fut signalée par la conversion au nouvel enseignement du Père 
Pendola, directeur de l'Institution de Sienne. Si les institutions 
de Côuie et de Milan ont entraîné dans la réforme toutes celles 
de Lombardie et de Vénétic, le changement de l'école de Sienne 



— 31 — 

m'a beaucoup aidé pour la transformation de celles de l'Italie 
centrale et méridionale. Aussi'à la fin de la même année 1871, 
la méthode de l'articulation était pratiquée à Tarin, à Venise, 
à Bologne, à Rome, à Naples et à Palerme. 

« Pourquoi la France n'entrerait-elle pas dans un mouvement 
devenu presque général en Europe ? Pourquoi ne mettrait-elle 
pas au service de cette cause le génie de vulgarisation qui lui 
est propre ? C'était autrefois une chose bien flatteuse pour la 
France d'entendre dire dans toutes les nations étrangères que 
les meilleurs directeurs étaient formés à Paris. L'Institution de 
l'abbé de l'Epée était pour ainsi dire la maison mère de toutes 
les écoles d'Europe. Mais aujourd'hui, en visitant les capitales 
des autres pays, on est péniblement surpris de voir qu'elles ne 
reçoivent plus de Paris leurs inspirations. Rotterdam, Vienne, 
Rome, ont des écoles où l'enseignement est donné exclusivement 
par la parole. Toutes les écoles d'Allemagne, d'Autriche, de 
Suisse, de Belgique, de Hollande, de Norwège et d'Italie 
suivent la méthode de l'articulation. En Angleterre, dans la 
seule ville de Londres, trois écoles suivent aussi cette méthode. 
L'Institution de Duncaster, que j'ai visitée en novembre 1875, 
adopta résolument cette méthode, et obtint eu très peu de 
temps les plus heureux résultats. Dans la lettre qu'il m'écrivit 
eu 1876, le directeur me disait avoir obtenu de grands succès... 
Tous les directeurs d'Italie sont unanimes pour affirmer la 
supériorité de la méthode de la parole sur celle des signes, sur- 
tout au point de vue du développement de l'intelligence, et leur 
opinion a d'autant plus de valeur qu'ils ont été à même de les 
comparer. 

« Mais il appartient à la France, et surtout à l'Institution 
nationale de Paris, de compléter une réforme qui sera bientôt, 
je l'espère, universelle. Beaucoup d'institutions, qui ont jus- 
qu'ici reçu leur mot d'ordre de la France, n'attendent que son 
exemple pour entrer dans la voie du progrès. 

« Je puis même affirmer que la France obtiendra, si elle le 
veut, des succès plus éclatants qu'aucune autre nation. La 
langue française, claire, précise, aura un grand avantage sur 
les langues du Nord, et sera même supérieure à la langue ita- 
lienne dans l'enseignement de la parole. La pause naturelle de* 



— 32 — 

la voix du sourd-muet est essentiellement française ; il appuie 
instinctivement sur la dernière syllabe. 

« Il ne s'agit pas, au re3te, de bouleverser les institutions, ni 
de changer le personnel ; il s'agit de faire un pas en avant. Les 
professeurs, les directeurs français auront là une excellente 
occasion de signaler leurs talents et leur dévouement.... Il 
serait très utile, si l'on ne veut pas s'en rapporter à mes asser- 
tions et à mon expérience personnelle, d'envoyer un directeur 
faire une visite aux écoles étrangères, par exemple : Bruxelles, 
Anvers, Rotterdam, Osnabriick, Cologne. Weisenfels, Bâle, 
Munich, Vienne, Milan, Sienne, Iîome, Naples. 

« Ce que j'ai fait en Italie, je voudrais le répéter en France. 
Sans entamer de polémique, je me suis efforcé de transformer 
les institutions déjà existantes en appliquant la méthode sur 
place, et faisant sortir la théorie de la pratique même C'est 
cet enseignement pratique que je voudrais démontrer en 
France. Depuis 1873, je proche cette réforme. Elle a été com- 
mencée sur plusieurs points, mais elle finit toujours par tomber, 
Elle aurait besoin, pour vivre, de recevoir l'inspiration de 
Paris. 

« Si mes occupations m'ont empêché jusqu'ici de faire de 
sérieuses applications de la méthode orale en France, aujour- 
d'hui, grâce à un congé que j'ai obtenu, je pourrais me dévouer 
tout entier à cette œuvre. En contentant un ardent désir de 
mon cœur, je pourrais satisfaire au besoin qui se fait sentir 
d'adopter une nouvelle méthode pour marcher dans la voie du 
progrès, qui ne saurait permettre aux écoles de sourds-muets, 
pas plus qu'aux autres choses humaines, de rester stationnaires. 

« Un siècle d'exercice, un monument splendide élevé au 
milieu de l'Institution nationale étaient des hommages bien 
dûs à la mémoire de l'immortel abbé de l'Epée. Maintenant il 
faut achever son œuvre, en cherchant sans parti-pris le meilleur 
moyen de faire du bien à ses chers enfants. La Providence a 
voulu que vous fussiez appelé, Monsieur le Ministre, à clore 
solennellement un siècle de bienfaits; à vous aussi d'inaugurer 
un siècle nouveau, qui ne sera pas moins glorieux que le 
premier. Sur votre invitation, tons les directeurs et tous les 
maîtres s'empresseront, j'en suis convaincu, d'essayer l'applica- 



— 33 — 

tion de la parole dans les différentes institutions de France, les 
premières difficultés ne tiendront pas devant de constants 
efforts, la méthode nouvelle paraîtra bientôt plus facile ; les 
écoles recevront une nouvelle vie, les parents applaudiront aux 
succès, les professeurs eux-mêmes seront bientôt les premiers 
à se féliciter, enfin le bien sera fait. Ce sera votre gloire, 
Monsieur le Ministre, d'avoir attaché votre nom à cette heu- 
reuse transformation 

« Si Monsieur le Ministre voulait constater les résultats 
qu'on peut obtenir avec mon enseignement, je lui serais pro- 
fondément reconnaissant de mettre à ma disposition quelques 
élèves avec lesquels je pourrais faire une expérience publique 
devant des hommes compétents. Si cette expérience réussissait, 
on pourrait la répéter à Paris et dans d'autres in titutions de 
France ; et ainsi, avec une campagne toute pratique, l'on pour- 
rait voir, en moins de deux ans, se transformer peu à peu toutes 
les écoles de France. 

« Je n'ai point la prétention d'imposer mes services ; mais, 
ancien élève de votre école nationale, je voudrais lui payer ma 
dette de reconnaissance. C'est uniquement mon amour et mon 
dévouement pour la France qui m'ont inspiré l'idée de lui com- 
muniquer ma méthode, qui m'ont soutenu dans mes efforts et 
décidé à rester à Paris depuis huit mois, uniquement dans ce 
but 

« Je suis fier de la médaille qui m'a été décernée pour les 
soins donnés aux blessés français ; je serais plus fier encore de 
pouvoir dire que je n'ai pas été inutile aux pauvres sourds- 
muets de France. 

« Pour vous, Monsieur le Ministre, il vous serait doux de 
pouvoir adresser la parole aux élèves, et converser avec eux 
sans avoir besoin d'interprète. Ce bonheur vous serait bientôt 
donné. Accordez-moi seulement deux mois d'exercices, et je 
puis affirmer que, dans votre prochaine visite à l'Institution 
nationale, lés enfants de l'abbé de l'Epée répondront de vive 
voix à vos affectueuses et paternelles paroles. 

« Dans cette espérance, je vous prie d'agréer, Monsieur le 



— 34 — 

Ministre, l'hommage du profond respect de votre très humble 
et très obéissant serviteur, 

L'abbé Séraphin Balestra. » 
Paris, 31 mai 1879. 



Sauf quelques longueurs ou répétitions que j'ai retranchées, 
et dont la suppression sans importance est indiquée par des 
points, j'ai scrupuleusement respecté le texte du mémoire quW 
vient de lire. Balestra s'y retrouve tout entier, avec son cœur, 
avec sa préoccupation de convaincre, que trahit l'abondance des 
détails, et aussi avec cette habileté de plaideur qui sait appeler 
sur sa cause les sympathies du juge. 

Le ministre se laissa toucher. 

11 transmit au directeur du secrétariat la lettre de Balestra, 
avec ordre de donner satisfaction au signataire dans la mesure 
du possible. 

Balestra eut connaissance de ces bonnes dispositions du 
ministre. Je le vis tout rayonnant, et criant déjà son succès 
par-dessus les toits. Pour lui, toutes les difficultés étaient vain- 
cues, le ministre lui donnait gain de cause ; le secrétariat, qui 
n'avait plus la moindre objection à présenter, avait le devoir 
de soumettre au plus tôt à la signature de M. Lepère l'acte en 
vertu duquel serait rendu obligatoire l'enseignement de la parole 
dans les institutions françaises de sourds-muets. Du reste, il 
avait, lui, Balestra, préparé la rédaction de cet acte, et il venait 
apporter son projet au directeur qui ne pouvait que lui être 
reconnaissant d'avoir fait sa besogne. 

Pauvre abbé ! huit mois de déceptions avaient été impuissants 
à ébranler ses illusions — et à le dépouiller de sa naïveté ! 

Ah ! ce fameux projet ! Je vais vous le faire connaître ; car, 
en même temps qu'il l'adressait à l'administration supérieure, 
il m'en remettait une copie et me priait, séance tenante, de lui 
en donner mon avis. 

Il attendait. Je lus : 



— 35 — 
Projet de réorganisation 

DE L'ENSEIGNEMENT DES SOUBDS-MCETS 

« Considérant que la parole est le moyen naturel et voulu 
par la Providence pour la communication des idées entre les 
hommes ; 

« Considérant que le langage des signes et la dactylologie ne 
sont pas compris de la plupart des hommes, et que les sourds - 
muets qui n'ont que ces ressources pour s'exprimer- restent for- 
cément isolés dans la société; 

« Considérant les avantages indiscutables au physique et au 
moral qui résultent pour les sourds-muets de l'instruction par la 
parole ; 

« Considérant que tous les sourds-muets, même de naissance, 
sont capables de lire la parole sur les lèvres d'autrui et de parler 
eux-mêmes ; 

« Pour tous ces motifs, le ministre décrite : 

<i 1° La dactylologie est supprimée dans l'enseignement des 

sourds-muets. Elle ne doit être à l'avenir employée ni par les 
élèves, ni par les professeurs, soit dans la classe, soit au dehors; 

« 2° Les signes sont tolérés seulement dans le commencement 
de l'instruction comme moyen pour se mettre en relations avec 
les élèves, jamais comme méthode d'enseignement. Ils sont 
rigoureusement interdits dans les classes supérieures; 

3° La méthode d'articulation, c'est-à-dire l'enseignement de 
la parole par la parole, est obligatoire dans toutes les écoles de 
l'Etat. . 

* 
• # 

— Eh bien ? me demanda Balestra après cette lecttfre. 

— Eh bien ! mon cher ami, d'abord un ministre ne décrète 
pas, il arrête, et vous ne tarderez pas à en savoir quelque chose. 
Demain, peut-être, vous recevrez notification d'un arrêté qui 
vous montrera que vous allez beaucoup trop vite. 

Notre entrevue avait lieu le 12 juin, et le lendemain même, 
13 juin 1879, le ministre prenait un arrêté dont l'article 1 er 



— 36 — 

ne rappelait guère le texte du projet Balestra ; il était conçu 
en ces termes : 

« Il est institué au ministère de l'intérieur une commission 
chargée de donner son avis sur les procédés de M. Balestra, 
directeur de l'école des sourds-muets de Côme, pour l'enseigne- 
ment par la parole des enfants atteints de surdi-mutité. » 

L'article 2 désignait le3 membres de cette commission. 

(A suivre) 

Théophile Denis. 



DU ROLE DE LA STÉNOGRAPHIE A L'ÉCOLE 

Suite (1). 



Après avoir indiqué le principe et la raison d'être de la sté- 
nographie prise en général et exposé en quoi consiste le sys- 
tème spécial imaginé par Augustin Grosselin, il nous reste à 
voir l'utilité qu'on peut en tirer à l'école primaire, et les avan- 
tages que présente son application à divers points de vue. 

La première étude des enfants en ce qui touche la langue est 
la lecture qui fournit le moyen de reconnaître la parole sous la 
forme écrite qu'on lui a donnée. A ce point de vue, la sténo- 
graphie n'a pas à jouer un rôle considérable pour l'instruction 
des entendants, la lecture s'apprenant, en effet, essentiellement 
par les exercices oraux faits sous la direction du maître. Mais 
l'utilité va apparaître pour les sourds-muets. Lorsqu'on enseigne 
la lecture à ceux-ci, ils ne sont pas guidés comme les entendants 
par le souvenir des mots connus d'eux qu'ils retrouvent sur le 
tableau ou le livre. Il est donc plus besoin de multiplier pour 
eux les exercices qui établiront dans leur esprit un lien entre 
les deux formes, écrite et orale, des mots. La sténographie est 
précisément de nature à les permettre. En effet, chacun de ses 
signes correspond à un élément vocal. Si donc on remet au 



(1) Voir Revue française, 2 e année, n° 6, p. 124 et n" 10, p. 223. 



— 37 - 

sourd-muet un texte comprenant soit une suite de mots isolés, 
soit des phrases, suivant le degré où il en est arrivé, et qu'on 
lui dise de les traduire en sténographie, on pourra ensuite par 
l'inspection de leur travail, voir s'ils ont reconnu de quelle 
façon doivent se prononcer tous les mots, s'ils ont fait les grou- 
pements de lettres nécessaires pour ne diviser un mot écrit 
qu'en autant de parties que ce mot comprend d'éléments vocaux. 
On aura ainsi fixé leur attention, même dans un devoir fait 
silencieusement, sur ce qu'ils ont appris pendant la leçon d'ar- 
ticulation c'est-à-dire sur la succession des efforts que doit 
faire l'organe vocal pour arriver à l'émission des mots. 

Supposons qu'un enfant sourd-muet reçoit dans l'école primaire 
ses premiers enseignements, le maître ne peut consacrer que de 
courts instants à lui donner des leçons particulières pour lui 
inculquer les principes de l'articulation, et pour atténuer les 
fâcheuses conséquences du retard que son infirmité a mis dans 
le développement de son intelligence. Il est donc bon qu'il 
puisse l'occuper pendant les leçons communes auxquelles, dans 
ses débuts, il ne pourra pas encore prendre part d'une façon 
■utile, en ramenant sans cesse son esprit sur les notions ensei- 
gnées. Ce travail de lecture par écrit, — si on peut employer 
cette expression qui semblerait au premier abord singulière, 
mais se comprend après ce que nous venons de dire, — ce 
travail de lecture par écrit lui sera profitable. Il reverra les 
mots étudiés, et s'il est entraîné par leur complexité orthogra- 
phique à commettre des erreurs, ces erreurs pourront du moins 
être immédiatement rectifiées par la correction de son devoir. 
L'étude du texte sténographiqne corrigé lui remettra en mémoire 
l'exacte prononciation des mots. 

Ce qui sera utilement appliqué d'une manière générale, et 
suivie pour le sourd-muet dans l'étude des mots, pourra être 
exceptionnellement appliqué pour les entendants aux mots qui 
renfermeraient des difficultés particulières de prononciation 
résultant, par exemple, d'une lettre dont la valeur dans ces mots 
est différente de celle qu'elle a généralement, et cela à raison de 
circonstances spéciales, telles que l'origine étrangère d'un mot 
incomplètement francisé : u se prononçant dans les mots 
dérivant du latin, comme dans album, muséum ; en se pronon- 



— 38 — 

çant IN sans qu'un i précédent amène cette prononciation 
comme conséquence d'une règle générale, comme dans examen, 
benjamin; CH se prononçant k comme dans écho, lichen, 
chœur, etc. Un texte dans lequel se trouvera un certain nombre 
de ces mots étant donné à copier à toute la classe, on recon- 
naîtra jusqu'à quel point chacun des élèves a reconnu leur 
exacte prononciation. Ce sera une sorte de composition dont, 
pour économiser le temps, la correction pourra être faite par 
L'échange des copies entre les élèves et par l'indication donnée 
au tableau noir par le maître, à l'aide de la représentation en 
sténographie, de la prononciation des mots. 

Une autre utilité peut être tirée de la sténographie, soit pen- 
dant l'élude de la lecture, soit après, pour aider à la connais- 
sance de l'orthographe. Il peut sembler étrange, au premier 
abord, qu'une écriture purement phonétique, c'est-à-dire ne 
tenant aucun compte des conditions orthographiques, puisse 
servir à les fixer dans l'esprit des enfants. L'étonnement cessera 
si on y veut bien réfléchir et méditer les explications qui 
suivent. 

D'où résulte la difficulté que l'on éprouve à inculquer aux 
enfants la connaissance de l'orthographe d'usage, — il ne s'agit 
que de celle-là, — c'est-à-dire de la façon dont s'écrivent les 
mots considérés dans leur isolement ? C'est de la complexité et 
de la pluralité des manières dont peut se représenter un son. 
S'il y avait concordance parfaite entre la série des éléments 
vocaux dont se compose une langue et la série des caractères 
affectés à leur représentation, il suffirait de savoir analyser la 
parole entendue pour écrire correctement tous les mots. Mais 
il est loin d'en être ainsi. Non seulement certains éléments 
vocaux manquant de caractères correspondants dans l'alphabet 
écrit n'arrivent à être rappelés aux yeux qu'à l'aide de lettres 
groupées qui prennent, dans ce rapprochement même, une 
valeur différente de celles qu'elles avaient séparément ; mais le 
même élément peut se représenter de plusieurs manières diffé- 
rentes, suivant les exigences plus ou moins fondées de la déri- 
vation. Si encore on pouvait s'appuyer sur des règles constantes 
pour se diriger dans le choix entre ces façons diverses de repré- 
senter un même son ou une même articulation ! Mais il arrive 



— 39 — 

au contraire que le raisonnement conduirait parfois à une 
orthographe autre que celle qui a été adoptée, ou bien la raison 
que l'on pourrait invoquer n'est pas de nature à être exposée 
à des enfants reçus à l'école primaire. 

On peut donc dire, d'une manière générale, que l'orthographe 
des mots ne peut se retenir que par leur observation attentive 
et par l'opposition détaillée des deux formes sous lesquelles ile 
nous apparaissent : la forme orale, la forme écrite. C'est cette 
opposition que rendra plus frappante pour les enfants la répré- 
sentation de ces mots par une écriture qui, d'un côté, aura cela 
de commun avec l'écriture usuelle qu'elle arrivera à leurs yeux, 
et aura la même permanence qu'elle ; qui, de l'autre, se con- 
fondra avec la parole, en ce sens qu'elle la traduira fidèlement, 
et sans exception, dans l'emploi des signes conventionnels, 
dès que ceux-ci ont été arrêtés une première fois ; qui, par con- 
séquent, établit un lien et forme une transition naturelle entre 
la parole et l'écriture. 

Prenons quelques mots usnelsqueles enfants doivent connaître 
et savoir orthographier convenablement et qui présentent uns 
ou plusieurs de ces difficultés résultant de l'idcertitude où l'on 
peut être quant à la manière de représenter un ou plusieurs de 
leurs éléments : lait, main, enfant, garçon, gencive. Comment 
arrivera-t-on, à l'aide de la sténographie, à faire l'opposition 
dont nous parlons ? Le maître, après avoir écrit le mot au 
tableau noir en écriture actuelle, le tracera à côté en écriture 
sténographique ; puis il fera indiquer successivement aux 
enfants chacun des signes sténographiques qu'ils reconnaissent 
dans le mot, et qui correspond à un élément vocal simple, et 
leur fera énumérer en regard la ou les lettres qui servent à le 
traduire. L'observation , que les enfants seront ainsi amenés à 
faire d'eux-mêmes, qu'un son ou une articulation représenté 
par un seul signe sténographique doit se traduire par plusieurs 
lettres, et que ces lettres sont telles et telles, et non telles 
autres qui pourraient se prononcer de même, gravera mieux 
l'orthographe du mot dans leur esprit que là simple énumé- 
ration qu'ils auraient faite des lettres. C'est une réflexion exac- 
tement semblable qu'ils auront à faire plus tard quand ce mot 
arrivera à leur oreille au milieu d'une dictée ou leur viendra 



— 40 — 

spontanément à la mémoire pour rendre une pensée entrant 
dans une rédaction. La première opération de l'esprit conduit 
donc tout naturellement à la seconde qui n'en est que la répé- 
tition. Il ne s'agit que de réveiller un souvenir plus ou moins 
lointain, mais non de faire une opération différente de la 
première. 

Après que, pendant un certain temps, des exercices auront 
été ainsi faits sous la direction immédiate du maître sur des 
mots tracés au tableau noir, des exercices analogues pourront 
être faits par les enfants individuellement. On leur donnera à 
traduire un texte sténographique qu'ils auront composés eux- 
mêmes antérieurement d'après un texte en écriture usuelle. Les 
réflexions qu'ils aui'ont dû faire dans ce premier travail, pour 
ne pas mettre des signes superflus ou erronés, les auront amenés 
à remarquer qu'à plusieurs lettres ne correspondait qu'un signe, 
que telle lettre étant muette ne devait pas se traduire. Ces 
remarques revenant à leur esprit les amèneront naturellement 
à ne pas se rendre coupables de crimes de lèse-orthographe. 
(A suivre.) 

E. Grosselin. 



COlTF'IÉRIElSrCE 

SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE 

et la correction des vices de prononciation 

D'APRÈS LA MÉTHODE NATURELLE 
{Suite.) 

Dans notre livret de lecture, et dans notre l rc conférence, 
nous avons indiqué comment on enseigne les voyelles, les con- 
sonnes, les syllabes et les mots; — comment les enfants 
apprennent l'orthographe : nous croyons inutile de revenir sur 
ce sujet qui est cependant la suite naturelle de cette deuxième 
partie. 



41 



FA RTI E 



Correction des vices de prononciation. 

Nous avons annoncé que nous dirions quelques mots sur 
la correction des vices de prononciation. S'il ne s'agit que de 
l'émission défectueuse de quelque voyelle ou de quelque con- 
sonne, nous nous référerons à ce qui a été dit dans notre 
l re conférence, p. 22. Mais si nous supposons avoir affaire à 
deux défauts plus graves, et malheureusement assez communs, 
le Iredouillement et le bégayement, nous donnerons ici quelques 
conseils pour le traitement de ces deux infirmités. 

Il est à remarquer que beaucoup de vices de prononciation, 
surtout le bredouillement et le bégayement, se contractent à 
l'école même, à l'occasion des exercices de lecture et de réci- 
tation. 

Souvent les élève3 lisent trop vite, sans inflexions de voix, 
sans intelligence du sens ; c'est une sorte de course désor- 
donnée : les voyelles sont mal prononcées ; les consonnes mal 
articulées : de là le bredouillement. 

Presque toujours un élève qui ne sait pas sa leçon de réci- 
tation, répète le même mot, ou même les premières syllabes 
d'un mot, attendant l'aide du maître. Un mot soufflé lui rappelle 
les deux ou trois suivants, qu'il prononce avec volubilité pour 
montrer qu'il sait bien. Il s'arrête de nouveau pour recommencer 
le même manège. Ce mode vicieux de prononciation passe à 
l'état d'habitude, et l'enfant est devenu bègue. 

La crainte peut produire les mêmes effets. 

Le bégayement ainsi contracté est évidemment un bégaye- 
ment acquis, et il est possible de le corriger en soumettant le 
sujet aux exercices d'une sorte de gymnastique resjriratoire et 
vocale que nous ferons connaître tout à l'heure. 

Mais si l'infirmité est congénitale, c'est-à-dire de naissance, 
elle tient généralement à quelque lésion du système nerveux, 
dont la nature et le siège ne sont pas bien connus, et dont la 
guérison est réellement difficile. On peut du moins l'atténuer. 



— 42 — 

en soumettant le sujet aux exercices que nous conseillons pour 
les enfants affligés du bredouillement ou du bégayement acquis. 

Moyens curatif s du bredouillement et du bégayement. 

11 faut bien se pénétrer de cette vérité que les fonctions res- 
piratoires et les fonctions vocales sont intimement liées entre 
elles : les premières sont cause; les secondes, effet. 11 existe donc 
entre elles une harmonie naturelle qu'il importe de ne pas 
troubler. 

On doit bien remarquer que les mouvements delà respiration 
sont analogues à ceux du soufflet de salon : un premier mouve- 
ment soulève le panneau supérieur représentant les parois de la 
poitrine ; c'est le mouvement d'inspiration qui dilate les pou- 
mons et y détermine l'entrée de l'air ; un deuxième mouvement 
abaisse le panneau ; c'est le mouvement d'expiration qui chasse 
l'air an dehors avec une force variable, selon l'énergie voulue 
des muscles expvrateurs abdominaux. 

C'est pendant ce deuxième mouvement que la voix se pro- 
duit ; et, en effet : sous l'action de la volonté les cordes vocales 
se tendent, et le courant d'air expiré, rendu volontairement 
rapide, les fait entrer en vibration. Il n'est pas possible de 
parler pendant le mouvement d'inspiration; le tenter serait 
s'exposer à contracter l'infirmité du bégayement, si déjà on 
n'en était affecté. 

Il importe donc de bien coordonner ces deux fonctions, de 
rétablir leur harmonie si elle a été détruite, ou de la faire naître 
si elle n'a jamais existé. Ce défaut de concordance est la cause 
du bégayement. 

Pour obtenir le rétablissement de cette concordance, on doit 
soumettre le sujet à une double série d'exercices : d'abord à des 
exercices de respiration seule, et puis à des exercices simultanés 
de respiration et de phonation. 



— 43 — 

l re SÉRIE 

Exercices de respiration. 

I. Attitude du sujet. 

Le sujet doit se placer debout, la téta droite, les bras pen- 
dants, en face de la personne qui lui donne des soius. C'est la 
position la plus favorable au jeu des muscles de la respiration 
et de la phonation. 

2. Exercices de respiration diaphragmatique. 

Qn fait exécuter des mouvements de respiration réguliers et 
profonds, c'est-à-dire dont les deux temps sont prolongés, — 
la bouche convenablement ouverte, afin de favoriser l'entrée et 
la sortie de l'air. 

Ce mode ordinaire de respiration est dit diaphragmatique, 
parce que le muscle diaphragme en est l'agent principal (1). 

3. Exercices de respiration diaphragmatique et brachiale. 

Si on le juge nécessaire, on augmente l'énergie de la respi- 
ration diaphragmatique, en y ajoutant l'action des muscles pec- 
toraux. Pour cela, le sujet élève et abaisse alternativement les 
bras, comme le forgeron qui bat le fer sur l'enclume, observant 
de faire correspondre le mouvement d'élévation avec l'inspira- 
tion diaphragmatique, et l'abaissement avec l'expiration. 

Le mouvement d'élévation des bras porte plus haut, — l'in- 
sertion brachiale des muscles grands-pectoraux, — et détermine 



(1) Le diaphragme est un grand muscle plat qui sépare la poitrine de l'ab- 
domen, à la manière d'une cloison. 11 est complètement et exactement fixé par ses 
bords au pourtour inférieur de la poitrine, dans l'intérieur de laquelle il forme 
une voussure à convexité supérieure. Quand ce muscle se contracte, il tend à 
prendre une forme plane, et agrandit ainsi la poitrine en soulevant les côtes et 
le sternum, et refoulant en bas les viscères abdominaux. Ce premier mouvemant 
favorise l'inspiration. Dans le mouvement contraire, les parois de la poitrine 
s'affaissent et pressent sur les poumons, d'où l'air est alors expulsé. 



— 44 — 

par suite un relèvement plus considérable des côtes et du ster- 
num. 

2 e SÉRIE 

4. Exercices simultanés de respiration et de phonation . 

Les exercices respiratoires étant jugés suffisants, on passe 
aux exercices simultanés de respiration et de phonation. Nous 
savons que la voix ne peut se produire que pendant l'expiration. 
Donc ce deuxième temps de la respiration devra parfaitement 
correspondre avec les contractions du larynx déterminées en 
vue de la production de la voix. 

On fait d'abord émettre les voyelles, en ayant bien soin de 
les faire prononcer avec l'ouverture de bouche correspondant ; 
chacune d'elles, ou touche vocale : 

i, é, è, a; 

u, e, ou, o, eu. 

l'uis on fait soutenir le sou jusqu'à émission complète de 
l'air contenu dans la poitrine : 

Le sujet se repose, et reprend ensuite en passant à la voyelle 
suivante. Enfin, les voyelles sont émises successivement, sans 
lenteur ni précipitation. Ces exercices sont faits d'abord avec la 
simple respiration diaphragmatique, puis avec la respiration 
brachiale, si on le juge convenable. 

5. Exercices de syllabation. 

Le sujet associera chaque consonne avec la série des voyelles; 
exemples : 

pi, pé, pè..... 

On peut se servir du livret de lecture, où ce travail est tout 
indiqué. 

Veillez à ce que l'élève donne aux organes de la bouche la 
disposition exigée par chaque consonne et chaque voyelle. 

Puis les exercices sont continués sur des mots dont on fait 
bien prononcer les syllabes, lentement, nettement, mais sans 
aucune exagération, arec le ton de voix ordinaire. 



— 45 — 

6. Exercices de lecture et de récitation. 

La personne qui dirige les exercices lit une phrase courte, 
bien posément, en donnant à sa voix les inflexions convenables, 
et observant les repos exigés par la respiration et l'intelligence 
du sens. 

L'élève répète, accompagné par la personne, et puis lit tout 
seul ; on passe à une autre phrase, et ainsi de suite, en aug- 
mentant la longueur du morceau à lire ou à réciter. 

Il importe que le sujet de la lecture soit d'abord bien expli- 
qué, afin que l'élève donne à sa voix le mouvement et le ton 
réclamés par le sens. 

7. Narration de faits ordinaires et conversation. 

Les récits et la conversation du sujet en traitement doivent 
être bien surveillés : le sujet devra prendre l'habitude de donner 
à sa conversation le mouvement de la lecture, détachant les 
syllabes, majs sans lenteur affectée. 

8. Résultats. 

Ces divers exercices, assez longtemps soutenus, doivent avoir 
pour effet d'assouplir les organes, de les discipliner, et de faire 
naître entre eux l'harmonie qui d'abord n'existait pas. 

Il faut, dans tous ces exercices, attention, patience et persé- 
vérance. 

N. B. Il arrive assez souvent qu'avec le bégayement coexis- 
tent d'autres vices de prononciation relatifs aux voyelles et aux 
consonnes. On les guérit en les traitant à part, d'après les indi- 
cations données à la page 22 de la l re conférence. 

Disons quelques mots sur un autre vice de prononciation, le 
nasillement. 

Nasillement. 

Ce défaut, qui consiste dans le timbre nasillard des voyelles, 
peut dépendre de l'une des deux causes suivantes : 

1° L'habitude de produire les voyelles avec une ouverture de 
bouche insuffisante; 



— 46 — 

2° Le retrait'habituel de la langue vers le fond de la bouche, 
ce qui oblitère partiellement l'isthme du gosier. 

Dans les deux cas, le courant aérien sonore qui vient des 
poumons, passe presque entièrement par les fosses nasales, où 
il donne lieu à un retentissement désagréable. 

Pour remédier à ce défaut, il faut : 

1° Donner au sujet l'habitude d'émettre les voyelles avec una 
ouverture de bouche convenable ; 

2° Abaisser la base de la langue avec les doigts ou une spa- 
tule ; 

3° Enfin, presser les ailes du nez entre le pouce et l'index. 

Ces moyens divers obligent le courant sonore à passer par la 
bouche (1). 

Si le défaut dont il s'agit était dû à une conformation vicieuse 
des fosses nasales ou à une production organique anormale dans 
ces cavités, les moyens curatifs indiqués ne pourraient qu'atté- 
nuer ce défaut. 

Moyens préventifs contre tous les vj*es de prononciation. 
Lecture à haute voix. 

Les moyens curatifs qHe nous venons d'indiquer pour le 
bredouillement et le bégayement peuvent évidemment devenir 
préventifs contre tous les vices de prononciation. 

Dans ce but, le maître veillera, dès les premières leçons, à ce 
que les élèves prononcent bien les voyelles et~ les consonnes. 
Que les mots, les petites phrases soient lus avec les inflexions 
convenables. Faites répéter patiemment ce qui a été mal dit, et 
corrigez ; donnez non seulement le précepte, mais l'exemple. 

Soumettez les élèves, individuellement ou ensemble, à tous 
les exercices de gymnastique respiratoire et vocale énumérés 
plus haut. 

Toute leçon donnée à apprendre devra être préablement 
expliquée ; le travail de l'enfant sera rendu plus facile; le ton 
de la lecture et de la récitation sei*a plus rapidement saisi. 

(1 ) Voir Méthode générale d'orthophonie, p. 33 et 64. 



— 47 — 

Les exercices d'ensemble sont utiles pour faire acquérir les 
qualités d'une prononciation correcte et agréable. Il y a, en 
outre, économie de temps. 

Un élève timide, qui seul n'ose pas donner à sa voix les in- 
flexions et les nuances nécessaires, devient plus hardi quand sa 
voix se trouve confondue avec celle de ses condisciples ; il y a 
entraînement des faibles par les forts, comme dans les chants 
orphéoniques. 

Grâce à ces exercices collectifs pratiqués de temps en temps, 
les élèves arrivent rapidement à une prononciation correcte ; 
leur voix reflète les divers états et les divers mouvements de 
leur âme; pour l'intelligence: la certitude, la conviction, le 
doute... ; pour le cœur : la quiétude, l'espérance, la crainte, la 

terreur, la bienveillance, le mépris, l'indignation, la colère ; 

pour la volonté : la résolution, l'énergie, l'hésitation ; ils 
acquièrent enfin les qualités de la lecture à haute voix propre- 
ment dite, ou lecture et récitation en public. 

Ij. Jullian, 

Ancien directeur de l'École normale de Montpellier 

(A suivre) 



Les Artistes Sourds - Muets 

AU 

Salon de 1887 



Je relève dans le catalogue officiel les noms des dix artistes 
suivants, avec les titres de leurs œuvres : 

PEINTURE 

Armand Berton. 

24. — Brumaire. 
212. — Portrait de M™ J. C. . . 



— 48 — 

Olivier Chéron. 
527. — Le Matin à Arromanches. 

J.-Georges Ferry. 
909. — Portrait de M me L. D. . . 

Léopold Loustau. 

1545. — En attendant le café. 
1546 — Portrait de M. H. L... 

Ernest Martin. 

1607 — Chasseur à cheval. 

DESSINS, AQUARELLES, PASTELS, ETC. 

René Baudeuf. 
2581. — Portrait de M me V ve D. . . ; dessin. 

Armand Berton. 
2599. — Femme au miroir ,• pastel. 

SCULPTURE 

Albert d'Arragon. 
8591. — Portrait de M. l'abbé B. . . ; buste, plâtre. 

Paul Choppin. 
3776. — Le D r Paul Broca; statue, bronze. 

Gustave Lussy. 
4241. — Portrait de M. Wymann; médaillon, plâtre. 

Félix Martin. 
4269 — Enfant; buste, plâtre. 

Si cette liste n'est pas complète, je serai reconnaissant à ceux 
de mes lecteurs qui voudront bien me signaler les omissions. 

Théophile Denis. 



— 49 — 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



FRANCE 



Société d'assistance et de patronage pour les sourds-muets 
du département du Rhône et des départements voisins. 
Compte-rendu de l'exercice 1835-86. In-8. 20 p. Lyon 
Lavaissière, 1887 

C'est le compte-rendu de la 4 e assemblée générale de cette 
Société, ainsi que de la distribution des prix de l'école de Lyon, 
dirigée par notre excellent confrère. M. Hugentobler. Cette 
institution comptait alors 37 élèves (28 garçons et 9 filles) ; sur 
ce nombre, la Société d'assistance en subventionne huit. 

F. Romule. Institution des sourds-muets de Besançon 
(Saint-Claude-lez-Besançon, Doubs, in-8, 4 pages. 

(Extrait de la Revue française de l'éducation des sourds-muets). 



BELGIQUE 



Annuaire de l'Institut royal des sourds-muets et des 
aveugles, 1837, 23 e année. Liège, 1887; petit in-8, 
75 pages. 

L'Institut des sourds-muets de Liège est un internat qui 
comptait, au 31 décembre 1886, -41 sourds-muets et 40 sourdes- 
muettes sur une population de 92 élèves. Le directeur de ren- 
seignement, M. Snyckers, a sous ses ordres 3 professeurs, 
3 institutrices et 2 surveillants. Les dépenses pour l'année 1886 
se sont élevées à 67,292 fr. 21 c. L'annuaire rappelle la mort 
d'un bienfaiteur de l'Institut, M. J. Dewaide, et donne le dis- 
cours prononcé sur la tombe de cet homme de bien par 
M. E. Gérard, président de la commission administrative. 
Outre la liste des souscripteurs et bienfaiteurs, nous trouvons 
un rapport sur l'enseignement professionnel à l'Institut, de 
Liège, par M. le directeur des études, et le programme de cet 
enseignement, que nous avons eu déjà occasion d'apprécier à 



— 50 — 



propos d'une brochure du même auteur 6ur le même sujet. 
(Voir Revue bibliographique, l re année, p. 89). L'Institution 
possède des ateliers de tourneurs, tailleurs et cordonniers. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE INTERNATIONAL (1) 



çAiUmctc/ne 



Wodak:îe. — Katechismus fur evangelischc Taubstunime. (Caté- 
chisme pour les sourds-muets protestants.) Friedberg (Hesse), 
chez C. Scribas, 1887. 

VàTter. — Wandfibel mit Bilderu fur den ersten Unterricht bei 
Taubstummen. 

(Abécédaire mural illustré pour renseignement des sourds-mue; s.) 
Fr&ncfort-sur-le-Mein, chez Bechhold, 1887. 

Koerting. — Biblische Geschichten fur Taubstummen-Schulen. 

(Histoire sainte pour les sourds-muets). Oppeln, chez Frank. 
Koebrich. — Religions buchlein. (Petit livre de religion.) Leipzig, 

chez Merseburger. 
Hill. — Eletnentar-hese-und Sprachbuch fur Tanbstumme. (Livre 

de lecture pour les sourds-muets.) 

Nouvelle édition, publiée par Koebrich. Leipzig. Merseburgerr 
IIir.L. — Vollstândige Anleitung zum Unterricht Taubstumnie, 

Kinder. (Méthode pour faire apprendre aux sourds-muets à parler 

à lire sur les lèvres, à écrire et à lire.) 

Nouvelle édition, publiée par Koebrich. Essen, chez Baedeker, 

1886. 
Rontgem. — Die Begriffsentwicklung in der Taubstummenschule. 

(Définition des mots dans l'école des sourds-muets.) 
Aix-la-Chapelle, chez Bartti, 1880. 
Weissweiler. — Sprach-und Leseùbungen fur das zweile Schuljahr. 

(Exercices de langue et de lecture pour la seconde année scolaire 

des sourdi-muels.) Cologne, chez Du Mjnt-Schaiiberg, 1887. 

C. Benz. 



(1) Sous ce litre nous donnerons aussi complète que possible la liste de toutes 
les publications relatives à l'enseignement des sourds-muels qui paraîtront dans 
les diverses parties du monde. Nous serons reconnaissant à nos abonnés de tous 
les renseignements qu'ils pourraient nous fournir en rem ntant au I er jan- 
vier 1887. Ad. B. 



— 51 — 



francs 



Société d'assistance et de patronage pour les sourds-muets du Rhône 
et dos départements voisins. Compte-rendu de l'exercice 1885-86. 
In-8, 20 p. Lyon. Lavaissière, 1887. 

F. Romule. — Institution des sourds-muets de Besançon (Saint- 
Claude-lez-Besançon), Doubs. In-8, 4 p. 1887. 

P. Bouchet. — Allocution adressée à M* r Bécel, évêque de Vannes. 
In-8, 14 p. Currière, 1886. 

André et Raymond. — Cours de langue française à l'usage des 
sourds-muets. l r0 année. Petit In-8, 180 p. Paris, 1887. 

Ad. Bélanger. — Revue française de l'éducation des sourds- 
innets, etc., 2 e année. In-8, 288 p. Paris. P. Ritti, 1887. 

Le Lyon républicain, 7 mars 1887. (L'éducation des sourds-muets, 
d'après la méthode orale.) 

Frères P. C. et R. R. — Institution Saint-Joseph, à Saint-Claude- 
lez-Besa'içon (Doubs). Impression photoglyptique de J. et 
A. Lemercier. Paris. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Société centrale d'éducation et d'assistance pour les 
sourds-muets en France. — Cette société vient d'organiser 
une loterie de 5,000 billets à 1 franc ; chaque série de 10 billets 
donne droit à un lot, et participe en outre au tirage de 5 gros 
lots représentés par des vases de la manufacture nationale de 
Sèvres et des objets de prix. Le tirage de la loterie est fixé au 
31 juillet 1837. Cette société, qui a son siège à l'Institution 
nationale de Paris, rend de très grands services ; elle facilite 
le placement de jeunes enfants dans les institutions spéciales, 
et procure aide et consolations aux sourds-muets dans toutes 



— 52 

les circonstances malheureuses de la vie. Nous recommandons 
instamment cette loterie à nos lecteurs ; ils pourront se procurer 
des billets, en s'adressant soit à M. le D r Ladreit de Lachar- 
rière, secrétaire-général de l'œuvre, 1, rue Bonaparte, Paris, 
soit à M. Bélanger, membre du conseil, 16, rue des Fossés- 
Saint-Jacques. 



* 
* * 



Institution de' Vesoul. — L'Institution de Bourogne, près 
Belfort, fondée par M. Mettenet en 1884, vient d'être trans- 
férée à Vesoul (Haute-Saône). L'école compte actuellement 
30 élèves (16 filles et 14 garçons). 



Nos abonnés recevront, en même temps que ce numéro, la 
couverture de la deuxième année de la Revue française . 



* 
* # 



Statistique. — Nous prions instamment MM. les directeurs 
des institutions françaises qui ne nous ont pas encore fait par- 
venir leur réponse à notre lettre du 1 er avril dernier, relative à 
la statistique de nos écoles, de nous l'adresser au plus tard pour 
le 15 mai. 

» 
# • 

Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à 
l'éducation des sourds -muets, dont deux exemplaires 
auront été envoyés au journal. 



Paris J*p. Pelluard, 212, rue £aint-Jac^ues 



Librairie Paul RITTI 
21 , rue de Vaugirard, Paris 



Ad. Bélanger. — Historique des méthodes à l'insti • 
tution nationale de Paris, 1883 (épuisé) 

D r Peyron et Ad. Bélanger. — Catalogue de la Biblio- 
thèque de l'Institution nationale des sourds-muets 
de Paris, l re partie, 1883 (épuisé) 

D r Ladreit de Lacharrière et Ad. Bélanger. — Troi- 
sième Congrès national pour l'amélioration du 
sort des sourds - muets (Congrès de Paris 1885) 
Compte-rendu Prix 4 fr . 

Ad. Bélanger. — Etude bibliographique et iconogra- 
phique sur l'Abbé del'Epée, 1886. 

Edition sur papier du Japon Prix 10 fr. 

— — de Hollande ... — 5 — 



Ad. Bélanger. — Revue bibliographique internationale 
de l'éducation des sourds-muets. 

l r? année Prix 4 fr . 



-*vwv^- 



Librairie faul RITTI, 21, rue de Vaugirard, Paris 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES SOURDS-MUETS (Congrès de Paris) 
Comptes - rendu» analytique» des séances 

Un volume, grand in-8 Prix . 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'EXSEIGNEMEXT 

joeir J. Hnseiitolaler 

Diiecleur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 
INTERNATIONALE. 

0: L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

l re année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBUANK DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fi-. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

par le D» - J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orne de 37 fijr Prix. 1 iV. 50 

Paris. — Inip. l'olluard rue Saint-Jacques, 21:?. 




'^ 



REVUE FKANÇAISE 






DE I/EDUCATION 

des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
(le cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA MllECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds-AJuets de Paris. 
Membre de la Société des Etudes historiques 



Troisième Année. — N° 3. 



1 er Juin 1887. 



SOMMAIRE. — Gauserie, Théophile Denis. Les artistes sourds-muets au Salon de 
1887. — Avis important. — Documents officiels. H. C. Monod. Circulaire aux 
Préfets concernant les institutions départementales de sourds-muets. — Notices S'.n 
les institutions françaises de sourds-muets. X. L'institution de Bourg-la-Rcine 
— Bibliographie internationale. France. l'Abbé Goislot. — Statistique 
des institutions françaises de sourds-muets. — Informations et Avis divers. — 
Nécrologie. 





PARIS 

Librairie Paul RlTTl, 21, Rue de Vaugirard 
I 887- I SSS 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-.Mui ts de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laoo. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Goldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, sous-chef de bureau au Ministère 
de l'Intérieur. 

Dubranle, censeur des éludes de l'Insti- 
tulion nationale des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Berchem-Sainte-Agathc. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. directeurde l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'insli- 
tulion nationale des lourds -Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de lior- 
deaux. 

Rattel (D r> , médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Pari*. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de l'aiis. 

Rohart (l'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Parjs. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des éludes 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D v Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 
M. C. Renz, Conseiller royal, Stuttgart (Wurtemberg). 
M 110 Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 
M. Van-Praagh, directeur de V Association for the oral instruction of the Deaf aiul 
Diimb, Londres, 



La Revue française de V Éducation des sovrds-miiels paraît le premier 
de chaque mois, 'depuis le 1 er avril 1886, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
Journal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds -Muets 
3'"° année. — N» 3 Juin 1887 



CAUSERIE 



Les Artistes Sourds - Muets 

AU 

Salon de 1887 



Parmi ceux de nos peintres qni figuraient an Salon de 1886, 
un seul manque au rendez-vous de cette année : c'est M. Prin- 
ceteau. Ce vide est numériquement comblé par une solide recrue 
de nationalité étrangère, M. Evaiïste Carpentier. Dans la sec- 
tion de sculpture, deux de nos amis ne répondent pas à l'appel : 
MM. Desperrier et Hennequin. Les trois absents sont gens à 
nous dédommager dans l'avenir. 

PEINTURE 

Berton. — a Brumaire. » Sur la foi de ce titre, votre pensée 
se reporte aussitôt à l'an VIII, et vos yeux fouillent curieuse- 
ment au milieu des toiles historiques, pour y découvrir quelque 
scène qui ait trait au renversement du Directoire. Je m'atten- 
dais donc à rencontrer un Bonaparte quelconque, celui qui 
revenait de se faire contempler par les quarante siècles perchés 
sur les monuments de Chéops et de CJhéphrem, lorsque le 
Novembre de M. Berton me plaça tout à coup en présence d'une 
jeune femme dont les chairs nues grelottaient dans la grisaille 
des brouillards. 

Cette femme, retirée dans un coin de forêt d'une mélancolie 
automnale, l'artiste nous l'a déjà montrée l'an dernier dans sa 
Vénus de la Tentation de saint Antoine. Je l'aime mieux, cette 
année. Elle est debout, les jambes frileusement serrées l'une 



— 54 

contre l'autre. C'est, du reste, le seul mouvement qui trahisse la 
morsure du froid, carie visage est impassible; j'ajoute que son 
caractère nous laisse l'impression d'une mythologie modernisée. 
Bien que l'ensemble de la figure compose une étude de nu où 
la science est loin de faire défaut, l'intérêt va plutôt à ce tout 
jeune faune qui, pelotonné au pied d'un arbre, ses petites jambes 
de bouc ramassées et la tête enfoncée dans les épaules, tremblotte 
vraiment sous l'âpreté de l'air glacial. Ici, il y a une jolie 
expression qui anime au moins une partie de ce tableau, dont 
l'aspect général est d'ailleurs fort agréable. 

Le portrait de M" ,e J. C. est d'une sobriété de ton et d'ajus- 
tement qui n'exclut ni le charme, ni l'effet. Le charme est dans 
la pose abandonnée et sans prétention du modèle, qui a le bon 
goût de se montrer simple et modeste, et dont l'air sagement 
recueilli remplit la toile d'une aimable sérénité. L'effet se révèle 
discrètement dans la note claire qui caresse le côté droit du 
visage. Toutes les parties de ce portrait sont d'une exécution 
franche et habile : l'étoffe de la robe, en soie grise, est alerte- 
ment brossée, l'air soulève les bandeaux des cheveux ; les mains, 
bien dessinées, sont très poussées dans leur frêle anatomie. 
Compliments sincères. 

Le paste 1 de LL Berton nous donne à peu près une repliait" 
de sa Femme de Brumaire. Elle se nomme, ici, la Femme au 
Miroir; et elle sort du bain, avec le sans-gêne d'un réalisme 
tant soit peu mitigé de pudeur. Le miroir est resté dans la 
coulisse. Cette baigneuse, dont la partie inférieure du corps est 
drapée de blanc, regarde dans la direction de la glace invisible. 
Elle a peut-être raison de s'admirer : ses formes ont de la grâce ; 
les brutalités du nu sont masquées par la réserve de l'exécution, 
les chairs sont souples et saines, une lumière limpide baigne 
avec un heureux effet toute la ligne latérale de droite. Seulement 
la tête est assez insignifiante, et, pas plus dans la neige du 
linge que dans l'atmosphère, brouillardeuse des bois, elle ne 
séduit pas l'expression. 



Chéron. — Suivons M. Chéron sur le littoral normand. Il 



— .10 — 

nous conduit à Arromanches, un matin. La mer s'est retirée et 
a laissé, après elle, une plage toute fraîche, trouée de flaques 
encore troubles, plaquée d'algues aux tons d'érneraude et bossuée 
de rocailles noirâtres. Ce terrain, si varié dans ses accidents et 
ses nuances, est traité avec une sincérité qui accuse une étude 
intelligente et tenace des moindres détails, et qui témoigne d'un 
sentiment de la nature très développé chez l'artiste. L'œil s'en 
va profondément avec le reflux jusqu'à la ligne d'horizon, très 
finement indiquée et confondue avec un ciel mollement ouaté de 
blanc. Sur la droite, dans un lointain vaporeusement estompé, 
émerge le village ; puis un bout de falaise sombre qui forme un 
saisissant contraste avec les luminosités de la toile, tire brus- 
quement le rideau sur la campagne... Je m'éloigne, emportant 
de cette excursion le plus délicieux souvenir, et la satisfaction 
d'avoir rencontré en M. Chéron un peintre d'une réelle valeur. 



* 
* 



Ferry. — La dame dont M. Georges Ferry expose le portrait 
est assise dans un grand fauteuil Louis XIII garni de vieille 
tapisserie à fleurs d'un ton assourdi. Elle est en tenue de visite, 
manteau bordé de fourrure, robe de couleur sombre. Le chapeau 
est coquettement posé sur une tête blonde. Les mains sont gan- 
tées, et l'une d'elles pend négligemment en dehors du bras du 
siège. La pose est élégante et naturelle. Le fond, qu'on aperçoit 
au delà d'un paravent aux feuilles dépliées; est formé de tapis- 
serie-verdure : un tapis moelleux est étendu sur le parquet. Tous 
ces accessoires composent un intérieur d'une richesse plus artis- 
tique que tapageuse ; et, malgré la variété des nuances, l'en- 
semble reste harmonieux et d'aspect reposant. 

Cette excellente toile porte l'empreinte de la facture large et 
hardie qui caractérise le talent de M. Ferry; mais je constate 
avec plaisir que, cette fois, la main si ferme de l'artiste n'a pas 
laissé trace d'un excès d'énergie qui eût ôté un défaut saillant 
dans un portrait de femme. 



* 



— 56 — 

Loustau. — M. Loustau nous offre, En attendant le Café, 
le spectacle d'un jeune sergent d'infanterie se livrant à un 
assaut d'armes avec un brave curé de campagne qui, probable- 
ment, se souvient d'avoir fait jadis une halte à la caserne avant 
d'entrer au séminaire. Ce curé est venu dîner chez un confrère, 
l'oncle sans doute du sous-officier en congé. On est à la belle 
saison ; la table a été dressée dans la cour du presbytère, au 
pied du rustique escalier en pierre qui conduit à un rez-de- 
chaussée assez élevé. J^e jardin est à deux pas ; après le petit 
verre, on ira y fumer le cigare. 

Au moment où nous entrons dans la pittoresque et calme 
demeure, le repas est terminé, les tasses et les bouteilles de 
liqueurs sont apprêtées sur le guéridon en bois vert, et la vieille 
bonne, cafetière en main, s'est arrêtée sur l'escalier, interloquée 
par la mimique animée de nos deux escrimeurs. On ne croise 
pas le fer, les bras seuls sont engagés ; et notre martial curé, la 
soutane crânement retroussée, riposte gaillardement aux feintes 
de son adversaire. L'amphytrion est resté assis, la serviette au 
cou, et se contente du rôle de joyeux témoin. Cette scène, 
composée avec beaucoup d'esprit, simple et naturelle, sait 
amuser sans que la charge y entre pour rien. Les personnages, 
bien dessinés, ont de la souplesse dans les mouvements; ils se 
tiennent à l'aise sur le terrain. C'est, en somme, un tableautin 
réussi, et devant lequel vous ne sauriez passer sans esquisser 
un bon sourire d'approbation. 

Le portrait, exposé par le même auteur, est celui d'un jeune 
garçon costumé en marin de fantaisie. Ce petit blondin, aux 
cheveux ras, a la mine toute sérieuse ; on sent chez lui l'éner- 
gique volonté de satisfaire l'artiste, qui lui a recommandé de 
faire trêve, pendant la pose, à ses espiègleries. Mais ses patients 
efforts auront leur récompense, et il sera tout joyeux, dans un 
instant, quand il verra que sa sagesse a permis à M. Loustau 
de faire une œuvre excellente. 



Martin (Ernest). — Le Chasxeur à cheval, de M. Martin, 



— 57 — 

sonne de la trompette; il traverse la plaine an galop de sa mon- 
ture. Le mouvement est rendu avec beaucoup de justesse ; il y 
a de l'élau et de la fougue. Le terrain résonne sous les pas du 
coursier, et dans l'air retentissent les notes éclatantes de l'in- 
strument guerrier. 



* 
* • 



Baudeuf. — Le profil de dame âgée, envoyé par M. Baudeuf, 
est d'un dessin pur et serré. L'artiste a. la main ferme et le 
crayon léger ; il étudie avec conscience, il continue sa provision 
de savoir, et nous l'attendons avec confiance le jour où il lui 
plaira de se mesurer avec les difficultés d'une œuvre impor- 
tante. 



» 
* * 



Carpentier. — M. Evariste Carpentier est un étranger, 
mais il est de nos tons voisins, il est Belge ; mieux que cela, il 
est flamand, je dirai même qu'il est Français, — par le talent. 

Sa place est donc tout indiquée dans notre petite galerie. 
Depuis 1880 qu'il expose, cet artiste a produit des œuvres 
beaucoup plus importantes que celle qui figure au 8alon actuel ; 
je n'ai qu'à rappeler, par exemple, son envoi de 1886 : Madame 
Roland à Sainte-Pèhgie. Et même, antérieurement, il a obtenu 
une mention honorable, pour sa charmante toile : Le roi de la 
prairie. 

Avant qu'on me l'eût désigné comme un de mes justiciables, 
j'avais remarqué son petit tableau de cette année : Farniente, 
qui m'avait transporté dans un pays qui m'est particulièrement 
cher, et qui est resté dans mes yeux aussi bien que dans mon 
cœur. C'est un Souvenir des Flandres, dit le sous-titre, et ce 
souvenir est d'une impeccable fidélité. Un pas en deçà ou au 
delà de la frontière, la nature est la même. C'est pourquoi 
M. Carpentier me semble s'être promené dans les plates-landes 



— 58 — 

de Jules Breton, le maître de Courrières, ou tout au moins de 
Pierre Billet, le peintre de Cantin. 

Dans son Farniente, je vois une jeune ouvrière des champs 
nonchalamment étendue dans l'herbe au bord d'nn étang. Rien 
de plus élémentaire comme composition. Mais comme la nature 
chante juste dans ce petit paysage ! L'herbe y est grasse, la 
lumière y donne sa note vibrante, l'air y souffle frais et parfumé. 
La fillette y est tout enveloppée d'un calme qui va la pousser 
au sommeil. Sa tête paresseuse repose encore sur une main ; 
mais l'appui va fléchir, et l'enfant s'en ira dans le pays des 
rêves. Cette jolie figure, qui dit tant de choses dans ses propor- 
tions restreintes, a tout le charme du réalisme rehaussé d'une 
pointe d'idéal, c'est-à-dire ce caractère de poésie rustique qui 
assure si légitimement le succès aux œuvres des maîtres de la 
Flandre et de l'Artois, que je citais il y a un instant. Je félicite 
M. Carpentier d'être en si bonne voie. 



SCULPTURE 

D'Arragon. — La tête de prêtre que nous présente M. d'Ar- 
ragon est pleine de caractère. C'est ce que l'on appelle un beau 
modèle. L'artiste a su en tirer bon parti. Le masque est éner- 
gique, les traits sont accentués, et pourtant sympathiques dans 
leur sévérité. Les cheveux rejetés en arrière sont bien attachés, 
le cou puissant tourne aisément, les yeux ont de la vie et regar- 
dent franchement. 



* 

* 



Choppin. — La statue de Broca , coulée en bronze, et prête 
à prendre sa place au boulevard Saint-Germain, près de l'École 



— 5!) — 

de médecine, est réellement une œuvre superbe, et qu'on prend 
plaisir à détailler longuement. Elle est de celles qui, après avoir 
attiré le regard par une première impression favorable, le 
retiennent par les découvertes successives de ses qualités. Il y 
a d'autant plus de mérite à avoir obtenu cet effet, qu'il n'y avait 
rien à attendre des ressources de l'ajustement, limitées à ces 
trois pièces bourgeoises : la redingote, le pantalon et le gilet. 
Il fallait donc tout demander à la tête. Celle de l'illustre chi- 
rurgien avait du reste de quoi fournir à un artiste intelligent 
et sagace. M. Choppin a su nous la rendre avec une rare inten- 
sité de vie. 

Le docteur est dans l'attitude d'une profonde méditation. Le 
front baissé, les yeux tombent droit sur un crâne hninain sou- 
tenu dans la main gauche; la droite" tient un compas. La pen- 
sée est tout entière perdue dans la recherche de quelque grave 
problème anthropologique. La lutte est engagée entre la science 
et le mystère. Ce muet dialogue entre l'austère savant qui inter- 
roge, et cette tête de mort qui garde ses secrets, a quelque chose 
de saisissant comme une inspiration shakspearienne. Et cette 
scène est à la fois grande et simple. Ils sont rares les ouvrages 
qui répondent aussi heureusement que celui de M. Choppin aux 
conditions particulières de la statuaire iconique. 



* 
* • 



Lcssy. — Le portrait de M. Wymann, par M. Lussy, est uu 
petit médaillon travaillé avec un soin minutieux. Les lignes du 
profil sont franchement dessinées, et la finesse du modelé appa- 
raît dans tous les accents du visage. 



* # 



Mahtix (Félix). — Cet artiste hors de pair se contente, cette 
fois, <lr faire acte de présence par l'envoi d'un petit buste. C'est 
un charmant enfant joufflu, à la tête rondelette, au dos duquel 



— 60 — 

on est surpris de ne point voir les ailes d'un auge. Il est si 
plein de vie et de santé, ses joues sont Bi fraîches, et d'une car- 
nation si tendre, qu'on est pris de l'envie de l'embrasser au 
passage 






Avant de prendre congé, enregistrons ce détail tout à l'hon- 
neur de notre petite et vaillante phalange artistique : Les ou- 
vrages suivants : Brumaire, par M. Berton; le Matin à Arro- 
mandus, par M. Chéron; Portrait de Al me A. Z>., par M. Ferry ; 
Le B r Paul Broca, statue par M. Choppin, sont reproduits 
dans le catalogue illustré "du Salon; et la première livraison de 
Figaro-Salon contient Farniente, par M. Carpentier. 

Théophile Denis. 



AVIS IMPORTANT 



Nous rappelons à ceux de nos Abonnés qui ne nous ont 
pas encore envoyé le montant de leur abonnement que le 
mode le plus simple de paiement est l'envoi d'un mandat- 
poste à M. Bélanger, Directeur de la REVUE, rue des 
Fossés-Saint-Jacques, 16, Paris. 

Afin d'éviter tout retard dans l'envoi du journal, nous 
ferons toucher par la poste les abonnements qui ne nous 
seraient pas parvenus avant le 15 juin. 

Le3 frais de recouvrement étant à la charge de nos 
Abonnés, ils auront à payer : 

Pour la France 9 fr. 45 c. 

Pour l'Etranger 10 » 70 » 



(1) La liste ries œuvres exposées au dernier Salon a été publiée dans le 
numéro précédent de la Revue. Consulter également les Artistes Sourds-Muets 
au Salon île t886 {Revue française, 1° année. n° s i el suivants). 



— 61 — 
DOCUMENTS OFFICIELS 



ministère Paris, le 1 1 mai 1887. 

DE L'INTÉRIEUR 

DIRECTION 

de l'Assistance publique 
et des Institutions de prévoyance 

1 er Bureau 

CIRCULAIRE 

Monsieur le Préfet, mon administration désire être rensei- 
gnée d'une manière aussi précise que possible sur les Institutions 
consacrées à l'instruction et à l'éducation des aveugles et des 
sourds-muets qui existent en France. 

Je vous adresse, en conséquence, des tableaux que je vous 
prie de remplir en autant d'exemplaires qu'il existe d'établisse- 
ments de cette nature dans voire département. 

En me les renvoyant aussi promptement que possible, vous 
voudrez bien y joindre pour chaque établissement un règlement 
et un prospectus, ainsi qu'une notice spéciale dans laquelle vous 
consignerez les renseignements que vous aurez pu personnelle- 
ment recueillir sur le fonctionnement de la Maison, sur la façon 
dont elle est administrée, et sur les ressources dont elle dispose. 

J'aurais intérêt à savoir également si l'établissement est pro- 
priétaire des bâtiments qu'il occupe, s'il n'en est que locataire, 
enfin si l'œuvre a été reconnue d'utilité publique, et dans ce 
dernier cas quelle elle est la date du décret de reconnaissance. 

Je vous recommanderai d'ailleurs pour l'avenir de me faire 
connaître, sans retard, l'ouverture de tout établissement s'occu- 
paut de jeunes aveugles ou de sourds-muets qui viendrait à 
être créé dans votre département. 

Recevez, Monsieur le préfet, l'assurance de ma considération 

la plus distinguée. 

Pour le Ministre : 
Le Directeur de l'Assistance publique et des Institutions de prévoyance, 

H.-C. MONOD. 



62 



MODÈLE DU TABLEAU A REMPLIR 



Département d. 



(Sourds-muets ou jeunes aveugles) 

(Nom de l'établissement) 

Situé à 

Fondé le 

par 

Direction actuelle 

•Nom du directeur 

Indication de la congrégation ou de la société de bienfaisance 
qui patronne l'œuvre 



Nombre d'élèves ; en 

filles . . . 



hommes 



laïques . 



congregamstes . 



Nombre de professeurs > , , .. 

1 ' , i laïques .... 

dames l , 

( congregamstes. 

Noms des départements qui entretienneut annuellement des 
bourses dans ces établissements avec la désignation du nombre 
de ces bourses 

Prix de la pension annuelle 

Prix réduit pour les départements, les communes, etc 

Montant du prix du trousseau on du droit d'entrée 

Durée des études 

Nature de la méthode appliquée 

Professions manuelles enseignées dans l'établissement 

Age d'admission 

Age de sortie 



*e < - 



Observations gànérai-ks 



— 63 — 



NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds- Muets 



INSTITUTION DE BOURG-LA-REINE 

( SEINE ) 

dirigée par les religieuses de Notre-Dame 
du Calvaire. 



En 1856, la Providence amenait à Paris le fondateur des 
religieuses de Notre-Dame du Calvaire, et le mettait en rapport 
avec M. l'abbé Lambert, alors aumônier de l'Institution des 
sourds-muets de cette ville. Inspiré par son attachement pour 
cette classe d'infortunés, l'aumônier de l'Institution nationale 
supplia le vénérable fondateur d'adjoindre aux religieuses de sa 
congrégation, récemment établies rue des Postes, 52, d'autres 
membres qui se consacreraient à l'éducation des sourdes-muettes, 
encore trop jeunes pour être admises dans les institutions spé- 
ciales, ou ayant dépassé l'âge pour y trouver place, et qui don- 
neraient aussi un abri aux adultes sans famille ou sans position. 

Répondre aux désirs de l'aumônier fut un bonheur pour 
l'abbé Bonhomme qui aimait tant ces pauvres déshérités. Déjà, 
lui-même, leur avait ouvert une école non loin de Gramat (Lot), 
centre de la congrégation, et il n'avait pas reculé devant les 
sacrifices nécessaires pour envoyer à Poitiers deux religieuses 
qui se formèrent à l'enseignement des sourds-muets auprès des 
Filles de la Sagesse. 

La Société centrale d'éducation et d'assistance pour les 
sourds-muets en France confia immédiatement six de ses petites 
patronnées à l'œuvre naissante. 



— 64 — 

Au mois de septembre 1860, la Communauté faisait l'acqui- 
sition d'une vaste propriété sise à Bourg-la-Reine (Seine), et y 
transférait au mois d'avril de l'année suivante tout son person- 
nel déjà nombreux. 

En octobre 1883,' la méthode orale pure fut substituée com- 
plètement à la méthode mixte pratiquée depuis 1872. Dès lors, 
la parole a été le seul moyen de communication entre les maî- 
tresses et les élèves. Les efforts des une3 et des autres ont trouvé 
de précieux encouragements dans les bienveillantes visites de 
M. le D r Ladreit de Lacharrière, secrétaire général de la 
Société d'assistance, et dans la sympathie de son trésorier, 
M. Coldefy. 

Depuis 1856, M. l'abbé Lambert, chanoine honoraire de 
Paris, n'a cessé de donner ses soins spirituels à son troupeau 
de prédilection, et aujourd'hui, il encourage même l'enseigne, 
ment de la parole pour l'instruction religieuse. 

La Maison de Bourg-la-Reine gardera toujours avec recon- 
naissance le souvenir du regretté M. L. Vaïsse, directeur hono- 
raire de l'Institution nationale des sourds-muets de Paris, ce 
modesle savant qui, durant tant d'années, mit à la disposition 
de ses professeurs les fruits de sa longue et sérieuse expérience 
dans l'art d'instruire les sourds-muets. 

Désireuses de répondre à la confiance des familles en donnant 
à l'instruction des enfants confiées à ses soins une direction aussi 
parfaite que possible, la Communauté envoya en 1885, à l'Insti- 
tution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux, cinq de ses 
membres qui purent alors se convaincre que la marche suivie 
depuis 1883, à Bourg-la- Reine, était réellement la bonne. 

L'établissement n'abandonne pas ses élèves quand arrive la 
fin des études; l'asile, établi dès le début, s'ouvre alors pour 
celles qui n'ont pas de famille ou qui, pour des raisons diverses, 
u'y peuvent rentrer. On y reçoit également les jeunes filles 
élevées dans d'autres institutions. 

Enfin, pour remplir un des vœux les plus chers de leur véné- 
rable fondateur et de M. l'abbé Lambert les religieuses de 
Notre-Dame du Calvaire admettent dans leurs rangs celles des 
sourdes-muettes qui ont la vocation religieuse. 



— 65 — 

L'Institution de Bourg-la- Reine compte aujourd'hui 35 en- 
fants élevées par la méthode orale pure, 8 (arriérées) par la 
mimique, et 60 adultes faisant partie <le l'asile-ouvroir. 

X... 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



FRANCE 



J. Bouchet. Allocution adressée à Mo 1 ' Bécel, évêque de 
Vannes, le 15 juin 1886, jour de la première communion 
et de la confirmation des sourdes-parlantes de l'école de 
la Chartreuse d'Auray. In-8, 14 pages. Currière, 1888. 

Tel est le titre d'une brochure que j'ai reçue il y a quelque 
temps, et que je viens de lire avec un véritable intérêt. Ce n'est 
point, comme on pourrait le croire, simplement' un compliment, 
un souhait de bienvenue adressé à l'évêque du diocèse venant 
donner le sacrement de confirmation à l'Institution des sourdes- 
parlantes delà Chartreuse d'Auray; c'est cela, sans doute, mais 
ce sont aussi des conseils pédagogiques et un compte-rendu de la 
situation religieuse de cette Institution dirigée avec autant 
d'intelligence que de zèle par les Sœurs de la Sagesse. 

Le Père Bouchet, l'aumônier pieux et expérimenté, fait 
observer d'abord un fait malheureusement trop général ; c'est 
que, quels que soient leur dévouement et leur science, les 
instituteurs et institutrices de sourds-muets n'arrivent pas à 
donner à tous leurs élèves une parole aussi nette, aussi naturelle 
qu'ils le voudraient. Ce qui a fait dire bien souvent aux per- 



— 66 — 

sonnes étrangères à cet enseignement que les résultats obtems 
ne compensent pas le travail qu'ils exigent. Ils oublient, ces 
critiques trop sévères, et le point d'où nous partons, et le chemin 
que nous avons à parcourir en même temps que le but que nous 
voulons atteindre. Ils ne savent pas, heureusement pour eux, 
que pour le père, la mère du sourd- muet, la parole, toute 
défectueuse qu'elle soit, est-supérieure et préférable au signe le 
plus expressif. 

Sans doute, si le sourd-muet ne devait jamais quitter nos 
Institutions spéciales ou ne communiquer qu'avec ses frères 
d'infortune, on pourrait se dispenser de lui enseigner de la 
parole. Mais que veut l'instituteur du sourd-muet, sinon mettre 
son élève en état d'entrer en relation avec ceux qui l'entourent 
dans sa famille, dans l'atelier, dans la société. Or personne ne 
contestera que le moyen de communication le plus simple, le 
plus commode pour tous est la parole. 

Après cette observation préliminaire, le Père Bouchet, avec 
une compétence basée sur une longue pratique, indique et 
explique aux parenfs et aux amis les précautions qu'ils doivent 
prendre lorsqu'ils causent avec le sourd démutisé. 

Ces précautions me semblent parfaitement justifiées, et je 
voudrais que l'allocution du Père Bouchet fût entre les mains 
de toutes les personnes qui ont à communiquer avec les sourds- 
muets instruits par la méthode orale. 

La deuxième partie du travail du Père Bouchet donne, sous une 
forme originale, l'état religieux de l'Institution de la Chartreuse 
d'Auray. Les élèves de cet établissement connaissent leur reli- 
gion, l'aiment et la pratiquent, elles sont instruites et pieuses. 
Leur digne aumônier nous prouve ces affirmations par douze 
exemples choisis entre mille qui démontrent une fois de plus 
combien l'enseignement religieux est utile, même au seul point 
de vue pédagogique. 

Je ne puis terminer cette rapide analyse sans adresser mes 
félicitations les plus sincères et bien méritées aux typo- 
graphes qui ont imprimé l'allocution du Très Révérend Bou- 
chet, c'est-à-dire aux élèves de V imprimerie de l'école des sourds- 
muets de Currières (Isère). 

Cette école, fondée et dotée il y a quelques années par la 



— 67 — 

charité généreuse des Pères de la Grande Chartreuse, reçoit 
gratuitement tous les sourds-muets pauvres du département de 
l'Isère ; elle est confiée pour la direction et l'enseignement 
aux Frères de Saint-Gabriel qui y pratiquent avec dévouement 
et succès la méthode orale (1). 

L'Abbé Goislot. 



André et Raymond. Cours de Langue française à l'usage 
des écoles de sourds-muets. Ire année. Petit in-8. 
180 pages, Paris, 1887. 

Nous avons eu occasion dé signaler dans le tome II de la 
Revue française plusieurs cours de méthode, ou plutôt les débuts 
de plusieurs ; c'est encore un début que nous enregistrons au- 
jourd'hui, et auquel nous sommes heureux de souhaiter un 
heureux et surtout un prompt achèvement. 

Le programme que nous donnent les auteurs en tête de leur 
ouvrage est le même que celui de l'Institution Nationale de 
Paris en en retranchant l'enseignement des trois temps simples, 
le présent, le passé et le futur ; vient ensuite une liste des diffé- 
rents mots à enseigner pendant l'année. On retrouve dans ce 
petit volume l'esprit de Valade-Gabel, auquel se joint la tradi- 
tion de l'école de Paris ; avant de pouvoir juger l'œuvre de nos 
collègues, nous attendrons les volumes suivants : nous formons 
des vœux bien sincères pour les succès de leur entreprise en 
souhaitant que les difficultés qu'ils rencontreront ne les arrêtent 
pas dans l'accomplissement de la tâche qu'ils se sont imposée. 

Ad. B. 



(1) Voir Revue bibliographique, n° 2, p. 21; allocution prononcée en 1885. 



STATISTIQUE DES INSTITUTIONS 



INSTITUTIONS 


i 

FONDATEURS 


DATE 

FONDATION 


Aibi (Tarn) 


M. l'abbé Treilhou 

M. l'abbé Lebecq 

M" e Charlotte Blouin 

M. E. Lagrange 

Sœurs de la Providence 

M 1 "-' Dulair 

M me Cavailhac, supérieure des 

Dames de la Sainte-Famille 
Sœurs Marie du Divin-Cœur 
M. l'abbé Grimaud 

id. 
M" Champion de Cicé 
M. l'abbé Gaussens 
M^Chalandon, évêuuede Belley 
M. l'abbé Sublil 
Relig*- 3 de N.-D. du Calvaire 
M. l'abbé Jamet 
M" c Barthélémy 

M. l'abbé Légal 
M. Dessaigne 
Frères de Saint-Gabriel 
M. d'Aubières (maire) 
RR. PP. Chartreux 
M. l'abbé Damourette 
M. Capon 


1826 




1852 


Angers (Maine-et-Loire) 


1771 

1870 
1881 


Angoulême (Charente) 




1817 


— — {filles) 


184G 
1853 
1870 
1880> 


Bordeaux (Institution nationale) .... 
Bordeaux (garçons) 


1785 
1370 


Bourg (Institution du Bel-Air) 

Bourg (Institution de Brou) 

Bourg-la-Reine 


1858 

1847 
I8(il 




1817 


Chambéry (Institution nationale) 

Chartreuse d'Auray (la) Morbihan 
Chaumont (Puy-de-Dôme). 


1841 

1812 
1833 


Clermont-Ferrand, (garçoiis) 

Clermont-Ferrand (filles) 

Currière (Isère) 


1871 
1821 

187Q 


Déols (par Châteaurcux) (Indre) 
Elbeuf 


1870 







RANCAISES DE SOURDS -MUETS 



DIRECTION ACTUELLE 


ES v 


MtiMei'iLins. 

' r 

Garroas 1 Fillçs 


MÉTHODE 

employé î 


DURÉE DES BOtrilSES 

accordées 
par les départcnie.-ts 


» rs du Bon Sauveur 


9 


27 


7 


Méthode orale pnre 




abbé Eodio, s" delà Providence 


5 


12 


25 


id. 


6 ans. 


> re de la Charité de S e -Marie 


9 


26 


20 


id. 




il. E. La grange 


2 


20 - 


id. 




i rs de la Providence 


2 




12 


id. 




V de St-Vinccnt de Paul 


10 


54 


33 


id. 


Pas-de-Calais, G aus. 


> re de la Sainte-Famille 


4 


11 


19 


id. 


6 an;. 


> rs du Bon Pasteur 


2 





5 


Aucieunc méthode 




A. l'abbé Grimaud 


2 


22 i — 


Méthode orale pure 




id. 


2 


-! 6 


id. 




4. Cavé-Esgaris 


21 


— 


197 


kl. 


7 ans. 


1 . l'abbé Gausseus et F 9 de Sl-Gabric] 


4 


37 


— 


id. 


8 aus. 




4 


20 


— 


id. 




V* de la Providence 


3 


— 


25 


id. 


7 ou 8 au 


\™ de N.-D. du Calvaire 


7 


— 


43 


id. 


Pas de bourses départ 1 ". 


> re du Bon Sauveur 


8 


25 


25 


id. 


Une bourse, 5 anï. 


il. Baudard 


6 


65 




id. 


6 lin". 


id. 


4 


— 


37 


id. 


C an--. 


i™ de la Sagesse 


8 


— 


73 


id. 


Morbihan, 10 ans;Lo:re- 
Infér. 8 uns;Venâée,6uns 


;ri ' 8 du Sacré-Cœur 


— 


27 




id. 




?"" do Saint-Gabri 1 


4 


27 




id. 


Puy de-Dôme, 6 an; ; 
Correze, 7. 


> r " du Bon Pasteur 


4 


— 


47 


id. 


6 ans. 


<™ de Saint-Gabriel 


5 


50 - 


id. 




> rs de la Cliaritéde Bourges 


2 


— 1 8 


iJ. 


Indre, 8 ans. 


I. Capon 


3 


7 


4 


id. 





INSTITUTIONS 



Gap 

Gramat (Loi) 

Laon (Aisne) 

Larnay près Poitiers . . . 

Laval 

Lille Roncliin (garçon*). . 

— (filles) 

Limoges (Externat) . . . 
Lyon 



Marseille 

Moingt près Montbrison (Loire) 

Montpellier 

Nancy La Malgrange (près).. . . 

Nantes 

Nogent-le-Rotrou 



Oloron (Basses-Pyrénées) . . 

Orléans (garçons) 

— (ailes) 

Paris (Institution nationale). 



— (Institution Houdin) 

— (Institution Ren;;rd) 

— (Externat rue Saint-Hyacinthe). 

Pelousey (Doubs) 

Poitiers 

Ponsan-Soubiran(Gers) 

Pont-1'Abbé-Picauville (Manche). . . 
Le Puy (garçons) 

— (fiU>s) 



FONDATEURS 



H g 

H - 5 



Sœurs de la i'rovideiice 

tnsl. Irausléree de Sl-Hédard-le-Sowoos 
Li Père Deslnys 
Commission des Hospices 
M. Massieu (sourd-muet) 

id. 
Ville de Limoges 
M. Combîrry (sourd-muet' 
M. Hugentobhr 
M. Bernard 
M. l'abbé Dessaignes 
S 1 ' Cbagny de St-Vincent-de-Paul 
M. Piroux 
M. Homphry 
M. ]'abljé"Beulé 

M"° Larrouy 
R, P. Desliayes 

id 
L'abbé de l'Epée 

M. Houdin 

M""' Renard 

M. le D 1 Blancbet 

Père Deshays 

M" ,c d" Hiou 
M 11 " Harlbéloinv 



DIRECTION ACTUELLE 


« 1 

PS Œ) 

n s S 
&~ £ 
g g 

3 


WÏIHID'RBB 

Garnies fil!i» 

I 


METHODE 

employée 


nrafe sis BOttBSES 

accordées 
par les départements 


de la Providence 


21 


élèws 


Hctlioilc «raie pire 


Hmites-Alp:?, 6 ans. 


du Calvaire 


3 


— 


21 


ni. 


7 ans. 


de la Sagesse 


6 


— ■ 


72 


il. 


Ai ne. 7 ans ; !e3 autres, 
6 ans. 


id. 


8 


— 


71 


il. 


7 ai». 


de la Charité d'Evron 


8 


28 


28 


a. 


7 ni»". 


do Saint-Gabrbl 


8 


84 


— 


id. 


7 ans. 


de la Sagesse 


7 


— 


70 


.d. 


ÎCord, T ans. 


Camailhac 


1 


3 


2 


id. 




Forestier 


9 


34 


30 


Méthode tic llébiai 


6 aie. 


Hngcntobler 
l'abbé Dassy 


4 

7 


37 
38 


9 

25 


Méthode orale pure 
id. 


Rliûne, 8 ans; Saîtnc- t- 
Loire, S a s et 7 an?. 

8 ans. 


Franciscaines 


2 


— 


20 


là. 


Pa- de bonrses départ** 


de St-Vincent de Paul 


5 


24 


38 


id. 


7 ans. 


de Saint-Charles 


8 


54 


54 


«1. 




de Saint-Gabriel 


7 


61 


— 


.J. 


Ijolre-Infè. itnre, 7 ans; 
Vendée, 6 am. 


" Perccbois et S re de 












Immaculée-Conception 


4 


14 


17 


id. 


8 ans. 


Larrouy 


3 


10 


10 


/■rieme néthade 




de Saint-Gabriel 


4 


45 


— 


létbode orale porc 


Loîri't et NièTre, 8 ans; 
Loir-et-Clier 1 1 Cher, 1 


do la Sagesse 


4 


— 


44 


id. 


Loiret, 8 ans;ïesiutres. 7 


.lavai 


27 

fiasses 


270 




id. 


7 ans. 


' Houdin 


— 


18 


élèves 


Méthode orale pure 




• Renard 


— 


11 


ëfovs 


id. 




de St-Vincent de Paul 


— 


— 


il 


id. 




de la Sagesse 
de Saint-Gabriel 


4 
7 


70 


40 


id. 
id. 


Dont», 7 ans ; Jura, 6 .-ms 
Hau'.e-Saône, 5 ans. 

7 an . 




4 


— 


25 


id. 


7 an?. 


du lîon Sauveur 


5 


21 


45 


id. 


7 ans. 


du Sacré-Cœur 


4 


25 




d'. 


8 ans. 


le la Présentation de Ste-Iar e 


2 


— 


28 


i. 


Hautc-Lo're, S ans. 



INSTITUTIONS 



Eil.é-Fjugères (llle-et-Yilaine) 

Rodez 

Rouen 

Rueil (Seinc-et-Oise) 

Saint-Brieuc 

Saint-Claude-lès-Besançon ....... 

Saint-Étienne {garçons) 

— {filles) 

Saint-Laurent-en-Royans (Drôme) 
Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard) . . . 

Saint-Médard-lès-Soissons 

Toulouse {garçons) 

— [filles) 

Vesoul .Haute Saône) 

Veyre-Monton (Puy-de-Dôme) 

Vizille (Isère) 



FONDATEURS 



M. l'abbé Lelaillandier 

M. l'abbé Pcrier 

M. l'abbé Lefebvre 

M. Magnat 

M. l'abbé Garnier 

M. l'Abbé Perrenet 

M. Comberry (sourd-muet) 

Sœur Sainte-Annc-Perrin 

M. Kilian 

M. l'abbj Dupont 

M. l'abbé Cliazottcs 

M. Mettenet 

Le Père Flavien 

M" Galien (sourde-muette) 



18-H 
■181-1 
183c 
1881 
183? 
18Ti 
1815 



m 
m 
m 

îtf 

1866 
183! 



69 Institutions 



Enfants sourds-muets élevés daus les écoles primai r 
d'entendants (Méthode Grosselin) 





h 3 

« j 

Si * 
S - ,2 
o ^ 

9 


SOU BRI! Il' ÉLÈVES 


MÉTHODE 

employée 


DURÉE DES BOURSES 


DIRECTION ACTUELLE 


forçons 

30 


Filles 

23 


accordées 
par les dcpartenrnts 


adoratrices de la Justice de Dieu 


Mé hode orale pure 


7 an-. 


l'abbé Roquette 


6 


20 


22 


id. 


6 ans. 


le Lefebvre 




29 


22 


il. 




Magnat 


11 


72 


45 






i abbé Bertho 


10 


52 


37 


id. 


7 ans. 


Itooiule des Écoles chrétiennes 


10 


59 


— 


id. 


7 ans. Hante-£aôuc, 5. 


l'imin des Ecoles chrétiennes 


7 


68 


— 


id. 


6 ans. 




7 


— 


69 


id. 


G ans. 


Franciscaines 


4 


36 


54 


Ancienne méthode 


6 MIS. 


H. Verdeilhan 


6 


28 


28 


Méthode orale pure 


S ans. 


le Chanoine Bourse 
6 Duhagon et F 108 de St-Gàbricl 


7 
7 


69 

85 


— 


id. 
id. 


Ais e, 7 an ; les autres 
départemont-, 6 an-. 

7 ans. 


Mettenet 


4 


— 


50 


id. 




Je la Sagesse 


4 


14 


16 


id. 


7 i'Us 


Franciscaines. 


5 


— 


42 


id. 


G as, 




4 


— 


21 


Id. 


7 an*. 



3.525 Elèves. 

Garçons. Filles. 

iris 56 49 

épartements 52 37 194 

Total général 3.719 Élèves. 



— 74 — 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Société centrale d'éducation et d'assistance pour les 
sourds-muets en France. — Le 11 mai dernier, le Conseil 
supérieur de la Société s'est réuni à l'Institution nationale 
de Paris, sous la présidence de M. Ducrey. conseiller - maître 
à la Cour des comptes et vice-président de la Société, pour 
procéder à l'élection d'un président en remplacement de 
M. Audibert, récemment décédé. 

M. Roy. présid' de chambre à la Cour des comptes, est acclamé 
président, M. Chambellan, nommé vice-président en rempla- 
cement de M. Berthier, et M. Bocquiu, secrétaire-adjoint. 
Parmi les nouveaux membres du -Conseil supérieur qui ont bien 
voulu apporter leur concours à la Société, nous trouvons M . An- 
sart, ancien chef de la police municipale de Paris, M. Carré, 
M. G. Ferry, artiste-peintre, et M. C. Fontaine, chef-adjoint 
honoraire de la police municipale. Après avoir approuvé les 
sommes distribuées pendant le dernier trimestre et les comptes 
de M. le trésorier, le Conseil vote l'admission d'une jeune 
sourde-muette à l'Institution de Bourg-la-Rèine. 






Loterie. — En recommandant à nouveau la loterie au profit 
des sourds-muets pauvres que nous annoncions dans notre der- 
nier numéro, nous remercions bien sincèrement ceux de nos 
lecteurs qui nous ont demandé des billets. L'envoi leur en a été 
fait par la. poste, et servira d'accusé de réception de l'argent. 
Nous rappelons qu'on peut se procurer des billets en s'adressant 
soit à M. le D r Ladreit de Lacharrière, secrétaire général de 



— 76 



l'œuvre, 1, rue Bonaparte, Paris, soit à M. Bélanger, membre 
du conseil, 16, rne des Fessés Saint- Jacques. 



* 
* * 



Société universelle de Sourds-Muets — La Société uni- 
verselle de Sourds-Muets, fondée par Ferdinand Berthier 
vient de modifier ses règlements et de prendre pour titre, 
définitif : Association amicale de Saurds-Mxtets. 



* 
# * 



Statistique en Amérique. — La dernière statistique des 
Institutions américaines de sourds pour l'année 1886, publiée 
dans le numéio 1 des Americmi-annah of the Deaf, donne 
56 écoles publiques et 10 écoles privées, soit 66 institutions 
avec 8.051 élèves (4,606 garçons et 3,445 filles), et 566 pro- 
fesseurs. 

lie Canada compte actuellement 7 écoles avec 749 élèves et 
98 professeurs. 



* 
* * 



* Nous signalons à l'attention de nos lecteurs, dans notre 
numéro de février dernier, la 2° partie de V Histoire de France 
de M. Pnstienne. On nous avait demandé plusieurs fois depuis 
ce travail que nous annoncions un peu prématurément, puis- 
qu'il vient seulement d'être mis en vente. Nous sommes heu- 
reux d'annoncer à nos lecteurs qu'ils pourront se le procurer en 
s' adressant à M. Pustienne, à l'Institution nationale des sourdes- 
muettes de Bordeaux. 



— 75 - 

Le prix de cette 2° partie a été fixé à 2 francs. 
Le prix du 1 er volume, qui était précédemment de 2 fr. 50 c, 
a été également réduit à 2 francs. 



* 
# * 



Nécrologie. — L'Organ der Taulstummen annonce la mort, 
à l'âge de 73 ans, de M. le D r Matthias, ancien directeur de 
l'Institution des sourds-muets de Friedberg. Le D r Matthias, 
qui vient de mourir le 12 mai dernier, fondait en 1855 le 
premier journal spécial allemand qu'il dirigea pendant 25 an- 
nées jusqu'en 1881 ; il cédait alors sa place au savant praticien 
qui dirige encore aujourd'hui la Revue allemande. M. Vatter, en 
quelques paroles émues, rappelle la vie et les travaux de ce 
savant modeste dont la vie fut consacrée en entier à l'instruc- 
tion des sourds-muets, et dont le nom était respecté par tous 
ceux qui l'ont connu, et ont pu apprécier ses travaux. 



* 
* *, 



La 1 U année de la Revue française de l'éducation des sourds- 
muets vient de paraître en un volume broché. 

In-8, 288 pages. Prix : 9 francs. 

Nos lecteurs peuvent également se procurer la 1" nnin'e 
{Revue libliographique). 

In 8, 104 p. Prix : 4 francs. 



* 
* * 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à 
l'éducation des sourds -muets, dont deux exemplaires 
auront été envoyés au journal. 



Paris Jmp. ^elluard, 212, rue £Xint-Jaci^u es 



Librairie Paul RITTI 
21 , rue de Vaugirard, Paris 



Ad. Bélanger. — Historique des méthodes à l'insti 
tution nationale de Paris, 1883 (épuisé) 

D r Peyron et Ad. Bélanger. — Catalogue de la Biblio- 
thèque de l'Institution nationale des sourds-muets 
de Paris, l re partie, 1883 (épuisé) 

D r Ladreit de Lacharriére et Ad. Bélanger. — Troi- 
sième Congrès national pour l'amélioration du 
sort des sourds - muets (Congrès de Paris 1885) 
Compte-rendu Prix 4 fr. 

Ad. Bélanger. — Etude bibliographique et iconogra- 
phique sur l'Abbé del'Epée, 1886. 

Edition sur papier du Japon Prix 10 fr. 

— — de Hollande ... — 5 — 



Ad. Bélanger. — Revue bibliographique internationale 
de l'éducation des sourds-muets. 

l re année Prix 4 fr . 

-vwv^ 



Librairie faul RITT1, 21, rue de Vaugirard, Paris 

TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES S0UHDS-MUET8 (Congrès de Paris) 
Comptes • rendu» analytiques de» séance» 

Un volume, grand in-8 Prix . 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

par J. HugentolDler 

Directeur de l'IiialiLution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DI L'tDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

l re année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helœholtz, traduit de l'allemand, par le Dr J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

lva:\\ emploi dans le traitement médical de la surdi-mutité 

par le Dr J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. i fr. 50 

Paria. — Imp. Pelluard rue Saint-Jacques, 212. 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 

. 




REYUE FRANÇAISE 



M 



DE 1/EDUCATION 

des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DMECT10N DE 

A. BÉLANGER 

riofes=puv a l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris. 
Membre de la Société des Etudes historiques 



Troisième Année. — N° 4. — 1 er Juillet 1887. 



SOMMAIRE. — Causerie, Théophile Denis. L'abbé Baleslia, ?a mission en Fiante 
(suite). — L. Jullian. Conférence .sur l'enseignement de la lecUirc [fin). — 
Notices s':n les institutions françaises de sourds-muets. E. Tonti. — L'ins- 
titution Nationale de Cliamliéiy. Filles — Nos artistes, statue du D r liroca par 
Paul Choppin. — E. Grosselin. Du rôle de la slénograpliie dans l'école 
[fin). — Bibliographie internationale. France. — lnlbimalions et Avis divers. 




PARIS 

Librtiirie Paul RITTI, 21, Rue de Vfiurjirord 
I 887- I 8S8 

H. — ..^ 

i*5^S <2=-=^ 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS UE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard. professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Cliambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nal^ des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Mui'ls de Cliambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis, Homme de Lettres. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 

Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Bercliem-Saintc-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel ;D r ), médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paiis. 

Rohart M'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des éludes 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 
M. C. Renz, Conseiller royal, Stuttgart (Wurtemberg). 
M"° Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlanls, à Stockholm. 
M. Van-Praagh, directeur de V Association for the oral instruction of Ihe Deaf ami 
Diimb. Londres. 



La Revue française de V Éducation des soards-muels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le I e1 ' avril 1886, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement pour la France, un an 9 fi - . 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 



REVUE FRANÇAISE 

île l'Éducation des S o u rd s -M u. e 1 1 
3'»° ann6,: — N» 4 Juillet 1887 



CAUSERIE 

L'Abbé Balestra 

SX MISSION EX FRANCE 

(Suite.) 

Le jour où paraissait cet arrêté, l'abbé Balestra recevait la 
lettre suivante : 

« Paris, 13 juin 1879. 

» Monsieur le Directeur, 

» J'ai l'honneur de vous informer, en réponse à votre lettre 
du 31 mai dernier, que je viens d'instituer une Commission 
chargée d'exprimer un avis sur vos procédés d'enseignement des 
sourds-muets par la parole. 

» Cette Commission se réunira mardi prochain, 17 du cou- 
rant, au Ministère de l'Intérieur, rue de Grenelle, à 3 heures, 
pour assister à une leçon que vous donnerez à dix élèves de 
l'Institution nationale, choisis par vous, de concert avec M. le 
directeur de cet établissement, parmi les sourds-muets qui n'ont 
pas encore été exercés à l'articulation. 

Recevez, etc. 

Le Ministre, 
Ch. Le Père. 

Je vous le disais bien; l'arrêté du 13 juin était loin de res- 
sembler au décret de notre trop confiant abbé. Balestra était 
admis à faire « une leçon », une seule ! 

Naturellement, c'était le convier à son propre enterrement. 

Si vous vous figurez le voir abattu et découragé, désabusez- 
vous. Je le revis aussi gai, aussi satisfait, quand il vint me 



— 78 — 

montrer cette convocation, que s'il avait obteni la signature 
de son fameux décret. 

Voici d'ailleurs ce qu'il venait de répondre à M. Le Père : 

<r Paris, 15 juin 1879. 
» Monsieur le Ministre, 

» J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre par 
laquelle vous m'annoncez que vous mettez à ma disposition des 
élèves et une Commission d'examen. C'est une faveur dont je 
tiens à vous exprimer toute ma leconnaissance. La confiance 
que vous avez mise en moi, Monsieur le] Ministre, m'honore 
singulièrement; j'espère ne pas m'en montrer indigne. Ce serait 
une grande satisfaction pour moi, si la séance de mardi pro- 
chain pouvait être le point de départ d'une réorganisation de 
l'enseignement des sourds-muets en France, et si vous aviez la 
gloire de l'avoir inaugurée. 

» Je ne crois pas être présomptueux en affirmant que je vous 
témoignerais ainsi de la meilleure manière le profond respect 
et la vive gratitude avec lesquels j'ai l'honneur d'être, 

Monsieur le Ministre, 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 

L'Abbé Séraphin Balestba. » 

* • 

La séance eut lieu. Il était facile de prévoir ce qu'elle serait : 
une cause de dérangement inutile pour les examinateurs. 

Balestra parla longtemps devant un tableau indiquant l'ordre 
méthodique dans lequel il lui paraissait convenable d'enseiguer 
aux sourds-muets l'émission des divers sons ou articulations ; il 
fit exécuter par les élèves qu'il avait amenés quelques exercices 
gymnastiques, en vue de la mise en action ou du développement 
de l'appareil vocal; il leur fit notamment éteindre pas mal de 
bougies pour leur donner l'idée du mode d'articulation des 
lettres F et P; deux ou trois articulèrent passablement la 
syllabe PA. 

Et je crois bien que ce fut tout. 



— 79 — 

Que pouvait conclure la Commission de cette expérience for- 
cément rapide, nécessairement incomplète ? Rien assurément. 

Elle avoua donc franchement qu'elle n'était nullement éclai- 
rée ; qu'elle ne pouvait pas l'être en quelques heures dans une 
question si grave et si complexe; elle demanda au Ministre 
d'élargir l'expérience, et lui proposa d'adopter la mesure sui- 
vante : 

« Savoir de M. l'abbé Balestra quels seraient la période de 
temps, le nombre et la durée de leçons quotidiennes nécessaires 
pour arriver, avec un groupe d'élèves convenablement choisis 
comme sujets d'expérience, à un résultat appréciable ; si cette 
période de temps doit être courte, mettre dès à présent M. Ba- 
lestra en situation de donner la preuve expérimentale de ses 
assertions. » 

Balestra fut iuterrogé. Prudemment il se contenta de demander 
quinze jours. 

Le 28 juin, le Directeur de l'Institution nationale recevait 
cette lettre : 

« Monsieur le Directeur, 

» Après avoir pris connaissance du rapport qui m'a été adressé 
par la Commission chargée de me donner son avis sur les pro- 
cédés de M. Balestra pour l'enseignement par la parole des 
enfants sourds-muets, j'ai décidé que ce professeur serait admis 
à faire une expérience de ces procédés à l'Institution nationale. 

» En conséquence, je vous prie de mettre à sa disposition, 
pendant quinze jours, les élèves qui composent les classes des 
premières années . . . 
Recevez, etc. 

Le Ministre, 
Ch. Le Père. » 

Voilà Balestra dans la place. On peut être certain qu'il n'en 
sortira pas de si tôt. 
En effet, les quinze jours furent suivis de. . . plusieurs mois. 

Dès le 11 octobre 1879, le ministre décidait « la continua- 
tion de la mission temporaire confiée à M. l'abbé Balestra, et 



— 80 — 

fixait à quatre mois la durée de l'enseignement < jii" il donnerait 
à l'Institution nationale pendant la nouvelle année scolaire. » 

An moment où paraissait cette décision, Balestra se trouvait 
à l'Institut de Rome où, écrivait-il à la date du 26 octobre, 
« la mort toute récente du directeur réclamerait sa présence 
pour quelques jours encore, afin de coopérer à un remplacement 
aussi satisfaisant que possible... » 

Cependant il allait abréger son voyage. « Car, ajoutait-il. le 
succès de ma mission en France est aujourd'hui mon seul objec- 
tif, le but de toutes mes préoccupations ; au point que j'ai, sans 
hésitation aucune, repoussé toutes les instances qui m'ont été 
faites pour me confier la direction de l'Institut romain, désirant 
consacrer toutes mes forces aux sourds muets de la France et à 
leurs zélés professeurs... » 

Il se retrouvait à son poste dans les premiers jours de 
novembre. 

Je pourrais vous dire l'indomptable courage que le vaillant 
apôtre fit éclater dans le cours de son ingrate et lourde mission ; 
je pourrais vous le montrer se consumant en efforts surhumains, 
luttant avec résignation contre des difficultés de toute nature, 
avançant péniblement à travers mille obstacles, se heurtant à 
boutes les résistances, sacrifiant sa santé, souffrant même la 
soif et la faim. 

Balestra était pauvre, je l'ai dit. Et pourtant il ne deman- 
dait rien. C'est gratuitement qu'il offrait son temps, son dé- 
vouement et ses forces. Il fut seulement invité à prendre ses 
repas dans l'Institution nationale, à la table des répétiteurs, ce 
qui lui permettait de consacrer, sans interruption, de pleines 
journées à ses élèves. Il n'était pas question de rétribution 
pécuniaire. Pour l'argent, Balestra nous a fait connaître qu'il 
s'en remettait à la Providence. Mais je crois bien que la divine 
caissière, quelles que soient ses bienveillantes dispositions à 
l'égard des hommes de foi robuste, oublia maintes fois d'ouvrir 
son guichet à notre ami. Etait-ce bien un oubli ? En y réflé- 
chissant, je penche à croire que c'était plutôt ignorance. Oui, 
Balestra était homme à dépister même la Providence ; car il 



— 81 — 

arrivait que les ressources lui manquaient pour faire face à des 
besoins qu'il était impossible de deviner. 

Laissez-moi vous conter un de ces cas vraiment extraordi- 
naires. 

Au cours de son expérience, il demanda à l'administration 
de lui procurer quelques tableaux de lecture et certains objets 
en relief d'une utilité incontestable. Il dut rappeler à diverses 
reprises cette demande. On imputait le retard de la livraison à 
la négligence du libraire. Balestra vint me raconter cet ennui 
qui s'ajoutait à tant d'autres. Il y avait ce jour-là un peu de 
mélancolie sur son visage d'ordinaire si joyeux. J'en fus péni- 
blement frappé, et je ne pus me retenir de toucher un mot du 
souvenir peu flatteur qu'il emporterait den otre reconnais- 
sance. 

Soudain ses traits s'éclairent doucement, toute trace d'amer- 
tume en a disparu, sa gaîté renaît comme par enchantement. 

— De la reconnaissance ? dit-il avec un rire bien franc, mais 
ou m'en accorde ; voyez vous-même, en voici un témoignage 
touchant. 

Et le malheureux tire de sa poche une reconnaissance... du 
Mct-de- Piété ! 

Il venaitd'engager sa montre pourpouvoir acheter quelques-uns 
des objets qu'il attendait depuis trop longtemps I 

Est-ce que la Providence, je vous le demande encore, pouvait 
se douter d'une pareille fantaisie ? 

Mais je sens que je vous fatiguerais, et, d'autre part, je souf- 
frirais moi-même de l'évocation de souvenirs trop pénibles. 
Balestra, vivant, me demanderait le silence. Passons. 



* * 



Nous arrivons à la fin du mois de mars 1880. 

A cette époque, le ministre voulut connaître les résultats 
obtenus dans la classe d'essai confiée à l'abbé Balestra. 

M. l'inspecteur général Claveau fut naturellement désigné 
pour examiner les élèves. Je n'ai pas besoin de dire avec quelle 
con.cience et quelle autorité notre éminent et cher maître rem- 
plit cette délicate mission. J'avais l'honneur de l'accompagner. 



— 82 — 

L'inspection dura plusieurs jours, après lesquels il fut con- 
staté, dans le rapport remis au ministre, que les jeunes sourds- 
muets formés par M. Balestra avaient satisfait d'une manière 
convenable à certaines épreuves déterminées, mais que les résul- 
tats auraient été certainement meilleurs avec une organisation 
moins incomplète. Les enfants à instruire par la parole n'avaient 
pas été isolés de ceux qui étaient instruits au moyen du langage 
des signes; ils n'avaient même pas eu de classe séparée et, en 
dehors des heures de cours, ils avaient été absolument con- 
fondus avec leurs jeunes camarades ; les cours spéciaux de la 
classe d'essai n'avaient eu lieu ni le jeudi ni le dimanche; les 
livres, images et objets divers dont il y aurait eu lieu à se servir 
dès le début avaient manqué jusqu'aux derniers jours. Et ici 
le rapport avait dû constater que « M. Balestra avait prélevé 
sur ses ressources personnelles le prix d'achat de tnbleaux de 
lecture. » 

(A suivre). 

Théophile Denis. 



SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE 

et la correction des vices de prononciation 

D'APRÈS LA MÉTHODE NATURELLE 
(Fin) 



REPONSES A DES QUESTIONS POSÉES 
l re Question. 

Dans quel ordre faut-il enseigner les voyelles 
et les consonnes? 

On peut indifféremment commencer par les unes ou par les 
autres, ou même les enseigner pêle-mêle. 



— 83 — 

Toutefois, partant de cette considération, que les voyelles 
sout les éléments phonétiques dominants de la parole, et que 
ces sons musicaux, nets et pleins, frappent vivement l'oreille et 
l'attention des enfants, tandis que l'appellation des consonnes 
est généralement moins sensible, — nous préférons enseigner 
tout d'abord les voyelles, — et puis leur associer successive- 
ment, une à une, les touches-consonnes, et former ainsi des 
séries de syllabes avec lesquelles nous composons tout de suite 
des mots désignant les noms, les qualités et les actions de per- 
sonnes ou d'objets connus. 

Ainsi, à des exercices d'articulation et de syllabation, — exer- 
cices de pure gymnastique vocale, il est vrai, mais fort utiles 
cependant, — succèdent immédiatement des exercices d'intelli- 
gence auxquels les élèves se livrent avec beaucoup d'entrain. 
Dès lors, plus d'ennui d'une part, ni d'impatience de l'autre. 

Nous enseignons les voyelles et les consonnes dans l'ordre de 
leur classification : les affinités qu'ont entre eux les éléments 
d'un même groupe, rendent les leçons plus faciles et plus profi- 
tables. On peut d'ailleurs commencer renseignement de3 conson- 
nes par un groupe quelconque. 

2 e Question. 

Peut-on, sans connaissance préliminaire 

des éléments phonétiques, 

procéder à l'enseignement de la lecture des mots ? 

Les mots sont des synthèses : peut-on faire une synthèse 
sans éléments, bâtir sans matériaux ? Les élèves doivent donc 
apprendre tout d'abord les éléments phonétiques. 

Les sourds-muets qui n'apprennent pas la parole, repré- 
sentent immédiatement, comme par des images, les objets par 
leurs noms écrits; ils peuvent ensuite décomposer les mots 
écrits, et en reconnaître les éléments ; cependant ils apprennent 
ordinairement tout d'abord les lettres, soit seules, soit simulta- 
nément, avec la dactylologie. 

On pourrait à la rigueur appliquer aux entendants-parlants 
le procédé analytique pratiqué parfois à l'égard des sourds- 



— 84 — 

muets. Le procédé synthétique nous paraît néanmoins préfé- 
rable, parce qu'il est conforme à l'exercice de la parole, qui est 
une série de synthèses phonétiques. 

3 e Question. 

Pourquoi plusieurs tableaux dans une méthode 
de lecture? 

L'enseignement de la lecture serait très-facile, si chaque 
voyelle et chaque consonne étaient toujours représentées par un 
seul et même signe; il suffirait, en effet, ces signes une fois 
connus, de les énoncer à la suite les uns des autres, dans l'ordre 
où ils sont écrits ; alors un seul tableau suffirait aux besoins de 
l'enseignement. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi; il 
arrive, en réalité : 

1° Que des voyelles et des consonnes sont représentées par des 
signes différents ; 

2° Que certains signes changent de valeur, c'est-à-dire cessent 
de représenter les mêmes touches; 

3° Que des signes s'associent, et que leur groupe prend une 
valeur différente de celle de la somme de leurs éléments, etc. 

De ces anomalies, de ce désaccord entré notre système gra- 
phique et notre phonétique, résultent des difficultés plus ou 
moins sérieuses pour l'enseignement de la lecture. 

Pour les atténuer, il devient nécessaire de les répartir en 
divers tableaux; nous en avons établi six, d'après l'ordre de notre 
tableau général des éléments phonétiques de la langue française, 
— ce qui permet ■ en outre à l'instituteur de voir clairement 
l'ensemble de sa route, — la partie parcourue, et celle qui reste 
à parcourir. (Voir le tableau général et les nota qui suivent.) 

4 e Question. 

Dans la pratique de la méthode naturelle de lecture, 

on fait écrire les élèves sans exercices préalables 

sur les éléments et les principes calligraphiques ; 

n'est-ce pas un inconvénient ? 

Ne vous préoccupez pas des principes d'écriture : l'écriture. 



— 85 — 

en tant que mécanisme, est an art d'imitation. Peignez toujours 
bien, et vos élèves reproduiront à peu près exactement votre 
écriture. Toutefois, corrigez las défauts d'exécution. Au reste, 
rien ne s'oppose à ce que, en dehors des leçons de lecture, vous 
soumettiez vos élèves aux exercices ordinaires d'écriture. 



5 e Question. 

Il est vrai que par la méthode naturelle, 

les élèves apprennent rapidement à lire; mais cette 

rapidité n'est-elle pas une cause de retard 

pour l'acquisition de l'orthographe ? 

Non, et au contraire, les progrès en orthographe sont très 
rapides. Par la méthode naturelle, les élèves apprennent, dès les 
premières leçons, à représenter chaque son et chaque articula- 
tion par le signe qui leur est affecté : l'élément phonétique et 
l'élément graphique s'unissent intimement dans la mémoire des 
enfants; l'un appelle nécessairement l'autre. L'analyse phoné- 
tique dont ils font un continuel usage leur fait connaître immé- 
diatement la nature et le nombre des éléments des syllabes et 
des mots. Les élèves écrivent donc fort correctement les mots 
dont l'orthographe est conforme à la prononciation. 

Quant aux exceptions, c'est-à-dire aux cas où la phonétique 
et le système graphique cessent d'être d'accord, il est évident 
que les enfants ne peuvent les apprendre que par l'usage et l'en- 
seignement progressif des règles de la grammaire. Mais la faci- 
lité avec laquelle ils écrivent déjà les mot6 réguliers leur permet 
de porter une attention plus grande sur les exceptions, ce qui 
hâte la connaissance de ces exceptions. 

Ii. Jullian, 

Ancien directeur d l'École normale de Montpellier 



86 — 



NOTICES 
sut les Institutions françaises de Sourds- Muets 

INSTITUTION NATIONALE DE CHAMBERY 

(FILLES) 

Dirigée par M. Baudard 

et les Religieuses du Sacré-Cœur 



En 1840. M llc Barthélémy, aidée de sa servante, instruisait 
au Puy quelques enfants sourds-muets. 

M. le baron de Saint-Sulpice, de Chambéry, l'engagea à 
s'établir en Savoie, où son zèle trouverait largement à s'exercer. 
Elle y vint, en effet, avec sa servante Sophie ; mais au bout 
d'un an, étant tombée dangereusement malade, elle voulut 
assurer la continuation de son œuvre. La ville (je crois) offrit 
la propriété de Corinthe, près Chambéry, aux sourds-muets, et 
les sourdes-muettes furent confiées aux soins des religieuses du 
Sacré-Cœur, où les accompagna la dévouée servante Sophie qui 
prit l'habit religieux peu après. 

Une vingtaine de sourdes-muettes se trouvèrent ainsi réunies 
dans le vaste local du Sacré-Cœur; mais' la plupart de ces 
enfants étaient âgées et idiotes, et l'Institution présentait plutôt 
l'aspect d'un asile que d'une école. 

Instruites d'abord par la mimique et l'écriture, cette dernière 
devint peu à peu dans les classes le mode presque exclusif d'en- 
seignement, expliquant un nouveau mot écrit par d'autres déjà 



— 87 — 

connus, ce qui facilita beaucoup le passage à la méthode orale 
pure. 

C'est en 1880, après le Congrès de Milan, qu'on adopta 
entièrement cette méthode qui continue à donner des résultats 
bien consolants. 

Pour mieux connaître les difficultés et les .moyens, deux de 
nos religieuses allèrent à l'Institution nationale de Bordeaux en 
mars 1881. Nous reconnaissons avoir beaucoup appris dans 
cette Institution vraiment modèle. Un second voyage à Milan 
fut effectué en 1882. Là les conseils expérimentés de l'éminent 
directeur de l'Institution des sourds-muets pauvres, M. l'abbé 
Tarra, et le fonctionnement parfait des classes, nous encoura- 
gèrent toujours plus à poursuivre notre tâche. 

Chacune de nos quatre classes, confiée à un professeur parti- 
culier, contient une dizaine d'élèves. Tous les jours un profes- 
seur de dessin leur donne une leçon, et plusieurs y réussissent 
bien. Quatre autres maîtresses s'occupent des différents travaux 
manuels, et nos enfants, au sortir de l'Institution, sont à même 
d'aider leur famille et de gagner leur vie. Plusieurs sont placées 
dans les fabriques de soie où elles sont reçues avec satisfaction. 

E. Tonti. 



NOS ARTISTES 



Le jury du Salon de 1887 a accordé des récompenses à un de 
nos artistes sourds-muets. 

M. Armand Berton, auteur de Brumaire, a obtenu une 
médaille de 2 e classe. C'est, après la médaille d'honneur, la plus 
haute récompense qui ait été décernée dans la section de pein- 
ture. Il n'y a pas eu, cette année, de médaille de l re classe. 

Nous devons à l'obligeance de l'éditeur du catalogue illustré 



— 88 — 

du Salon le plaisir de pouvoir offrir à nos lecteurs une repro- 
duction de la belle statue en bronze du docteur Broca. par 
M. Paul Choppin. 




STATUE EN BRONZE DU D r BROCA 
Œuvre de Paul Choppin, sourd-muet 



(Gravure extraite du Salon illustré, L. Baschet éditeur Bd. S'-Germain) 



— 89 — 

DU ROLE DE LA STÉNOGRAPHIE DANS L'ÉCOLE 

{Fin.) 



Les derniers exercices que nous avons indiqués constituent, 
à vrai dire, une dictée, mais une dictée dont on a déjà eu sous 
les yeux le corrigé, et dont l'exacte reproduction est par consé- 
quent rendue plus facile. Il faut faire un pas de plus et demander 
aux élèves de prouver qu'ils ont profité des observations dis- 
persées faites par eux sur l'orthographe des mots en écrivant 
correctement une dictée dont le texte dans son ensemble est 
nouveau pour eux. 

Si la dictée doit, en principe, être faite oralement, afin que 
les élèves s'habituent à suivFe la parole, à observer la pronon- 
ciation des mots, et aussi les inflexions variées que la voix doit 
prendre suivant la nature des pensées à exprimer pour repro- 
duire à leur tour ces diverses conditions de la parole, on con- 
çoit cependant que dans certaines circonstances cette dictée 
orale puisse être difficile ou avoir des inconvénients. Dans les 
écoles rurales, par exemple, où un seul maître est chargé de 
diriger des élèves de tous les degrés, la dictée faite à l'une des 
divisions rend malaisé aux autres, placés dans la même salle, 
de se livrer à un travail qui demande un effort d'attention. 
D'un autre côté, l'usage si fréquent que le maître doit faire de 
la parole pour les explications de toutes sortes à donner à ses 
élèves, est une cause considérable de fatigue pour l'organe de 
la voix, et trop souvent des maîtres sont arrêtés dans leur 



[1) Voir 
n° 2, p. 36 



Ri vue française, 2* année, n° 6, p. 124, n° 10, p. 223 et 3« aunée 



— 90 — 

carrière- par des affections du larynx. 11 est donc tout naturel 
que, pour éviter de s'exposer à des accidents qui, pour n'être 
pas toujours aussi graves, n'en ont pas moins, même atténué, des 
inconvénients ; ils cherchent à diminuer les causes de fatigue de 
l'organe vocal en n'employant pas la parole dans les exercices où 
la parole n'est pas indispensable. 

La sténographie viendra porter remède à ces deux inconvé- 
nients. C'est un résultat semblable à celui qu'on pourrait 
obtenir à l'aide de la phonomimie qui est une sorte de sténo- 
graphie gesticulée, ainsi que le dit M. l'inspecteur général 
Brouard dans l'article qu'il a consacré à ce sujet dans le Dic- 
tionnaire pédagogique publié sous la direction de l'éminent direc- 
teur général de l'enseignement primaire, M. Buisson. Nous 
avons connu des instituteurs qui ont pu n'être pas forcés d'in- 
terrompre pendant plusieurs semaines leur enseignement par la 
gêne que leur causait une bronchite prolongée, grâce à ces deux 
moyens qui leur permettaient de s'adresser à leurs élèves, tout 
en ménageant l'organe endolori. 

La diclée tracée au tableau noir à l'aide des signes sténogra- 
phiques sera exactement l'équivalent de la parole sans le bruit 
de la voix. La fatigue sera ainsi épargnée au maître ; son temps 
pourra même être économisé s'il veut charger de ce travail pré- 
paratoire un de ses élèves les plus avancés qui fera ainsi lui- 
même un exercice utile pour se perfectionner dans l'écriture sté- 
nographique. D'un autre côté, pendant la traduction silencieuse 
du texte par les élèves d'une division, les élèves qui n'auront 
pas à prendre part à cetexercice ne seront pas troublés par des 
paroles étrangères au devoir qu'ils exécutent. Plusieurs divisions 
pourraient avoir simultanément des dictées différentes et appro- 
priées à leur force sur des tableaux disposés en divers points de 
la salle, sans qu'aucune gêne résultât de cette simultanéité pour 
l'une ou l'autre. Ce mode de procéder a d'autres avantages 
encore. Ainsi, chaque élève peut plus aisément réfléchir sur les 
mots qu'il a à écrire et, suivant ses hésitations, s'arrêter plutôt 
à un point qu'à un autre sans être pressé par la parole du 
maître qu'il faudrait suivre sous peine d'être distancé. Une 
réflexion faite de prime abord évitera plus sûrement une faute 
que si l'on s'en fiait uniquement, pour la correction, à une 



— 91 — 

seconde lecture qui, dans sa rapidité, risque de laisser échapper 
des erreurs. Les exercices préliminaires de décomposition des 
mots faits antérieurement à l'aide de la sténograghie auront dû 
laisser dans l'esprit des enfants la trace plus vive des anoma- 
lies rencontrées, des formes exceptionnelles observées, et les 
monogrammes sténographiques seront de nature à en rappeler 
le souvenir, par conséquent à diminuer les chances d'erreur. 
Enfin, la dictée donnée sous cette forme aura l'avantage d'être 
aussi facilement accessible aux élèves sourds-muets qu'aux 
entendants. Le texte des dictées pourra être donné sous une 
autre forme par le maître si celui-ci a à sa disposition un de 
ces procédés de reproduction qui se vulgarisent de plus en plus, 
et qui lui permettront de tirer un certain nombre d'exemplaires 
d'un texte sfcénographique à remettre à chaque élève. 

Dans les exercices de rédaction, la sténographie interviendra 
encore utilement. Le maître, après les développements qu'il 
aura jugé utile de donner pourra dicter le thème que les élèves 
auront à amplifiera leur tour, ou ce seront les élèves eux-mêmes 
qui prendront des notes à leur gré et qui, dans ce travail pré- 
paratoire, devront s'habituer à saisir et à noter les idées essen- 
tielles. 

Le brouillon d'un devoir pourra être fait avec avantage en 
caractères sténographiques ; car, outre le temps que la brièveté 
de l'écriture permettra de gagner, il n'y aura pas à craindre que 
l'écriture trop rapide du brouillon contribue à déformer l'écri- 
ture usuelle, et celle-ci ne s'appliquant qu'à la mise au net 
pourra conserver plus aisément sa forme correcte. 

La sténographie permettra au maître qui aurait des élèves 
sourds-muets dans sa classe de leur donner en peu de temps 
des textes de devoirs qui seront à la fois des exercices d'ortho- 
graphe et des exercices de rédaction, soit qu'il se borne adonner 
des fragments de phrases que les élèves devront compléter, soit 
qu'il pose des questions auxquelles ils devront donner la réponse 
convenable après les avoir traduites en écriture usuelle. 

Enfin une autre application pourra être donnée à la sténo- 
graphie, si ce n'est à l'école primaire, au moins à l'école pri- 
maire supérieure, pour les élèves qui apprenneiu une langue 
étrangère, particulièrement l'anglais. Les nombreuses irrégu- 



— 92 - 

larités de prononciation qui se présentent dans cette langue, 
et les difficultés que, par suite, on éprouve à lire convenable- 
ment ses mots écrits, ont fait imaginer bien des moyens d'in- 
diquer cette prononciation pour les commençants. Il y a de 
réels inconvénients à la figurer à l'aide des lettres usuelles, 
parce qu'on présente ainsi le même mot sous deux formes, dont 
l'une est inexacte et peut être retenue de préférence à l'autre, 
ou tout au moins jeter une certaine hésitation dans la mémoire. 
Les chiffres mis au-dessus des lettres sont un moyen mnémo- 
nique imparfait, et qui ne présente pas le mot dans son 
ensemble. Au contraire, si l'on peint la prononciation du mot 
à l'aide de caractères sténographiques, on a en face de soi un 
mot complet qui peut se lire couramment sans erreur, et qui 
ne risque pas de laisser dans l'œil la figure d'un mot mal ortho- 
graphié, les signes employés étant tout différents de ceux de 
l'écriture usuelle. 

Les applications dont nous avons parlé jusqu'à présent ne 
nécessitent pas une grande rapidité dans l'emploi des signes 
orthographiques. Pourvu que la sténographie arrivât à être 
tracée un peu plus vite, et même aussi vite seulement que 
l'écriture usuelle, son introduction à l'école aurait sa raison 
d'être. Mais, apprise ainsi dès le jeuue âge, elle peut devenir si 
familière aux enfants que ceux-ci dépassent de beaucoup, en 
l'écrivant, la rapidité de l'écriture visuelle, sans cependant y 
avoir consacré un temps exagéré. Alors, après eu avoir tiré à 
l'école les diverses utilités que nous venons de dire, ils pour- 
ront sortir de l'école, prendre des notes plus complètes aux 
cours qu'ils voudraient suivre pour se perfectionner dans l'exer- 
cice de la profession embrassée ou pour cultiver leur esprit. Ils 
lui trouveront même dans la carrière commerciale un emploi 
qui, fort répandu dans certains pays étrangers, commence à 
s'introduire en France, et qui consiste à écrire, sous la dictée 
des chefs de grandes maisons industrielles ou commerciales qui 
veulent économiser leur temps, le texte de leur correspondance 
pour la transcrire ensuite. 

On s'effraye trop souvent des difficultés qu'on croit rencontrer 
dans l'étude de la sténographie ; mais c'est à tort. Si certains 
systèmes no sont, à raison de leur complication, accessibles 



— 93 — 

qu'à des adultes ou à des adolescents, il en est d'autres, tel celui 
que nous avons exposé ici, qui, par leur simplicité, sont à la 
portée des plus jeunes enfants, et peuvent leur être enseignés 
en même temps que l'écriture usuelle. Ces systèmes, dans leur 
forme élémentaire, ne nécessitent que la connaissance de l'al- 
phabet et les règles peu nombreuses de liaison des signes. Si 
plus tard on veut en tirer les utilités que permet seulement une 
extrême rapidité, ils sont susceptibles d'abréviations rationnelles 
qui s'y adaptent parfaitement sans être en contradiction avec 
les éléments. 

Tout en constatant avec satisfaction les progrès déjà réalisés 
sous ce rapport, nous croyons que les applications scolaires de 
la sténographie mériteraient qu'elle se répandit plus encore 
qu'elle ne l'est dans les établissements d'instruction consacrés 
à l'enfance et à la jeunesse. 

E. Grosselin. 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



FRANCE 



Les Conseils généraux et les Institutions de Sourds- 
Muets, par M. Théophile Denis. — Ministère de l'intérieur. Revue 
générale d'administration (juin 1887). Paris, Berger-Levrault et 
C j e, libraires-éditeurs, 5, rue des Beaux-Arts. 

Le travail que M. Théophile Denis vient de publier," sous le 
titre ci-dessus, dans la Revue générale d'administration, a une 
étendue trop considérable pour qu'il soit possible à la Revue 
française de le reproduire. 

Nous devons donc nous borner à le signaler à l'attention de 
ceux de nos lecteurs qui désireraient connaître la mesure exacte 



— M — 

de l'intérêt que les Conseils généraux témoignent aux sourds- 
muets de leurs départements respectifs. 

Toutefois nous croyons utile d'emprunter à cette étude le 
tableau suivant, où sont relevées les subventions allouées par les 
assemblées départementales pour l'entretien de boursiers dans 
les institutions spéciales. 

Budget départemental.— Exercice 1887.— Sous-chapitre VU 
(Assistance publique 1 . 

CRÉDIT VOTÉ POUR L'ENTRETIEN DE SOURDS-MUETS DAN3 LES ÉCOLES 

SPÉCIALES 



FR. C. 

Ain 4,940 » 

Aisne 21,609 » 

Allier 9,900 » 

Alpes (Basse») 250 » 

Alpes (Hautes) 3,000 » 

Alpes - Maritimes .. . 5,200 » 

Ardèche 2,387 50 

Ardennes 6,300 » 

Ariège 2,125 » 

Aube 2,250 » 

Aude 11,283 » 

Aveyron 13,976 ï 

Bouches-du-Rhône.. 14,300 » 

Calvados 400 » 

Cantal 7,100 » 

Charente 8,400 » 

Charente-Inférieure. 6,266 J> 

Cher 6,075 » 

Corrèzc 6,00d » 

Corso 1,950 » 

Côte-d'Or 4,325 » 

Côtes-du-Nord 26^31© » 

Creuse 2,600 » 

Dordogne 6,210 » 

Doubs 20,300 » 

Drôme 3,500 » 

Eure 2,762 50 

Eure- et-Loir 6,1 50 » 



m. c. 

Finistère 10.500 » 

Gard 4,000 » 

Garonne (Haute-)... 11,900 » 

Gers 3,150 » 

Gironde 4,401 25 

Hérault 10,000 » 

Ille-et- Vilaine 1 1 ,900 » 

Indre 4,000 » 

Indre-et-Loire 4,400 » 

Isère 8,400 » 

Jura , . 8,415 » 

Landes... 1,600 » 

Loir-et-Cher 7,150 » 

Loire 11,700 » 

Loire (Haute-) 7,050 » 

Loire-Inférieure 33,710 » 

Loiret 19,351 » 

Lot 7,600 * 

Lot-et-Garonne 6,000 » 

Lozère 1 ,475 » 

Maine-et-Loire 17,000 » 

Manche 6,300 » 

Marne 10,900 » 

Marne (Haute) 7,175 » 

Mayenne 12,250 « 

Meurthe-et-Moselle.. 6,500 » 

Meuse 3,000 » 

Morbihan 13,200 <• 



Nièvre 

Nord.... 

Oise 

Orne 

Pas-de-Calais 

Puy-de-Dôme 

Pyrénées (Basses-) . . 
Pyrénées (Hautes-) . 
Pyrénées Orientales. 

Rhin (Haut-) 

Rhône • 

Saône (Haute-) 

Saône-et-Loire 

Sartlie 

Savoie 

Savoie (Haute-) .... 



— 95 — 

FB. C. Fil. C 

5,000 » Seine 80,000 » 

40,200 « Seine-Inférieure. .. 18,300 » 

14,775 » Seine-et-Marne 15,500 » 

7,000 » Seine-et-Oise 7,000 » 

13,750 » Sèvres (Deux-) G,068 75 

19,000 » Somme 21,625 » 

3,300 » Tarn 8,000 » 

4,250 » Tarn-et-Garonne 3 800 » 

1,000 » Var 7,000 » 

3,200 » Vaucluse 4,287 50 

17,500 » Vendée 13,600 » 

10 600 » Vienne 13,900 » 

6,020 » Vienne (Haute-) .... 6,200 » 

11,350 » Vosges 7,000 » 

6,000 » Yonne.... 5,570 » 

3,000 » 



A lu suite de ce tableau, M. Théophile Denis présente, par 
département, une analyse avec commentaires de toutes les dis- 
cussions auxquelles ont pu donner lieu les votes des crédits 
affectçs, en 1887, à l'entretien des sourds-muets dans les éta- 
blissements de bienfaisance spéci dément consacrés à leur édu- 
cation et à leur instruction. 



B. Dubois. — Résumé général des travaux de la Société 
universelle pendant l'année 1886 et compte-rendu du 
banquet du 28 Novembre dernier, à l'occasion du 174 e 
anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Épée. In 8, 
16 p. Paris 1887. 

Nous avons déjà donné à nos lecteurs le compte-rendu de la 
réunion si intéressante du mois de Novembre dernier et le dis- 
cours prononcé à cette occasion par notre excellent collaborateur 
et ami M. Denis, nous nous contentons d'extraire du compte- 
rendu officiel les deux documents suivants : 

Inscriptions des plaques commémoratives qui seront placées 
à Paris, rue Thérèse, 23, par les soins du Comité des inscriptions 
historiques de la Ville de Paris. 



— 96 



!'-• PLAQUE 



<( L'abbé de VÉpêe Vinstituteur des sourds-muets, ouvrit son 
« école en 1760, et mourut entouré de ses élèves, le 23 décembre 
« 1789, dans une maison de la rue des Moulins, aujourd'hui dè- 
« molie. » 

2-> PLAQUE 

« Le nom de Va~bbé de VÈpèe, le premier fondateur de cet éta- 
« blissement, sera placé au premier rang de tous les citoyens qui 
« ont le mieux mérité de Vhwnanité et de la patrie. t> 

[Loi des 21 et 29 Juillet 1791). 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Statistique — Rectification. — 11 s'est glissé dans la 
statistique des institutions françaises de sourds-muets publiée 
dans notre dernier numéro quelques erreurs que nous nous 
empressons de rectifier. 

L'Institution Nationale des Sourdes-Muettes de Bordeaux 
compte actuellement 204 élèves avec 22 dames professeurs. La 
durée des cours d'études y a été portée d'une manière définitive, 
à 8 années, par décision ministérielle du 18 Juin 188G. 

L'Institution des Sourds- Muets de Gap a aujourd'hui 25 
élèves (7 garçons et 18 petites filles). Ce renseignement nous 
est parvenu trop tard. 

Ces diverses rectifications portent le chiffre des enfants sourds- 



— 97 — 

muets instruits dans les écoles spéciales à 3730 élèves au lieu 
de 3719. 



• » 



Institution de Lille. — Le samedi 18 juin, à 8 heures du 
soir, a eu lieu, à la Salle du Conservatoire de Lille, la séance 
annuelle donnée par les élèves aveugles et sourds-mnéfcs de 
l'Institution de Ronchin. 

C'était la première fois que les sourds-muets figuraient au 
programme de cette solennité. La salle était comble. La pré- 
fecture, la mairie et le lycée é' aient représentés par un grand 
nombre de fonctionnaires et de professeurs. Tous les journaux 
de Lille font le plus grand éloge des exercices d'articulation que 
le public a suivis avec le plus vif intérêt, et auxquels il applau- 
dissait avec enthousiasme. « Les résultats obtenus sont merveil- 
leux, dit Le Nouvelliste. Ces pauvres enfants sont depuis sept 
ans dans l'Institution. Que de travaux ont dû accomplir pen- 
dant ce temps les professeurs qui se sont dévoués à cette 
œuvre.... Les exercices ont été très concluants et ont émerveillé 
toute l'assistance. » — « L'abondance des matières, dit le 
Petit Nord, ne nous permet pas de nous étendre sur cette tou- 
chante soirée ; mais nous serons heureux d'y revenir. Le meilleur 
éloge que nous puissions en faire aujourd'hui, c'est que, malgré 
la chaleur intense, aucun spectateur n'a déserté avant la fin. » 

Nous ne saurions trop engager toutes les Institutions à suivre 
l'exemple de Ronchin. Il y a tout intérêt à ce que le public et 
les autorités, dont l'ignorance en cette matière spéciale est si 
difficile à déraciner, soient mis à même de constater les résul- 
tats obtenus par la méthode orale. Les membres des assemblées 
départementales et municipales, notamment, connaîtront ainsi 
le bou emploi des subventions et, mieux éclairés, ils seront 
naturellement portés à les augmenter suivant les besoins. 



* 

* 



— 98 — 

Société pour l'instruction et la protection des sourds- 
muets. — La Société pour l'enseignement simultané des sourds- 
muets et des enteadants-parlant's a tenu sa vingtième assemblée 
générale le 15 mai dernier, dans le grand amphithéâtre de la 
Sorbonne, sons la présidence de M. Journault, sénateur. 

Le rapport présenté par M. E. Grosselin, résumant l'œuvre 
de la Société dans le passé, a rappelé qu'elle s'était depuis sa 
fondation occupée de l'instruction de plus de 800 sourds-muets 
en fournissant aux instituteurs et institutrices des localités où 
ils se trouvaient les publications et les conseils destinés à faci- 
liter leur tâche, en accordant aux familles des subventions des- 
tinées à encourager l'assiduité des enfants ou à leur procurer les 
vêtements nécessaires pour aller en classe. 

Des exercices d'articulation et de lecture sur les lèvres, ainsi 
que des exercices oraux ou écrits de phraséologie et de rédaction 
ont été faits par les élèves sourds-muets de diverses écoles de 
Paris ou des environs. 

On a ensuite procédé à la distribution des récompenses hono- 
rifiques décernées aux maîtres pour le concours donné par eux 
à l'œuvre de la Société et à celle des prix aux élèves sourds- 
muets pour leur travail et aux élèves entendants pour leur par- 
ticipation à l'easeignement des sourds-muets. 



* 
* 



Distinction honorifique. — Nous lisons dans l'Eclair de 
Liège du 19 Juillet dernier. 

« M. Piot (frère Cyrille), professeur à l'Institut royal des 
« sourds-muets et des aveugles, à Woluve- Saint-Lambert lés 
« Bruxelles est nommé Chevalier de l'Ordre de Léopold. » 

Le frère Cyrille était le sympathique secrétaire général du 
Congrès de Bruxelles, il a rendu populaires en France et en 
Belgique, en les traduisant, les savants traités de Hill sur 
l'articulation. 

Nous envoyons toutes nos félicitations à notre savant confrère. 

Ad. B. 



— 99 — 

Les déshérités de la parole. Conférence donnée le 27 
Mars 1887, au Cercle Polyglotte, de Liège. — Nous trouvons 
dans V Eclair de Luge du 19 Juin dernier le texte de cette confé-. 
rence donnée par M. Eldè (?) Comme conclusion de sa causerie, 
le conférencier réclamait des assistants le concours de leur 
charité en faveur du musée scolaire de l'Institut de Liège, le 
but était louable et nous ne pouvons que féliciter l'orateur de 
s'intéresser à un institut aussi utile ; Mais où nous ne sommes 
plus d'accord avec lui, c'est lorsque pour intéresser ses auditeurs 
en faveur d'une école où règne la méthode orale pure, il fait le 
tableau suivant de cette méthode. 

« Depuis le deuxième Congrès international tenu à Milan, 
« en 1880, on s'escrime à faire parler les sourds-muets. Dans 
c certains établissements d'Allemagne et de Belgique, on leur 
« lie les mains derrière le dos, on les parque afin de les contrain- 
« dre a mâchonner continuellement des mots qu'ils n'entendent 
« pas et qui se refusent même à sortir de leur bouche. Ces moyens 
« ajoutés aux privations de nourriture, inscrits dans les règle- 
« ments et aux cachots qui existent dans certaines école? étran- 
« gères, sont une des preuves les plus palpables que la méthode 
« d'instruction est mauvaise et va à l'encontre des lois les plus 
« élémentaires de la nature même du sourd-muet. Les instituts 
« où semblables choses se passent, ne sont à vrai dire que des 
« établissements d'instruction et d'éducation du moyen âge. 

« Ce n'est pas tout. 

« Les partisans de l'articulation exclusive — qui, chose digne 
« de remarque, ne possèdent que des notions vagues et théori- 
« ques du génie et de l'heureuse influence de la mimique — 
« recourent à des pratiques nuisibles à la santé d'enfants aux 
« organes affaiblis par l'isolement, l'infirmité ou la misère. » 

Nous n'avons jamais vu employer ces procédés dans aucun 
établissement et nous sommes persuadé que l'auteur de cette 
conférence n'a pu établir son dire que sur des rapports erronés 
qu'il s'empresserait de rectifier s'il visitait les établissements 
français, ceux de son pays et des Pays-Bas. 

Ad. B, 



— 100 — 
On lit dans la plupart des journaux parisiens : 

« Une des dernières séances du conseil de revision du dépar- 
« tement de la Seine a été marquée par un incident assez 
« curieux. 

« A l'appel du nom d'un des conscrits, le président du conseil 
« a vu s'avancer un grand jeune homme qui lui a dit : — Je 
« crois qu'il est inutile de me soumettre à la visite, monsieur 
« le président, je ne puis pas être soldat. — Pour quel motif. 
« quel est donc le cas d'exemption que vous invoquez? — Parce 
<c que, monsieur le président, je suis sourd-muet. — Commsnt ? 
« vous êtes sourd-muet ; vous avez répondu à l'appel de votre 
« nom et maintenant vous soutenez une conversation avec moi. 
« Est-ce possible ? — C'est uniquement au mouvement de vos 
« lèvres, quand vous me parlez, que je vous comprends, moll- 
it sieur le président ; mais je suis complètement sourd. 

« Il a été reconnu, en effet, que ce jeune conscrit est un 
« sourd-muet qui a appris à parler par l'emploi d'une méthode 
« vulgarisée depuis quelques années. 

Nous savons qu'un fait semblable s'est passé cette année pour 
un élève de l'institution Nationale de Paris ; d'ailleurs c'est 
peut être de lui dont il s'agit. 



* 
* * 



Nous prions nos confrères qui auraient quelques renseigne- 
ments à nous donner sur leur institution de vouloir bien nous 
les faire parvenir pour le 20 de chaque mois au plus tard. 



# 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à 
l'éducation des sourds -muets, dont deux exemplaires 
auront été envoyés au journal. 



PARIB JmP. f JZLLUARD, 212, RUE ^Al N T-J A C f^ 



Librairie Paul RITTI, 21, rue de Vaugiranl, Pans 



TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AM ÉLIO R ATI 

BU SORT DES SOURDS-UUET3 (Congrès de Paris) 
Comptes - rendus nnsilytiques des séances 



Un volume, grand in-8 Prix . 4 fr. 

{Envoi franco par la poste) 

LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

par J. Hugentotoler 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 
INTERNATIONALE 

3E L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT 

V e année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

I.KLR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

par le Dr J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. 1 fr. 50 



Librairie Paul RITTI 
21 , me de Vaugirard, Paris 



Ad. Bélanger. — Historique des méthodes à l'insti 
tution nationale de Paris, 1883 {épuisé) 

D r Peyron et Ad. Bélanger. — Catalogue de la Biblio- 
thèque de l'Institution nationale des sourds-muets 
de Paris, l re partie, 1883 {épuisé) 

D r Ladreit de Lacharriére et Ad. Bélanger. — Troi- 
sième Congrès national pour l'amélioration du 
sort des sourds - muets (Congrès de Paris 1885) 
Compte-rendu Prix 4 fr. 

Ad. Bélanger. — Etude bibliographique et iconogra- 
phique sur l'Abbé del'Epée, 1886. 

Edition sur papier du Japon Prix 10 fr. 

— — de Hollande ... — 5 — 

Ad. Bélanger. — Revue bibliographique internationale 
de l'éducation des sourds-muets. 
l re année Prix 4 fr. 

Ad. Bélanger. — Revue Française de l'éducation des 
sourds-muets. 

2 me année, in-8., 288 p Prix i) fr. 

Parii. — liup. rclliianl im- -.nu t-J.iojiii-s, Jli. 




i 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Iiiléricur 



KEVUE FRANÇAISE 

DE j/ÉDUCATION 

des 

SOURDS-MUET 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cel enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOLS LA DI1IECTION DE 

A. BÉLANGER 

Fiofesseur h l' Institution nntioimle des Sourds-Muets «le Paris. 
Membre de la Société des Etudes historiques 




Troisième Année. 



N° 5. 



1 er Août 1887. 



SOMMAIRE. — Causerie, Théophile Denis. L'abbé Balestra, sa mission en Fiance 
(Fin). — Société centrale d'éducation et d'assistance pour les sourds-muets en 
France. Roy. Discours. — D r Ladreit de Lacharrière, Compte-rendu 
de la situation de l'œuvre en 188G. — Nus artistes. Ad. B. — Félix Martin 
Statue de l'abbé de l'Epée. — Notices sur les Institutions Françaises de 
Sourds-Muets. M. B. L'Institution nationale de Chambéry. — D r C. Renz. 
Une lettre de l'impératrice Marie de liussie à l'abbé Sicard. — Informations cl 
Avis divers. In titutions de Paiis, Bourg-Ia-lleinc, Besançon, etc. 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Va ujji vu rci 
l 887- I 8SS 



-G^*H 



►RhWAUX COLLABORATEURS DH LA REYliK FRANÇAISE 



MM. 

Alard. professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Pari». 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Cliambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Mui;ls de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
ions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau ;0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 
Denis, Homme de Lettres. 
Dubranle, censeur des études de l'InstL 

tulion nationale des Sourds-Muets de Paris. 
Dupont, professeur à l'Institution nationale 

des Sourds-Muets de Paris. 



MM . 
Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution des 
Sourds-Muets de Berchcm-Saintc-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.}, professeur. 

Hugentobler. J. direeleurde l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Boulogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeur. 

Pustienne, receveur-économe à l'insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Uor- 
deaux. 

Battel iD r> , médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paiis. 

Rohart M' Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des étiuk- 
de l'Institution nationale des Sourds-Muet^ 
de Pans. 



M. le D 1 ' Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 
M. C. Benz, Conseiller royal, Stuttgart (Wurtemberg). 
M 110 Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlanls, à Stockholm. 
M. Van-Praagh, directeur de l' Association for the oral instruction of the Deaf and 
Dumb. Londres. 



La Revue française de T 'Éducation des sovrds-muels paraît le premier 
de chaque mois, depuis le 1 er avril 188G, dans le format de la Revue 
Bibliographique. 

Abonnement, pour la France, un an 9 fr. 

— pour l'étranger, un an 10 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des S o u r d s -M u. <rt s 

3"" aniuv. — N« 5 Août 1887 



CAUSERIE 

L'Abbé Balestra 

SA MISSION EN FRANCE 



Fin (1) 

Bref, on pouvait dire que le cours s'ouvrait à peine ; et, pour 
que l'essai ne restât pas sans valeur aucune, il était indispensable 
d'adopter certaines mesures. Il convenait tout d'abord d'auto- 
riser M. Balestra, s'il y consentait, à poursuivre son enseigne- 
ment pendant quelques mois encore, et l'on indiquait ensuite 
dans quelles conditions devrait avoir lieu ce complément 
d'expérience. 

Le Ministre adopta les conclusions du rapport et donna des 
ordres formels pour que le cours d'articulation fût continué avec 
toutes les garanties qui pouvaient en assurer le succès. 



* 
* * 



Cette nouvelle prolongation de l'expérience était-elle bien 
utile ? 

Je ne le crois pas. Bappelons-nous, en effet, quelques dates. 

C'est au mois de juin 1879 que Balestra avait été autorisé à 
faire ses premières démonstrations. 

Or, le 26 juillet suivant, — seulement un mois après, — 



(I) Voir Rtvue française, 3 e année, n° 1, 2 et i. 



— 102 - 

le Ministre de l'Intérieur décidait que des fonctionnaires de son 
administration iraient étudier, dans les institutions les pins im- 
portantes des. pays étrangers, l'application de l'enseignement de 
la parole aux sourds-muets, et lui rendraient compte des résul- 
tats qu'ils auraient constatés. 

Le 22 août, la mission était de retour, après avoir visité une 
quinzaine des principaux établissements de la Belgique, de la 
Hollande, de l'Allemagne et de la Suisse, et un premier rapport 
de M. Claveau concluait à l'adoption de la méthode orale, 

Quelques jours après, M me la supérieure et une institutrice 
de l'Institution nationale de Bordeaux recevaient du Ministre 
des instructions qui leur prescrivaient «de se rendre, avec 
M. Claveau, dans quelques-unes des écoles étrangères qui 
avaient plus particulièrement retenu l'attention des délégués de 
l'administration. 

Après une étude à laquelle elles étaient préparées de longue 
date par une pratique qui avait déjà produit à l'Institution de 
Bordeaux des résultats très remarquables, .ces dames rentraient 
en France et recevaient immédiatement du Ministre l'ordre 
d'avoir à instruire par la méthode orale toutes les élèves, sans 
exception, qui, à la rentrée prochaine des classes, allaient com- 
poser le cours de première année. 

Donc, dès le mois d'octobre 1879. r— au milieu de la mission 
Balestra. — la méthode orale pure était officiellement introduite 
dans- les Institutions de l'Etat, et l'établissement de Bordeaux 
était le premier appelé à appliquer cette décision. 

Conséquemment, à ce moment, la mission de l'abbé Balestra 
avait réellement pris fin, et l'infatigable défenseur de l'articu- 
lation pouvait se retirer eu emportant la conviction que le 
triomphe de la cause qu'il servait avec tant d'ardeur était défi- 
n i ti vement -assuré . 

Aussi bieii n'est-ce point diminuer la part qui lui revient 
dans ce succès final que d'attribuer à ses expériences mêmes 
une influence assez minime dans l'adoption de la réforme qu'il 
poursuivait. On .le sait, du reste, Balestra n'était en quelque 
sorte,, dans la spécialité, qu'un professeur accidentel, si l'on veut 
bien me permettre cette expression. S'il avait de l'instituteur 
toutes les qualités morales au degré le plus élevé, il lui restait 



— 103 — 

à grossir et surtout à disposer méthodiquement le petit bagage 
pédngogique qu'il exhibait à chacune des étapes de son inter- 
minable voyage. 

Balestra était avant tout un vulgarisateur. Sous ce rapport, 
par exemple, c'était un maître complet. Il avait la patience, 
la ténacité, la résignation, la parole chaleureuse et envelop- 
pante; il avait la hardiesse qu'inspire la foi, et l'autorité qui 
s'impose avec le désintéressement ; il plaidait avec une émotion 
communicative, il luttait avec de3 armes' de bonne trempe. Et 
si, d'un côté, il rencontrait des contradicteurs aigris et irrités 
par la persistance de ses efforts, aillemvs il était écouté avec 
bienveillance, parce qu'on se sentait en face d'un honnête 
homme. 

Sa présence a été utile auprès de l'administration, précisé- 
ment parce que sa propagande a été de toute3 les heures. Il a 
réussi à entretenir, par de continuelles excitations, les favorables 
dispositions qu'il avait pu découvrir dans le milieu officiel où 
il s'était introduit; il y encouragea les bonnes volontés, il y 
combattit les hésitations, il y fit naître la confiance. 

Voilà le vrai rôle de l'abbé Balestra ; voilà les effets réels de 
son séjour au milieu de nous. II était impatient de voir s'intro- 
duire définitivement et solidement, dans nos Institutions de 
sourds-muets, une méthode qui n'y recevait encore qu'un accueil 
réservé. Il n'a pas fait la réforme, c'est vrai ; mais il eu a 
quelque peu hâté l'adoption. 

Et cette adoption, qui n'était plus douteuse en octobre 1879, 
l'était bien moins encore en mars 1880, époque à laquelle on 
autorisait Balestra à prolonger son séjour à l'Institution de 
Paris. En effet, le 13 février 1880. le Ministre, qui s'était 
montré un peu impatient de connaître les fruits qu'avait pu 
produire l'introduction de la méthode orale à l'Institution 
nationale de Bordeaux, recevait de M" ,e la Supérieure un rap- 
port sur les résultats obtenus pendant les quatre premiers mois 
de l'année scolaire. M 1 " la Supérieure faisait remarquer avec 
beaucoup de raison qu'elle ne s'attendait pas à avoir à donner 
son appréciation avant les derniers mois de cette année. Ce 
n'était pas trop, disait-elle, de sept à huit mois d'efforts persé- 
vérants pour lui permettre, ainsi qu'au professeur chargé du 



— 104 — 

cours, d'apprécier avec quelque certitude la valeur des procédés 
et l'importance des résultats. 

« Toutefois, ajoutait M me la Supérieure, en présence du vif 
intérêt que M. le Ministre paraît attacher à des renseignements 
immédiats, je m'empresse de mettre sous ses yeux le chemin 
parcouru pendant ces quatre premiers mois... » 

Et M. le Ministre apprenait que, sur les 30 élèves qui for- 
maient la dernière promotion, 21 possédaient tous les éléments 
de la parole, c'est-à-dire qu'elles étaient capables de les lire sur 
les lèvres du professeur, de les articuler elles-mêmes, et d'en 
former les signes graphiques sur l'ardoise ou sur le tableau. Les 
autres, moins bien douées sous le rapport de l'intelligence, et 
dont les progrès étaient plus lents, étaient néanmoins en pos- 
session des deux tiers des mêmes éléments. En somme, concluait 
M me la Supérieure, « de toutes les élèves qui suivent le cours 
de première année, pas une seule ne s'est montrée entièrement 
rebelle au nouveau mode d'enseignement. » 

L'expérience était donc complète, et l'administration n'avait 
plus besoin de nouveaux témoignages. Il est donc vrai de dire 
que les essais de Balestra n'offraient plus d'intérêt. 

Je ferai remarquer, en outre, que les délégués du Ministre 
terminaient alors leur mission par la visite des écoles d'Italie. 

Aussi, je n'insisterai pas davantage sur les résultats problé- 
matiques de ses expériences intermittentes. 

Mais ce que je dois dire, avant de le laisser s'éloigner de 
l'Institution de Paris, c'est qu'il nous quitta pauvre comme il 
était venu. 

La veille de son départ, il vint me confesser qu'il manquait 
absolument de ressources pour payer la location de sa chambre 
et prendre son billet de chemin de fer. Ce dénûment ne se lisait 
guère sur son visage, resté souriant, et "ne se trahissait par 
aucune a m ère réflexion. 

Cette pénible situation était ignorée de l'administration. Je 
m'empressai de l'en instruire. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'à 
la suite de cette démarche, Balestra put reprendre la route de 
l'Italie. 

Peu de temps après, ceux qui Savaient suivi dans son œuvre, 
qui avaient appris à l'estimer, et qui reconnaissaient ses services, 



— 105 — 

eurent la satisfaction de pouvoir lui annoncer sa nomination 
de chevalier de la Légion d'honneur... 

Il a, depuis, gagné la croix du repos, — celle des morts. Ce 
serait justice d'y inscrire, à côté du requiescat, cette parole 
biblique qu'il citait lui-même au Congrès de Milan : aperuit os 
mutorum. 

Théophile Denis. 



SOCIÉTÉ CENTRALE D'ÉDUCATION & D'ASSISTANCE 

Pour les sourds-muets en France 
Reconnue d'îUilité publique 



Le 6 juillet 1887, le Conseil supérieur dé la Société se réunis- 
sait à l'Institution nationale des sourds-muets, dans la salle 
habituelle de ses délibérations, pour procéder à l'installation de 
son nouveau président, M. Roy, président de chambre à la 
Cour des comptes, et pour entendre la lecture du compte-rendu 
des travaux de l'œuvre pendant l'année 1886. 

Devant une nombreuse assistance, M. le Président a ouvert 
la séance par l'allocution suivante : 



Messieubs, 

Différentes circonstances que vous connaissez m'ont empêché 
jusqu'ici de prendre part à vos séances et de vous remercier de 



— 106 — 

l'honneur que vous m'avez fait en m' appelant à la Présidence de 
votre Société. Je vous en témoigne toute ma gratitude et toute 
ma reconnaissance. 

Je n'ai, Messieurs, aucune compétence spéciale à l'œuvre 
que vous accomplissez aveo tant de zèle. Je ne vous apporte 
qu'une grande bonne volonté et un cœur compatissant pour les 
misères que vous vous êtes imposé la noble tâche de soulager. 
En acceptant de vous présider, j'ai cédé aux encouragements 
de mon vieil ami M. Duçrey. Je savais d'ailleurs que je rencon- 
trerais ici- un accueil bienveillant, une grande indulgence, le 
concours de vos lumières, joint au dévouement le plus désin- 
téressé et le plus complet. 

En m'asseyant à cette place, je ne puis oublier, Messieurs, 
deux de ceux qui l'ont occupée avant moi ! L'illustre premier 
président Devienne avec lequel, à une autre époque de ma vie 
publique, j'ai entretenu de respectueuses et affectueuses rela- 
tions, et M. le Procureur général Audibert, auquel me ratta- 
chait une amitié qui date de son entrée dans la carrière admi- 
nistrative où je l'avais précédé. D'autres ont dit quel a été 
l'administrateur et le magistrat ; nous devons nous souvenir ici 
de l'homme de bien. Appelé par vos suffrages à la Présidence, 
en 1884, M. Audibert n'a fait pour ainsi dire que traverser 
une œuvre qu'il aimait parce qu'elle avait été pour lui l'occasion 
de faire du bien et de s'associer, à des hommes de dévouement. 
Dans le trop court séjour qu'il a fait parmi vous, il avait su 
vous inspirer les sentiments les plus délicats ; c'est qu'en effet 
l'affabilité et la sûreté de ses relations, l'aménité de son esprit 
lui acquéraient toutes les sympathies ; la dignité du .caractère 
et les qualités du cœur lui assuraient toutes les estimes. Partent 
où il a passé, M. Audibert n'a laissé que des regrets; les nôtres, 
Messieurs, pour être les derniers venus, n'en sont ni moins vifs 
ni moins sincères. 



107 



COMPTE-RENDU 

DE LA 

SITUATION IDE L'ŒUVRE 
pendant tannée 1886 

par le D v L.1DREIÎ DE LACIIARItlÈWi, Sccrélairc-Géucral 



Messieurs, 



Avant do vous rendre un compte rapide des travaux de notre 
Société pendant l'année 1886, permettez-moi de jeter un regard 
en arrière, de vous rappeler les origines de notre œuvre, de 
comparer sa situation passée et celle d'aujourd'hui, non pas 
dans un'sentiment de regrets et de critiques, mais pour puiser 
dans ce rapprochement d'utiles leçons. 

C'est au mois de février 1850 que notre Société a été fondée 
sous la présidence de M. Dufaure, membre de l'Institut et de 
l'Assemblée nationale, ancien ministre, dont le nom illustre 
restera des plus honorés dans l'histoire de notre époque; 

Auprès des membres du corps enseignant de l'Institution 
nationale, à qui revient l'honneur de notre fondation, et parmi 
lesquels je ne veux citer que M. Vaïsse et M. Morel, je trouve 
dans le premier Conseil supérieur dé l'œuvre les noms de 
MM. de Rémusa t, de Malleville, Durieu, Delanneau, l'abbé 
Sibour, Baroche, Baze, Bérard, doyen de la Faculté de médecine, 
de Champagny, Cochin, de Géraudo, des docteurs Férrus, 
Gerdy, Hubert Valleroux, Ménière, de MM. Godard Desmarest, 



— 108 — 

Larabit, Labrouste, de Lurieu, de Melun, Nagent-Saint-Lau- 
rent, Nougarier, Paillard de Villeneuve, Riant, de Thoiïgny, 
de Mailly, de Watteville; j'oubliais de Gombert, président de 
chambre à cette Cour des comptes dont les membres n'ont cessé 
depuis d'être les bienfaiteurs de notre œuvre. 

Cette plëïade d'hommes remarquables, et quelques-uns illustres, 
occupant pour la plupart de hautes situations, donna à notre 
Socié.é un essor considérable, et dès les premières années le 
chiffre des recettes et des dépenses dépassa de beaucoup celui 
de nos budgets actuels. 

Les présidents de notre oeuvre ont été : M. Dufaure , 
1850-1856 ; 

M. le baron de Hyde de Neuville, ancien ambassadeur et 
ancien ministre qui mourut en 1857; 

M. le prince de Beauvais lui succéda en 1857 jusqu'en 1864 ; 

— M. le premier président de la Gour de cassation Devienne 
de 1864 à 1884; M. le procureur général Audibert 1884-1886, 
qui nous a été enlevé si soudainement, que vous avez à peine 
eu le temps de connaître, mais dont il m'a été donné d'apprécier 
le désir de nous être utile, l'esprit élevé, la générosité du cœur, 
qui m'eût inspiré pour sa personne les plus vifs regrets. 

Nous sommes heureux de remettre aujourd'hui la direction 
de notre œuvre à notre nouveau président, M. Roy, qui suivra 
les traditions de ses illustres prédécesseurs ; il donnera à notre 
zèle une nouvelle ardeur, et à notre œuvre le concours de sa 
haute intelligence et de sa grande situation. 

Messieurs, notre œuvre a dépassé sa trente-septième année ; 
depuis dix-sept ans. elle a obtenu la reconnaissance d'utilité 
publique, elle est connue et honorée pour les services qu'elle a 
rendus et qu'elle continue à rendre chaque jour, mais, en la 
voyant faire le bien depuis si longtemps, on ne peut pas croire 
qu'elle n'est pas riche, et on va porter son obole aux sociétés 
qui se créent, qui ont besoin d'être protégées pour se développer- 

— L'enfance et la jeunesse gagnent les sympathies ; la mode 
provoque les entraînements. Rester jeune n'est pas facile, à plus 
forte raison le redevenir, et je ne sache pas que l'aventure du 
l) r Faust se soit renouvelée ; -faisons donc aimer nos cheveux 
blancs. 



— 109 — 

Les cotisations^ qui étaient- en 1879 encore de 2,000 francs 
n'ont atteint l'année dernière que le chiffre de 440 francs. Fai- 
sons ce - que M. Leverrier demandait aux fondateurs de l'Asso- 
ciation pour l'avancement des sciences, qui est devenue une 
association puissante, il demandait, dis- je à chacun des membres, 
d'amener un adhérent. Cherchons donc par ce procédé à doubler 
le nombre des quarante-quatre fidèles qui nous ont donné leur 
cotisation. 

Nous avons vu cette année venir à nous d'utiles recrues;. les 
professeurs de l'Institution ont prêté à la Société un concours 
précieux dont elle était ti-op privée depuis quelques années, ils' 
se sont souvenus qu'elle était leur œuvre, qu'il leur appartenait 
de la faire revivre et de donner à' la mission qu'elle s'impose le 
but le plus utile. Je les convie à entrer plus complètement dans 
cette voie, à chercher les améliorations que comportent le temps 
présent, à faire renaître parmi nous le mouvement, la vie et le 
progrès. 

Les ressources de notre Société sont de deux ordres ; les unes 
ont un caractère de fixité, ce sont le produit de notre petit avoir, 
je voudrais dire de notre fortune. 

Les jours -mauvais dont le souvenir, quoique lointain déjà, 
ne s'est pas effacé, ont inspiré à votre Conseil le. devoir de con- 
stituer un capital qui donne à notre œuvre une sécurité pour 
l'avenir. Les dons que nous avons reçus ont été fidèlement 
placés, et nous n'avons pas considéré comme des recettes ordi- 
naires quelques bonnes aubaines que le ciel ne nous a offertes 
qu'à de trop rares intervalles. Nous avons pu constituer ainsi 
un revenu de 2,541 francs qui, aux taux de capitalisation 
actuels représente une somme de 70,000 francs environ. C'est 
peu pour entreprendre les innovations utiles dont nous aurions 
besoin, c'est cependant quelque chose pour assurer la continuité 
des engagements de notre œuvre. 

La ville de Paris et le département de la Seine nous ont 
accordé des subventions qui ont été l'année dernière de 
2,700 francs. Nous leur adressons l'expression de notre grati- 
tude. 

Parmi les recettes, vous voyez figurer le chiffre de 615 francs 
sous le chapitre de pensions d'élèves. Vous avez pensé, en effet, 



— 110 — 

Messieurs, que vous ne deviez pas exonérer les 'familles de tout 
sacrifice pour leurs enfants, que se substituer à elles c'était dis- 
tendre des liens que vous avez mission de sauvegarder, vous 
leur avez donc laissé le soin de contubuer à l'entretien de leurs 
enfants dans la mesure de leurs moyens. Pour vous assurer de 
ce concours vous avez exigé que ces fonds fussent versés dans 
votre caisse, ce sont eux qui forment en 1886 la somme de 
C45 francs. 

A côté des revenus qui ont un certain caractère de fixîti, 
figurent d'autres ressources plus aléatoires. 

A T ous avons fait appel à la charité sous forme de concerts, de 
sermons ou de quêtes. Le premier de. ces moyens est aujourd'hui 
plus difficile qu'autrefois a réaliser. Les revenus de chacun out 
de nos jours sensiblement diminué, et le placement de billets un 
peu chers rencontre des résistances. Ce n'est pas à dire que la 
charité soit moins grande à notre époque. Nous voyons le public 
verser à pleines mains toutes les fois qu'une catastrophe imprévue 
vient le troubler et l'émouvoir, mais les œuvres les meilleures, 
organisées depuis longtemps, n'ont plus ce privilège. 

Nous avions il y a peu de temps encore l'heureuse fortune do 
pouvoir quêter chaque année à l'église Sainte-Clotilde à l'issue 
d'un des sermons du carême. M. le curé, qui a succédé à notre 
vénérable- président honoraire, M. l'abbé Hamelin, n'a pas voulu 
nous continuer cette faveur, et ne nous a pas laissé l'illusion 
d'espérer qu'elle nous serait rendue. 

Il ne nous reste doue. Messieurs, que les ressources des quêtes 
que quelques dames veulent bien faire pour notre œuvre et des 
loteries que nous organisons tous les deux ans. 

En 1886, la quête qu'a eu la bonté de faire M ,ue Audibert a 
produit 2,200 fr. Je suis certainement l'interprète de vos senti- 
ments en lui adressant l'hommage de notre gratitude pour son 
dévouement, et de notre respectueuse reconnaissance pour celui 
qu'elle pleure et dont nous avons partagé le deuil. 

Nous avons eu, il y a deux ans, le malheur de perdre notre 
vice-président, M. Berthier, le doyen des membres de notre 
Conseil et du corps enseignant de l'Institution nationale des 
sourds-muets. Sourd -muet lui-même, il a été l'honneur de cette 
maison par la distinction de son esprit et l'élévation de son 



— 111 — 

cœur. H lui a été donné de vivre longtemps sans connaître les 
infirmités de la vieillesse, et de pouvoir se consacrer jusqu'à la 
fin au soulagement de ses frères d'infortune. — Il ne les a point 
abandonnés en mourant, et notre œuvre a été inscrite dans son 
testament pour une somme de 1 ,000 francs. Elle a été également 
constituée légataire des ouvrages qu'il avait publiés. Le souvenir 
de cet homme de bien restera dans nos annales et dans le cœur 
de tous ceux qui l'ont connu. — Le legs qu'il nous a fait n'a 
pas encore pu être réalisé à cause des formalités très nombreuses 
que l'on exige eu pareil cas. 

Abordons maintenant, Messieurs, le côté très intéressant de 
nos dépenses. N'allez" pas trouver invraisemblable que nos 
budgets aient toujours été en équilibre. Les petits ménages ne 
font pas de dettes, il n'y a que les riches qui puissent se per- 
mettre ce luxe-là. Nous avons toujours été tellement convaincus 
que l'intervention de notre œuvre était devenue nécessaire que 
nous nous sommes toujours préoccupés d'en assurer la perpé- 
tuité. C'est ainsi que chaque année nous avons pris grand soin 
de ne pas prodiguer le reliquat de l'année précédente, qui était 
pour nous la première ressource qui devait assurer l'exécution 
de nos engagements. 

En 1886, ce reliquat était de 4.689 fr. 09 qui, ajoutés aux 
8,526 fr. 65, revenus de l'année, ont formé un total de 
13,215 fr. 94; sur ce chiffre, nous avons dépensé 7,140 fr. 10. 

Le but le plus attachant de notre œuvre est de recueillir les 
jeunes sourds-muets et de leur restituer leur place dans la 
société en leur donnant l'éducation et la vie intellectuelle. Aussi 
nous avons consacré à l'instruction une somme de 5.404 fr. 60. 

Nous continuons dans la maison des sourdes-muettes et des 
aveugles de Larnay (près Poitiers) l'éducation de Marthe 
Obrecht, jeune fille qui esc atteinte de cette double infirmité. 

Elle est âgée aujourd'hui de vingt ans, et depuis douze ans 
elle est à la charge de l'œuvre. Son éducation fait le plus grand 
honneur à ses maîtresses ; elle a appris à lire les caractères en 
points, à communiquer par les signes et par l'écriture en points, 
elle a des notions sur toutes choses et étonne ceux qui ont 
l'occasion de voir les ouvrages qu'elle a appris à faire. 

La maison d'éducation des religieuses du Calvaire à Bourg- 



— 112 — 

la-lleine s'est pour ainsi dire identifiée à notre œuvre par 1" 
nombre de nos patronnées qui y sont placées. Vingt-deux 
jeunes, filles de tout âge y ont été entretenues en 1886 aux frais 
de- notre Société. L'éducation qu'elles reçoivent dans cette 
maison est excellente, les méthodes employéss sont en tout 
semblables à celle3 de l'Institution nationale de Bordeaux, et 
les résultats obtenus sont dignes des.plus grands éloges. 

Toutes les personnes qui visitent cet établissement sont 
frappées de l'excellente tenue de la maison, de la correction 
relative du langage des enfants, et du degré de leur instruction 
qui est en rapport avec leur âge. llien n'est plus attachant, 
Messieurs, que de constater les progrès* de nos enfants. Aussi 
les visites que je leur fais soui-élle3 la part la plus douce de la 
tâche que vous m'avez confiée. 

Je suis témoin du dévouement des maîtresses qui -s'épuisent 
ou efforts incessants, et que nous obligeons de temps. en temps, 
pour rétablir leur santé, à prendre un repos qu'elles ne demandent 
pas. Ces dévouements sont au-dessus de tout éloge T en les louant 
je les offenserais, mais mon devoir est de vous les signaler. 

Fiiièles à votre titre de Société de secours pour les sourds-muets 
en France, vous avez continué en 1886 à accorder des secours 
à des misères qui vous étaient signalées dans les départements 
de la Lozère, de l'Yonne, du Loir-et-Cher et de Seine-et-Oise. 
Vous avez accordé une somme de 100 francs à une famille du 
département du Lot qui, après avoir obtenu le placement d'une 
jeune sourde-muette à l'Institution nationale de Bordeaux, 
n'en pouvait pas payer le trousseau. 

Comme les années précédentes, des sommes relativement 
importantes ont été employées à secourir les ménages sourds- 
muets pauvres de la capitale. C'est d'abord pour les ouvriers 
sourds-muets que .le travail commence à chômer, et ses ressources 
sont presque toujours au-dessous de leurs besoins. Vous avez 
distribué en secours de loyer une somme de 763 francs; en 
bons de nourriture, 572 francs ; en secours en argent, 183 francs. 

Enfin, Messieurs, pour compléter l'indication de vos dépenses, 
j'ajouterai que les frais de bureau de l'œuvre se sont élevés à 
117 francs. 

J'ai fini, Messieurs, l'exposition sommaire de la gestion de 



— 113 — 

notre Société pendant l'année 1886. Ne nous rappelons du bien 
que nous avons fait que pour éveiller dans nos cœurs le désir 
de faire mieux encore. Inspirez votre secrétaire général qui vous 
sera reconnaissant ds lui donner l'occasion de vous prouver son 
dévouement. 



NOS ARTISTES 



Dans notre dernier numéro, nous avons offert à nos lecteurs 
une reproduction de la statue en bronze du D r Broca, par 
P. Choppin. Nous sommes heureux de pouvoir leur donner 
aujourd'hui, grâce à l'obligeance de JVI. Laurens, éditeur, une 
reproduction de l'œuvre capitale d'un autre sourd-muet dis- 
tingué, M. Félix Martin. 

La statue de l'abbé de l'Epée qui orne la cour d'honneur de 
l'Institution de Paris a valu à son auteur la croix de la légion 
d'honneur ; M. Félix Martin est actuellement le seul sourd- 
muet français décoré ! Nous formons des vœux bien sincères en 
faveur de l'artiste sourd-muet dont on inaugurera prochainement 
l'œuvre si remarquée au dernier Salon, en récompensant 
P. Choppin de son travail et de son talent, la croix d'honneur 
reporterait une partie de son éclat sur l'Institution de Paris qui 
est fière d'avoir donné l'instruction à cet artiste distingué. 

Ad B. 



— 114 — 




STATUE DE L'ABBÉ DE L'ÉPÉE 

Œuvre de Félix Martin (sourd-muet). 



(Gravure extraite de: Les Statues de Paris, par P. Marmottait. 1 vol. in-8. 
Prix : 3 fr. 50. Librairie Itenouard). 



— 115 — 

NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds- Muets 

INSTITUTION NATIONALE DE CHAMBÉRY 

(«ARÇOXS ET FILLES) 

dirigée par M. Baudard, 



L'Institution nationale des sourds-nmets de Chambéry a eu 
une origine modeste. En 1841, une Française, M lle Barthélémy, 
sans autres ressources que sa fortune personnelle, vint fonder à 
Chambéry une école mixte où l'on ne recevait comme pension- 
naires que des jeunes filles sourdes- muettes, mais où les garçons 
étaient admis à titre d'externes. 

Dès l'année suivante, un quartier était ouvert pour les pen- 
sionnaires garçons, sous là direction de M. l'abbé de Saint- 
Sulpice. 

Eu 1846, cette humble école devenait un établissement 
public, et le roi Charles-Albert lui accordait, en même temps 
que le titre à.' Institution roya 7 e,un subsideannuel de 4,000 francs. 
Elle contenait alors une trentaine d'élèves, garçons ou filles, 
et son budget atteignait à peine 14,000 francs. 

Après l'annexion, l'Institution de Chambéry prend un rapide 
développement. Un décret en date du 17 octobre 1861 la classe 
au nombre des établissements généraux de bienfaisance, et elle 
est dotée d'une subvention de 25,000 francs. De Saint-Louis- 
du-Mont, le quartier des garçons est transféré dans une vaste 
propriété rurale, dite domaine de Corinthe, à 3 kilomètres de 
Chambéry. Un nouveau décret autorisait, le 6 juillet 1862, 



— 116 — 

l'Institution impériale de Chambéry à contacter un emprunt 
de 170,000 francs, remboursable en 50 ans, pour l'acquisition 
de cette propriété. Le château, composé de deux ailes réunies 
par une vaste galerie, n'avait qu'un rez-de-chaussée et un 
premier étage; il était en mauvais état, 60,000 francs sont 
employés à l'exhausser d'un second étage, à le réparer et à 
l'approprier à sa nouvelle destination; 20,000 francs à le*" 
meubler et à munir la ferme d'instruments aratoires et de 
bétail. 

Jusqu'en 1866, l'enseignement et la direction restent aux 
mains des frères des écoles chrétiennes. A cette époque, ceux-ci 
se retirent et sont remplacés par les frères de l'Institution chré- 
tienne. M. l'abbé Rieffel, et, après lui, M. l'abbé Jouty, 
dirigent l'établissement. 

En 1881, un directeur laïque succède à l'abbé Jouty. 

A ce moment, l'attention du gouvernement paraît attirée 
plus particulièrement sur l'Institution de Chambéry. Des 
dépenses considérables (évaluées à 500.000 francs environ) 
sout faites les années suivantes pour l'agrandissement et l'amé- 
lioration des bâtiments. Désormais 120 sourds-muets pourront 
y trouver place. 

Toutefois, les difficultés budgétaires ont empêché jusqu'ici 
l'administration supérieure d'augmenter le nombre des élèves 
qui dépassait à peine la moitié «le ce chiffre. 

D'année en-année, il est vrai, l'Etat a fait des sacrifices plus 
considérables pour l'établissement de Corinthe. La subvention 
qui, de 25,000 francs, avait été portée à 35,000 en 1866, a été 
plus que doublée sous le gouvernement actuel. Elle est aujour- 
d'hui de 77,000 francs. 

Tout récemment, le personnel a été complètement réorganisé 
après le départ des frères de l'institution chrétienne. 

Il se compose d'un directeur, assisté d'une commission con- 
sultative présidée par le préfet, d'un receveur-économe, de six 
professeurs nommés par le Ministre et pris dans le corps ensei- 
gnant de l'Institution de Paris, d'un professeur de gymnastique, 
d'un chef d'agriculture et de quatre chefs d'atelier. 

Un ecclésiastique, chargé du service religieux, un médecin 
et un dentiste sont attachés à l'établissement. 



— 117 — 

Les sourdes-muettes contiuuent à occuper un quartier séparé 
dans le pensionnat du Sacré-Cœur, et leur instruction reste 
confiée à des religieuses de cet ordre. Elles sont au nombre de 
30, ce qui porte à 100 environ le chiffre actuel des élèves, gar- 
çons et filles, de l'Institution nationale de Chambéry. 

La durée du cours d'études ne comprend encore que six 
années. Mais une modification importante, nécessitée par l'adop- 
tion de la méthode orale pure, seule en usage aujourd'hui à 
l'Institution de Chambéry, a été apportée dans les conditions 
d'admission ; aucun boursier ne peut être admis s'il a moins de 
9 ans ou plus de 12 ans accomplis. 

M. B. 



UNE LETTRE 

DE L'IMPÉRATRICE MARIE DE RUSSIE 

A l'abbé SIÛARD 



Cette lettre se trouve dans le rapport de 1876 de l'institution 
de sourds-muets à Saint-Pétersbourg; nous pensons qu'elle in- 
téressera les lecteurs de la Revue française de l'éducation des 
sourds-muets. 



« Monsieur l'abbé Sicard, 

« Votre lettre et le livre (1) qui l'accompagnait me sont 
exactement parvenus, et je m'empresse de vous en exprimer ma. 
bien sincère reconnaissance, en vous priant d'en accepter le té- 

(1} Théorie des signes ou introduction à l'étude des langues. Paris, 1808. 



— 118 — 

inoignagfi ci-joint (1). La lecture de Totre ouvrage m'a fait le 
plus sensible plaisir par la manière à la fois profonde, lumi-, 
neuse et intéressante dont vous y traitez un sujet si difficile à 
manier. Je vous dirai même que l'intérêt avec lequel j'ai lu ce 
traité était d'autant plus vif, qu'il était pour ainsi dire per- 
sonnel, comme vous allez voir. Le succès de l'établissement qui 
vous doit sa perfection m'ayaat engagée à tourner mon atten- 
tion vers les malheureux privés de l'usage du plus précieux des 
organes, j'ai fait en petit, dans ma campagne de Paulovsk, 
l'essai d'un institut de sourds-muets ; ft, pour le peu de temps, 
j'ai lieu d'être contente de la réussite. Uu honnête ecclésias- 
tique polonais, qui a fait son apprentissage à l'institut de 
Vienne, dirige le mien, et ii si prouvé ;sou savoir-faire par les 
progrès de ses élèves, parvenus dans une année à écrire correc- 
tement, à calculer, et même à lire en prononçant les mots d'une 
manière intelligible, et quelques-uns même avec assez de faci- 
lité. Il n'en est pas encore avec eux aux idées de la Divinité et 
du Culte, et j'avoue que la haute importance de ces notions me 
ferait bien désirer connaître plus particulièrement comment vous 
vous êtes pris pour les communiquer à vos élives. En général, 
Monsieur l'abbé, je ne vous cache pas le plaisir que j'aurois de 
pouvoir recourir à vos conseils pour l'utilité de mon institut, et 
je me félicite de l'occ;isiou que voire livre me procure de me 
mettre en relation directe avec vous. Il me semble que de droit 
votre influence doit s'étendre sur tout établissement de ce 
genre, et, si vous vouliez user de ce droit, si bien acquis, à 
l'égard du mien, en coopérant par vos lumières à son perfec- 
tionnement, je vous en aurais une reconnaissance bien véri- 
table. Quoique j'aie lieu d'être jusqu'à présent contente de 
l'instituteur que je possède; cependant, comme il n'a jamais vu 
l'établissement que vous dirigez, ni votre méthode, je n'ai pas 
la certitude que je désirerois avoir sur l'étendue de ses moyens, 
et si effectivement il ne lui manque rien pour mener ses élèves 
aussi loin que possible, ce qui m'intéresse d'autant plus que je 
compte étendre l'institut avec le temps. Je désirerois par cette 



(1) Une bague d'une valeur île Jiu.000 lianes. 



— 119 — 

raison envoyer quelqu'un à. Paris, qui, sachant parfaitement la 
langue russe, et ayant les connaissances préliminaires que vous 
jugeriez nécessaires, pûb non seulement se former sous vos 
yeux pour l'instruction des sourds muets, mais appliquer aussi 
votre méthode à sa langue maternelle. Si vous approuvez cette 
idée, et si vous vouliez avoir la complaisance de vous charger 
de la direction d'un pareil apprenti, vous me feriez plaisir en 
ra'indiquant les connaissances qu'il doit avoir pour profiter de 
vos leçons. Je vous prie, Monsieur l'abbé, de ue pas vous g£ner 
sur cotte article, et vous engage non seulement à m'adresser 
sans détour ce que vous aurez à me répondre, mais je recevrai 
en général toujours avec une reconnaissance sensible tout ce 
que vous me ferez parvenir directement sur un objet aussi iu- , 
téressant que l'éducation des sourds muets. Je ne saurais mieux 
vous faire connoitre combien jj sais apprécier votre mérite, 
qu'en vous offrant l'occasion d'en étendre les effets salutaires, et 
je ne crois pas me tromper en supposant que vous y trouverez 
le meilleur témoignage q le je puisse vous donner dos senti- 
ments d'estime particulière avec lesquels je suis 

« Votre affectionnée. 

« Marie. 



« Saint-Pétersbourg, ce 4 décembre 1808. 



Quelle simplicité respire cette lettre pleine de nobles senti- 
ments, quelle estime elle exprime pour cet homme charitable, 
qui sacrifie sa vie aux malheureux! Combien ces paroles si bien- 
veillantes doivent avoir été encourageante! pour l'abbé Sicard ! 
Quelle noble âme cette impératrice qui — placée sur un des 
trônes les plus puisssants de l'Europe — dkigne s'ocsuper per- 
sonnellement de ces pauvres déshérités de la nature, et corres- 
pondre elle-même avec un pauvre prêtre! Et tout ce qu'elle lui 
demande, c'est avec une modestie qu'on rencontre rarement 
dans les hautes sphères de la société ! Cet homme de bien, il 
possède tonte la confiance de cette impératrice ; elle attend tout 



— 120 — 

de lui pour son jeune institut. Quel bel exemple à imiter pour 
toutes les femmes qui se trouvent en état de faire le bien 1 Cet 
amour pour les malheureux : enfants pauvres et abandonnés, 
sourds-muets, aveugles, nous le trouvons chez l'impératrice dé- 
funte, nous le voyons chez l'impératrice actuelle, femme de 
beaucoup de cœur, qui va d'un établissement de bienfaisance à 
l'autre, s'informant de tout ce qui concerne le bien-être de ses 
chers pupilles. Lorsqu'elle a appris, il y a quelques années, que 
les sourds-muets apprenaient à parler, elle donna l'ordre de 
réorganiser l'institution des sourds-muets à Pétersbourg, et les 
fonds nécessaires furent accordés avec une rare libéralité. Dans 
aucun pays on n'a le plaisir de voir des établissements de cha- 
rité aussi bien entretenus qu'en Russie. Ils se trouvent tous 
sous la protection spéciale de l'impératrice qui y apporte tous 
ses soins maternels. 

Le D r Renz, Conseiller royal. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Institution nationale de Paris. — La distribution des 
prix aux élèves de l'Institution nationale de Paris aura lieu le 
lundi 8 août, à 2 heures de l'après-midi, sous la présidence de 
M. Corbon, sénateur. La rentrée des classes est fixée au lundi 
10 octobre. 



Les examens de fin d'année des élèves de l'Institution natio- 
nale de Paris ont eu lieu cette année, sons la présidence de 



— 121 - 

M. le D r Kegnard,' inspecteur général au ministère de l'inté- 
rieur ; la commission se composait de M. Javal, directeur de 
l'Institution, du D r Làdreit de Lacharrière, médecin en chef de 
rétablissement, du censeur, et pour chaque section, du profes- 
seur de la classe immédiatement supérieure ; elle avait pour 
secrétaire, M. de Saint-Sauveur, sous chef de bureau au minis- 
tère de l'intérieur. 



* 



Concours pour l'admission au grade de répétiteur. — 

Un concours pour des emplois de répétiteurs à l'Institution 
nationale des sourds-muets de Paris s'ouvrira le 3 août 1887, 
à 2 heures très-précises de l'après-midi, au ministère de l'inté- 
rieur, place Beauvau. 

Pour prendre part à ce concours, les candidats doivent avoir 
18 ans révolus et moins de 30 ans, être nés ou naturalisés 
Français. 

Les demandes d'inscription doivent être adressées, au direc- 
teur de l'Institution nationale, 254, rue Saint-Jacques. 

A l'appui de sa demande, le candidat doit produire : 

Son acte de naissance ; 

Un extrait de son casier judiciaire ; 

Le brevet de capacité de L'enseignement primaire ou un 
diplôme constatant un grade universitaire; 

Lep épreuves du concours consistent en épreuves écrites sur 
l'orthographe, l'écriture, la langue française et l'arithmétique, 
et eu épreuves orales portant sur l'histoire et la géographie. 

Aucune connaissance de l'enseignement spécial des sourds- 
muets n'est exigée des candidats. Un cours normal est fait à 
l'Institution. 

Les candidats peuvent s'adresser, pour tous autres rensei- 
gnements, au secrétariat do la direction de l'Institution natio- 
nale, 254, rue Saint- Jacques, le malin de 9 heures à 11 heures. 

Le Directeur, 
L.-E. JAVAL. 



— 122 — 

Des examens pour l'obtention des grades de répétiteurs de 
première et de deuxième classe et des examens spéciaux pour 
l'obtention du titre de professeur adjoint, doivent également 
avoir lien au commencement du mois d'août. Nous donnerons 
les résultats de ces divers concours. 



Institution de Bourg-la-Reine. — Des examens pour 
l'obtention des brevets spéciaux d'instituteurs de sourds-muets 
viennent d'avoir lieu dans cette Institution. Les religieuses du 
Calvaire de Bourg-la-Reine ont obtenu trois certificats du 
degré supérieur et quatre du premier degré. Leurs sœurs qui 
sont à l'Institution de M" e Lefebvre, à Rouen, ont obtenu deux 
certificats du degré supérieur, et uu du premier degré. 



Institution de Saint-Claude-Besançon. — La distribution 
des prix aux élèves de cette Insti tution aura lieu sous la prési- 
dence du secrétaire général de la préfecture, le jeudi 4 août, 
à 3 heures de l'après-midi. 



* 
* # 



Inauguration de la statue de Broca. — La statue du 
célèbre anthropologiste, due au ciseau de P. Clioppin, sera 
inaugurée dans la matinée du samedi 30 juillet par M. Spuller, 
ministr cde l'instruction publique, assisté du corps professoral 
de la Faculté de médecine de Paris. 



* 
# * 



— 123 — 

Distinction honorifique. — C'est avec plaisir que nous 
enregistrons la distinction flatteuse qui vient d'être accordée au 
sympathique secrétaire général de la Société des études histo- 
riques. M. Gabriel Joret-Desclosi ères vient d'être nommé cheva- 
lier de la Légion d'honneur. La Société des études historiques, 
fondée en 1833, n'a cessé de compter dans son sein quelques 
professeurs de l'Institution nationale de Paris; nos lecteurs 
n'ont pas oublié les paroles touchantes que le dévoué secrétaire 
général consacrait à l'excellent Ferdiuand Berthier dans son 
rapport de l'année 1886. 

Nous sommes heureux de joindre nos meilleures félicitations 
à celles de ses nombreux confrères et amis. 

Ad. B. 



* 

* * 



AMÉRIQUE. — Un prochain congrès international. — 

Dans une réunion tenue le 9 juin 1887, à l'institution des 
sourds-muets de New- York, il a été pris les résolutions sui- 
vantes : 1° Que le comité exécutif de la convention des insti- 
tutions américaines de sourds était invité à réunir le prochain 
congrès pendant l'été de 1890 dans cette institution, et l'auto- 
risant à inviter les instituteurs de sourds de toutes les parties 
du monde, afin de former un congrès international. 

2° Que l'hospitalité serait offerte à tons les membres du 
Congrès dans cette institution, pendant la durée de la session. 

D'accord avec le comité exécutif, le président, M. E. M. 
Gallaudet a écrit au D r I. L. Peet, principal dé l'institution de 
New- York, pour accepter leur invitation. 

Nos confrères d'Amérique savent combien sont vives pour 
eux les sympathies de leurs confrères français, aussi formons - 
nous des vœux bien sincères pour le succès de leur entreprise. 



* 



— 124 — 

Société Centrale d'éducation et d'assistance. Loterie. 

— La loterie que nous avons recommandée dans nos derniers 
numéros, a été tirée le Dimanche 31 Juillet. Nous publierons 
prochainement la liste des numéros ayant gagné les cinq gros 
lots et celle des numéros gagnants dan ; les billets pris par nos 
lecteurs et amis. 

Dans la dernière séance du Conseil de la Société, M. le Colonel 
Bergère a été admis comme membre du Conseil supérieur sur 
la présentation du D r Rattel. 



* * 



Les American- Annctls of the Deaf signalent les efforts faits 
par M. J. Crossett, pour établir une institution spéciale de 
sourds-muets en Chine. lie journal Américain annonce la publi- 
cation à ce sujet d'un article du vénérable Mgr de Haerne. Nos 
lecteurs n'ignorent pas qu'une école existe déjà en Asie, à 
Bombay (Indes anglaises), dirigée par notre sympathique 
confrère M. Walsh. Nous reviendrons sur ce sujet dans un 
prochain numéro. 



* 



Nous rappelons à nos confrères qui ont quelques renseigne- 
ments à nous envoyer, de vouloir bien le faire avant le 20 de 
chaque mois. 



* 
« « 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à 
l'éducation des sourds - muets, dont deux exemplaires 
auront été envoyés au journal. 



Paris Imp. Pelluurd, 212, rue £aint-Jaccju es 



Librairie Paul RITTI, 21, rue de Yaugiranl, Pans 



TROISIÈME CONGRÈS NATIONAL POUR L'AMÉLIORATION 

DU SORT DES SOURDS- MUETS (Congrès de Paris) 
Comptes - rendus annlytiqueK des séances 



Un volume, p.rand in-8 Prix. 4 fr. 

{Envoi franco par la poste) 

LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEIIEXT 

]£3Sk.^r 3. Hugentolaler 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

INTERNATIONALE 

DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS ET DES SCIENCES QUI S'Y RATTffCHENT 

V année, un volume in-8 Prix 4 fr. 

(Envoi franco par la poste) 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA JIEMBRANK DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit do l'allemand, par le D" - J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 

DES CORNETS ACOUSTIQUES 

KT DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

par le Dr J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. 1 fr. 50 



Librairie Paul RITTI 
21, rue de Vaugirard, Paris 



Ad. Bélanger. — Historique des méthodes à l'insti 
tution nationale de Paris, 1883 (épuisé) 

D r Peyron et Ad. Bélanger. — Catalogue de la Biblio- 
thèque de l'Institution nationale des sourds-muets 
de Paris, l re partie, 1883 {épuisa) 

D r Ladreit de Lacharrière et Ad. Bélanger. — Troi- 
sième Congrès national pour l'amélioration du 
sort des sourds - muets (Congres de Paris 1 885) 
Compte-rendu Prix 4 fr. 

Ad. Bélanger. — Etude bibliographique et iconogra- 
phique sur l'Abbé del'Epée, 188G. 

Edition sur papier du Japon Prix 10 fr. 

— — de Hollande ... — 5 — 

Ad. Bélanger. — Revue bibliographique internationale 
de l'éducation des sourds-muets. 

L re année Prix 4 fr. 

Ad. Bélanger. — Revue Française de Uéducation des 
sourds-muets. 

2 me année, in-8., 288 p Prix 1) fr. 

Taris. - lmp. Pellward rue Saint-Jacquos, '21-. 






f 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 

vr 

,\l 

EEVUE FRANÇAISE 

DE h'ÉDUCATION 

des 

SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PLUMÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur k l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris. 
Membre de la Société des Etudes historiques 



Troisième Année. — N° 6. — 1 er Septembre 1887. 



SOMMAIRE. — M. Dupont. Discours prononcé à la Distribulion des Prix de l'Insti- 
tution de Paris — F. P. Deux appareils pour l'enseignement des sourds-muets en 
l r « année — Le surmenage intellectuel. — Notices sur les Institutions Françaises 
de Sourds-Muets. P. la L'Institution de Currière. — Bibliographie Internationale 
France Ad. B. La question du Transfert. Italie. — Bulletin Bibliographique 
International. Allemagne. C. Benz. — Information et Avis Divers. France. 
Institutions de Paris, Chambéry, Saint -Claude -lez -Besançon, Currière. Lyon 
(Villeurbanne". Nantes, Elbeuf. — Nos artistes. — Distinctions hnnoiinques. — 
Loterie de la Société centrale. — Belgique. Institulion de Bouge-lez-Namur, ete . 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 
,,. I 887- I 888 .,, 

-H »'i) 

_<r — — C^-^ 1 * 1 - 



UUNCIPAUX COLLABOKATEUIIS DE LA I1EYUE FKAXCV1SE 



MM. 

Alard. professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale dos Sourds-Muets de Cliambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Mu ïs de Cliambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Médard- 
les-So ; ssons et de Laon. 

Gapon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.\ inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 

des Sourds-Muets de Paris. 
Delaplace (PAblié). 
Denis (Théophile).. Homme de Lettres. 
Dubranle, censeur des études de l'InstL 

lulion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 



MM . 

Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Instilulinii 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution îles 
Sourds-Muets de Berchein-Sainte-Agallie. 

Grosselin, chef du service sténograpliinue 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. dircctcurdc l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des lourds -Muets de Paris. 

Mette net, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Boulogne. 

Fierre-Célestin (Frère), profcsseiu 

Pustienne, receveur-économe à l'insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de l'or- 
deaux. 

Rattel 'D r ', médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à 1 Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paiis. 

Rohart H'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgia(Edni.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des études 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Par.s. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muets de Groningue. 

M. C. Renz, Conseiller royal, Stuttgart (Wurtemberg). 

M" e Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 

M. Van-Praagh, directeur de l'Association for (lie oral instruction of tlie Deaf ami 
Diimb. Londres. 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
journal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 
3 mo année. — N» 6 Septembre 1887 



DISCOURS 

prcncncî a la Distribution des Prix de l'Institution nationale 

de Paris 



Monsieur le Président. Mesdames, Messieurs, 

Rien n'a le don de nous émouvoir comme le spectacle d'une 
infortune imméritée ; et si le malheur frappe des enfants, il 
semble qu'une pitié plus vive nous monte au cœur. Cette émo- 
tion, vous l'avez ressentie, en franchissant le seuil de notre 
Maison, vous la ressentez encore, en jetant, les yeux sur ceux 
qu'a réunis ici la communauté de leur infortune. 

A l'heure des vacances, à l'heure où la tâche du maître 
finie celle de la famille commence, vous me pardonnerez, 
mères, sœurs, amies de nos élèves, de vous donner quelques 
conseils. 

Je m'adresse à vous, Mesdames, car je sais que vous possédez 
au suprême degré cette persévérance de la bonté qu'on nomme 
la patience : je sais que vous êtes nos meilleurs auxiliaires dans 
l'œuvre de réparation que nous avons entreprise, et que, secondés 
par vous, nous mènerons à bonne fin. 

Nous nous employons de notre mieux, vous ne l'ignorez pas, 
à faire parler les enfants commis à nos soins. Un hasard brutal, 
en les privant de l'ouïe, semblait les avoir voués à l'éternel 
silence ; nous leur donnons la parole. Mais c'est surtout auprès 
de vous qu'ils trouveront l'occasion de mettre à profit ce qu'ils 
ont appris, qu'ils pourront recueillir le fruit de leurs labeurs et 
de leurs peines. 

Comment parlent ces enfants ? Comment convient-il de leur 
parler pour être compris d'eux ? Tels sont les deux points sur 



— 126 — 

lesquels je vous demande la permission d'arrêter un instant 
votre attention. 

Et d'abord, je dois vous mettre en garde contre deux erreurs, 
ou plutôt deux exagérations également répandues. 

Sans tenir compte des difficultés que le sourd -muet a dû 
surmonter pour conquérir la parole, d'aucuns se figurent volon- 
tiers qu'il doit parler couramment, comme s'il entendait; 
d'autres, par un sentiment tout opposé, se montrent ravis au 
moindre mot qui s'échappe de ses lèvres. Ceux-ci sont trop 
indulgents, ceux-là trop sévères. 

La vérité est que la parole de la plupart de nos élèves ne 
rappelle que de loin celle de leurs frères entendants ; la vérité 
est, qu'en dépit de nos efforts, les sourds ne seront jamais que 
des sourds, et qu'ils resteront, de par la dure loi de leur nais- 
sance, des invalides de la parole. 

Nous regarderons notre mission comme remplie, du jour où 
nous leur aurons donné à tous, même aux plus sourds, un lan- 
gage intelligible qui leur permette d'entrer en relation avec la 
société. 

Ce langage sera plus ou moins correct, suivant leur intelli- 
gence (dont les organes ont pu être lésés en même temps que 
l'appareil auditif), suivant leurs aptitudes, et suivant leur degré 
d'instruction. Pour les comprendre, il faudra parfois delà com- 
plaisance, il faudra les deviner un peu ; et, pour cela, le mieux 
sera de les écouter avec son cœur. 

Vous leur serez indulgents, si vous songez qu'il suffit, dans 
leurs discours, d'un mot mal prononcé, d'une syllabe mal arti- 
culée, d'un son omis ou déplacé pour dérouter votre oreille; 
vous leur serez indulgents, si vous songez à tout ce qu'il leur a 
fallu faire d'efforts pour vous donner la joie de les entendre ; 
vous leur serez indulgents, par respect pour leur souffrance. 

Surtout, quelque étrange et bizarre que leur accent puisse 
vous sembler en certains cas, gardez-vous d'en rien laisser 
paraître devant eux. Nos pauvres enfants sont susceptibles, 
comme tous ceux qu'un long malheur aigrit ; vous les blesseriez 
cruellement et, chose plus grave, vous fermeriez à jamais ces 
lèvres qu'on a eu tant de peine à ouvrir. 

Ne connaissant du monde extérieur que ce que leurs regards 



— 127 — 

en ont pu surprendre, de bonne heure ils sont devenus physio- 
nomistes par nécessité ; et, à les bien observer, on s'aperçoit 
bientôt qu'ils aiment qui les aime. 

Mais ce n'est point assez de les entendre; il faut encore 
qu'ils vous comprennent. 

Quand vous leur parlerez, n'oubliez pas que toute l'attention 
de leurs yeux devra être attachée aux mouvements de vos lèvres 
pour y saisir l'expression de votre pensée. 

Ayez soin de vous placer en face d'eux, et de telle sorte que 
votre visage ne soit pas dans l'ombre. 

Tous les gestes, tons les mouvements des bras ou du corps 
que vous feriez en leur parlant, auraient pour résultat de dis- 
traire leur regard, de diviser leur attention, de les empêcher de 
recueillir vos paroles. 

Imitez donc l'immobilité dn maître s'adressant à ses élèves; 
et, comme lui, exprimez -vous lentement sans découper les mots 
en syllabes, distinctement, sans en exagérer la prononciation. 

A ce propos, laissez-moi rappeler des souvenirs personnels. 
Une dame, devenue sourde, avait appris à lire sur les lèvres. 
Mise en présence d'un étranger qui, croyant bien faire, exagé- 
rait les mouvements de l'articulation, elle ne put s'empêcher de 
lui dire : « Mais parlez-moi donc comme à tout le monde ! » 

Cet hiver, une autre dame, ayant appris également la lecture 
sur les lèvres, me disait : 

« Je converse beaucoup plus facilement avec les personnes 
qui articulent bien, avec les artistes de nos théâtres, par exemple ; 
et si chacun parlait correctement, ce serait un plaisir d'entendre 
avec ses yeux. » 

Est-ce à dire, Mesdames, que vous devrez toutes vous expri- 
mer comme des professeurs ou des artistes ? Certes, non ; mais 
il est indispensable de surveiller sa prononciation quand on 
veut communiquer avec nos enfants. 

On a tort de s'imaginer qu'il est nécessaire de hausser le ton 
pour se faire mieux comprendre : rien ne sert de crier. 

Chez ces jeunes élèves, il est vrai, la vue a suppléé l'ouïe, et 
ils ont acquis le triste privilège d'entendre avec leurs yeux. S'en 
suit-il qu'ils comprendront tout ce que vous leur direz ? Gardez- 
vous de cette illusion. 



— 128 — 

Comme les autres enfants, ils peuvent entendre une conver- 
sation sans la comprendre ; ils peuvent lire le français, comme 
d'autres lisent le latin. Seuls, les mots qu'ils ont appris éveillent 
une idée dans leur esprit. Ils auront beau répéter vos paroles, 
s'ils n'en connaissent déjà le sens, elles ne seront pour eux que 
de vains sons. C'est pourquoi vous ne pourrez employer dans 
vos entretiens que des mots qui leur soient familiers. Leur voca- 
bulaire est fort incomplet sans doute, surtout pendant les 
premières années; néanmoins vous trouverez, en consultant 
leurs cahiers de classe, matière à bien des conversations. 

Vous saurez, Mesdames, j'en suis convaincu, et les écouter, 
et leur parler. Ainsi, ils apprendront à vous chérir en apprenant 
à vous comprendre ; ils vous prouveront, et ce sera votre meil- 
leure récompense, qu'ils ne sont pas étrangers à cette vertu que 
l'un d'eux a si ingénieusement définie : « la mémoire du cœur. » 

Je m'arrête, ne voulant pas abuser plus longtemps de votre 
bienveillante attention. 

Mesdames, Messieurs, 

S'étant donné pour mission d'effacer les inégalités sociales, la 
République a pensé qu'une partie de sa tâche, non la moins 
noble, consistait à réparer dans la limite du possible les erreurs 
cruelles de la nature. Votre présence, Monsieur le Président, 
nous prouve une fois de plus la sollicitude du Gouvernement 
pour les faibles, pour les humbles, pour les déshérités; et. je ne 
ferai que traduire la pensée de nos élèves, de leurs parents et 
de leurs maîtres, en vous adressant, au nom de tous, les plus 
vifs remercîments. 

Nous savons, Monsieur le Président, quel grand intérêt vous 
portez à nos jeunes apprentis ; nous savons que, sous votre inspi- 
ration, des travaux manuels ont été organisés, des ateliers 
transformés ; nous savons enfin avec quelle autorité et quelle 
compétence vous présidez la Commission chargée de perfec- 
tionner notre enseignement professionnel. Pour tout le bien que 
vous avez déjà fait à cette Maison, pour tout celui que vous lui 
ferez encore, je suis heureux de pouvoir vous exprimer notre 
profonde reconnaissance. 

Il est une autre personne que je veux remercier d'être venue ; 



— 129 — 

c'est Monsieur le Docteur Peyron, directeur de l' Administration 
de l'Assistance publique, notre ancien directeur, qui nous revient 
aux jours de fête comme aux jours de deuil, et qui, l'an dernier, 
nous témoignait sa bienveillance en présidant cette cérémonie, 
heureux de voir prospérer et grandir entre les mains de son 
successeur la réforme qu'il a introduite dans notre Institution. 

Et vous, mères de famille, qui nous avez fait l'honneur de 
nous confier des êtres d'autant plus chéris qu'ils étaient plus à 
plaindre, soyez sans inquiétude en nous les ramenant. 

Ils trouveront dans cette Ecole toute une génération de 
maîtres jaloux de continuer les glorieuses traditions de leurs 
devanciers, et fiers de collaborer à l'œuvre qu'ont illustrée un 
apôtre comme l'abbé de l'Epée, un penseur comme Degérando, 
des instituteurs comme Bébian et Valade-Gabel. 

Marius Dupont. 



DEUX APPAREILS 

pour l'enseignement des sourds-muets en première année. 

Notice sur l'appareil n° 1. 

Ce petit instrument a pour but, comme l'indique son titre, 
d'enseigner aux sourds-muets commençants la distinction des 
trois époques : Hier (le passé), aujourd'hui (le présent), demain 
(l'avenir). 

Le jeu en est très simple ; il suffit de tourner une fois par 
jour le bouton de droite : les noms se changent d'eux-mêmes. 
Au milieu de la journée, on tire le bouton inférieur qui amène 
le mot soir. 

L'instrument peut être mis en usage dès les premiers mois 
d'articulation, aussitôt que les élèves sont capables de lire les 
mots qui le composent. 

L'appareil se place contre un mur, de manière que les sourds- 
muets l'aient naturellement devant les yeux. Ils s'accoutument 




es 
© 



— 131 — 

peu à peu à voir, à lire les expressions relatives à ohaque époque. 
Hier, c'était. . . , aujourd'hui, c'est. . . , demain, ce sera. . . 

On a soin de leur faire lire souvent chaque formule, mais 
principalement celle du jour présent. Ce sera même le premier 
exercice écrit de la journée. 

Il est bon d'appeler l'attention des élèves sur une circonstance 
particulière à certain jour, comme: dimanche, messe; jeudi, 
promenade; ou telle autre propre à chaque établissement. 

Le retour périodique des jours avec les circonstances qui les 
distinguent se grave dans la mémoire de l'enfant ; il ne tarde 
pas à comprendre cette succession hebdomadaire. 

On arrive bientôt à pouvoir lui adresser la simple question : 
Quoi, aujourd'hui? Il répond par la formule du tableau. Aujour- 
d'hui, c'est. . . 

Quant aux expressions hier et demain, elles s'apprennent de la 
même manière, par le nom du jour, et par le fait qu'il rappelle. 

Pour s'assurer que les élèves comprennent, on tourne le bou- 
ton de manière à cacher les noms des jours, et on leur adresse 
les questions du tableau. (*) 



Notice, sur l'appareil h° 2. 

Sous le mot maintenant, est écrite l'expression c'est ; un peu 
plus bas apparaissent, à volonté, les noms d'actions faites en 
différents temps. 

A l'aide d'un bouton latéral, on fait venir le nom de l'action 
du moment. Ce nom, changeant en même temps que l'action, 
fait comprendre à l'élève que le moment présent ou maintenant 
est fixé, déterminé par l'acte qui s'accomplit. 

' On a choisi pour exemples les trois repas : déjeuner, dîner, 
souper, et la récréation qui les suit ordinairement. L'instrument 
étant placé au réfectoire, bien en regard des élèves, on leur fait 
lire la formule relative au repas du moment. Maintenant, c'est..* 



(*) L'instrument est bien conditionné : cadre noir avec filet doré; mécanisme 
solide et enfermé par un verre d'un côté, et un carton de l'aut»e. 



— 132 - 

le déjeuner. Le tableau reste exposé à leurs regards pendant tout 
le temps du repas. 





Apparjeil 

four foi*** c#mpr#rwirp mu S-M. If mpinrnt dn l|| 

| t?t»p5 PBESINT j 

Maintenant 

c'est 




le Dîner 


■■1 1 





A la fin, et au moment de la sortie, on tourne le bouton pour 
amener le mot récréation. Et ainsi pour cbaque repas. Les 
sourds-muets apprennent bien vite le nom dé l'exercice du 
moment. 

Alors on peut leur adresser cette simple question : Quoi, main- 
tenant? Ils doivent répondre : Maintenant, c'est le dîner...; 
c'est la récréation; c'est. . . 

Quand ils ont compris pour les repas et la récréation, il est 
facile, sans instrument, de leur apprendre le nom des autres 
exercices de la journée. (*) 

F... P... 



(*) Mêmes conditions que le n° -4 : cadre, verre, carton. 



— 133 — 



LE SURMENAGE INTELLECTUEL 



L'Académie de médecine vient de consacrer un certain 
nombre de séances à discuter cette question intéressante. Certes, 
nombre d'écoles pourraient prendre comme modèle nos Institu- 
tions de sourds-muets où la plupart des réformes accomplies 
dans l'enseignement ont été faites depuis fort longtemps ; nous 
ne citerons en passant que les méthodes de lecture, les leçons 
de choses, l'enseignement de la géographie, etc. Toutes les 
réformes réclamées aujourd'hui par l'Académie de médecine sont 
faites à l'avance dans nos écoles; cependant, nous croyons bon 
de mettre sous les yeux de nos lecteurs les conclusions qu'elle a 
adoptées dans sa séance du 9 août ] 887. La question du sur- 
menage intellectuel doit encore être traitée prochainement dans 
un Congrès d'instituteurs, à Paris. Nous ferons également 
connaître à nos lecteurs les résultats de cette nouvelle discus- 
sion. 

Ad. B. 

« L'Académie de médecine appelle l'attention des pouvoirs 
publics sur la nécessité de modifier, conformément aux lois de 
l'hygiène et aux exigences du développement physique des 
enfants et des adolescents, le régime actuel de nos établissements 
scolaires. 

« Elle pense : 

« Que les collèges et lycées pour élèves internes doivent être 
installés à la campagne. 

« Que de larges espaces, bien exposés, doivent être réservés 
pour les récréations. 

« Que les salles de classe doivent être améliorées au point de 
vue de l'éclairage et de l'aération. 

« Sans s'occuper des programmes d'études dont elle désire 
d'ailleurs la simplification, l'Académie insiste particulièrement 
sur les points suivants : 



— 134 — 

« Accroissement de la durée du sommeil pour les jeunes 
enfants ; 

« Pour tous les élèves, diminution du temps consacré aux 
études et aux classes, c'est-à-dire à la vie sédentaire et augmen- 
tation proportionnelle du temps des récréations et exercices ; 

u Nécessité impérieuse de soumettre tous les élèves à des 
exercices quotidiens d'entraînement physique proportionnés à 
leur âge (marches, courses, sauts, formations, développements, 
mouvements réglés et prescrits, gymnastique avec appareils, 
escrimes de tous genres, jeux de force, etc.) » 



NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds - Muets 

INSTITUTION DE CURRIÈRE 

SAINT- LAURENT- DU -PONT (ISÈRE) 
Dirigée par les Frères de Saint-Gabriel 



Currière est une des plus gracieuses solitudes du désert de la 
Grande-Ohartreuse. En quittant Saint-Laurent-du-Pont, pour 
monter au monastère, le voyageur trouve à droite une route 
belle et facile, où une heure de marche le conduit sur un char- 
mant plateau : une verte prairie, des sources abondantes, une 
eau limpide, l'air pur de la montagne, les grands sapins des 
Alpes, leur frais ombrage et leur parfum, rien ne manque à ce 
site enchanteur. 

Jusqu'à la fin du XVII e siècle, il y avait à Currière tous les 
lieux réguliers que l'on trouve dans une maison de Chartreux ; 
l'église possédait des stalles remarquables que l'on admire main- 



— 135 — 

tenant dans l'église do Saint-Laurent-du-Pont. Vers 1700, Dom 
Le Masson fit abattre le cloître avec ses douze cellules qui for- 
maient un carré autour du cimetière, et fit rebâtir la maison 
sous une autre forme. C'est dire qu'elle a perdu tout son cachet 
spécial et cartusien. 

« Les solitaires de la Grande-Chartreuse, écrivait l'un d'eux en 
1816, s'étoient chargés depuis plusieurs siècles de l'éducation 
de douze enfants pauvres ou orphelins qu'ils nourrissoient et 
entretenoient. On les occupoii d'abord à filer la laine ou à 
dévider du fil, et quand ils avoient acquis les forces nécessaires, 
on leur faisoit apprendre un métier qui les rendoit capables de 
gagner leur vie et d'être utiles à la société. Les uns prenoient 
celui de charpentier, charon, menuisier, bourelier ; les autres, 
celui de mareschal, serrurier, boulanger, tailleur, tisserand, 
cordonnier; ceux-cy de masson, tuillier, tanneur, ferblanquier ; 
quelques-uns apprenoient la pharmacie, et s'il s'en trouvoit qui 
eussent l'esprit ouvert pour des sciences plus relevées, on les 
faisoit étudier. Quand ils éta ent formés à quelqu'un de ces 
métiers, ils alloient l'exercer où bon leur sembloit, et étoient 
remplacés par d'autres. Tous ces genres de travaux s'exerçoient 
en Chartreuse ( 1 ). » 

De. nos jours, au lieu d'une douzaine d'enfants parlants, les 
ER. PP. Chartreux nourrissent, entretiennent et instruisent 
gratuitement cinquante sourds-muets du département de l'Isère 
et des départements circonvoisins lorsqu'il reste des places 
vacantes. 

Vers 1860. le V. P. Dom Maurice Borel, commença l'instruc- 
tion de quelques sourds-muets du voisinage, et il s'occupa acti- 
vement de la fondation d'une Institution à proximité de la 
Chartreuse. Malheureusement, dans un voyage entrepris à pied 
dans ce but, il aggrava tellement le mal dont il souffrait d,éjà, 
qu'il fut emporté presque subitement, en avril 1870. 

L'œuvre fut aussitôt reprise par le V. P. Dom Marcel-Marie 
Grézier, procureur général de la Grande-Chartreuse qui, pour 
la mener à bonne fin, ne se' laissa décourager par aucune des 



(1) Tout ce qui précède est composé d'extraits choisis. 



— 136 — 

nombreuses difficultés inhérentes à l'installation d'une Institu- 
tion de ce genre, et qui, depuis, n'a rien négligé pour la faire 
proppérer. Il confia d'abord que'ques sourds-muets aux Frèie? 
de la Sainte -Famille qui dirigeaient l'école communale de 
Saint-Laurent-du-Pont. En 1875, M. l'abbé Rieffel accepta la 
direction de l'école des sourds-muets, et la transféra à Currière, 
en octobre 1876, avec des Frères du Sacré-Cœur comme pro- 
fesseurs. 

En 1877, les Frères de SainKGabriel furent appelés par les 
RR. PP. Chartreux pour prendre la direction de la maison. Ils 
appliquèrent à Currière la méthode mixte suivie dans leurs 
autres écoles. Cependant, dès 1879, après un voyage en Italie, 
où il avait pu constater à Sienne, à Milan, à Pavie et à Côme, 
les bons résultats de la méthode orale ; le Frère-Directeur fit 
commencer l'application de cette méthode. Les succès obtenus 
au bout d'une année d'essais eurent bientôt gagné à ee système 
les professeurs encore hésitants. Depuis lors, toutes les classes 
ont été successivement transformées. Les nombreuses félicita- 
tions de visiteurs distingués et de personnes très compétentes 
ont prouvé aux professeurs qu'ils n'avaient pas fait fausse route, 
et aHJourd'hui la méthode orale seule est plus en honneur que 
jamais. Les élèves emploient volontiers la parole; ils com- 
prennent que, pour eux, elle est le seul véritable moyen qui les 
mette en relation continue avec leur famille, et qui les rapproche 
delà sociétédont ils se trouvaient isolés forcément, par suite 
de leur infirmité. 

Pour être admis dans l'Ecole Saint-Bruno, les candidats 
doivent avoir 9 ans commencés, et n'avoir pas dépassé 13 ans 

Toute demande d'admission doit être adressée, soit au R. P* 
général de la Grande-Chartreuse, soit au Frère-Directeur de 
l'Ecole. 

Elle doit être accompagnée des pièces suivantes : 

1° De l'extrait des registres de baptême ; 

2° De l'extrait des registres de naissance ; 

3° D'un certificat d'un médecin constatant que l'enfant a été 
vacciné, et n'a d'autre infirmité que la surdi-mutité ; 

4° D'un certificat constatant que les parents ne peuvent payer, 
dans une Institution, la pension de leur enfant; 



— 137 — 

5° D'un engagement signé des parents de ne pas retirer leur 
enfant avant qu'il n'ait fini son cours d'instruction. 

Des ateliers de tailleurs, de cordonniers et d'imprimeurs sont 
ouverts dans l'Institution afin de faciliter aux élèves, selon leurs 
aptitudes, l'apprentissage d'un état qui' les met à même de 
gagner honorablement leur vie. La septième année est spécia- 
lement consacrée à cet apprentissage. 

A la fin de son cours d'instruction, chaque élève reçoit un 
habillement complet et un petit trousseau. 

Après sa sortie de l'Institution, l'élève continue d'être l'objet 
de la sollicitude du Directeur de l'Ecole qui s'occupe de lui 
faire compléter son apprentissage, et, s'il en est besoin, l'aide à 
se placer chez de bons patrons. 

Tous les deux ans, à l'époque des vacances, les anciens élèves 
sont invités à se réunir à Currière pendant quelques jours pour 
se retremper dans la pratique de leurs devoirs religieux. L'appel 
est généralement bien accueilli ; ils sont heureux de se revoir et 
témoignent, avec leur reconnaissance, le désir de se réunir 
encore. 

P. L. 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
FRANCE 



P. . . Les Ecoles de sourds- muets. La Question du transfert. 
In-8, 19 p. Bordeaux. Goussau et F. Coustalat, 
20 juillet 1887. 

« Depuis une dizaine d'années déjà, tous ceux qui s'occupent 
« d'une manière suivie de l'éducation intellectuelle et prcfes- 
« sionnelle des sourds-muets, s'attendent à voir paraître, au 
« moins une fois l'an, dans l'un des journaux de Paris, un petit 
a article à sensation sur le transfert des écoles de sourds-muets 
« du Finistère de l'Intérieur au Ministère de l'Instruction 
« publique. » 



— 138 — 

C'e3t ainsi que commence la brochure très intéressante que 
nous venons de recevoir. 

Cette année, nous dit l'auteur, c'est le journal « La France » 
qui attachait le grelot par la plume de son éminent chi-oniqueur, 
M. F. Sarcey {La France, 9 juillet 1887); il faut y ajouter 
« Le Rappel » {lundi 18 juillet 1887) qui publiait aussi un 
article identique, signé F. Montargis. La question n'est pas 
nouvelle ; elle a été envisagée sous toutes ses faces, et nos lec- 
teurs n'ont pas oublié sans doute les ouvrages si consciencieux 
de notre excellent collaborateur et ami, M. Théophile Denis, 
auxquels nous les renvoyons bien volontiers. 

Le travail que nous annonçons aujourd'hui envisage la ques- 
tion sous un jour aussi nouveau qu'inattendu. Nos lecteurs vont 
pouvoir en juger. 

Dans les deux articles que nous signalons plus haut, il est 
question d'un jeune homme se présentant au conseil de révision : 
il lit sur les lèvres du Président du Conseil, répond par la 
parole, et laisse le conseil rêveur, stupéfait, et si peu convaincu 
de la surdité, qu'il exige des certificats du directeur de l'école 
où le jeune conscrit a été instruit, d'un médecin et du patron 
du jeune ouvrier. Il s'agissait, cette fois, de M. P. Picard. 
(Nous aurions pu, de notre côté, raconter le même fait pour un 
autre conscrit; mais comme celui ci était muni d'un certificat 
en règle du directeur de son Institution, le Conseil n'avait plus 
rien à demander.) Ajoutons que les deux journalistes parisiens 
qui nous donnaient ce compte-rendu inséraient en même temps 
une lettre du jeune sourd à son directeur, n'oubliant de dire 
ni l'un ni l'autre qu'ils l'empruntaie nt à un de nos confrères 
qui ne la publiait lui-même que quinze jours plus tard. (Après 
tout, ces Messieurs reçoivent peut-être le journal en épreuves.) 

Tel est le point de départ choisi par M. F. Sarcey pour 
demander à nouveau le transfert des Institutions de sourds- 
muets. 

C'est toujours avec peine que nous voyons un journaliste 
semer de bonne foi dans le public des erreurs contre lesquelles 
les professeurs de sourds- muets ne peuvent protester. Il serait 
pourtant bon de savoir que de tout temps les écoles de sourds- 
muets ont été des établissements d'instruction, et non des hos- 



— 139 — 

pices, comme le dit l'émineut chroniqueur de La Francs Si 
l'abbé de l'Epée vivait, au moins ses écrits sont là pour le rem- 
placer, il ne manquerait pas de réclamer lui-même ; c'était une 
école qu'il fondait, et non un hôpital, et avant lui, quoi qu'en 
dise M. F. Sarcey, il n'y avait ni hospice ni maison, pour 
recevoir ces malheureux; pardon, j'oubliais celle de De Fay ; et 
encore cette école n'avait-elle rien de commun avec l'hôpital, 
D'Azy d'Etavigny, qui avait eu ce vieux sourd-muet pour 
premier maître avant Pereire, était sorti de sa maison après 
avoir reçu une certaine instruction. 

Ceci dit, revenons à notre brochure ; l'auteur rapporte une 
conversation qu'il vient d'avoir avec un de ses confrères, un 
homme de la p-irtie, nous dit-il ; nous voudrions donner cette 
conversation en entier, et surtout la très amusante supplique 
que ce spirituel confrère propose d'adresser au Ministre de 
l'Jntcrieur; mais ne voulant pas abuser de nos lecteurs, et les 
renvoyant d'ailleurs à la brochure, nous nous contenterons de 
citer la conclusion pratique qu'il indique, afin d'éviter à tout 
jamais le transfert. 

« Et pour cela, que faut-il faire, nous demanderez- vous 
« peut-être, Monsieur le Ministre ? Oh ! une chose bien simple, 
« à notre avis. Que Votre Excellence veuille bien prendre un 
« bon petit arrêté appelant MM. X, F, Z, à la tête de ne s 
« grandes Institutions nationales. Qu'elle crée, en même temps, 
« .une direction supérieure, comme qui dirait une place de 
« grand Lama de la surdi-mutité pour M. Trois-Etoiks et deux 
c ou trois inspections générales pour MM. Chose, Double W et 
« Machin. Huit ou dix places en tout, nous n'en demandons 
« pas davantage. » 

« Allons, Monsieur le Ministre, un peu de courage, une petite 

signature, s'il vous plaît. » 

Ad. B. 

Ecole de sourds-muets entretenue par les RR. PP. Char- 
treux à Currière. Distribution solennelle des prix, le 
1er a oût 1887. In-8, 14 p. 

Théophile Denis. — Les Conseils généraux et les Institu- 
tions de sourds-muets. In-8, 24 p. Paris, Berger-Levrault 
et C'e, 1887. 

Nous avons signalé ce travail important de notre collabora- 



— 140 — 

teur et ami dans le numéro de juillet de la Revue française. Si 

nous ne savions toute la peine qu'il a coûté à sou auteur, nous 

formerions des vœux pour que ce travail fut continué chaque 

année ; nous arrivons à croire cependant qu'il ne s'en tiendra 

pas là. 

Ad. B. 



ITALIE 



Alla cara e venerata memoria del sacerdote Dottor don 
Augusto Cesare Gualandi. In-8, 16 p. Bologne, avril 1887. 

Nous avons annoncé, au mois de février dernier, la mort de 
l'abbé Gualandi ; la brochure que nous venons de recevoir nous 
permet de revenir un instant sur la mémoire de cet homme de 
bien qui fut un des meilleurs instituteurs italiens. Fondateur 
de l'Institution de Bologne, l'abbé Gualandi avait consacré sa 
vie aux sourds-muets, et peut être appelé un de leurs bienfai- 
teurs. Devenu depuis longtemps un des meilleurs partisans de la 
méthode orale, il publia en 1879 un travail sur cet enseigne- 
ment : Note sulla linga italiana considerata nella sua fonazione 
in ordine al fonico inseignament délia parola al nrtosardo. La 
mémoire de l'abbé Gualandi sera conservée pieusement par tous 
ses confrères italiens qui regrettent en lui et l'instituteur dis- 
tingué, et l'apôtre zélé. 

Ad B. 



EULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE INTERNATIONAL 



Th. Etteb. — Die Taubstummen und Ihre Wohlthâter. Le» sourde- 
muets et leurs bienfaiteurs. Leipzig, chez Walluaann 1887. 

M. Hill. — Elemèntar-Lese-und Sprachbuch fur Taubstumme. Livre 
de lecture pour les sourds-muets, nouvelle édition par Fr. Koebrich. 
2 me volume ; 4-6" année scolaire. Leipzig, chez Merseburger 1887 

G. Riemann. — Erzaehlungen fur Taubstumme. Des contes pour les 
sourds-muets. 3 me volume. Leipzig, chez Grieben 1^87. 



— 141 — 

Griesingeit und Hibzel. — Recbenbûcher 1 u. II Ausgabe fur Sebù- 
ler und Leiirer. Livres cC arithmétique I et II. Edition pour les élèves 
et pour les maures. W. Langguth à Esslingeii (Wurttemberg) 1887. 

C. Renz 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



FRANCE. — Institution nationale de Paris. — La 

distribution des prix à l'institut de Paris a été cette année 
particulièrement intéressante. Cette cérémonie était présidée par 
M. Corbon, questeur du Sénat, président du conseil de perfec- 
tionnement de l'enseignement professionnel, à l'Institution na- 
tionale de Paris. Il nous serait difficile de donner les noms de 
tous ceux qui étaient venus apporter à l'école de Paris le témoi- 
gnage de leur sympathie ; nous citerons M. Ducrey, conseiller 
maître à la Cour des Comptes , président de la commission 
consultative, MM. Rihouet, conseiller maître à la cour des 
comptes et À. Martin, membres de la commission, M. le 
D r Peyron, directeur de l'Administration générale de l'Assis- 
tance publique, ancien directeur de l'Institution, M. Bourdin, 
M. Jacques, président du Conseil général de la Seine, M. le 
D r Regnard et M. Massabiau. Inspecteurs généraux. M. Fleury, 
sous-directeur au Ministère de l'Intérieur, M. Doniol. direc- 
teur de l'Imprimerie nationale, etc. Le discours d'usage a été 
prononcé par M. M. Dupont, professeur, nos lecteurs ont pu le 
lire plus haut. Dans une paternelle allocution, M. Corbon rap- 
pelle les progrès apportés depuis quelques années dans l'ensei- 
gnement professionnel à l'école de Paris et montre ceux qui 
seront réalisés d'ici peu. 

Après la proclamation des prix, commençant par un prix 
d'honneur (un legs donnant une rente annuelle de 393 fr. 
attribué cette année à l'élève Pons) M. Javal, le sympathique 
directeur de l'Institution pi-end la parole. « La distribution de 
cette année, dit-il, marque pour nous une date importante, les 
dernière enfants instruits par la mimique vont nous quitter et 



— 142 — 

la méthode orale pure sera devenue maitresse absolue de la 
maison. » En quelques mots, il rappelle les avantages de 
cette méthode, ses bienfaits, et trace dans une limite juste et 
sans aucune exagérations, quels en seront les résultats. C'est le 
beau côté de la médaille, ajoute-t-il, car cette méthode a ses 
exigences, elle coûte cher et c'est là certainement ce qui en a 
retardé l'application. Mais le Gouvernement a levé toutes les 
difficultés en accordant les crédits nécessaires et le Ministère 
de l'Intérieur est toujours à la' recherche des améliorations à 
apporter. Elle nous amène aussi une peine, dit-il en terminant, 
elle nous oblige à nous séparer de nos trois professeurs sourds- 
muets, MM. Théobald, de Tessières et Dusuzeau ; après avoir 
fait l'éloge bien mérité de nos trois collègues, il annonce que M.le 
Ministre de l'Intérieur les a nommés tous trois professeurs 
honoraires. 

Au cours de la distribution, M. le Président avait remis à 
M. Théobald. le diplôme d'officier de l'instruction publique et 
MM. Bélanger et Dupont celui d'officier d'académie, distinctions 
accordées par M. le Ministre de l'Instruction publique sur la pro- 
position du Ministre de l'Intérieur. 



* • 



Concours et examens à l'Institution nationale de'Paris. 

— Voici les résultats des concours et examens que nous annon- 
cions dans notre dernier numéro : 

1° Examen pour le passage des répétiteurs de 3* classe à la 2 e , 
Ont été déclarés admissibles : MM. Vivien, Chauvin, Giboulet, 
Legrand, Pautré, Virot, Danjou, Rolland, Richard, Hervaut, 
Dalbiat, Chassary, Dupuis, Boudin, Binon; 

2° Examen pour le passage des répétiteurs de la 2 e chsse à la 
l ro . Admissibles: MM. Voisin, Bertoux, Tournier, Fusiller. 

3° Examen pour C obtention dti titre de frofesseur-adjoint 
Admissibles : MM. Arnaud, Vauzelle. 



* 



143 



Institution nationale de Chambéry. — La distribution 
des prix aux élèves de cette Institution a eu lieu le vendredi 
12 août dernier sous la présidence de M. Du Grosriez, préfet 
de la Savoie. 



* 
* » 



Institution départementale de Saint -Claude -lez- 
Besançon. — Jeudi 4 août, à 3 heures du soir, la distribution 
des prix aux élèves de l'école départementale des sourds-muets 
a eu lieu à Saint-Claude dans le magnifique établissement des 
Frères des Ecoles chrétiennes. Cette touchante solennité ne se 
renouvelle pas sans attirer un nombre considérable de specta- 
teurs. La séance était présidée par M. Diény, secrétaire général 
de la préfecture du Doubs, ayant à ses côtés M. Regnauld, 
procureur général, et M. Bruand, maire de Besançon. 

. Nous avons remarqué dans l'assistance M. Boilloz, vicaire 
général, MM. les curés de Saint-Pierre, de Saint-Claude et des 
Chaprais, M. Guichard, président du tribunal, M. Brnsset, 
conseiller général de la Haute-Saône. 

Avant la proclamation, le Frère Romule, Directeur de l'Ecole, 
a prononcé un discours fort intéressant sur les commencements 
de l'instruction des sourds-muets, et des moyens de communi- 
quer avec eux pendant les vacances pour utiliser à leur profit 
ces premiers rapports avec la société. 

Pendant la cérémonie, plusieurs petites poésies ont été récitées 
très distinctement par les élèves. Les exercices de gymnastique 
surtout ont été très applaudis. La première section, celle des 
petits sourds-parlants, était commandée par un de leurs condis- 
ciples, le jeune Martin Gerlihg, boursier de la ville de, Dijon. 
La clarté des commandements, la promptitude des mouvements, 
comme aussi leur parfait ensemble, ont singulièrement étonné 
l'assistance. 

A la fin de la séance, M. le Président a pris la parole. Après 
avoir exprimé son admiration pour les progrès accomplis depuis 
l'abbé de TEpée dans l'éducation des sourds-muets, il a félicité 
les Frères des magnifiques résultats obtenus grâce à leur science 



— 144 — 

et à leur zèle infatigable. Les applaudissements chaleureux qui 
ont accueilli le discours de M. le Président prouvaient bien qu'il 
s'était fait l'interprète de l'admiration de tous pour ces vaillants 
champions de la charité. 

Au sortir, la foule, on peut le dire, s'est transportée dans les 
salles où étaient exposés les travaux des élèves : écriture, cahiers 
de devoirs, dessins, etc. 

Des classes, où étaient exposés les travaux scolaires, on pas- 
sait aux ateliers. Les divers ouvrages exécutés par les jeunes 
apprentis provoquaient l'étonnement des connaisseurs. On 
entrevoyait là d'excellents ouvriers pour l'avenir. 



Institution de Currière. — C'est le 1 er août dernier qu'a 
eu lieu la distribution des prix aux élèves de l'Institution 
entretenue par les KR. PP. Chartreux. Nous relevons dans le 
programme imprimé par les élèves de l'école un discoure par 
l'aumônier de l'Institution, des exercices classiques, des récita- 
tions de fables, et une petite pièce jouée par les élèves. 

• 

Institution de Lyon (Villeurbanne). — C'est sous la prési- 
dence de M . Bérard, conseiller municipal, que se faisait le 
31 juillet, cette année, la distribution des prix aux élèves de 
notre sympathique confrère de Lyon. M. Cambon, . préfet du 
Rhône y assistait accompagné de son secrétaire général. Le 
président après avoir donné la situation actuelle de l'école qui 
compte aujourd'hui 49 enfants, constate qu'elle a non-seule- 
ment les sympathies de la ville de Lyon et du département du 
Rhône, mais encore celles de l'Etat, qui vient de lui accorder 
une subvention. 

Après quelques exercices pratiques, M. Lacassagne, profes- 
seur à la Faculté de médecine de Lyon, fait une conférence 
ayant pour sujet : l'oreille et le sourd-muet au point de vue de 
l'anthropologie et de la médecine légale. 

# 



— 145 — 

Institution de Mantes. — Grâce au Conseil général, l'école 
départementale de Nantes, dirigée par les Frères de Saint-Ga- 
briel, possède un établissement des mieux aménagé ; c'est là que 
le 29 juillet dernier se faisait la distribution des prix sous la 
présidence de M. le D r Anbinais. Depuis 40 années membre de 
la commission de surveillance de cette institution. Les assistants 
ont pu pendant cette fête de famille, se rendre compte de la 
méthode employée pour l'instruction de nos élèves. Une véri- 
table classe avait été installée, le professeur, ses dix élèves, le 
tableau, les divers objets nécessaires à l'enseignement, rien ne 
manquait et le public a vu reproduire avec le plus grand intérêt 
les différents exercices faits par le maître pour donner la parole 
à ses enfants. 



# * 



Institution d'Elbeuf. — La distribution des prix avait lieu 
cette année, sous la présidence de M. Fromont, conseiller mu- 
nicipal, qui adressa à tous une paternelle allocution, suivie d'un 
discours sur l'éducation du sourd-muet, par M. Bizeuil profes- 
seur à l'établissement ; des exercices pratiques ont clos cette 
séance intéressante. 



* 
# » 



Nos artistes. — C'est encore un nouveau succès que nous 
enregistrons aujourd'hui à l'actif de nos artistes sourds-muets. 

Le jury du concours pour le monument du sergent Bobillot 
s'est réuni à l'Hôtel de Ville, après avoir donné le prix an 
projet n° 6, dont l'auteur est M. Auguste Paris ; il a accordé 
une mention honorable au projet n° 12, dont l'auteur est 
M. Paul Choppin, sourd-muet. Personne n'a oublié que M. Chop- 
pin e»t également l'auteur de la remarquable statue du l) r Broca, 
inaugurée ces jours derniers à Paris. 



* 



— 146 — 



Distinctions honorifiques. — Par arrêté de M. le Ministre 
de l'Instruction publique, en date du 15 juillet 1887 : 

M. Théobald, professeur à l'Institution nationale des sourds- 
muets de Paris, a été nommé Officier de l'Instruction publique. 

M. Ad. Bélanger et M. M. Dupont, professeurs à la même 
Institution, ont été nommés Officiers d'Académie. 



* * 



. Société centrale d'éducation et d'assistance pour les 
sourds-muets en France. — Tirage de la loterie. — La 

loterie de la Société centrale a été tirée, comme nous l'avons 
annoncé le 31 juillet dernier. Nous donnons ci-dessous les 
numéros ayant gagné les cinq gros lots ; nous y avons ajouté la 
liste des numéros gagnants pris par nos lecteurs et amis. Les 
personnes qui désireraient avoir la liste complète peuvent 
s'adresser à M. le D r Ladreit de Lacharrière, secrétaire général 
de l'œuvre, 1, rue Bonaparte, à Paris, ou à M. Bélanger, 
membre du Conseil, 16, rue des Fossés-Saint-Jacques. 

Gkos Lots 
N cs 1 . Vase de Sèvres N° du billet gagnant, 2878. 

— 2. — — 1846. 

— 3. Coupe de Sèvres — 3474. 

— 4. 6 gravures, Sainte-Geneviève. — 2132. 

— 5. Paire de vases de Sèvres. . . — 868. 



Billet n° 305. Une paire de vases à fleurs (lot n° 10). 

— — 319. Deux volumes. 

— — 327. Deux pots de pommade en Baccarat (lot n° 69). 

— — 337. Un moutardier (lot n° 55). 

— — 348. Une paire de pantoufles en tapisserie (lot n° 1 63) . 

— — 351. Un porte-cigare (lot n° 351). 

— — 361. Une gravure (lot n° 144). 

— — 380. Un éventail (lot n° 315). 

— — 381. "Porte-allumettes (lot n° 218). 

— — 392. Une théière. 

— — 3002. Encriers bleu et blanc (lot n° 300). 

— — 3019. Une gravure (lot n° 140). 



— 147 — 
Billet n° 3024. Porte-allumettes (lot n° 213). 
— — 3016. Un ceudrier (lot n° 418). 



BELGIQUE. — Institution de Bouge-les-Namur. — 
Cet Institut fut fondé à Namur en 1840 par un sourd-muet 
français, M. Achille-Louis Gourdin, élève de l'abbé Sicard. 

Quelques années auparavant des tentatives avaient été faites 
par un curé de Namur, l'abbé Mainsart, pour doter cette ville 
d'un asile aussi précieux ; mais le manque de ressources d'abord, 
la mort du fondateur ensuite, avaient par deux fois renversé ce 
projet. 

En 1840, M. Gourdin, cédant à de hautes sollicitations. Tint 
se fixer à Namur. Ses débuts furent modestes : quelques enfants 
des deux sexes, abrités dans une petite maison bourgeoise louée 
à cet effet. Bientôt après l'Institut étant plus connu, et les élèves 
devenant plus nombreux, M. Gourdin n'hésita pas à vendre les 
propriétés qu'il avait en France pour installer plus convena- 
blement ses élèves dans un plus vaste local. Pendant trente- 
deux ans, cet homme infatigable consacra à son œuvre sa per- 
sonne et ses biens. Seul pour instruire et former ses chers 
sourds-muets, il dut souvent prendre sur ses nuits pour suffire 
à ses nombreux travaux. Par sa bonté et son affabilité il sut 
s'attirer tous les cœurs; ses élèves l'aimaient et le vénéraient 
comme un père. En 1872, cet homme généreux mourut laissant 
à ses enfants adoptrfs un digne continuateur de son zèle, dans 
la personne de son fils, M. Louis Gourdin. Celui-ci ne recula 
devant aucun sacrifice pour développer une œuvre si laborieu- 
sement commencée. Malheureusement sa santé chancelante ne 
put supporter tant de fatigues ; il ne survécut que cinq ans au 
fondateur de la maison, léguant à sa veuve son amour et son 
dévouement aux sourds-muets. Cette dernière accepta sans 
hésiter la lourde charge qui lui incombait; elle ternit coura- 
geusement à l'œuvre, et bientôt elle eut la consolation de voir 
ses efforts couronnés de succès. En quelques années le nombre 
de ses élèves fut doublé, les locaux devinrent insuffisants ; c'est 
alors que M 1 "* Gourdin songea à transférer son Institut dans 



— 148 — 

une propriété qu'elle avait à Bouge. Elle y fit construire un 
bâtiment vaste et salubre, aménagé en vue de l'instruction des 
sourds-muets des deux sexes et au mois d'octobre 1880, elle y 
installa définitivement ses pensionnaires. 

Aujourd'hui M me Gourdin peut se sentir heureuse au milieu 
de ses 110 élèves qni la chérissent comme leur mère. Depuis 
trois ans. sentant la charge trop lourde pour elle-même, elle 
s'est adjoint dans la personne de M. l'abbé Hubert, un ferme 
soutien qui la seconde de tout son pouvoir. Leurs efforts mutuels 
ont mis l'Institut de Bouge à la hauteur des établissements 
similaires de la Belgique. L'enseignement y est donné par des 
professeurs capables et dévoués, suivant les méthodes d'iirticu - 
lation les plus récentes. Non seulement les sourds-muets reçoivent 
une éducation morale et intellectuelle qui les rend à la société, 
mais encore des ateliers annexés à l'Institut leur permettent 
d'apprendre un métier suivant leur goût et leur inclination; au 
sortir de l'Institut, ils sont à même de gagner leur vie et de se 
suffire. 

L'œuvre est définitivement assise; le grain de sénevé est 
devenu un grand arbre. M mc Gourdin peut désormais espérer 
qu'après elle, ses enfants ne seront pas orphelins; ils trouveront 
en M. l'abbé Hubert un père, digne continuateur des traditions 
de dévouement de la famille Gourdin. 

# * 
Ouvrages et journaux reçus depuis le dernier numéro. 

— P. . . La Question du transfert. — Théophile Denis. Les 
Conseils généraux, etc. — J.-G. Forchhammeb. Le Phonos- 
cope. — Ecole de Carrière. Distribution des prix. — Le Petit 
Lyonnais, 1 er août 1887. — L'Industriel Elbeuvien, 4 août 1887. 

— Le Petit Nantais, 7 août 1887. — Courrier de Bruxelles, 
8 août 1887. 

* 

A la sollicitation de plusieurs de nos amis, nous accep- 
terons pour les six mois restant à partir du 1er octobre 
prochain, des abonnements au prix de 5 francs. (Prière 
d'envoyer dans ce cas un mandat-poste à M. Ad. BELAN- 
GER, directeur de la REVUE, 16, rue des Fossés-Saint- 
Jacques.) 

Paris Imp. Pelluard, 2]2 t rue £aint-1ac^ues 



Librairie Paul RITT1, 21, rue de Vaugirard, Paris 

La Revue française paraît le l L ' r de chaque mois. 

Abonnement pour la France, un an, 9 fr. 

— pour l'étranger 10 fr . 

S'adresser pour les abonnements et la rédaction à 
M. Ad. Bélanger, 16, rue des Fossés-Saint-Jacques. Paris. 



En vente : l rc année 1885-86, un vol 4 fr. 

2 ,ne année 1886-87, un vol 9 fr. 

Les abonnements partent du 1 er avril de chaque année. 



LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

X3»x* J- Hugentobler 

Directeur de ^Institution des Sourils-Mucts de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 



DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

par le Dr J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. 1 fr. 50 



Librairie Paul BI'J'TI 
21, rue de Vaugirard, Paris 



Ad. Bélanger. — Historique des méthodes à l'insti 
tution nationale de Paris, 1883 {épuisé) 

D r Peyron et Ad. Bélanger. — Catalogue de la Biblio- 
thèque de l'Institution nationale des sourds-muets 
de 'Paris, l re partie, 1883 (épuise) 

D r Ladreit de Lacharrière et Ad. Bélanger. — Troi- 
sième Congrès national pour l'amélioration du 
sort des sourds - muets (Congrès de Paris 1885) 
Compte-rendu Prix 4 fr . 

Ad. Bélanger. — Etude bibliographique et iconogra- 
phique sur l'Abbé del'Epéc, 1886. 

Edition sur papier du Japon Prix 10 fr. 

— — de Hollande ... — 5 — 

Ad. Bélanger. — Revue bibliographique internationale 
de l'éducation des sourds-muets. 

l re année Prix 4 fr . 

Ad. Bélanger. — Revue Française de l'éducation des 
sourds-muets. 

2 me année, in-8., 288 p Prix y fr. 

Paris. — Imp. Pelluaril rue Saint-Jacques, 212. 



; 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 




-S&-» -<', 



REVUE FRANÇAISE 



DE I, EDUCATION 

des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION UE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris. 
Membre de la Société des Etudes historiques 



Troisième Année. — N° 7. - 1 er Octobre 1887. 



SOMMAIRE. — O. Claveau. Des équivalences de position de la langue dans l'aiticu- 
lation de certains éléments phonétiques. — Ad. Bélanger. L'éducation auricu- 
laire des sourds-muets (suite). — Vue de l'institution des sourds-muets de Saint- 
Claude-lez-Besançon. — Le surmenage intellectuel. — Revue des Journaux Etran- 
gers. J. Hugentobler. Organ der Taubstummen Anstallen. — Bibliographie 
Internationale Ad. B. France. Allemagne. Australie. Angleterre. Belgique. 
Brésil. Etats-Unis. — Bulletin Bibliographique International. C. Kenz. 
Allemagne. — W. Van-Praagh Angleterre. Etats-Unis. — Informations 
ft Avis Divers. France. Institution de Cliambéry. — Deux appareils pour les 
sourds-mucK — Nos artistes. — Un nouveau journal. — Belgique. Institution de 
Woluwe St-Lambeit, BercLem Ste-Agathe. etc. 




PA RIS 

Librairie Paul RIÏTI, 21, Rue de Vaugiisrd 



I 8B7- I 888 ... 

1 J . Jl\ 



wC- 



-&~^=$* 



PRINCIPAUX COLLABORATEURS DE LA REVUE FRANÇAISE 



MM. 

Alard, professeur-archiviste à l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

André, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Baudard, directeur de l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Chambéry. 

Bocquin, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muets de Paris. 

Bompard, professeur à l'Institution natio- 
nale des Sourds-Muels de Chambéry. 

Bourse (Chanoine), directeur des Institu- 
tions de Sourds-Muets de Saint-Mcdard- 
les.-Soissons et de Laon. 

Capon, Directeur de l'Institution d'Elbeuf. 

Cavé-Esgaris, directeur de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Bordeaux. 

Champmas, professeur-bibliothécaire à 
l'Inst. nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Claveau (0.), inspecteur-général hono- 
raire des établissements de bienfaisance. 

Coldefy, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Comte, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 

Delaplace (l'Abbé). 

Denis (Théophile).. Homme de Lettres. 

Dubranle, censeur des études de l'Insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Dupont, professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-Muets de Paris. 



MM. 
Goislot (l'Abbé), aumônier de l'Institution 
nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Grégoire, professeur à l'Institution dès 
Sourds-Muels de Bercheni-Sainte-Agathe. 

Grosselin, chef du service sténographique 
à la Chambre des Députés. 

Huber (A.), professeur. 

Hugentobler. J. directeur de l'Institution 
des Sourds-Muets de Lyon. 

Huguenin, professeur de dessin à l'Insti- 
tution nationale des sourds -Muets de Paris. 

Mettenet, directeur de l'Institution des 
Sourds-Muets de Bourogne. 

Pierre-Célestin (Frère), professeui. 

Pustienne, receveur-économe à l'insti- 
tution nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. 

Rattel D'\, médecin-adjoint de l'Institu- 
tion nationale des Sourds-Muets de Paris. 

Raymond, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Rohart fl'Abbé), professeur à l'Institution 
des Sourds-Muets d'Arras. 

Théobald, professeur à l'Institution na- 
tionale des Sourds-Muets de Paris. 

Tourgis (Edm.). 

Valade-Gabel, ancien censeur des éludes 
de l'Institution nationale des Sourds-Muets 
de Paris. 



M. le D r Alings, directeur de l'Institut des Sourds-Muels de Groningue. 

M. C. Renz, Conseiller royal, Stuttgart (Wurtemberg). 

M"« Segerstedt, directrice d'une école de Sourds-Parlants, à Stockholm. 

M. Van-Praagh, directeur de l'Association foi- the oral instruction of Ihe Deafatul 
Dumb, Londres, 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rapportant à l'éducation 
des sourds-muets, dont deux exemplaires auront été envoyés au 
iournal. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des S o u r d s -M u. et s 
3 m ° année. — N° 7 Octobre 1887 



DES ÉQUIVALENCES DE POSITION DE LA LANGUE 

dans l'articulation de certains éléments phonétiques 



Je ne crois pas sans intérêt d'appeler l'attention des profes- 
seurs de sourds -muets sur quelques particularités remarquables 
concernant le mécanisme de l'articulation, et qui, jusqu'à pré- 
sent, n'ont pas été. que je sache, mises en lumière ou, tout- au 
moins, étudiées à un point de vue d'ensemble. Je veux parler 
des positions très différentes de- la lauguequi peuvent s'adapter 
à la prononciation d'un même son ou d'un même bruit, suivant 
la nature des articulations qui précèdent, et ceci en vertu de lois 
absolument générales, indépendantes des habitudes et de la con- 
formation individuelle de telle ou telle personne. 

Un auteur allemand, Techmer, partant d'une loi très connue 
et que l'on voit s'affirmer constamment dans l'étude des sciences 
naturelles, a posé avec raison en principe que, dans l'articulation 
des syllabes et des mots, les organes de la parole doivent tou- 
jours tendre à prendre le chemin le plus court « pour passer 
d'une station à une autre » (1). Toutefois l'énoncé de cette vérité 
n'implique pas en soi qu'un certain nombre d'éléments de la 
parole puissent avoir chacun plus d'une « station » distincte qui 
lui soit propre. 

C'est également un fait bien connn que, dans une même ré- 
gion d'articulntion , on peut, tout en faisant varier certains 



(1) Techmer. Phonétique, p. 75. 



— 150 — 

mouvements dans des limites pins ou moins étendues, obtenir 
des bruits à peu près identiques entre eux ; que le t, le k, par 
exemple, peuvent s'articuler un peu plus en avant, un peu plus 
en arrière. Dans cet ordre. d'idées. M. le processeur G. H. de 
Méyer, parlant des divers modes d'articulation de YR, a dit 
fort justement : « La diversité de tous ces modes d'articulation 
a moins d'utilité pour former des sous différents, qu'elle n'en 
a pour donner la facilité de prononcer YR de plusieurs façons. 
On peut dès lors choisir l'un ou l'autre mode, soit à raison de 
la nécessité d'associer l'R à tel ou tel son, soit à raieon des 
aptitudes individuelles ou des particularités nationales de pro- 
nonciation » (I). Le même auteur ajoute peu après que « dans 
la combinaison kl, la voyelle qui suit 17 détermine l'espèce de k 
à prononcer: le k formé en avant pour les voyelles qui appellent 
un rétrécissement dans la partie antérieure de la cavité buccale 
(»', é), le k formé à la partie postérieure de la voûte palatine 
pour les voyelles dans l'émission desquelles la cavité buccale 
doit être plus rétrécie en arrière qu'en, avant » (2). Je dois 
surtout avoir présente à la pensée la remarque importante qui 
a été formulée par J. Vatter, mais qui, dans l'esprit de l'au- 
teur, me paraît s'appliquer spécialement à la préparation 
simultanée de deux sons ou bruits à lier ensemble, comme daus 
la syllabe cou prise par lui pour exemple dans son exposition. 
« Les contacts des sons dans la syllabe, le mot, le discours, 
tendent, dit-il, à former des assortions intimes dont les 
conditions et la possibilité se trouvent déterminées par le 
caractère physiologique de ces sons, spécialement par le point 
de départ et le point de terminaison. Aussi arrive-t-il souvent 
que les voyelles comme les consonnes se comportent en ceci 
tout autrement que nous ne sommes habitués à l'observer 
dans la formation de ces sons pris chacun à part. » (3) 



(1) G, H. von Meyer. Unsere Spraeliwerkzeugc etc., p. 228 de la traduction 
domrêe par 0. Claveau sous le titre : Des organes de la parole. 

(2) G. H. de Mayer. Des organes dj la parole p. 13% 

(3) J. Vatlcr Methodiscli-praktischc Bemerkungen etc. (Remarques méthodi- 
ques et pratiques sur le premier enseignement de le parole aux sourds-muets) 
p. 35. 



— 151 — 

Ces diverses conceptions doivent être étendues et complétées 
et je me propose précisément de rechercher ici les principes qui, 
dans des circonstances données, commandent, sans laisser place à 
un choix plus ou moins personnel, l'emploi de tels ou tels pro- 
cédés offrant entre eux des traits notables de dissemblance, 
bien que tendant à produire la même impression auditive. 

Un exemple fera comprendre immédiatement ma pensée : 

Si l'on considère les deux séries de mots qui suivent, 

1" bébé, pipe, bu — espoir, isthme, bisque, vice ; 
2° Lunel,Tell, net, (u)tile, nul, leste, liste, (fa)neste, (ébé)niste. 
(ï)lûtiste, 

on i - emarque de la façon la plus certaine que les voyelles é, i. u, 
ainsi' que les groupes es. is, ne se prononceut pas du tout par 
les mêmes -moyens dans les mots de la première série et dans 
ceux de la seconde. 

En effet dans les mots de la première série (bébé, espoir, etc.), 
les voyelles é, i, n. et la consonne s s'articulent de la même 
façon que é, i, ti, s prononcés isolément, la pointe de la langue 
restant appuyée contre les dents inférieures et le dessous de la 
langue restant caché à la vue. 

Au contraire, lorsqu'on prononce dans les mots de la seconde 
série, la partie imprimée en italique, niste de \èbê)nisfe par 
exemple, la pointe de la langue ne quitte, pour ainsi dire, 
presque pas le palais et la face interne de la rangée des dents 
supérieures. En même temps, la partie visible de la langue est 
le dessous de cet organe. Et il en sera de même pour toute com- 
binaison phonétique dans laquelle la voyelle é, i, u, se trouve 
encadrée entre deux consonnes s'articulant avec la partie anté- 
rieure de la langue élevée vers le palais. De même aussi pour la 
consonne s lorsqu'elle s'intercale après la voyelle dans un groupe 
constitué comme il vient d'être dit : net, nest, dans les mots 
nette, (Ev)nesl; lit, list dans les mots (é)hte, liste; lut, liist 
dans les mots lutte, {Sa\)luste. et nous ne tarderons pas à recon- 
naître que l'expression des faits de ce genre comporte une for- 
mule encore plus générale. 



— 152 — 

L'articulation du son l subit, de son côté, comme l'a fait 
remarquer M. J. Vatter , des modifications en rapport avec la 
nature de la voyelle à laquelle cette consonne est associée. La 
pointe de la langue contribue d'une manière plus ou moins exclu- 
sive à intercepter le courant d'air expiré, selon qu'il faut, pour 
émettre la voyelle, ménager entre le palais et le dos de la lan- 
gue un espace de résonance relativement vaste, comme pour 
a, o, ou, selon que la formation de. la voyelle nécessite, au 
contraire, la constitution d'un résonateur étroit. Il faut observer 
d'ailleurs que le timbre obtenu pour 17 est plus sourd dans le 
premier cas. plus clair dans le second (1). 

La diversité qui peut se présenter dans le mode d'articulation 
d'un même son ou bruit dérive de la nature même des choses, 
étant donnée la nécessité de lier le pins possible les sons entre 
eux dans la parole. En effet, pour que deux sons se lient l'un à 
l'autre, il faut, suivant la loi énoncée par Winkeler et Sievers, 
•.que le début du dernier son corresponde avec la terminaison 
du premier, les mouvements d'articulation communs à ces deux 
sons n'ayant à s'opérer qu'une seule fois (2). Ou bien encore — et 
cette addition me paraît nécessaire pour viser tous les cas — il 
faut que l'articulation du dernier son puisse être préparée en 
même temps que celle du premier, le mouvement de préparation 
pour le dernier son fût-il d'ailleurs étranger au mécanisme à 
mettre en jeu pour la productiou du premier. Exemple : blé, 
pleine. Si la continuité de mouvements n'est pas réalisable, il y 
a forcément hiatus ou bien intercalation de sous étrangers (sons 
de transition). Aussi constatons-nous avec la dernière évidence 
l'impossibilité où l'on serait de prononcer couramment bien des 
mots {dénuder, destinée, distiller, dignité, Dulcinée, liciter, l'inu- 
tilité et tant d'autres) si, en les articulant, on cherchait à faire 
prendre à la langue pour le3 voyelles è, i, u la position que l'on 
doit garder lorsqu'on- veut prononcer ces voyelles isolément. Sur 



(1) J. Vatter, Metliodisch-praktische Bemerkungen etc. p. 28. 

Je me réserve d'étudier spécialement, dans un prochain travail les variétés de 
prononciation de \'L. Les résultats de cette étude me permettront d'expliquer 
quelques particularités philologiques importantes pour l'histoire ne notre langue. 

(2) Sievers cité par Vatter dans le mémoire dont le titre est donné à la note 
précédente. 



— 153 — 

Yé final, il est vrai, la langue s'abaisse : c'est qu'elle n'a plus 
rien à faire contre le palais, mais déjà l'oreille a perçu le com- 
mencement du son' è 'et la langue ne retomberait pas au contact 
des dents inférieure^, montrant sa face dorsale et s'approchant 
de la position de repos, si Yè se trouvait suivi d'une nouvelle 
consonne appelant au palais la partie antérieure de la langue. 

Il convient de faire remarquer que si l'on essayait d'émettre 
isolément les voyelles é, i u dans la position de Jangue requise 
pour prononcer, par exemple, teî, Nil, lune, on n'obtiendrait, 
même avec effort, qu'un médiocre succès. La voyelle n'apparaî- 
trait qu'à un diapason trop élevé et, en même temps, avec un 
son un peu étouffé, provenant surtout de ce que la langue in- 
tercepte le courant d'air buccal en son milieu. Pour que la ré- 
sonance caractéristique de chaque voyelle devienne claire en 
pareil cas, il faut qu'elle soit, pour ainsi dire, portée, sur un cou- 
rant d'air énergique préexistant à l'émission du son. C'est pré- 
cisément ce qui arrive lorsque vient de se produire le bruit 
continu ou le bruit explosif d'une consonne articulée arec la 
partie antérieure de la langue élevée vers le palais. 

Et alors se manifeste le phénomène important que j'ai men- 
tionné tout à l'heure à propos d'un è final dans les mots dénudé 
destinée, etc., h savoir: le retentissement de la voyelle qui se 
fait entendre dés avant l'abaissement de la langue, lors même 
que la langue doit s'abaisser promptement, soit pour prendre 
sa position de repos avec arrêt momentané de la parole, soit 
pour préparer la formation d'une nouvelle consonne s'articulant. 
celle-là, avec la pointe de la langue en bas. Dans ces cas, 
le retentissement se prolonge , soutenu par l'effet persis- 
tant du courant d'air buccal, mais il va sans le dire que, la 
forme de l'espace de résonance se modifiant à chaque instant, 
le timbre do la voyelle ne garde pas. durant l'évolution, une 
fixité absolue. Il devient d'autant plus caractéristique que la 
langue se rapproche davantage de la position normale qui cor- 
respond à l'émission de la voyelle isolée. 

En somme et au point de vue de la position de la langue, les 

sons è, i, u, lorsqu'ils sont précédés d'une consonne formée avec 

la partie antérieure de la langue élevée au palais, s'articulent, 

s'il m'est pei mii-d'em ployer cette expression, à V envers de ce 



— 154 — 

qu'il faudrait faire pour émettre ces sons isolément ou avec une 
consonne qui s'accommode d'une position abaissée de la langue. 
Des effets analogues peuvent être réalisés avec des voyelles plus 
ouvertes, c'est-à-dire dont l'émission claire «ige que la cavité 
buccale soit disposée comme un résonateur à dimensions plus 
larges que pour é, i. ti, mais le timbre de la voyelle est forcé- 
ment plus altéré, plus étouffé, tendant à se confondre avec le 
timbre assourdi que présente le son eu dans les mots le, te, ne. 

Quant à la consonne s, il eat facile de reconnaître, sans re- 
prendre les développements déjà donnés, que la région d'arti- 
culation de ce bruit se transporte de la rangée des dents infé- 
rieures à la rangée des dents supérieures lorsque l'a suit immé- 
diatement soit une voyelle articulée accidentellement avec la 
pointe de la langue élevée vers le palais, soit une consonne qui 
s'articule normalement avec la partie antérieure de la langue 
portée vers le palais. Cette dernière combinaison phonétique se 
rencontre rarement en français dans un mot isolé, maiR elle se 
trouve fréquemment réalisée dans la liaison des mots entre eux. 
Ex. : 77 s'était 

.Sans prétendre indiquer toutes les conséquences qu'on peut 
tirer de ces observations, je crois qu'il faut conclure d'abord, à 
la nécessité d'exercices à introduire systématiquement dans le 
plan des exercices de syllabation et ayant un double but : 

1° Faire connaître par voie d'expérience pratique aux élèves 
sourds les formes diverses sous lesquelles s'articulent et se pré- 
sentent à la vue, suivant les cas, des éléments de parole qui, 
malgré cette dissemblance des modes de prononciation, ré- 
pondent pour les entendants à la même impression auditive et 
reçoivent dans l'écriture la même transcription. 

11 est clair, par exemple, que si les deux combinaisons pho- 
nétiques pa et ap peuvent se déduire immédiatement l'une de 
l'autre, au point de vue du mécanisme de l'articulation et de la 
lecture sur les lèvres, on ne saurait logiquement faire passer les 
élèves sans préparation spéciale delà combinaison il à la com- 
binaison V, surtout si cette dernière est suivie d'une articulation 
formée derrière les dents supérieures : (é)/t7«, Lille). 

2° Donner aux sourds-parlants (non point par théorie, bien 
entendu) l'habitude d'employer en articulant, lorsqu'il y a un 



— 155 — 

choix à faire, le mécanisme particulier qui s'adapte le plus na- 
turellement à telle ou telle combinaison phonétique, 

Sans doute, chez un certain nombre d'enfants, l'observation 
plus ou moins consciente et prolongée, le. sens instinctif plus ou 
moins délicat des nécessités physiologiques, un reste d'habitude 
chez ceux qui ont entendu et parlé ont pu suppléer à des ensei- 
gnements méthodiques ; mais n'est-il pas tout indiqué qu'en face 
d'un principe général à mettre en application, il y aurait un 
avantage sérieux à diriger la pratique instinctive, à ne point se 
reposer sur l'éventualité toujours problématique et éloignée 
d'observations et d'expérience personnelle qu'on laisserait à de 
jeunes élèves le soin de recueillir spontanément ? Je suis con- 
vaincu que, dans bien des cas où des sourds parlants n'arrivent 
encore à émettre qu'une parole hachée et pénible, il faut cher- 
cher la cause de ce vice non pas seulement dans le peu d'habj- 
leté à régler la dépense du souffle expiré (défaut très grave et 
contre lequel il faut toujours être en garde), mais aussi dans le 
manque de dextérité et d'expérience au point de vue des adap- 
tations de mécanisme qui viennent de faire l'objet de mon 
étude. 

Je suis persuadé également que la pratique de plusieurs pro- 
fesseurs distingués doit avoir devancé la théorie que j'ai essayé 
de formuler. Rien ne me serait plus précieux que de voir mes 
idées personnelles trouver une confirmation dans l'assentiment 
de ces maîtres et emprunter à leur autorité un crédit qu'elles ne 
sauraient avoir par elles-mêmes. 

O. Claveau. 



— 156 



L'ÉDUCATION AURICULAIRE 



DES 



Sourds-Muets ;1) 

(Suite) 



Dans un premier article, nous pensons avoir montré la possi- 
bilité, prouvée par l'expérience, de rendre, à l'aide de l'oreille, 
des enfants sourds à la vie sociale. Nous voudrions examiner 
aujourd'hui, si cet enseignement; €st possible dans nos institu- 
tions, dans quelle proportion il l'est et quels sont ceux de nos 
élèves qui pourraient y participer. 

Les sourds-muets ne sont pas comme on le croit communé- 
ment, pour la plupart sourds de naissance, les statistiques nous 
montrent, selon les institutions, une proportion de sourds de 
naissance variant entre 21 % et 40 % et encore arrive-t-il sou- 
vent qu'un enfant déclaré par les parents sourd de naissance a 
pu le devenir peu après sa naissance. Parmi les enfants devenus 
sourds accidentellement, on voit que c'est le plus grand nombre; 
certains ont conservé un degré d'audition suffisant pour leur 
faire appliquer la qualité très-adoucie de demi-sourd, d'autres 
n'ont pas perdu l'ouïe d'une façon absolue. De plus, nous avons 
pu constater dans bien des cas qu'un enfant réputé sourd de 
naissance possédait cependant un certain degré d'audition. C'est 
ce degré possédé chez les uns et conservé en partie chez les 
sourds accidentels qu'il faudrait tout d'abord apprécier. 

Oui, nous répondra-t-on, il convientde le faire dès l'entrée des 
élèves à l'institution et on pourrait ajouter qu'il n'y a peut-être pas 
une institution qui ne le fasse. Nous ne. pouvons nous empêcher 



Vo'r Revue française, 2» année, n° 11, p. 249. 



— 157 — 

à notre grand regret de critiquer, cette manière de procéder et 
les médecins qui sont appelés à faire ces observations pourraient 
nous dire toutes les difficultés qu'ils rencontrent et combien ils 
sont impuissants à les surmonter. En effet, ces pauvres enfants 
depuis longtemps abandonnés, ne savent ce qu'on veut leur de- 
mander et leurs réponses (si l'on peut donner ce nom à leurs 
gestes nffirmatife ou "négatifs)- ne sont guère de nature à rensei- 
gner celui qui cherche à les interroger au début. 

Ce n'est que par tfne étude patiente et prolongée que le pro- 
fesseur arrivera au résultat désiré, c'est surtout pendant la pre- 
mière année que des expériences pourraient être faites dans ce 
sens aussi,' ne^verrions-nous sans aucun inconTénient les pro- 
fesseurs de ces classes avoir à leur disposition quelques cornets 
acoustiques qui pourraient les aider et faciliter leur tâche. 

Nous avons pu constater chez certains élèves, notés comme 
absolument sourds, un degré d'audition. suffisant pour distinguer 
lorsqu'on leur avait enseigné les voyelles, toutes ces lettres pro- 
noncées dans un cornet tandis que l'oreille seule n'y parvenait 
pas. Ce ne serait pas une. surcharge de travail pour le professeur, 
mais un moyen de plus à* sa disposition dans l'enseignement des 
voyelles et nous sommes persuadé qu'il obtiendrait ainsi des 
résultats auxquels il était loin de s'attendre. 

Nous pensons que si on comparait les observations faites à la 
fin de cette première année et celles prises an début de l'ins- 
truction, on trouverait, au point de vue de l'acuité auditiye, 
des résultats complètement différents. 

C'est donc à ce moment seulement que des mesures spéciales 
devraient être prises. lies élèves pourraient alors être divisés 
en plusieurs catégories : 

La première, plus nombreuse, comprendrait ceux chez les- 
quels le degré d'audition serait nul ou presque nul ; 

La seconde serait formée des enfants entendant les voyelles 
et les distinguant soit à l'oreille, soit dans un cornet acoustique. 

La troisième, la plus restreinte serait composée de ceux qui 
percevraient les voyelles et les consonnes soit à l'oreille, soit à 
l'aide d'un cornet. 

Si l'on comparait les'résultats acquis pour la netteté et la pureté 
de l'articulatioH, il est inutile d'affirmer que les derniers 



- 158 — 

seraient les premiers et que ceux qui n'auraient conservé au- 
cune sensation auditive n'arriveraient malgré les efforts de leurs 
professeurs qu'à de3 résultats inférieurs à ceux de leurs cama- 
rades. 

On a constaté souvent qu'un enfant sourd, habitué dès son 
jeune âge à la parole, arrivait à un résultat bien supérieur ayant 
été exercé à un moment où l'organe n'a pas encore pris l'habi- 
tude de l'inaction; nous pensons qu'il en ferait de même de 
l'oreille et nous sommes persuadé que des exercices gradués ra- 
mèneraient chez certains une sensibilité auditive inconnue. 

C*est une voie ouverte à l'expérience, nous espérons voir quel- 
ques-uns de nos confrères s'y engager et nous ■enregistrerions 
avec reconnait-sance les observations qui nous seraient trans- 
mises à ce sujet. Nous n'arriverons certainement pas à rendre 
l'ouïe aux sourds ; mais la proportion de ceux qui . profiteront 
de cette instruction dut-elle être très faible que nous ne nous 
estimerions pas moins heureux d'avoir ainsi rendu plus complè- 
tement encore à la société quelques-uns de ces infortunés. 

Ad. Bélanger. 



INSTITUTION 

de Saint-Claude-les-Besançon (Doubs) 



Xou3 avons publié dans la deuxième année de la Revue Fran~ 
çaïse, n° 9, p. 209, une notice sur l'institution de Besançon ; 
nous sommes heureux de pouvoir offrir aujourd'hui à nos lec- 
teurs une vue de ce bel établissement, en se rapportant à la 
notice dont, nous parlions plus haut, nos confrères pourront 
mieux se rendre compte de l'aménagement de cette école, qui 
est une des mieux intallées et qui répond à toutes les exigences 
de notre enseignement spécial. 

Ad B. 



— 150 -- 




— 160 



LE SURMENAGE INTELLECTUEL 



Nons avons donné dans notre dernier numéro (*), les déci- 
sions prises par l'Académie de Médecine au sujet de cette 
question, après une discussion assez longue. La même question 
était posée au deuxième ~Con grès national des instituteurs qui 
Tient de se tenir à Paris. Parmi les résolutions votées, nous 
trouvons les suivantes : 

« Les programmes actuels doivent être simplifiés. 

« Dans les écoles primaires, le surmenage existe et pour le3 
enfants et pour les maîtres. 

« Dans toutes les écoles primaires la durée de la journée sco- 
laire ne dépassera jamais plus de six heures. 

« Les exercices scolaires seront coupés par des récréations 
pendant lesquelles les enfants auront le droit de jouer librement. 

«• Aucun exercice scolaire n'aura- lieu le jeudi. 

« Les élèves du cours élémentaire n'auront à faire aucun de- 
voir dans leur famille. 

« Le cahier de devoirs mensuels sera supprimé. 

« Les écoles à un seul maître et les classes des écoles à plu- 
sieurs maîtres ne comprendront jamais plus de quarante élèves. 

« La simplification de l'orthographe est l'un des moyens 
d'éviter le surmenage. 

« Le Congrès émet le vœu que l'Académie française et l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres s'entendent pour la for- 
mation d' une-commission mixte chargée d'étudier les simplifi- 
cations rationnelles à apporter à l'orthographe. » 



(*) Voir Revue Française, 3 e année, n« 6 p. 133. 



161 — 



REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS 



ORGAN DER TAUBSTUMMEN-ANSTALTEN 

s" 8 à 12 (1886) 



Francfort S./M. — S. M. l'Empereur des Russres, vient de 
conférer l'ordre de Stanislas, IIP classe, à M . Vatter , direc- 
teur de l'institution de Francfort S./M. — Nos félicitations. 

A. Marquardt. — Le 25 août, est mort, à Berlinchen, à l'âge 
de 72 ans, et après une longue et douloureuse maladie, 
M. A. Marquardt, le.dévoué directeur de l'école de sour-ds-muets 
de l'endroit. 

Strasbourg. — L'école (externat) de sourds-muets de Stras- 
bourg, fondée en 1885, et confiée à la direction de M. Paul, 
rient d'être tranformée en un internat. Cette institution, qui rem- 
place aujourd'hui l'ancienne école de Schiltigheim, fondée par 
M . Kilian, est créée par une société de personnes et subventionnée 
par le Landesaus schuss de l'Alsace- Lorraine. Elle reçoit les 
enfants protestants des deux provinces et compte actuellement 
19 élèves, garçons et filles. Les pensionnaires sont reçus entre 
la sixième et la neuvième années révolues.; le cours d'instruction 
est de 8 ans. 

Lahr. — Mademoiselle Maria Sprenger l'une des deux ins- 
titutrices de renom qui , sous la direction de feu M. Arnold, 
ont valu à l'institution 4e Riehen (près Bâle, Suisse) une répu- 
tation européenne — le mot n'est pas de trop — vient d'ouvrir 
à Lahr, dans le grand-duché de Bade, une institution privée 
de sourds-muets pour les deux sexes. 

Berlin. — On a. fondé, à Berlin, Friedrichsstrasse, n° 10. 
une imprimerie de sourds-muets. Cette maison a pour but de 
réunir un certain nombre de sourds-muets adultes ; de les ini- 



— 162 — 

tier et de les perfectionner dans l'art typographique, sous la di- 
rection d'ouvriers passés maîtres dans le métier ; de prendre 
soin d'eux dans les bons comme dans les mauvais jours, et de 
leur procurer un travail régulier et rémunérateur. Les insti- 
tutions philanthropiques de Berlin ont assuré leur puissant 
patronage à cette œuvre aussi humanitaire que pratique. 

19 e Congrès, des Instituteurs de sourds-muets du Wur- 
tenberg et du grand duché de Bade, tenu à Gmund du 
26 au 28 avril 1886. 

M. Hirzel, l'éminent directeur de l'école de Gmund (Wur- 
tenberg) est élu président par acclamation. 

L'ordre du jour porte : 

1° Exercices pratiques (dans toutes les classes). 

2° Des examens périodiques (mensuels ou par quinzaine) 
dans les écoles de sourds-muets. Rapporteur : II. Willareth 
(Gerlachsheim) 

3° De l'articulation. Rapporteur: M.Vatter. (Francfort s./M.) 

4° Est-il nécessaire de vouer une attention spéciale au lan- 
gage de conversation dans les écoles de sourds-muets et comment 
cet enseignement doit-iT être donné ? Rapporteur : Griesinger 
(Esslingen). 

5° Organisation de l'asile industriel des sourdes-muettes de 
Gmund.' Rapporteur M. Hennc (Gmund). 

Rundschau. — M. Reuschert, notre honorable confrère 
de l'institution de Metz, termine l'année 1886 par sa chro- 
nique internationale, ou plutôtuniverselle. toujours intéressante. 
Il nous conduit par la Belgique, l'Angleterre. l'Italie, la Rnssie, 
les cinq parties du monde, et consacre une grande et belle page 
à la France et notamment à la mémoire du regretté F. Berthier. 

J. Hugentobler. 



163 - 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



FJIANCE 



Institution nationale des sourds-muets de Paris. Compte- 
rendu de la séance de distribution des prix. 8 août 1887. 
In-8, 55 p. Paris 1887. 

Institution nationale des sourds-muets de Chambéry. Dis- 
tribution des prix, 12 août 1887. In-8, 35 p Chambéry 
1887. 

Ii. Jullian. — Deuxième oonférence sur l'enseignement de 
la lecture et la correction des vices de prononciation, 
d'après la méthode naturelle. In-8, 40 p. Paris, Pelluard, 
1887. 

Ouvrage extrait de la Revue française de l'éducation des 
sourds-muets. (Voir 2 e et 3 e années). 



ALLEMAGNE 



Zehnter Bericht des Vorstandes des Vereins zur Befœr- 
derung des Taubstummen. Unterrichts zu Kœln {Dixième 
rapport du comité directeur de la Société de patronage pour l'enseignement 
des sourds-muets à Cologne) in-8, 35 p. Cologne 1887. 

Ce rapport embrasse la périoue du 22 novembre 1881 au 
12 mars 1887. Hâtons-nous d'ajouter qu'elle enregistre les dé- 
veloppements successifs de cette institution si bien dirigée par 
notre confrère M. Weissweiler. C'est d'abord une vue de l'insti- 
tution qui vient d'être réédifiée par les soins du comité; notons 
en passant que le nombre des membres de la •société de patro- 
nage s'élève en ce moment à 379 ; viennent ensuite les statuts 



— 164 — 

de la société et la liste des dons reçus pendant les six dernières 
années. 

L'institution Se Cologne compte aujourd'hui 75 élèves (3G 
garçons et 39 filles, 62 élèves sont catholiques, 11 protestants 
et 2 israélites ; l'instruction est donnée par le directeur, assisté 
de cinq professeurs et de deux institutrices, auxquels il convient 
de joindre les professeurs de religion et de dessin. La brochure 
se termine par l'horaire de l'institution. 

Ad, B. 



AUSTRALIE 



The Twenti-fourth annual réport of the committee of the 
victorian deaf and dumb institution (24 : rapport annuel de la 
Victbrian deaf and Dumb 'institution, pour l'année finissant le 30 juil- 
let 1886,i In-8, 34 p. Melbourne 1886. 

Le rapport nous donne d'abord une vue fort jolie de cette 
institution, gravée par M. Miller, ancien élève de l'établissement. 
Cette institution qui renferme 80 élèves a pour superintendant 
M. F. J. Rose, assisté de trois professeurs, dé trois institutrices 
et d'un professeur d'articulation. On trouve dans ceUe brochure 
la liste des dons et souscriptions, celle des élèves, etc. Les dé- 
penses pour l'année se sont élevées à 3.188 livres sterling 
(79.700 francs)'. 



ANGLETERRE 



Suzanna E Hull-Lessons in intuitive language from the 
pictures publisted by the educational supply association. 

■ (Leçons de langage intuitif d'après les images, publiée par la Educationa! 
supply. Association.) Petit in-8, 48 p. London. 

Ces leçons ont été écrites, nous dit Miss IIulI, dans le but 
d'aider les jeunes professeurs de sourds, ce petit livre est destiné 



— 165 — 

à être placé entre les mains des élèves. On y trouve des indi- 
cations utiles pour le professeur. Tous nos lecteurs connaissent 
Miss Hull et la part importante qu'elle prit au Congrès de 
Milan; le nouveau travail qu'elle vient de publier est le fruit 
d'une longue expérience et sera très apprécié de nos confrères 
anglais auquel il sera d'une grande utilité; nous le recommandons 
à ceux de nos lecteurs qui ont la connaissance de la langue 
anglaise. 

* * 

Association for the oral instruction of the deaf and dumb. 
School and training collège for teachers. Report 1886, 
petit in-8, 30, 1887. 

Nous renvoyons nos lecteurs à {l'article fort intéressant que 
notre excellent collaborateur efc ami M. W. Van Praagh a publié 
sur l'association qu'il dirige (v. Revue Bibliographique V e année 
n° 4, p. 49). L'institution compte actuellement 59 élèves (38 
garçons et 21 filles). 



* 



Report of the school for the deaf and Dumb, established 
at Llandaff. 1862, for the year 1885. {[{apport de l'Institution 
de Llandaff, pour l'année 1885], in-8, 31 p. London 1886. 

La situation de cette institution est restée sensiblement la 
même depuis notre dernier compte-rendu (v. Revue Française 
2 e année, n° 3. p. 66) Le rapport contient la liste des dons et 
souscriptions pour l'année 1885 ; ce sont les seules ressources 
de l'établissement et nombreux sont ceux qui ont voulu parti- 
ciper à cette œuvre de charité. 



BELGIQUE 



Charbonnier. — Institution de Berchem-Sainte-Agathe. 



— 166 — 

Rapport sur la situation morale et matérielle de l'Ins- 
tut pendant l'année 1S86, in-8, 15 p. 

Cet institut, qui comptait 65 élèves au l or janvier 188G, en 
avait 78 au 31 décembre de la même année. Les dépenses qui 
s'élèvent à 68,985 fr. 97 ont été couvertes par une allocation 
de la province 25,518 fr, 09, 42,294 fr. 51. de pensions d'élèves 
et 1,000 fr. de subside du Gouvernement, pour participation à 
l'exposition d'Anvers. L'instruction est donnée par trois profes- 
seurs, aidés de trois surveillants. En dehors des travaux manuels 
(système Frœbel). trois ateliers sont ouverts dans l'Institution : 
cordonniers, tailleurs, jardinage; un cours de langue flamande 
a été organisé en plus de la langue française. (Consulter égale- 
ment Revue Bibliographique, n° ô\ p. 71 et Revue Française, 
2 e année, n° 6, p. 139.) 



BRÉSIL 



Tobias Leite. — Noticia do instituto dos surdos-mudos do 
Rio de Janeiro. {Notice sur l'institution des sourds-muets de Rio de 
Janeiro). Petit in-8 68 p. Rio de Janeiro 1887. 

lia méthode employée à l'institution impériale de Rio de Ja- 
neiro est celle de Valade-Gabel au moyen de l'écriture. Le petit 
livre très intéressant que nous venons de lire nous offre une vue 
de l'institution ; il contient des détails instructifs sur l'ensei- 
gnement des sourds-muets, les règlements de l'Institution, les 
programmes des six années composant le cours d'instruction et 
le programme spécial du cours d'articulation. Ajoutons que cet 
établissement renferme des internes dont le nombre ne peut dé- 
passer 100 et qu'il peut recevoir des externes. L'instruction y 
est donnée par deux professeurs de langue écrite, un d'articula- 
tion, un de mathématiques, histoire et géographie et un de 
dessin. Un aumônier est chargé de l'enseignement de la religion. 

Ad. B. 



— 167 — 



ETATS-UNIS 



Announcement of the National Deaf-Mute Collège, Kendall 
Green, Washington, D. C. 1886-87, in-8, 48 p. Washing- 
ton 1887. 

La Columbia Institution fondée en 1857, se dédoubla en 
1864; c'est de cette époque que date les débuts du National 
Deaf-Mute Collège, qui est pour les sourds-mnets des Etats- 
Unis une école supériem - e. Le persounel se compose actuellement 
de M. E. M. Gallaudet, président; M. E. A. Fày, vice- 
président, MM. S. Porter, Bev. W. Chickering, J. C. Gordon. 
J. B. Hotchkiss, A. G. Draper, professeurs. L'enseignement 
comprend : l'histoire de la langue et de la littérature anglaise, 
le français, l'allemand, le grec, le latin, la géométrie, l'al- 
gèbre, la trigonométrie, la mécanique, la chimie, la physique, 
l'astronomie, la botanique, la zoologie, la physiologie, géo- 
logie et minéralogie, géographie physique, histoire ancienne et 
moderne, philosophie, économie politique, lois internationales. 

Les élèves sourds ne peuvent être admis qu'après examen, 
et obtiennent, en sortant, les diplômes de : Bachelor ofarts, 
Bachelor of science, Bachelor of phïlosophy , Master of arts,Mas- 
ter of science. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE INTERNATIONAL 



ttAllemayne 

Jaliresbericht derTaubstummeii-Anstalt Straubingfûr das Schuljarh 
1886-87. (Rapport de rétablissement de sourds-muets à Straubing, 
Bavière, pour Vannée sco.aire 1886-87). 

Bericht ùber den Stand der Erzhiehungs, Unterrichts-tind Versor- 



— 168 — 

gungs. Anstalt fur taubstunime Mâdchen in Dillingen im SehuI- 
jahre 1886-87. (Rapport sur V état de l'institution des sourdes-muettes 
à Dillingen, Bavière, pour Vannée scolaire 1886-87). 

Fietjen, — Instituteur des sourds-muets à Emden : Die wîchtigsten 
Sprach'-Stoerungen und ihre wirksame Bekaempfung durch die 
Schule. (Les défauts de la parole les plus importants et la manière 
la plus efficace de les combattre par l'école. Minden, chez A. Hufe- 
land 1887). 

SïREiCH : Instituteur en chef à l'école des sourds-muets à Esslin- 
gen s/n ; Bilderfiebel fiir den ersten Unterricht taubstummer 
kinder (Abécédaire illustré pour enseigner aux enfants sourds- 
muets à lire sur les lèvres, à parler, à écrire et à lire. Esslingen 
s/n. chez Mayer. 

C. Renz. 



^Angleterre 



Arnold. Rev. Th. — On The préparatory Training of -Deaf-Mutes, 

to aid parents and teachers. 
De ï 'enseignement préparatoire des sourds-muets pour venir en aide 

aux parents et aux professeurs. — Northampton iStanton et 

fils, 1886. 

Papers réspecting Deaf-Mutes in France, Germanj-, Italy, Austria- 
Hungary, Belgium.Switzerland, Holland, and tLe united-States. 

Rapports officiels sur V éducation des sourds-muets en France, Alle- 
magne, Italie, Autriche-Hongrie, Belgique, Suisse, Hollande et 
Etats-Unis, in-4", 25. p. — Londres, Harrison et fils, 1886. 

65° Rapport de la société- de Glasgow pour l'éducation des sourds- 
muets. 
15 e Rapport de l'institution à Hull. 
Saint-Johns, Boston Spa Yorkshire. Rapport 1887. 
57 e Rapport, Donkaster, Yorkshire, 1886. 
45 e Rapport. Aberdeen, 1885. 
Bristol. Rapport 1886. 
Liverpool. Raport 1886. 

La mission pour les adultes sourds d'Irlande. — Londonderry, 18 6. 



Œtats-Wnis 



Bell, Alexandre Melville. — English Line Writing : ànew, sim- 
ple, and exact System of phonétics. Un. nouveau système, simple 
et exact de la phonétique, New-York, in-8, 52 p. 1886. 



— 169 — 

Denison, James. — The Manual Alphabet as a part of the Puhhc- 
School Course. L'alphabet manuel faisant partie du cours scolaire 
ordinaire. Washington. Gibson frère, in-8, 12 p, 1886. 

G. 0. Fay. — The éducation and the Care of tlie Deaf. De l'éduca- 
tion et fies soins à donner au sourd. In-8, 20 p. 1886. 

Peeï, Harvky Prindi.e. — The fainily Instruction of the Deaf in 
Early Cliildhood. De l'instruction familier; du, sourd dans son en- 
fance, In-8, 12 p. 1886. 

Sweet, Miss Caroline. — American AsyJum Séries, n° 3. First 
Lessons in English, ^or the use of the Deaf. Premières leçons 
d'anglais, à l'usage du sourd, publié paj- V American Asylum .in -12. 
189 p. Hartford 1886 

Sixth Annual Keport of the Pennsylvanie Dioccsan Commission ou 
Church Work among Deaf -Mutes; withthe report of the Missio- 
nary to the Bishop. 6 e rapport des travaux de la commission évan- 
gélique pour les sourds muets. Mai 1886. 

Rapport des institutions : American Asvlum, Minnesota, Northern, 
New-York, Ontario, Ithode Island, Western Pennsylvania, Wis- 
conrin . 

W. Van Praagh. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Institution nationale de Chambéry. — Comme nous 
l'avons annoncé dans notre dernier numéro, la distribution des 
prix dans cette institution a eu lien le 12 août dernier. Nous 
trouvons -dans le compte-rendu le discours du président. M. le 
Préfet de la Savoie, qui'contient d'excellents conseils aux élèves. 
Des exercices pratiques et une saynète jouée par les élèves : Une 
classe, de sourds-parlants, ont clos cette séance intéressante. 

* 
* * 

Deux appareils pour l'enseignement des sourds-muets 
en première année. — Nous avons donné dans notre der- 
nier numéro la description de deux appareils qu'un de nos 
confrères a savamment imaginés et combinés, avec des cro- 
quis représentant ces instruments. En recommandant ces appa- 



— 170 — 

reils à l'attention de nos confrères, nous sommes heureux de 
leur faire connaître les prix auxquels ils pourront se les procurer. 

Appareil n° 1 prix 8 fr. 

Appareil. n° 2. prix 4 fr. 

Adresser les demandes à l'institution des sourds-muets de 
Saint-Claude-les-Besançon (Doubs). 

# 

* * 

Nos artistes. — M. Alph.de Rotschild, acquéreur du ta- 
bleau de M. Armand Berton, Brumaire, en a fait don au musée 
de Douai. Nous connaissons «e musée, qui' «st un des plus 
importants de la province, -et nous savons que l'œuvre de 
M. Berton y trouvera une hospitalité digne de son mérite. 

* 
» * 

Uu nouveau journal spécial. — Blatterfùr tausbtummen- 
Bildung. (Feuilles sur l'éducation des sourds -muets), 24 livrai- 
sons par an ; prix d'abonnement : 8 marks, 10 fr, Rédaction et 
administration, Berlin, N, Elsasser-Strasse, n° 88. 

L'Organ aura désormais son concurrent, il vient de paraître 
à Berlin, sous ce titre, une nouvelle revue, ayant pour rédacteurs 
en chef, M. Walther, directeur, et M. Toepler, premier pro- 
fesseur de l'Institution de sourds-muets de Berlin. 

-Notre nouveau confrère représentera très probablement les 
vues et les iutérêts de la Prusse proprement dite, taudis que 
YOrgan sera de préférence le porte- voix des petits Etats de 
F Allemagne du Sud. 



* 



BELGIQUE. — Institution de Woluwe-Saint-Lambert- 

lez-Bruxelles. — Nous avons annoncé la distinction honori- 
fique que le gouvernement belge vient d'accorder au frère 
Cyrille, qui, depuis 36 années se consacre à l'enseignement des 
sourds-muets. 
Nous reproduisons ici d'après le Courrier de Bruxelles le récit 



— 171 — 

d'une fête de famille qui vient d'avoir lieu dans cette institu- 
tion à cette occasion : 

« Samedi dernier, en présence des nombreux amis admirateurs 
du frèré""Cyrille, des professeurs de rétablissement de Woluwe- 
St-Lambert et de leurs élèves, Mgr de Haerne a remis au nou- 
veau chevalier un groupe dû au ciseau du sculpteur Kobyn, 
d'Ixelles. Ce groupe, très bien réussi, représente l'évêque d'York 
Jean de Beverley qui, dès le VII e siècle, fut considéré comme le 
promoteur de l'œuvre des écoles des sourds et muets. 

« Dans une allocution émue, Mgr de Haerne a rappelé la lé- 
gende de Jean de Baverley étendant son évangéhque charité à 
ces infortunés. Cette légende veut que le saint évêque rendit 
spontanément la parole à un pauvre sourd et muet dont il avait 
fait le préféré de ses aumônes, idéalisant ainsi l'enseignement 
qu'a rendu populaire l'abbé de l'Epée, en donnant à ces déshé- 
rités le moyen de se faire comprendre de tous. 

« Mgr de Haerne a ensuite rendu un hommage mérité aux 
vertus et à la science du frère Cyrille, qui a fait partie de toutes 
les œuvres se rattachant à l'éducation des sourds et muets. 

« Il a rappelé ses voyages à l'étranger, où il est allé vulga- 
riser la méthode nouvelle, sa participation toute récente aux 
Congrès de Londres et de Bruxelles où il a rendu d'importants 
services en traduisant en français les discours qui y furent pro- 
noncés par les délégués allemands et anglais, ainsi que le 
concours si utile prêté par le frère Cyrille à nos tribunaux en y 
remplissant pendant vingt-cinq ans le rôle d'interprète juré pour 
les sourds et muets. 

« Le gouvernement . ajouta le vénérable prélat, a tenu à 
« récompenser tant de services rendus à l'humanité en attachant 
« sur l'fiumble habit du religieux la croix de l'honneur. 

« L'éducation des sourds et muets rend ces malheureux à 
« l'humanité dont leur infirmité semblait auparavent les ret ran- 
ci cher. Ces éducateurs, en éveillant en ces infortunés la notion 
« de Dieu, qui, sans cela, parait devoir leur échapper, 
« travaillent en môme temps ainsi pour la gloire de la religion, 
ce Acceptez, frère Cyrille, ce souvenir de vos amis et de vos ad- 
« mirateurs et fasse le Ciel que vous et vos vaillants collabora- 
« teurSj le frère Hyacinthe, directeur de l'établissement, et tous 



— 172 — 

« les professeurs de l'Institut viviez longtemps encore pour le 
« bien de la patrie et la gloire de Dieu ! » 

« Cet émouvant discours, prononcé d'une voix vibrante par 
le vénérable octogénaire, a profondément ému l'assistance qui 
en a souligné la péroraison par de sympathiques applaudisse- 
ments. 

« Le frère Cyrille, profondément touché, a répondu en quel- 
ques paroles émues au discours de Mgr de Haerne, il a reporté 
le mérite des services qu'il a pu rendre à tous les Frères de la 
Charité qui l'ont si bien secondé dans sa tâche et a rappelé avec 
beaucoup d'à-propos que Mgr de Haerne, a été et est encore 
maintenant, malgré ses 83 ans, le plus ardent champion de 
l'œuvre des aveugles et xles sourds et muets. C'est lui, en effet, 
qui a fondé le premier établissement catholique des sourds et 
muets en Angleterre et à Bombay ; aujourd'hui encore il est en 
pourparlers pour en fonder un en Chine. 

« Il rappelle également tons les ouvrages que Mgr de Haerne 
a publiés sur la matière et la part si grande qu'il a prise aux 
différents Congrès de sourds et muets et notamment au Congrès 
tenu à Bruxelles en 1883. Il a terminé en remerciant tons les 
souscripteurs, ainsi que le sculpteur Robyns qui a bien voulu 
consacrer son beau talent à produire ce groupe qui sera pour lui 
un souvenir précieux en même temps qu'un puissant encoura- 
gement pour continuer à marcher dans la voie du devoir et de 
la charité chrétienne. » 

* . 

* # 

Institut de Berchem-Sainte-Agathe. — Le 14 août 
dernier, a eu lieu la distribution des prix dans cet institut. Si- 
gnalons les exercices faits sous la direction de MM. Brugmans, 
deKrick et Grégoire, professeurs et plus particulièrement parmi 
eux, ceux de géographie; les élèves interrogés par l'un des 
assistants ont montré les progrès qu'ils avaient faits sous la di- 
rection habile de leur pi'ofesseur. Le discours du Directeur 
avait pour sujet : De l'utilité des récompenses dans l'enseigne- 
ment des sourds-muets. 

Paris ]vlt>. Pelluaro, 212, Rue JSaint-Jaci^ues 



Librairie Paul IUTTI, 21, rue de Yaugirard, Paris 

La Revue française paraît le 1 er de chaque mois. 

Abonnement, pour la France, un an, 9 fr. 

— pour l'étranger 10 f r . 

S'adresser pour les abonnements et la rédaction à 
M. Ad. Bélanger, 16, rue des Fosâés-Saint- Jacques, Paris. 



En vente : V e année 1885-86, un vol 4 fr. 

2 me année 1886-87, un vol 9 fr. 

Les abonnements partent du 1 er avril de chaque année. 



LES MOYENS D'EMPÊCHER LES COMMUNICATIONS PAR SIGNES 

AU DÉBUT DE L'ENSEIGNEMENT 

£9Sk.x- I. HugentoUler 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets de Lyon 

Brochure, grand in-8 Prix 1 fr. 

LE MÉCANISME DES OSSELETS DE L'OREILLE 

ET DE LA MEMBRANE DU TYMPAN 

par H. Helmholtz, traduit de l'allemand, par le D r J.-A.-A. Rattel 
Prix 3 fr. 



DES CORNETS ACOUSTIQUES 

ET DE 

LEUR EMPLOI DANS LE TRAITEMENT MÉDICAL DE LA SURDI-MUTITÉ 

par le D r J.-A.-A. Rattel 

Un volume, in-12, orné de 37 fig Prix. 1 fr. 50 



Librairie Paul BI'J'TI 
21, rue de Vaugirard, Paris 



Ad. Bélanger. — Historique des méthodes à l'insti 
tution nationale de Paris, 1883 {épuisé) 

D r Peyron et Ad. Bélanger. — Catalogue de la Biblio- 
thèque de l'Institution nationale des sourds-muets 
de Paris, l re partie, 1883 {épuise) 

D r Ladreit de Lacharriére et Ad. Bélanger. — Troi- 
sième Congrès national pour l'amélioration du 
sort des sourds - muets (Congrès de Paris 1885) 
Compte-rendu Prix 4 fr. 

Ad. Bélanger. — Etude bibliographique et iconogra- 
phique sur l'Abbé del'Epée, 1886. 

Edition sur papier du Japon Prix 10 fr. 

— — de Hollande ... — 5 — 

Ad. Bélanger. — Revue bibliographique internationale 
de l'éducation des sourds-muets. 

L re année Prix 4 fr . 

Ad. Bélanger. — Revue Française de l'éducation des 
sourds-muets. 

2 me année, in.-8., 288 p Prix 9 fr. 

Paris. — Imp. Pelliiard ru» Saint-Jacques, 212. 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 



REVUE FRANÇAISE 

DE L'ÉDUCATION 

des 

SOURDS-MUETS 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 

de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLAIGER 

Professeur à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris 
Membre de la Société des Études historiques 




Troisième Année. — N° 8. — 1 er Novembre 1887. 



SOMMAIRE. — Ad. Bélanger. Causerie. Le 175" anniversaire de la nais- 
sance de l'Abbé de l'Épée. — Notices sur les Institutions Françaises 
de Sourds-Muets. Is. Bouchet. Institution de la Chartreuse d'Auray. — 
Nécrologie. Alphonse Lenoir. Chambellan. Allocution. — Bibliogra- 
phie Internationale. Allemagne. O. Claveau. — Statistique des Institu- 
tion allemandes pour l'enseignement des sourds-muets. — Informations 
etAvisDivers. Belgique Etats-Unis, Une nouvelle clinique Laryngologi- 
que,. etc. — Gravure, Michaud des Monnaies. Mi'dnillon en Bronze 
de l'Abbé de l'Épée. 




PARIS 

Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 
1 887-1888 




La Revue Française parait le l w de chaque mois. 

Abonnements pour la France, un an, , 9 fr. 

— pour l'Etranger 10 fr. 

S'adresser pour les abonnements et la rédaction à 
M. Ad. Bélanger, 16, rue des Fossés-Saint-Jacques, Paris. 



En vente : l re année 1885-86, un vol. , 4 fr. 

2 me année 1886-87, un vol 9 fr, 

Les abonnements partent du 1 er avril de chaque année. 



Ad. Bélanger. — Historique des méthodes à l'institu- 
tion nationale de Paris, 1883 {épuisé) 



D r Peyron et Ad. Bélanger. — Catalogue de la Biblio- 
thèque de l'Institution nationale des sourds-muets 
de Paris, V e partie, 1883 (épuisé) 



D r Ladreit de Lacharrière et Ad. Bélanger. — Troi- 
sième Congrès national pour l'amélioration du 
sort des sourds-muets (Congrès de Paris 1885) 
Compte-rendu Prix 4 fr. 



Ad. Bélanger. — Étude bibliographique et iconogra- 
phique snr l'Abbé de l'Épée, 1886. 

Edition sur papier du Japon Prix 10 fr. 

— — de Hollande — 5 — 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 
3"»= amn'e. N° 8 Novembre 1887 



CAUSERIE 



175 e anniversaire de la naissance de l'Abbè de l'Épèe 



Depuis bien longtemps, les sourds-muets ne manquent 
pas de célébrer l'anniversaire de la naissance de leur 
libérateur, témoignage de reconnaissance touchant 
envers celui qui leur consacra sa vie et sa fortune en 
ouvrant pour ces malheureux la première école publi- 
que et gratuite. 

Nous sommes heureux, nous aussi, de nous incliner 
chaque année devant cette grande figure, de nous unir 
à nos élèves pour glorifier son nom et ses vertus, de 
nous rappeler quels étaient son amour, son dévoue- 
ment, son zèle pour ses enfants d'adoption, de nous 
encourager ainsi dans notre tâche afin de nous montrer 
dignes de notre premier maitre. 

A l'occasion de cet anniversaire, nous offrons cette an- 
née, à nos lecteurs, une reproduction d'un médaillon en 
bronze de Michaud des Monnaies, l'auteur de la pre- 
mière statue de l'abbé de l'Épée, élevée à Versailles son 
lieu de naissauce en 1843. L'année dernière, déjà nous 
leur donnions un portrait du célèbre abbé d'après une 
médaille de Borrel, ils ont trouvé également dans un 
de nos dernier numéros une reproduction de la belle 



- m - 

statue de Félix Martin. Il y a un an, à cette époque, 
nous émettions aussi le vœu de voir se former un comi- 
té afin de célébrer le centenaire de la mort du fonda- 
teur de notre enseignement spécial, plusieurs adhé- 
sions nous sont parvenues et diverses propositions 
ont été formulées. Nous espérons que nos confrères de 
l'Étranger se joindront a nous; l'abbé de l'Épée n'a pas- 
été uniquement le fondateur des écoles françaises, la 
charité n'avait pas, pour lui, de frontières, aussi son 
action s'étendit-elle aux principaux États de l'Europe 
et quelques uns doivent à son école leurs premiers 
instituteurs. Nous aimons à croire que leurs succes- 
seurs n'oublieront pas leur noble origine et qu'ils trou- 
verait eux aussi un moyen d'honorer la mémoire du 
régénérateur des sourds-muets. Nous mettons nos 
colonnes à la disposition de tous, toutes les propo- 
sitions qui nous serons faites pourront être publiées 
et dans une année, peut-être avant, nous comptons 
donner ici la liste des membres du comité qui se 
sera formé en vue de cette solennité. 

Ad. Bélanger. 



AVIS IMPORTANT 



Il sera rendu compte de tout ouvrage se rappor- 
tant à l'éducation des sourds-muets, dont deux exem- 
plaires auront été envoyés au journal 

Nous rappelons également à nos lecteurs que nous 
acceptons des abonnements de 6 mois à partir du 1 er 
Octobre dernier. 



— 175 — 

NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds-Muets 



INSTITUTION DE 1_A CHARTREUSE D'AURAY 

(MORBIHAN^ 

dirigée par les Soeurs de la Sagesse 



Bien cher Monsieur et Ami, 

Avec plaisir je m'empresse de rédiger la Notice par 
vous demandée. 

Pour ne pas encombrer votre excellente Revue, je 
m'efforcerai d'être court. Eh ! malgré mon désir d'être 
le plus succinct possible, je crains encore des longueurs. 
Un jardinier aime à parler de son jardin. Et j'aurai beau 
être impartial, on pourra toujours me jeter à la face 
cette maxime : Les fleurs que l'on cultive sont toujours 
plus belles « que les autres ». Je ne voudrais pourtant 
pas mériter ce reproche qui ne sut se borner ne sut jamais 
écrire. Ami, soyez donc assez bon, je vous prie, pour faire 
les coupures utiles. — Ne gardez pas la forme épistolaire, 
si elle ne vous va pas — Abrégez ma notice biographi- 
que du P. Deshayes et ressérez mon récit tant que vous 
pourrez. Hélas, suis obligé de vous l'avouer, pas le 
temps d'être bref comme je voudrais; ma santé est si 
défaillante ! On n'a pas 80 ans impunément. 

Du reste ma réponse à votre demande, me sera facile 



— 176 — 

Presque toujours, il me suffira de rappeler mes souvenirs 
et en particulier les conversations fréquentes que j'a 
eues avec l'abbé Laveau d'Orléans, il avait vécu plusieurs 
années en la compagnie du R, P. Deshayes qui en avai t 
fait son confident, et ce cher abbé Laveau, mon condisci " 
pie, était parfaitement renseigné sur les questions 
concernant nos institutions de sourdes-muettes. 

Ce qui donnera plus d'autorité à mon récit, c'est que 
j'ai vu, à peu près, toutes les personnnes dont je parle- 
rai dans cette Notice. Sauf les commencements de notre 
Institution, j'ai suivi personnellement les principales 
phases par lesquelles elle a passé. 

Assez de préambule, Au fait. 

Voulant mettre quelqu'ordre dans mes notes, je vais 
les diviser en quatre paragraphes. 

I. Un mot sur le Fondateur de l'Institution. 

II. institution mixte dans les commencements : Garçons 
et Filles. 

III. Plus tard institution pour les filles seulement. 

IV Transformation de V enseignement, lors du Congrès 
de Milan, époque à laquelle nous avons abandonné la 
méthode des signes pour la méthode orale pure. 



I 



Au début de notre œuvre, figurent deux personnes 
d'Auray : MM, Huittphri et de St-Henri. Mais le véritable 
fondateur fut un prêtre breton, l'abbé Deshayes Curé 
d'Auray. Pour mieux rendre compte des origines d'une 
institution, il est bon d'en connaître le fondateur. 

Gabriel Deshayes naquit le six décembre 1767 a 
Beignon, diocèse de Vannes. Ce curé breton devint 
plustard Révérend Père Supérieur des Pilles de la 
Sagesse. Il fut remarquable par sa modestie pleine de 
rondeur et par la multiplicité des œuvres auxquelles il 
attacha son nom. On lui doit la congrégation des sœurs 
de St-Gildas; l'Institut des Frères de Ploërmel dits : Frères 



— m — 

de Lamennais. Notre fondateur d'ordres religieux, 
homme modeste, aux idées larges et généreuses, fonda 
l'institut de Ploërmel, de concert avec l'abbé de Lamen- 
nais. Cet abbé avec qui collabora le P, Deshayes, ne 
doit pas être confondu avec l'auteur de l'Essai sur V indif- 
férence. Le P. Deshayes fonda aussi, plus tard, la Congré- 
gation des frères Laboureurs dits : Frères de St-Antoine. 

Mais selon moi, son chef-d'œuvre fut l'institut des 
Frères de St-Gabriel. Or, pour les Gabrielistes nos sourds- 
muets sont l'objet d'une attention toute spéciale. Actuel- 
lement ils dirigent plusieurs institutions de sourds-muets, 
toutes très florissantes. Ce sont les institutions de 
Toulouse, de Ronchin-Lille, d'Orléans, de Poitiers, de 
Currière près la Grande Chartreuse, de Grenoble, et de 
Nantes. Ne nous étonnons pas du dévouement des 
Gabrielistes, ils ont été et sont encore inspirés par leur 
supérieur, le P. Deshayes mort le 8 septembre 1841 et 
qui avait voué aux sourds-muets une affection plus que 
paternelle. 

Parmi beaucoup d'autres œuvres qui furent siennes, 
l'instruction des sourds-muèts resta jusqu'à sa mort son 
œuvre de prédilection. Peu d'instants avant de rendre 
sa belle âme à Dieu, on lui présenta deux sourds-muets 
qu'il ne pouvait se lasser de caresser. Notre vénérable 
moribond se disait sans doute que c'étaient les derniei.s 
sourds-muets qu'il bénissait, son amour immense pour 
tous ces infortunés semblait se concentrer sur ces denx 
pauvres enfants, trop jeunes encore pour pouvoir com- 
prendre et apprécier ce prix d'une tendresse si 
maternelle. 

Gabriel Deshayes avait un caractère très entreprenant 
et son cœur plein de compatissance à la façon de Saint 
Vincent-de-Paul, il avait compris qu'il n'y a pas d'œuvre 
plus intéressante que l'œuvre des sourds-muets. Il eut 
voulut, pour les instruire, faire revivre les milliers de 
sourds-muets qui croupissent toute leur vie dans l'igno- 
rance, faute de maîtres capables de cultiver leur esprit. 
Cultiver ne dit pas assez, il faudrait dire créer en quelque 



— 178 — 

sorte, car pas une phrase, pas un mot que le sourd- 
muet ne tienne de ses maitres. 



II 



Gabriel Deshayes, étant encore curé d'Auray. 
commença à s'occuper des sourds-muets. Malgré son 
vif et brûlant désir de leur ouvrir un asile dans notre 
Chartreuse, il ne le pouvait, n'ayant ni maîtres, ni maî- 
tresses à qui les confier. 

Sicard, successeur de l'abbé de l'Épée, dirigeait alors 
l'institution des sourds-muets de Paris. Notre bon curé, 
avec l'agrément de son évêque. Monseigneur de Bausset 
écrivit à l'abbé Sicard pour en obtenir une institutrice. 
Plus tard, il fit le voyage de Paris et finit par obtenir, 
pour maitresse de son établissement projeté, Mademoi- 
selle Duler institutrice des sourdes-muettes de la 
Capitale. En 1811, cette demoiselle commença avec les 
Filles de la Sagesse l'œuvre tant désirée. 

Mgr. de Bausset, évêque de Vannes, encouragea puis- 
samment l'entreprise, et le Général Julien, premier 
magistrat du département du Morbihan, y contribua de 
tout son pouvoir. 

Mademoiselle Duler apprit donc la méthode d'ensei- 
gnement aux. Ssurs de la Sagesse et à M. de Saint-Henri 
d'Auray, lequel, durant plusieurs années, fit la classe aux 
garçons. Lorsqu'il abandonna ce genre d'enseignement 
les Filles de la Sagesse se trouvèrent chargées et des 
sourds- muets et des sourdes-muettes. Double et lourde 
charge pour nos religieuses. 

Etant devenu supérieur général de la Congrégation 
de ces religieuses, et toujours désireux de perfectionner 
l'enseignement d3 son institution naissante, le vénérable 
fondateur envoya deux Filles de la Sagesse â Paris pour 
se renseigner auprès daSicird lui même. Mais ce célèbre 
abbé, après avoir exposé son système (affreusement 
grammatical) et après avoir satisfait à toutes les' 



— 179 — 

questions qui lui furent posée-!, écrivit au R. P. Deshayes 
CV ne sont pas des écolicres que vous inave^ envoyées, ce 
sont des professeurs très capables. 

Ensuite le P. Deshayes envoya à la Chartreuse un frère 
pour la surveillance des sourds-muets, puis un autre en 
1824. L'un de ces deux surveillants F. Athanase, que j'ai 
connu très particulièrement, se mit à étudier la 
méthode et à faire la classe. En 1826 d'autres frères 
vinrent compléter le personnel enseignant. Et, à partir 
de 1827, nos religieuses, ne s'occupèrent plus de la classe 
des sourds-muets; elles purent se livrer entièrement et 
exclusivement à l'éducation des sourdes-muettes. 

Dans les œuvres de ce genre les commencements sont 
toujours pénibles, et l'éducation des sourds-muets laissait 
à désirer. Par bonheur le F. Emmanuel, avec lequel j'ai 
vécu quelque temps, mit la classe des garçons sur un bon 
pied; il sut tellement discipliner les élèves et s'en faire 
aimer que, par amour pour leur maître, ils s'appliquè- 
rent d'eux mêmes à l'étude. Depuis lors la surveillance 
devint plus facile. 

Cependant le P. Deshayes avait à cœur de laisser les 
sourdes-muettes à la Chartreuse et de transférer les 
sourds-muets à Nantes. Ce transfèrement si désirable ne 
s'exécuta qu'en 1843, deux ans après la mort du saint 
fondateur. 



III 



Les Sourdes-muettes restèrent seules à la Chartreuse 
sous la direction dévouée des Filles de la Sagesse. Le 
nombre des élèves s'accrut singulièrement. On leur pro- 
cura deux choses indispensables, des appartements plus 
vastes et une cour plus spacieuse. 

S'il n'y a plus d'élèves sourds-muets dans notre établis- 
sement, on y conserve tonjouis quelques anciens; 
occupés les uns a la boulangerie, les autres au jardinage 



— 180 — 

à la menuiserie, à la cordonnerie, aux travaux des 
champs etc... quelques uns par l'âge, ou parles infirmités 
incapables de se livrer à aucun travail, sont traités et 
soignés comme de vieux serviteurs fidèles, ils font partie 
de la famille. A l'abri des dangers de? mauvaises compa- 
gnies ils vivent tranquillement, sans soucis des besoins 
de la vie, ils se doutent à peine de l'infirmité dont ils 
sont les victimes, rien ne la leur fait sentir dans cette 
petite colonie à part. Bien différents de leurs frères 
malheureux que, dans le monde, lapauvreté, le manque 
d'ouvrage et l'abandon jettent au milieu d'une société 
sans entrailles, où ils se trouvent déplacé s et comme en 
exil. 

Dans la pensée du P. Deshayes, qui voyait toujours les 
œuvres en grand, son institution de la Chartreuse 
devait être une institution normale destinée à fournir 
des professeurs pour d'autres établissements de sourds- 
muets. Le désir de cet homme de Dieu a eu son accom- 
plissement d'une certaine façon, car à notre établisse- 
ment, le premier chronologiquement, il s'en est ajouté 
six autres dirigés par les Filles de la Sagesse. Ce sont les 
institutions de Soissons, transférée ensuite à Laon; de 
Poitiers, transférée à Larnay; de Lille; d'Orléans; de 
Pelousey- Besançon; de Toulouse. Elles contiennent 
actuellement 427 sourdes-muettes. 

Pour compléter cette statistique disons que le nombre 
total de sourdes- muettes instruites par les Filles de la 
Sagesse, depuis la fondation de leurs institutions, s'élève 
à plus de 2,500 et dan 5 ce nombre de deux mille cinq 
cents le contingent apporté par la chartreuse d'Auray 
est de 750. 



IV 



Jusqu'en 1880 notre méthode d'enseignement fut celle 
des signes. Mais à cette époque eut lieu à Milan un 



— 181 — 

Congrès International, ayant pour but l'amélioration du 
sort des sourds-muets. Dans cette nombreuse assemblée 
étaient représentées les principales Institutions de 
France, de Belgique, du Canada, Etals-Unis, d'Angleterre 
d'Espagne, d'Italie, de Suède etc. J'avais l'honneur d'y 
représenter les sept Institutions de. France confiées aux. 
Filles de la Sagesse. Défenseur de la méthode mimique, 
j'ai pris la parole plusieurs fois. Et tout en réclamant la 
méthode orale, je demandai à ce que l'on conservât les 
signes en même temps. Les partisans de la méthode 
orale pure n'eurent pas de peine à pulvériser mes argu- 
ments. Je fis non sans quelques regrets, mais très sincé- 
une volte face complète, et je devins partisan zélé de la 
méthode orale pure. De retour en France je la fis adopter 
aux sept institutions que je représentais. 

Si j'ai trouvé au Congrès de Milan, mon chemin de 
Damas, ce n'est pas seulement aux savantes discussions 
que j'ai suivies avec vif intérêt, c'est aussi, et surtout, 
grâce aux merveilles que j'ai vues ou plutôt entendues 
dans l'institution modèle de Tillustre abbé Tarra, qui 
après avoir pratiqué la méthode des signes, a reconnu 
la supériorité de la méthode orale dont il devint le 
plus autorisé propagateur, avec son ami le R, P. 
Marchio de douce mémoire, 

Nous avons donc répudié les signes, autrefois en usage 
dans toutes nos institutions, et maintenant nos sourdes- 
muettes sont démutiséesà l'aide de la nouvelle méthode. 

Au lieu de faire des signes de convention et de mettre 
la langue des sourds-muets au bout de leurs doigts pour 
ainsi dire, nous avons rendu à cet instrument de la 
parole ses fonctions normales et vitales. Les signes occu- 
paient une plus vaste étendue que les organes visibles 
de la parole, nous avons dû circonscrire le champ des 
observations sur les lèvres. Nos enfants apprennent à 
lire la parole sur la bouche et à prononcer verbalement 
les mots et les phrases, véhicules naturels de la pensée. 

La transition de l'enseignement mimique à la méthode 
orale pure a été pour nous hérissée de mille et mille 



— 182 — 

difficultés. Il nous a fallu à tous une énergie, une téna- 
cité, une espèce d'acharnement que ceux-là seuls peu- 
vent bien comprendre qui ont passé par les mêmes 
épreuves. 

Si nous avons réussi, ça été grâce à des efforts surhu- 
mains. A un moment donné tout semblait conjuré contre 
nous. 

Pour encourager ceux qui suivent la méthode orale 
pure et pour déterminer ceux qui hésitent encore, nous 
leur dirons, en toute assurance : si, avec cette méthode, 
l'intelligence se forme plus lentement au début, elle se 
forme plus sûrement et beaucoup mieux à mesure qu'on 
avance. Nous avons aussi remarqué avec bonheur que 
les progrès religieux et moraux sont également plus 
solides et ils seront plus durables, tel est notre espoir, 
telle est notre conviction. 

La question de méthode pour l'enseignement des 
sourds-muets en France est une question définitive- 
ment tranchée depuis le congrès de Milan 1880, et depuis 
l'introduction de la méthode orale pure dans les institu- 
tions nationales, comme dans tous nos établissements 
dirigés par les congrégations religieuses. 
. Tous les 4 ans, les anciennes élèves de notre institution 
sont invitées à prendre part à une retraite de quelques 
jours, pour se retremper dans l'étude et dans la pratique 
des devoirs religieux. Généralement elles répondent 
avec joie et avec empressement à notre invitation, heu- 
reuses de se revoir et de venir témoigner leur recon- 
naissance à leurs chères maîtresses. 

Dans notre prochaine retraite, nous aurons deux caté- 
gories différentes : celle des sourdes-muettes instruites 
par la méthode mimique et celle des sourdes-muettes 
démutisées. Nous ferons donc forcément une séparation 
complète : d'un côté les démutisées, de l'autre les signi 
fiantes, A celles-ci, nous parlerons par signes; à celles 
là, verbalement. A chaque catégorie sa langue spéciale 

Tel est en abrégé l'historique de notre établissement 
Je le termine en disant : Vu les heureux résultats cons 



— 183 — 

tatès, et vu la statistique de nos institutions diri- 
gées par les Filles de la Sagesse, nous sommes auto- 
risé à faire à ce 5 Dames religieuses, l'application de ce 
beau texte de no 5 Livres Sacrés : Sapientia aperuit os 
mutorum et Linguas infantiuM fecit disertas. 

La Sagesse a fait parler les muets, et rendu diserte la 
langue des petits enfants. 

Liv. de la Sagesse X» 21 

Tout votre, adieu à Dieu. 

Is. Bouchet 
S. M. 



NÉCROLOGIE 



Alphonse Lenoii" 

L'année dernière, l'institution nationale de Paris per- 
dait dans la personne du regretté Ferdinand Berthier, 
le doyen de ses professeurs, c'est encore une nouvelle 
perte que nous avons à enregistrer aujourd'hui. Le 24 
Septembre dernier est mort à Versailles, Alphonse 
Lenoir, ancien professeur à l'institution de Paris, un 
contemporain et un ami de Berthier. Nous donnons 
ici l'allocution prononcée sur la tombe de cet homme 
de bien le 27 Septembre dernier par M. Chambellan 
ancien professeur sourd-muet à l'institution de Paris. 



ALLOCUTION 

de M. CHAMBELLAN, professeur en retraite, 
président de V association anticale des sourds-muets 

L'ami que nous pleurons, était né au commencement 
de ce siècle; il s'est éteint, vers la fin ,dans sa quatre- 



A LA MÉMOIRE 

np 

CHARLES-MICHEL DE L'ÉPÉE 

FONDATEUR 

de In première école publique cl gratuite pour les sourds-muet» 




Né à Versailles, le 24 novembre 1J12 
Mort à Paris, le 23 décembre jySp 



Médaillon eu Bronze de MICHAUT des Monnaies 



— 186 — 

vingt quatrième année. Il a passé soixante-quinze ans 
de son existence au milieu d3 nous. Il se plaisait à nous 
appeler ses enfants. 

Fort jeune, il devint répétiteur à l'institution de Paris, 
puis professeur titulaire. 

Il enseigna d'après la méthode du célèbre Bébian, 
Apportant dans ses fonctions la droiture d'esprit et le 
souci dé l'exatitude, il forma de bons élèves, et fut es- 
timé de ses collègues et de ses chefs. 

Ennemi de l'oisiveté, il puisait, après ses classes, du 
délassement dans le dessin et la peinture pour lesquels 
il avait de grandes dispositions. Nous avons vu et ap- 
précié plusieurs de ses tableaux. Dans sa retraite même, 
il n'était pas tout à fait inactif : il partageait son temps 
entre la lecture et le dessin. 

Voulant faire du bien aux sourds-muets en dehors de 
l'école, Alphonse Lenoir contribua à fonder la société 
centrale. Il fut longtemps vice-président de cette société 
désignée plus tard sous la dénomination de société uni- 
verselle, et en dirigea les séances avec impartialité. 

Son nom avait franchi la frontière et l'Atlantique; il 
était connu des sourds-muets européens et américains. 
L'aménité de son caractère, son indulgence, sa modestie 
lui avaient concilié tous les cœurs. 

C'est avec un vif regret que nous nous séparons de lui. 
Mais nous conserverons son pieux souvenir. Sur ce 
neveu profondément affligé, qui l'a soigné avec la solli- 
citude d'un fils jusqu'à sa dernière heure, nous reporte- 
rons l'affection que nous avions pour lui. 

Adieu, Lenoir. Tu fus bon et honnête. Dors en paix 
Adieu encore une fois, cher ami. Nous espérons te re- 
voir un jour. 



— 187 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



ALLEMAGNE 



Sas Blinden-Idioten und Taubstummen Bildungsweseti 

Etat de l'enseignement des aveugle», des idiots et des sourds-muets 
par H. Merle professeur principal de l'institution des aveugles 
à Hambourg, D r H. Sengelmann directeur, de l'établissement d'Alters- 
dorî pour les idiots, H. Sœder, directeur de l'institution des sourds- 
muets à Hambourg. 1 er Volume Norden, chez l'Editeur Diedr, Soltau 
1887. un vol, in-12, X et 376 pp. 

Le livre publié sous ce 'titre et que nous devons à la 
collaboration de trois directeurs d'établissements impor- 
tants constitue pour chacune des branches spéciales d'édu- 
cation dont il s'agit un annuaire statistique très précieux 
à consulter, très complet surtout en ce qui concerne les 
établissements où se parle la langue allemande. Le titre 
d'annuaire est même celui qui aurait été choisi, si l'on 
n'avait dû considérer que les faits à enregistrer ne subis- 
sent souvent, d'une année à l'autre, que des modifications 
peu nombreuses; qu'il suffirait de rééditer le travail quand 
le besoin s'en ferait sentir, mais tous les deux ans au moins. 
(Préface, page IX) 

Chacune des trois divisions de l'ouvrage, enrichie d'un 
catalogue des publications les plus récentes de la spécialité, 
d'un certain nombre de notices intéressantes qui ont pour 
la plupart un caractère d'actualité, pourrait former un vo- 
lume distinct. Aussi ne nous arrêterons nous pas à discu- 
ter la valeur, très contestable selon nous, du lien systéma^ 
tique qui unirait assez étroitement entre elles, dans la 
pensée des auteurs, les trois spécialités d'éducation s'ap- 
pliquant aux aveugles, aux enfants arriérés ou idiots et aux 
sourds-muets. [Préface page VII]. Sans aucun doute, l'en- 



— 188 — 

semble des procédés à employer pour réaliser ces œuvres 
de haute charité constitue bien, comme l'indique le sous- 
titre du volume, une pédagogie curative. Sans doute l'ensei- 
gnement en général, l'enseignement intuitif en particulier 
présentent des côtés communs à tous les ordres d'établis- 
sements, sans en excepter les établissements où s'instruisent 
les enfants doués d'intelligence et n'ayant aucune infirmité. 
L'éducation, dans le sens le plus étendu de ce mot, ne 
repose-t-elle pas sur la pédagogie curative des infirmités 
morales, funeste apanage de la nature humaine? N'a-t-elle 
pas pour but de développer les aspirations élevées de l'âme 
en maîtrisant les inclinations basses et perverses? Mais l'on 
nous permettra de revendiquer bien haut, en faveur des 
aveugles et des sourds-muets, la place qu'ils peuvent pren- 
dre dans la sphère des facultés intellectuelles et morales, 
une fois que les communications avec le monde extérieur 
se seront trouvées établies où complétées, à la différence 
de ces pauvres intelligences condamnées d'avance, malgré 
tous les soins, à n'atteindre que le plus humble niveau. 

Nous dépasserions , aussi de beaucoup le cadre dans 
lequel nous devons nous renfermer si nous examinions 
quel doit être le critérium à adopter pour la triste sélection 
des enfants peu intelligents à rejeter dans la catégorie des 
idiots ou quasi-idiots. Les limites d'appréciation paraissent 
être plus élastiques à cet égard en Allemagne qu'elles ne 
le sont chez nous. 

Le caractère spécial de la Revue Française de l'éduca- 
tion des sourds-Muets nous commande de glisser un peu 
rapidement sur les deux premières parties du volume. 



Le travail statistique qui concerne l'éducation des aveu- 
gles fournit avec rémunération complète de toutes les ins- 
titutions de cet ordre, pour le monde entier, avec le 
nombre total des élèves, des détails tout particulièrement 
circonstanciés sur les établissements où l'enseignement est 



—189 — 

donné en langue allemande : Caractère général de chaque 
établissement par rapport aux autorités qui le soutiennent 
ou le dirigent, date de fondation, nombre actuel des élèves, 
avec distinction des sexes, des internes et externes, leur 
répartition d'après la religion, durée du cours d'études, 
âge d'admission, énnmération des métiers manuels ensei- 
gnés — État nominatif du personnel des maîtres avec 
indication du chiffre des principaux traitements. 

Citons une intéressante notice sur le jeu et son impor- 
tance dans les institutions d'aveugles, un essai sur le plan 
d'un cours de modelage, un catalogue étendu des appareils 
spéciaux à employer pour l'instruction des aveugles, des 
livres et de la musique imprimés pour leur usage. 



La partie consacrée aux établissements d'idiots renferme 
une analyse des points traités au cours de la 5 e conférence 
tenue dans l'intérêt de l'éducation des idiots à Francfort 
sur le M. en 1886. 

M. le D 1 ' Wulf directeur de l'Établissement de Langen- 
hagen a traité de l'alimentation la plus convenable à don- 
ner aux idiots internés. 

M. Barthold de Gladbach : du développement du sens 
de la forme chez les idiots — du rôle du médecin dans 
les établissements d'idiots. 

M. H. Sengelmann, directeur de l'établissement d'idiots 
d'Alsterdorf près Hambourg : des moyens de recruter e 
de former un bon personnel pour l'enseignement et les 
soins à donner aux idiots dans les établissements consa- 
crés à ces infirmes. 

Il faut remarquer une notice de M. Kielhorn sur l'école 
d'enfants faibles d'esprit établie à Brunswick, notice suivie 
d'un plan d'études très utilement détaillé. L'annuaire indi- 
que pour cette catégorie d'enfants 9 écoles spéciales ouver- 
tes à Géra, Brunswick, Crefeld, Elberfeld, Cologne, 



— 190 — 

Leipzig, Halberstadt et Dresde, renfermant une popula 
tion totale de 456 élèves. 



INSTITUTIONS 


Élèves 


Élèves 


Tota: 




Garçons 


Filles 




97 


3426 


2656 


6082 


19 


764 


627 


1391 


13 


233 


186 


419 



La statistique des Institutions de sourds-muets dressée 
par M. Sœder directeur de l'Institution de Hambourg com- 
prend avec tous les détails énumérés ci-dessus pour les 
institutions d'aveugles, le relevé suivant : 

ÉTATS 

Allemagne et 
Provinces annexées 
Autriche-Hongrie 
Suisse 

Etablissements situés en 
dehors des régions ci- 
dessous indiquées et où I a 34 18 52 
l'enseignement est donné 
en allemand Luxembourg 
Riga. 

Un résumé statistique beaucoup plus sommaire donne, 
pour le monde entier, le nombre de 445 institutions de 
sourds-muets réparties comme suit : 

Europe. 348 institutions, savoir: Belgique, 11. Allema- 
gne et provinces annexées, 97. France, 70. Grande-Breta- 
gne et Irlande, 46. Hollande, 4. Italie, 35. Luxembourg, 1. 
Norwège, 8. Autriche-Hongrie, 19. Portugal, 1 . Roumanie,! . 
Russie, 13. Suède, 17. Suisse, 13. Espagne, 7. 

Asie. 4 institutions. Bombay, 1. Calcutta, 1. Japon, 2. 

Afrique. 1, institution à la Colonie du Cap. 

Amérique. 87 institutions. Brésil, 1. Buenos-Ayres, 1. 
Canada, 7. Mexique. 2 États-Unis, 70 dont 06 institu- 
tions publiques. 

Australie. 5 institutions. 

Il convient de porter une attention spéciale sur les 
réîlexions formulées par le savant directeur de l'institu- 



— 191 — 

tion de Hambourg, M. Soder d'ans la notice intitulée coup 
d'œil général et que l'auteur consacre à résumer les traits 
les plus saillants de ses relevés statistiques. Cet examen 
fera l'objet de notre second article. 

O. Claveau 
(A suivre) 



STATISTIQUE 
Des Institutions de Sourds-Muets en Allemagne 



Nous donnons d'après le Das Blinden, làioten und 
Taubstummen BildiiHgswcscn de MM. H. Merle, H. Sen- 
gelmann et H. Soder la statistique des institutions alle- 
mandes pour l'enseignement spécial des sourds-muets. 

La plupart des écoles sont mixtes, renfermant des 
élèves garçons et filles. 

1° Prusse 



Berlin Date de la 


fondation 


1788 n 


! ombre d'élevés 


93 


Angerburg 


» 


1833 


» 


124 


Konigsberg 


» 


1817 


» 


86 


Konigsberg 


» 


1873 


» 


84 


Rossel 


» 


1840 


» 


73 


Tilsit 


» 


1866 


» 


5 


Danzig 


» 


1873 


» 


30 


Elbing 


» 


1870 


» 


24 


Marienburg 


» 


1833 


» 


120 


Schlochau 


» 


1873 


» 


99 


Berlin 


» 


1875 


» 


151 


Berlinchen 


». 


1879 


» 


51 


Fùrstenwalde 


» 


1873 


» 


10 


Wriezen 


» 


1879 


» 


140 


Bùtow 


» 


1854 


!» 


8 


Coslin 


» 


1860 


» 


83 



— 192 — 



Stettin Date de 


la font 


fa/»0» 1839 /Z0W£ 


>re d clè\ 


aeS SU 


Stolp 


» 


1872 


» 


3 


Stralsimd 


» 


1837 


» 


28 


Bromberg 


» 


1876 


» 


51 


Posen 


» 


1832 


» 


141 


Schneidemùhl 


» 


1872 


» 


101 


Breslau 


■» 


1821 


» 


257 


Liegnitz 


» 


1831 


» 


72 


Ratibor 


» 


1836 


» 


280 


Erfurt 


» 


1822 


» 


71 


Halberstadt 


» 


1825 


» 


80 


Halle 


» 


1834 


■» 


49 


Osterburg 


» 


1864 


» 


24 


Weissenfels 


» 


1829 


» 


65 


Schleswig 


» 


1787 


•» 


143 


Emden 


» 


1844 


» 


43 


Hildesheim 


» 


1829 


» 


97 


Osnabfùk 


v 


1857 


•» 


73 


Stade 


» 


1857 


» 


87 


Bùren 


> 


1830 


•» 


38 


Langenhorst 


» 


1841 


» 


83 


Petershagen 


» 


1851 


■» 


43 


Soest 


» 


1832 


» 


95 


Camberg 


> 


1817 


» 


103 


Frankfurt a. M. 


» 


1827 


» 


25 


Homberg 


» 


1838 


» 


91 


Aachen 


» 


1838 


» 


50 


Brùhl 


» 


1854 


» 


74 


Elberfeld 


» 


1880 


» 


62 


Essen 


» 


1880 


» 


51 


Kempen 


» 


1841 


» 


50 


Koln 


» 


1831 


» 


75 


Neuwied 


» 


1854 


» 


57 


Trier 


» 

2° 


1879 
Bavière 


» 


71 


Hohenwart 


» 


1878 


> 


42 


Munchen 


» 


1804 


» 


66 



— 193 — 

Straubing » 1835 » 53 

Frankenthal » 1821 » 54 

Regensburg » 1839 » 49 

Bamberg » 1834 » 24 

Bayreuth » 1843 » 18 

Altdorf » 1831 » 10 

Ansbach » 1881 » 3 

Pùrth » 1876 » 

Nùrnberg » 1832 » 22 

Zell » 1872 » m 

Wùrzburg » 1841 » 73 

Augsburg » 1834 » 43 

Dillingen » 1847 » 51 

3° Saxe 

Dresden » 1828 » 216 

Plauen » 1872 » 36 

Leipzig » 1778 » 167 

Zittau » 1876 » 7 

4° "Wurtemberg 

Esslingen » 1825 » 38 

Winnenden » 1823 » 30 

Wilhelmsdorf » 1837 » 90 

Heiligenbronn » 1869 » 41 

Nùrtingen » 1846 » 36 

Gmùnd » 1807 » 57 

» » 1869 » 41 

"Bade 

Gerlachsheim » 1874 » 99 

Lahr » 1886 » 12 

Meersburg » 1826 » 95 

6° Petits États de l'Allemagne 

Bensheim (Hessen) » 1840 » 57 

Friedberg » » 1837 » 52 

Ludwigslust (Meckl-Sch) 1840 » 76 

Weimar (Sach-Gr.) » 1858 » 36 



— 191 — 

Wildeshausen (Meckl-Strel) 182') . » 27 

Braunschweig (Brauns) 1828 » 43 

Hildburghaussen (Sach-Mein) 1842 » 27 

Coburg (Saçh-Cob) 1835 » 25 

Zerbst (Anhalt) 1865 » 14 

Schleiz (Reufs) 1817 » 30 

Detmold (Lippe) 1841 » 11 

Lùbeck (Lùbeck) 1827 » 7 

Bremen (Bi^emen) 1827 » 19 

Hamburg (Hamburg) 1827 » 84 

Alsace-Lorraine 

Jebweiler 1886 » 18 

Ruprechtsau » 1826 » 79 

Strassbourg » 1885 » 20 

Metz » 1875 » 58 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Distinctions honorifiques. — Nous lisons dans 
V Eclair de Liège du 9 Octobre, 1887. 

«M. Liévin Gosaert, sourd-muet, président de la Société 
des sourds-muets de Gand, vient de recevoir la croix 
civique du gouvernement en récompense des services 
rendus par lui comme peintre de décoration pendant une 
carrière de 35 ans. Cette distinction due à son talent et à 
son habileté, fait honneur à la Société des sourds-muets 
de Gand.» 

Nos sincères félicitations. 



— 193 — 

Le 175" anniversaire de la naissance de l'Abbè 
de l'Épèe en Belgique. — Les sourds-muets belges ne 
sont jamais les derniers lorsqu'il s'agit de fêter ce doux 
anniversaire. Le 1 8 Septembre dernier le Cercle l'abbé de 
l'Épée de Liège avait convié tous les sourds-muets de Bel- 
gique à se réunir dans un banquet et quatre vingt dix sept 
d'entre eux avaient répondu à cet appel. Les toasts y ont 
été nombreux, dix discours ont été mimés par des repré 
sentants des principales sociétés de secours mutuel de 
sourds-muets. La fête s'est terminée le lundi soir par un 
feu d'artifice. 



Nécrologie. — Nous apprenons la mort de Monsieur 
Vincent-Félix Martin décédé le n Octobre 1887 dans sa 
8i me année. Monsieur Martin était le père des trois artistes 
sourds -muets bien connus Ernest, Georges et Félix Martin, 
nous nous associons bien sincèrement à la douleur de cette 
famille si éprouvée déjà par la mort récente de Georges 
Martin. 



Une nouvelle Clinique Laryngologique. Il existe 
depuis de longues années, à l'institution de Paris, une 
clinique otologique placée sous la direction de l'éminent 
médecin en chef de l'Établissement, Monsieur le D r 
Ladreit de Lacharrière. A cette clinique qui rend de 
très grands services, Monsieur le Ministre de l'Intérieur 
vient d'adjoindre une clinique Laryngologique placée 
sous la direction de Monsieur le D r Ruault qui a été 
nommé également médecin adjoint de l'Institution 
nationale de Paris. 

La clinique Laryngologique a été ouverte le lundi 
17 Octobre à 9 heures du matin; le service des con- 



— 19G — 

sultations gratuites pour les maladies du larynx et du 
nez se continuera les Lundi, Mercredi et Vendredi de 
chaque semaine à la même heure. 



ETATS-UNIS — . Nos lecteurs connaissent l'œuvre 
éminemment pratique et utile' que le R. P. Lebreton 
a établie à Philadelphie en faveur des sourds-muets. 
Ils ont pu voir les développements qu'il a su faire 
prendre à la « De VEpée Deaf-mutes' association ». 

Nous recevons de Philadelphie une lettre nous annon- 
çant la distinction flatteuse dont le prêtre français a 
été l'objet. En récompense de son zèle pour les sourds- 
muets, le R. P. Lebreton vient d'être décoré de l'or- 
dre du Saint-Sépulcre par le Patriarche Bracco de 
Jérusalem. 

Nous joignons nos meilleurs compliments à ceux 
que notre aimable collaborateur a reçus des sourds- 
muets et de ses amis de Philadelphie. Nous envoyons 
également tous nos remerciements à notre correspon- 
dant pour sa lettre très intéressante. 



Adresser tout ce qui concerne l'administration et 
la rédaction du journal à : 

M. Ad. Bélanger, 16, rue des Fossés Saint- Jacques? 
(Paris.) 



Paris Irap. Eug. Bélanger, Rue Sai lit -Jacques, Î2). 



Ad. Bélanger — Revue bibliographique internationale 
de l'éducation des sourds-muets. 

V année . . , Prix 4 fr. 



Ad. Bélanger. — Revue Française de l'éducation des 
sourds-muets. 

2 me année, in-8., 288 p Prix 9 fr. 



Théophile Denis. — L'enseignement de la parole aux 
sourds- muets. 1886. 



Théophile Denis. — Les artistes sourds-muets au salon 
de 1886 {épuisé^ 



Théophile Denis — Les Conseils généraux et les Insti- 
tutions de sourds-muets, 1887, 



J. Thèobald — De l'enseignement du Droit-Usuel aux 
sourds-muets, 1886, 



I*. Jullian — Deuxième conférence sur l'enseignement 
de la lecture et la correction des vices de pronon- 
ciation d'après la méthode naturelle. 

Brochure in 8, Paris. 1887. Prix 1 fr. 



Paris, Ijwp. £ug. j3élanger, Rue {Saint-J ac^ues, 225. 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 






REVUE FRANÇAISE 

de l'éducation 

des 

SOURDS-MUETS 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 

de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Professeur à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris 
Membre de la Société des Études historiques 



Troisième Année. — N° 9 ~ 1 er Décembre 1887. 



SOMMAIRE. — Théophile Denis. Causerie. L'instituteur du Prince 
de Carignan. — O. Claveau. Le Phonoscope de Forchhammer 
— Notices sur les Institutions Françaises de Sourds-Muets. 
X. Institution deClermont-Ferrand. — Bibliographie Internationale. 
O Claveau. Allemagne. — Nécrologie. Ch. Fontaine. — Statistique 
des institutions pour l'enseignement des sourds-muets en Autriche- 
Hongrie. — Informations et Avis divers. Le 175 e anniversaire de la 
naisance de l'abbé de l'Epée, Académie française, etc. — Gravure. 
Le Phonoscope de Forchhammer. 




PARIS 

J Librairie Paul RITTI, 21, Rue de Vaugirard 
18 8 7-1888 
^ •_ ; ,. fc iy 

z-^3 &^=& 



La Revue Française parait le 1 er de chaque mois. 

Abonnements pour la France, un an, , 9 fr. 

— pour l'Etranger 10 fr 

S'adresser pour les abonnements et la rédaction à 
M. Ad. Bélanger, 16, rue des Fossés-Saint-Jacques, Paris. 



En vente : 1" année 1885-86, un vol. , 4 fr. 

2 me année 1886-87, un vol 9 fr, 

Les abonnements partent du 1" avril de chaque année. 



Ad. Bélanger. — Historique des méthodes à l'institu- 
tion nationale de Paris, 1883 (épuis é 



D 1 Peyron et Ad. Bélanger. — Catalogue de la Biblio- 
thèque de l'Institution nationale des sourds-muets 
de Paris, 1" partie, 1883 {épuisé) 



D r Ladreit de Lacharrière et Ad. Bélanger. — Troi- 
sième Congrès national pour l'amélioration du 
sort des sourds-muets (Congrès de Paris 1885) 
Compte-rendu Prix 4 fr. 



Ad. Bélanger. — Étude bibliographique et iconogra- 
phique snr l'Abbé de l'Épée, 1886. 

Edition sur papier du Japon Prix 10 fr. 

— — de Hollande — 5 — 



SUPPLEMENT AU N° 9 

DE LA 

BVUE FRANÇAISE DE L'ÉDUCATION DES SOURDS-MUETS 

(Décembre 1887) 



Désirant être agréables à nos abonnés nous nous sommes 
entendu avec l'imprimeur de notre journal qui veut bien leur livrer 
à titre de prime des cartes de visite aux prix suivant : 

Cent cartes de visites, IVOIRE ANGLAIS renfermées dans 
un élégant cartonnage, envoyées franco par la poste 1 fr. 25 le 
cent. 

Avec faculté de commander plusieurs cents. 



(Voir le modèle ci-dessous) 



Directeur de l'Institution des Sourds-Muets 



Le Havre 



Envoyer les commandes à M. Eug. Bélanger, imprimeur, 335, rue 
Saint-Jacques, Paris, en y joignant 1 fr. 25 en un mandat poste ou en 
timbres, avec la dernière bande du journal. Les cartes seront livrées 
8 jours après. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

3 ra « ann<?e. N° 9 Décembre 1887 



CAUSERIE 



L'Instituteur du Prince de Carignan 



La plupart des écrivains qui Ont plus ou moins 
signalé l'instruction donnée au prince de Carignan, 
sourd-muet de naissance, n'ont pu jusqu'à ce jour, se 
mettre d'accord, non seulement sur la personnalité 
de l'instituteur, mais encore sur celle du prince 
lui-même. De sorte que la confusion qui règne 
dans les récits, d'ailleurs peu étendus, consacrés à 
cette éducation 'singulièrement intéressante, vient s'a- 
jouter à tant d'autres lacunes, pour nous faire re- 
gretter l'obscurité qui enveloppe à son origine, 
l'histoire de l'art d'instruire les sourds-muets, 

Je vais essayer d'éclairer ce point particulier. Si, 
après cette tentative, je n'avais réussi qu'à semer 
un doute dans l'esprit de mon lecteur, je n'en 
serais nullement surpris; je n'aurais non plus lieu 
de m'en repentir, car ce doute vaudra toujours 
mieux que l'assurance sous laquelle s'est jusqu'ici 
cachée plus d'une erreur. 

Et d'abord, rappelons-nous au juste quel était ce 
prince de Carignan dont nous nous occupons. 

Emmanuel Philippe Prince de Carignan, né le 
20 Août 1628, mort le 23 Avril 1709, était le fils 



— 198 — 

atiné de Thomas-François de Savoie Prince de Carignan 
et de Marie de Bourbon-Soissons. Il épousa en 1684 
une Est-Modène. Il eut deux frères, dont le plus jeune 
Eugène Maurice de Savoie, Comte de Soissons, mari 
d'Olympe Mancini, nièce du Cardinal Mazarin, fut le 
père du Prince Eugène. Par conséquent, notre 
Emmanuel Philippe était l'oncle du célèbre frère 
d'armes du non moins célèbre Malborough... 

Il est inutile de circuler plus longtemps dans ce 
dédale généalogique de la Maison de Savoie; nous con- 
naissons maintenant d'une manière précise l'élève dont 
nous avons à découvrir le maître. 



Le Chevalier Kenelm Digby, après avoir raconté, 
dans son traité de la nature des corps, la rencontre 
qu'il avait faite, pendant son voyage en Espagne 
en 1623, d'un prêire qui aVait enseigné la parole au 
frère cadet du connétable de Castille, sourd-muet de 
naissance, ajoute : « J'ai oui dire que le prêtre dont 
je viens de parler Vit encore, qu'il eii au Èerviée du 
prince de Carignan et qu'il s'emploie en faveur de 
diverses personnes, comme il s'est employé en faveur 
du frère du connétable. » 

De quel instituteur parle Digby? Est-ce de Bonet ? 
Bonet n'était pas prêtre. A ce propos, M. A. Valade- 
Gabel (note D de sa traduction de HerVas y Panduro) 
pense que Digby a confondu la personne de Ponce et 
de Bonet. Digby ne s'en serait pas tenu à cette pre* 
niière confusion, qu'il a conipliquée d'un oui-dire trop 
légèrement accueilli. En effet, comment Bonet, prêtre 
ou non, mort avant 1629, eût-il pu instruire le prince 
de Carignan, né en 1628 ? 

Degérando est convaincu que le récit de Digby se 
rapporte à J. P. Bonet. Et pourtant il savait bien, lui 



— 199 — 

aussi, que Eonet n'appartenait pas au clergé, puisqu'il 
rappelle que ce Bonet était secrétaire du Connétable 
de Castille, attaché au service secret du Roi et à la 
personne du capitaine-général de l'artillerie. 

M. Claveau, plus prudent, exprime le regret que 
Digby n'ait pas donné le nom du maître dont il signalait 
les succès. Si M. Claveau reconnaît que « plusieurs 
des circonstances indiquées par Digby peuvent se 
rapporter à l'aragonais Juan Pablo Bonet, » il ajoute 
dans une note : « Je ne relève point certains détails 
de la relation de Digby, qui ne s'appliquent pas à Jean 
Paul Bonet. Celui-ci n'était pas prêtre, et ce n'est pas 
lui qui a fait l'éducation d'un prince de Carignan. » 

C'est évident. Cherchons donc ailleurs. 



Laissez-moi d'abord vous montrer jusqu'où peut aller 
la fantaisie dans cette matière délicate des investiga- 
tions historiques. 

Dans la première année (1844) des Annales de ï 'édu- 
cation des sourds-muets, M. Ed. Morel a écrit une 
introduction qui prétend résumer l'histoire de l'art 
d'instruire les sourds-muets. En voici un extrait, sim- 
plement à titre de curiosité : 

« ... En Italie, Ramirez de Carrion, sourd -muet lui- 
même, donnait des leçons, en 1629, au prince de 
Carignan, atteint de la même infirmité; et plus tard 
Pierre de Castro, premier médecin du duc de Mantoue, 
instruisait le fils du prince Thomas de Savoie...» 

Impossible de faire tenir plus d'erreurs en si peu 
de lignes, 

Ramirez de Carçion n'a jamais été sourd-muet. S'il 
avait été affligé de cette infirmité, comment aurait-il 
enseigné la parole ? S'il donnait des leçons à quelqu'un 
en 1629, ce n'était pas au prince de Carignan, qui 



— 200 — 

venait à peine de naître. Mais il a pu lui en donner- 
quelques années plus tard. Et pourtant, si c'est à Pierre 
de ^Castro qu'à été confié le fils du prince Thomas de 
Savoie, ce n'est pas le prince de Carignan qui aurait 
été instruit par Ramirez de Carrion, puisque le fils de 
Thomas de Savoie et le prince de Carignan ne sont 
qu'une seule et même personne ! 

Joli gâchis, n'est-ce pas? 

Eh bien ! ce même imbroglio se retrouve dans tous 
les livres où il question du prince de Carignan : dans 
La surdi-mutité, du docteur Blanchet (1850) dans l'Abbé 
de VEpée, de F. Berthier (1853): dans La statue de 
l'abbé de VEpée, de M. Etcheverry (1879) dans la Revue 
internationale (1886), etc. 

Sans parler de ceux qui font de Ramirez de Carrion 
un Ramirez de Çortone. F. Berthier va même jusqu'à 
citer Ramirez de Carrion et Ramirez de Cortone, 
pour nous les présenter comme deux instituteurs 
différents ! 

Quoi qu'il en soit, n'abandonnons pas les traces de 
ce personnage. En débarrassant sa figure des tatouages 
qu'y ont imprimés des plumes trop légères, je crois 
bien que nous finirons par reconnaître en lui l'homme 
que nous cherchons. 



D. Nicolas Antonio (bibliotheca hisp. nov.) nous 
apprend que Ramirez eut pour élèves le marquis de 
Priego, dont il était secrétaire, don Luis de Velasco, 
frère du connétable de Castille, « et d'autres encore. > 

Parmi ces «autres », faut-il comprendre le Prince de 
Carignan ? 

Peut-être ; bien qu'il puisse tout d'abord nous paraître 
étrange que Nicolas Antonio ait confondu dans les 
et caetera un disciple de cette importance. 

Morhoff nous affirme que Ramirez fut bien, en effet, 



— 201 — 

l'instituteur de ce prince (Polyhistor. t. 1 er ). Et il ajoute 
que le prince sourd-muet écrivait et parlait quatre 
langues. 

Degérando a soin de citer ce renseignement de 
Morhoff. Mais il paraît n'en point vouloir tenir compte; 
car, un peu plus loin, après avoir constaté que l'Italie, 
au 17 e siècle, ne connaissait l'art d'instruire les sourds- 
muets que dans ses principes théoriques, il ajoute : 
« Du moins le seul exemple d'application qui nous soit 
connu est-il celui que nous offre Pierre de Castro, 
premier médecin du duc de Mantoue, qui instruisit, 
dit-on, le fils du prince Thomas de Savoie. » 

Je n'aime pas beaucoup ces dit-on, qui ne disent rien, 
ou plutôt qui finissent par engendrer et propager des 
erreurs, — je soupçonne même Degérando, un de ces 
riches à qui l'on emprunte beaucoup, d'avoir été, par 
cette contradiction, le premier auteur des incertitudes 
qui se sont répandues dans les conditions que je signa- 
lais il y a un instant. 

Hervas y Panduro, dans son Escuela cspanola de sordo- 
mudos, fait remarquer, il est vrai, que « Pedro de 
Castro, qui tenait de Ramirez de Carrion le secret de 
faire parler les sourds-muets, dit, dans une leçon 
publiée en 1670, qu'à cette époque (milieu du 17 e siècle) 
vivaient le fils du prince de Savoie, le marquis de 
Priego et le marquis del Fresno, frère du connétable 
de Castille, qui, privés de l'ouïe, parlaient sans lenteur 
ni difficulté. » 

Mats il me semble que Pedro de Castro ne fait que 
constater les résultats d'expériences auxquelles il est 
resté personnellement étranger, et ne les indique que 
pour faire valoir le secret de Ramirez, qu'il qualifie 
de merveilleux. Ne perdons pas de vue que, dans ces 
indications, figure, cette fois, le personnage omis, par 
Nicolas Antonio, dans la nomenclature des élèves de 
Ramirez. 



— 202 — 

L'impression qui m'était restée de l'examen critique 
des notes fausses ou contradictoires que je viens de 
placer sous les yeux du lecteur, m'avait, en définitive, 
porté à croire que Ramirez de Carrion pouvait être 
regardé désormais comme l'instituteur du prince de 
Carignan. 

Mais les détails fantastiques que je lus ensuite, sur 
le maître de ce prince, dans les Mémoires de Saint- 
Simon, rappelèrent bientôt dans mon esprit toutes les 
incertitudes de la première heure. 

Ecoutez plutôt ce que dit le célèbre chroniqueur, 
en enregistrant, dans ses souvenirs de l'année 1709, 
la mort du prince de Carignan : 

« Ce prince de Carignan, de la mort duquel je parle, 
était né sourd muet. Cette cruelle infirmité affligea 
d'autant plus la maison de Savoie, que ce prince 
montrait tout l'esprit, le sens et l'intelligence dont son 
état pouvait être capable. Après avoir tout tenté, on 
prit enfin un parti extrême : ce fut de l'abandonner 
à un homme qui promit de le faire parler et entendre, 
pourvu qu'il en fût tellement le maître, et plusieurs 
années, qu'on ignorerait même tout ee qu'il ferait de 
lui. La vérité est qu'il en usa comme les dresseurs de 
chiens, et ces gens qui de temps en temps font voir 
pour de l'argent toutes sortes d'animaux dont les tours 
et l'obéissance étonnent, et qui paraissent entendre et 
expliquer par signes tout ce que leur maître leur dit. 
II employa la faim, la bastonnade, la privation de 
lumière, les récompenses à proportion. Le succès en fut 
tel, qu'il le rendit entendant tout à l'aidé du mouvement 
des lèvres et de quelques gestes, comprenant tout, lisant 
écrivant, et même parlant quoique avec assez de 
difficulté. Lui-même, profitant après des cruelles leçons 
qu'il avait reçues, s'appliqua avec tant d'esprit, de 
volonté et de pénétration, qu'il posséda plusieurs 
langues, quelques sciences et parfaitement l'histoire. 
Il devint bon politique jusqu'à être fort consulté sur 
les affaires d'Etat, et faire à Turin plus de personnage 



— 203 — 

par sa capacité que par _ sa naissance. Il y tenait sa 
petite cour, et fit la sienne avec dignité toute sa longue 
vie, qui put passer pour un prodige. » 

Vraiment je ne pouvais plu^ me déterminer à recon- 
naître, dans le hideux portrait d'instituteur tracé par 
Saint-Simon, ni Ramirez de Carrion. ni un éducateur 
quelconque du prince infirme. Je me trouvais réelle- 
ment en présence d'un dompteur féroce, d'un odieux 
empirique, d'un farouche tortionnaire. Et si l'envie 
me restait de découvrir le nom de ce brutal charlatan, 
ce. n'était plus que pour l'accabler de toutes les 
malédictions d'un cœur révolté. 

Cependant, je réfléchis que Saint-Simon, très ami 
de la couleur et çà et là assez irrespectueux de la 
vérité, pouvait bien n'avoir brossé, pour la distraction 
de la postérité, que la charge d'un modèle qu'il n'avait 
d'ailleurs pas connu. Je pensai qu'il avait dû peindre 
cette image, poussée au noir, avec le simple secours 
d'informations que plus d'un demi-siècle de circulation 
avait fini par rendre passablement frustes. Son imagi- 
nation aidant, il avait pris, pour de cruels procédés, 
de patients travaux et de persévérants efforts. Et, ma 
foi ! ceux qui liront dans l'avenir certaines pages 
récemment écrites sur le surmenage intellectuel de 
nos enfants pourront se figurer que, de nos jours, 
nos écoles n'étaient peuplées que de bourreaux et de 
martyrs. 



Tout en me livrant à ces réflexions, je me repris à 
feuilleter quand même Saint-Simon. La mine est si 
féconde ! . . . 

Je n'ai qu'à me féliciter d'y être revenu. 

Plus tard, en effet, en dressant la liste des Grands 
d'Espagne existant à l'époque de son ambassade (1722), 



— 204 — 

Saint-Simon, venant a parler des comtes de Pefieranda 
et, notamment, d'Antoinette de Bracamonte, fille du 
second comte de cette maison, relève incidemment 
cette particularité : 

« Cette Antoinette avait épousé Pierre Fernandez 
de Velasco, second marquis del Fresno, qui fut ambas- 
sadeur. d'Espagne en Angleterre et conseiller d'Etat. 
Son père, né sourd et muet, avait appris à se faire 
entendre, à lire, écrire, etc., avec le prince de 
Carignan, en 1638, a Madrid, par l'industrie d'un 
espagnol, nommé emmanuel ramirez de carrion». 

En 1638, le père du prince de Carignan, Thomas de 
Savoie (fils de l'infante Catherine, fille de Philippe II) 
était à la tête des armées d'Espagne, dont il avait été 
nommé général en 1635. Ce n'est qu'en 1612 qu'il fut 
appelé au commandement d'une armée française en 
Italie. 

En 1638, Emmanuel Philippe avait 10 ans, l'âge de 
scolarité, comme nous disons aujourd'hui" 

En 1638, Ramirez de Carrion (qui avait publié son 
livre Maravillas de la naturale^a en 1629) avait acquis 
toute la notoriété désirable. 

Autre remarque : Saint-Simon, mieux renseigné en 
Espagne qu'en France sur la personnalité de l'institu- 
teur, ne parle «plus ici que de son « industrie », alors 
synonyme d'habileté. Ramirez n'est plus le bourreau 
dont il parlait douze ans auparavant. 

En somme, cette dernière note de Saint-Simon, puisée 
dans un milieu où devait se conserver la fidèle tradi- 
tion, par la date qu'elle précise et par les rapproche- 
ments si probants qu'elle autorise, cette note, dis-je, 
me parait avoir un grand air de sincérité. Elle me 
décide — et peut-être vous décidera-t-elle — à attri- 
buer à Ramirez de Carrion l'honneur d'avoir fait la 
remarquable instruction du prince Emmanuel Philippe 
de Carignan. 

Théophile Denis. 



— 205 — 



LE PHONOSCOPE DE FORCIIHAMMER 



M. Forchhammer, professeur à l'École métropoli- 
taine de Copenhague vient de faire construire un 
curieux appareil de son invention, auquel il a donné 
le nom de phonoscope et dont l'emploi permet de 
se rendre compte par la vue seule du phénomène 
acoustique de la hauteur des sons. Nous voudrions 
essayer d'exposer ici, en termes simples, ce qu'il 
y a d'essentiel dans le mécanisme de cet instrument 
dont la Revue française se trouve en mesure de 
donner le dessin, grâce à l'obligeance de l'inven- 
teur. 

Le phonoscope, si l'on se borne à considérer ses 
dispositions fondamentales, se compose : 

1° D'un tambour monté sur un bâti et auquel on peut 
imprimer un mouvement de rotation, de vitesse cons- 
tante, autour de son axe placé verticalement. La 
surface latérale du tambour présente sur un fond 
blanc une superposition de 19 bandes circulaires por- 
tant chacune un dessin composé d'une série de petits 
carrés noirs, régulièrement espacés sur une ligne 
horizontale. Le nombre de ces carrés, variant d'une 
bande à l'autre, est en rapport avec les nombres de 
vibrations doubles qui caractérisent 19 sons con- 
sécutifs de l'échelle chromatique. 

2° D'un tuyau mobile dont une extrémité est fixée 
un peu au dessous de la base inférieure du tambour 
et qui est divisé au milieu de sa longeur par une 
eloison métallique. L'une des chambres ainsi formées, 
la plus rapprochée du tambour, est mise en commu- 
nication avec une conduite de gaz. Le gaz, quand on 



— 206 — 

l'allume, sort par un très petit tuyau placé près de 
la cloison. L'autre chambre se termine à son extrémité 
ouverte par une embouchure en métal dans laquelle 
doit parler ou chanter la personne qui fait usage 
de l'appareil. L'air mis en mouvement par la voix 
sort par un petit tuyau qui prend naissance sur le 
porte-voix, tout près de la cloison et en face de 
l'orifice servant à l'écoulement du gaz enflammé. 
Les vibrations, dans la phase progressive de leur 
mouvement, accumulent l'air contre la flamme qui, 
alors, cesse momentanément de luire, tandis que les 
vibrations rétrogrades lui laissent reprendre son éclat. 
En d'autres termes le dard de flamme subit une 
série régulière d'éclipsés dont le nombre correspond 
à celui des vibrations doubles caractérisant le son 
émis. 

Une disposition accessoire sert à régler l'écoule- 
ment du courant d'air de façon à prévenir l'extinction 
de la flamme, de même qu'une autre disposition de 
détail fort ingénieuse sert à régler la vitesse de 
rotation du tambour et à lui assurer le caractère de 
constance qu'il est indispensable d'obtenir. 

Cette description sommaire va nous permettre de 
faire saisir, en quelques mots, le jeu de l'appareil. 

Le Phonoscope s'emploie dans une pièce qui ne doit 
être éclairée que par la flamme du petit bec de gaz 
embranché sur le tuyau principal. Un réflecteur placé 
en arriére de l'orifice par lequel s'échappe le souffle 
projette sur le tambour la lumière du dard de flamme 
et protège contre son éclat trop vif la vue de l'expéri- 
mentateur. 

Dans ces conditions, le tambour étant mis en rota- 
tion, si l'on parle dans le porte-voix avec un ton qui 
corresponde à l'un des degrés de l'échelle chromatique 
de 19 sons, la coïncidence du nombre d'éclipsés suc- 
cessives de la flamme et du nombre des petits carrés 
noirs qui défilent sur la bande correspondante du tam- 
bour, en une seconde laisse apercevoir nettement et 



— 207 — 

dans un état d'immobilité apparente le dessin de ces 
petits carrés noirs. Les autres bandes circulaires 
n'offrent pendant ce temps qu'une teinte grise. Le ton 
de la voix est-il un peu plus haut ou un peu plus bas 
que le son précis auquel correspond le nombre des 





Le Phoooscope de Forchhammer 



— 208 — 

carrés figurant sur une des bandes, le dessin paraît, 
suivant les cas, tourner en reculant ou en avançant. 
C'est ainsi que des voyageurs circulant en chemin de 
fer dans un train en marche et côtoyant un autre 
train animé d'une vitesse un peu plus grande éprou- 
vent la sensation d'un mouvement rétrograde. 

Une échelle graduée inscrite sur l'un des montants 
qui soutiennent le tambour permet de distinguer le^ 
unes des autres les bandes circulaires que la pro- 
duction d'un son peut faire apparaître sur le tam- 
bour. 

11 est évident d'ailleurs que la vitesse de rotation 
de ce tambour doit-être réglée à l'avance de manière 
à ce que la coïncidence du passage des carrés avec 
les éclipses de la flamme s'applique aux sons compris 
dans les limites de l'échelle chromatique qui corres- 
pond à l'étendue normale de la voix des expérimen- 
tateurs. 

M. Forchhammer assure que la sensibilité du pho- 
noscope est telle que l'instrument est impressionné 
non pas seulement par les vibrations principales dont 
le nombre détermine le son fondamental que la voix 
a émis, mais encore par les vibrations accessoires 
qui donnent naissance aux sons harmoniques, au moins 
aux mieux caractérisés d'entre ces harmoniques. 

11 y a donc dans l'invention dont nous venons de 
parler une source de constatations très intéressantes 
dont l'on pourra tirer un utile parti dans diverses 
branches de l'enseignement. 

O. Claveau 



— 20Ô — 

NOTICES 
sur les Institutions françaises de Sourds-Muets 



INSTITUTION DE CL ER MONT - FER R AN Û 

dirigée par les Frères de Saint-Gabriel 



A peine arrivés dans le Puy-de-Dôme, les Frères de 
Saint-Gabriel, dont la noble mission est d'instruire et 
d'élever la jeunesse, résolurent de fonder, à côté des 
écoles primaires qu'ils venaient d'ouvrir, une œuvre 
spéciale destinée à retirer d'un isolement funeste les 
malheureux enfants privés de l'ouie.et de la parole; à 
les rendre à leur famille, à la société et à la Religion. 

Ce projet inspiré par la charité chrétienne, toujours 
prête à soulager la misère et à venir en aide à l'infor- 
tune quelle qu'elle soit, reçut un commencement d'exé- 
cution, à Saint-Germain-l'Herm, chef-lieu de canton de 
l'arrondissement d'Ambert. 

L'humble berceau n'abrita que fort peu de temps l'œu* 
vre naissante. Le 11 Avril 1873, deux ans après sa fon- 
dation, l'Institution de Saint-Germain-l'Herai fut trans- 
férée à Clermont-Ferrand et installée dans une antique 
demeure appartenant aux hospices de la Ville. 

Bâtie par les religieuses de Citeaux, puis abandonnée, 
cette maison servit longtemps d'habitation aux Mission- 
naires du Diocèse. Pendant la Révolution, la chapelle 
fut démolie et les bâtiments changés en prison. Après 
la Terreur, l'Ancien Couvent devint une caserne. Cette 
destination nouvelle lui resta jusqu'à l'époque où les 
sourds-muets vinrent prendre possession de leur rési-^ 



— 210 — 

derfce actuelïe. Les débuts de l'œuvre furent biens 
modestes: les Frères n'amenaient avec eux que trois 
petits élèves déjà foririés à l'articulation, à la lecture 
sur les lèvres et passablement développés. Ils furent 
les bienverfus : la population et les